XIX. BE
[Et dit encores ledit acteur que] celle épistole leùe en la présence du roy Salomon, et plusieurs autres envoyées au roy Nemenoius et à Herispogius, son fils, ne pour le siège apostolique, pour les menaces de vengeance du roy Charles le Chauve, ne pour les excommuns des évesques de Gaule, Hérard l'archevesque de Tours et Actard évesque de Nantes ne peurent rien recouvrer. [Et dit ledit acteur en cest endroit plusieurs légendes du roy Salomon et des Bretons...] [E, p. 117).
Tours. Jaffé a cru que la paix que le pape souhaite voir rétablie entre Salomon et Charles le Chauve est celle qui fut conclue en 863. Il s'agit plutôt de celle qui fut signée en 867 (voir p. 61, note 1). Dès 866, les rapports des Bretons et des Francs étaient très hostiles. Les pères du concile de Soissons, au mois d'août 866, constatent que Salomon est en mauvais termes avec Charles le Chauve, à qui il ne donne plus le tribut qu'il s'était engagé à payer en 863 (voir p. 55, note 2). C'est sans doute, pour obtempérer en une certaine mesure aux injonctions du pape, que Salomon, clans le cours de cette année 866, rétablit sur leur siège certains évêques bretons, qui avaient autrefois été déposés par Nominoé. La lettre, émanée du concile de Soissons, témoigne de ce rétablissement, antérieur par conséquent au mois d'août 866. — Il résulte, à mon avis, de ces considérations, que la lettre du pape Nicolas, publiée ici, a été écrite entre le mois de mai et le mois de juillet 866.
1. On n'a pas la preuve que Léon IV ou Benoit III ait jamais écrit de lettre à Erispoé.
64 CIIRONICON [c. xrx, an. 858-872]
Galliae excommunicationem, ullam récupérations rectitudinem consequi potuerunt. Nec mirum, quia in illis Britannis îmllus cultus religionis, nullus timor christianitatis, nullus amor perfectac clilectionis videtur haberi : nec leges custodiunt, nec praeceptis obediunt, nec ullis decretis intendunt. Ipsi equidem, in sua firmitate confidentes, sunt superbi et ultra modum elati, iracundia et dolo pleni, omnibus resistentes, rapina viventes, sorores suas, neptes, consanguineas atque aliénas mulieres, nihil timentes Deuni, adultérantes, necnon et hominum, quod pejus est, libentissime interfectores. Sicque illi diabolici viri nullam justitiae viam cognoscentes, et in malitia sua persistentes, jus Turonicae metropolis violentia sua exscissum, disruptum, atque parochiam Namneticam cnm sede Quiriacae aulae usque modo1 retinuerunt, nnnquam inde poenitentiam agentes. His itaque calumniis, sicut superius narratur, satis peractis, et ad nullum finem protractis, constituit domnus Herardus in Turonica sede generalem synodum XVII kalendas jnnii, in qua quaedam sanctorum canonum capitula excerpsit atque firmiter custodienda sanxit. Postea vero, vivens XII annis in sede sua, honorabilis archiepiscopus quievit in pace2. Post cujus decessum cîe-
1 . Le chroniqueur de Nantes emploie ici, comme ailleurs, l'expression usque modo non pas dans le sens de usque nunc, jusqu'aujourd'hui, mais comme synonyme de usque tune (cf. plus haut, page 50 : Britanni, saepe ad justitiam vocati, omne judicium usque modo declinaveranf). Cette phrase signifie donc que les évêques de Vannes jusqu'au temps de Salomon retinrent en leur pouvoir Guérande et son territoire. Ce serait une erreur de croire que notre auteur ait voulu dire que Guérande n'avait point encore été restitué à l'évêque de Nantes à l'époque où il écrivait, c'est-à-dire vers 1060 ; car il rapporte au chapitre xxvi que cette restitution eut lieu sous l'évêque Foucher, vers l'an 900.
2. Les canons, promulgués par Hérard, sont édités dans Migne, P. L., t. 121, col. 763 et suiv. Ils sont ainsi datés : anno incarnationis Dominicae DCCCLVIII, ordinationis quoque nostrae 111°, indictione F/la, XVII Kalendas junii ; ce qui répond exactement au 16 mai 858. Hérard mourut le 30 juin 871, treize ans, et non pas douze, après cette date. Mais ceci prouve que le chroniqueur de Nantes connaissait le catalogue des archevêques de Tours, indiquant la durée de chaque épiscopat. Sur ce catalogue Hérard est marqué comme ayant gouverné l'église de Tours pendu nt quinze ans et trois mois. Le chroniqueur de Nantes a soustrait de ces quinze ans les trois années, répondant, selon lui, à la date inscrite en tête des canons promulgués
[c. xx, an. 872-880 circa] NAMNETENSE 65
rici Turonenses, eligentes Actardum, Namnetensem episcopum, constituerunt in urbe Turonica archiepiscopum1.
Actardus vero Hermengarium, ecclesiae Namneticae decanum, eligens, eidem ecclesiae consecravit episcopum. Postea, vivens quatuor annis in sede Turonica, defunctus est2. Hermengarius vero, diligentissime ecclesiam suam regens, et de ornamentis et aliis instrumentis eam honorificans, reperit in quadam capsa vetere reliquias de pilis barbae et capitis apostolorum Pétri et Pauli, et in signo Domini argenteo eas honorifice reposuit ; quod de tam praeclarissimis signis Domini solummodo post devastationem Normannorum in ecclesia Namnetensi usque hodie habetur, et nomen suum ibi scriptum imposuit, sicut hic scribitur : Hermengarius,
SACERDOS, FECIT HOC SIGNUM IN HONORE PETRI ET PaULI. Qui
vero, postea minime vivens longo tempore, ad patres suos appositus est6. Cui successit Landramnus, vir honorabilis et amabilis Karolo régi.