‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 86 sur 117 · XXVII. — b) Matuedons A · texte numérisé non relu

XXVII. — b) Matuedons A

1. A cette époque, la Bretagne eut à souffrir une première fois des ravages des Normands depuis l'année 913 jusqu'en 915. Dès 912, les pirates désolaient les bords de la Loire, comme en témoigne une curieuse charte mise au jour par Mabille {Mém. cité, Biblioth. de l'Éc. des Chartes, XXX, p. 451). En 913 ou 914, une note d'origine contemporaine nous apprend que 1 abbaye de Landévennec, près de Brest, fut complètement détruite par les Danois (L. Delisle, Littérature latine et Histoire du Moyen- Age, Paris, Leroux, 1890, p. 19). En 915, la flotte normande abandonna la Bretagne et fit voile pour l'Angleterre. Les annalistes anglais signalent les chefs de cette expédition, qui étaient Otter et Roald (Florentii Wigorn. chronic. et Ann. Cambriae, Pétrie, Mon. historica britannica, p. 570 et 836). En 917 et 918 une partie de cette flotte revint en Gaule {ibidem, p. 571) ; mais ce ne fut qu'en 919 qu'au témoignage de Flodoard (dom Bouquet. VIII, 176), la nouvelle invasion atteignit sa plus grande intensité. Toute la Bretagne fut alors mise à feu et à sang. Les Normands de la Seine se joignirent à ceux de la Loire pour piller cette province, qui semble dès lors leur avoir été abandonnée par les Francs. La Bretagne demeura la proie des Normands pendant dix-huit ans, de 919 à 937.

2. Mathuedoi, comte de Poher, est signalé dans deux chartes du Cartulaire de Redon en l'année 913 (p. 223 et 224). — Le comté de Poher avait, suivant toute vraisemblance, les mêmes limites que l'archidiaconé de Poher au diocèse de Quimper.

3. Adelstan devint roi d'Angleterre à la mort de son père Edouard en 924 ; il mourut le 27 octobre 940 (Fl. Wig. chron., Pétrie, livre cité, p. 572-574).

4. Ce ne fut pas dès 919, mais après 924, date de l'avènement d'Adelstan, et plus exactement en l'année 931, qu Alain, après plusieurs essais infructueux pour chasser les Normands de Bretagne, quitta son pays et se réfugia en Angleterre à la cour du roi Adelstan. Ce fait a été mis en lumière par M. Lair, dans son édition de Dudon de Saint-Quentin, p. 71 et 185.

[c. xxvii, an. 907-919] NAM NE

qtiem Alanum ex filia Alani Magni, Britonum ducis, genuerat, et quem ipse rex Angliae Adelstannus jam prius c exlavacro sancto susceperat.

Ipse rex pro familiaritate et amicitia hujus regenerationis magnam in eo fidem habebat.

Pauperes vero Britanni terrain colentes sub potestate Normannorum r e m a n s e r u n t absque rectore et defensored.

Deinde quomodo isti Normanni furiosi, per fluvium Ligeris cum ingenti strepitu navium ascendentes, ceperunt urbes Namneticam, Andegavinam, Turonicam ac etiam Àurelianensem, dévastantes ecclesias et incendentes monasteria, vicos et castella, non est silendum, sed sicut inpluribus relationibus1 didicimus, posteris nostris notificare6 voluimus.

XXVII. — c) jam prius desunt desunt A. — e) Deinde quomodo ii voluimus desunt D.

Pohel avecques innumbrable multitude de Bretons, et s'en alla au roy d'Angleterre, Aauscence, et avec lui mena son fils nommé Allain, qui dempuix fut senrnommé Barbetorte, lequel il avoit engendré de la fille du duc Allain le Grant, et lequel iceluy roy Aauscence ja paravant avoit levé du saint fons de baptesme. Et pour ceste amittié et familliarité de ceste régénération avoit grant foy en lui. Mais les pouvres Bretons cultivans la terre demourèrent soubz la puissance desNormans. D'illecen après ceulx homes forcenez, montans par le fleuve de Laire, avecques grant flote de neffs prindrent la cité de Nantes, Angiers et Tours jucques à Orléans, dégastans et ambrasans églises, moustiers, villes et chasteaux (F, f° 129 r°).

D. — d) absque rectore et defensore ti Normanni etc. us que ad notificare

1. Le récit, que le chroniqueur de Nantes annonce ici et qu'il dit avoir emprunté à d'anciennes relations, n'a été conservé par aucun manuscrit. Le Band en a fort heureusement fait une traduction, qn il a insérée dans l'une et l'autre de ses rédactions de Y Histoire de Bretagne et F). Ces deux rédactions n'offrent pour tout ce récit que des variantes de peu d'importance, preuve que Le Baud a traduit avec exactitude le texte latin.

CIIRONICON

[c. xxviii, an. 919]

Et premièrement avant toutes autres choses envaïrent1 la cité de Nantes, qui au temps de lors n'avoit nul bon deffenseur sinon les petiz hommes encores demourans des premières pestillences.

Si la prindrent toute fors le chasteau à l'environ de l'église qui avoit esté fait pour la crainte d'eulx2 et en icelui s'en estoient fuiz touz les citoyens grandement espoventez, fors ceulx que ilz avoient clesjà prins chiétifs et ceulx qu'ilz avoient détruncé par glayve, afïîn que d'eulx mieulx et plus fort se cleffendeissent; mais ilz leur peurent petitement résister, et toutesfois, en se deffendant

Si assaillirent lesdits Normans la cité de Nantes qui n'avoit en ce temps nul deffenseur, sinon petits hommes demourez des premières pestilences, et la prindrent fors le chasteau, qui pour la peur d'eux avoit esté faict, auquel tous les citoïens fuirent, fors ceux qu'ils avoient jà prins ou occis, afin qu'ils se peussent mieux deffendre; mais ils ne leur peurent résister. Toutesfois, celuy jour, se deffendirent-ils vertueusement et se sauvèrent jusques à la nuit. Si s'en retournèrent les Normans las à leur navire, quand le soleil fut couché, afin qu'ils mangeassent et se récréassent, espé-

Page 1