XXVIII. E F
1. Cette invasion des Normands dans la Loire, au temps de l'évêque de Nantes Adalart, est certainement celle que Flodoard mentionne dans ses Annales en 919. Une charte du Gartulaire de Redon (p. 228) signale la présence des pirates à cette époque sur les bords de la Loire. Le récit du chroniqueur de Nantes, emprunté, comme il le dit, à une ancienne relation, offre cet intérêt qu'aucun autre annaliste contemporain n'a raconté en détail la marche suivie par la flotte danoise. Notre chroniqueur a ajouté à la fin de ce chapitre le récit d'un épisode, relatif à un combat entre Normands près de Nantes, qu'il a probablement extrait de la vie de saint Convoion (cf. dom Bouquet, VII, 364). Cet épisode est de Tannée 856 et non de 919.
2. On a vu précédemment que ce château avait été construit vers l'an 900 par l évêque de Nantes, Foucher (p. 78).
[c. xxvin, an. 919] NAMNETENSE
celui jour par grant force, se sauvèrent touz jucques à la nuyt, et les Normans grandement lassez, quant le souleill fut cousché, s'en retournèrent à leur navire, affin que ilz prenseissent leur viande et se récréassent, espérans le landemain prendre le chasteau avecques touz ceulx qui le deffendoient ; et les Nantays, espoventez pour la grant multitude de ceulx cruelz Normans, prindrent à menuyt les ournemens de l'église et toutes les choses qu'ilz porent porter et s'en fuirent touz ès lieux où ilz porent estre asseur, et s'en fuit Adalardus, l'évesque, avecques tous ses clercs jucques en Bourgogne ; et les Normans au bien matin descendirent de leurs neffs et parvindrent au chasteau, où ilz ne trovèrent nulz de touz les citoyens. Si entrèrent en l'église, jà moult de foiz par eulx destruitte, et tout ce que estoit illecques demouré des despoulles et des aournemens portèrent à leurs neffs ; puix misdrent le feu en la couverture de l'église, laquelle ilz embrasèrent du tout, et les murs du chasteau
rans le lendemain prendre ledit chasteau avecques ses deffendans. Mais les Nantois, espouvantez par la grand multitude d'eux, prindrent les ornemens de l'église et toutes les choses qu'ils peurent porter, et s'enfuirent chacun où il peut. Et alla l'évesque Adalart avecques ses clercs en Bourgoigne. Et les Normans au matin descendirent de leurs nefs armez et retournèrent au chasteau ; mais ils n'y trouvèrent rien. Si entrèrent en l'église et emportèrent à leurs nefs les despoïlles et les ornemens qui y estoient demeurez ; puis mirent le feu en la couverture de l'église et la bruslèrent, et aussi dérompirent les murs du chasteau. En après, montèrent ces Normans par Loire et entrèrent au fleuve de Mayenne, et, quand leur veneue fut entendue par les Angevins, ils fuirent et délaissèrent la cité, à laquelle allèrent lesdits Normans, et bruslèrent les églises et ladite cité, ravissants les despouilles qu'ilz y trouvèrent. De là nagèrent jusques à Tours et la dissipèrent en semblable manière qu'ils
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dérompirent. Ces choses ainsi faittes, nagièrent les Normans contre mont Laire et entrèrent on fleuve du Mainne ; pour quoy les Angevins qui ceste chose ouïrent s'en fuirent et délaissèrent leur cité, à laquelle allèrent ces homes diabolicques, et fortraïrent les despouilles qu'ilz y trouvèrent et embrasèrent les églises et toute la cité. Puix d'ilecques en après montèrent es neffs et nagièrent jucques à la cité de Tours, laquelle ilzdestruisirent en semblable manière qu'ilz avoient tait Angiers, et d'ilecques se départans et nageans, montèrent jucques à Orléans ; h l'encontre desquelx les Aureliénoys s'eslevèrent et appareillèrent leurs armes pour soy defFendre, et toutesfoiz grandement espoventez de veoir celle inumbrable multitude de Normans leur donnèrent grans sommes de peccunes et par ceste voye délivrèrent eulx et leur cité de leurs mains. Lesquelles richesses prinses et saisies, descendirent par le chanel de Laire, chargez de grans despouilles jucques à l'isle de Bièce, située près les murs de
SICON [c. xxvïii, an. 919]
avoient fait Angers. Puis après allèrent nageant jusques à Orléans, contre lesquels les Orléanois s'eslevèrent et s'appareillèrent deffendre : mais après, véants la grand multitude desdits Normans, ils eurent peur, et leur donnèrent grands pécunes :
par quoy ils délivrèrent eux et leur cité. Lesquelles pécunes receues par lesdits Normans, ils descendirent chargez de grandes richesses jusques à Bièce, une isle située près les murs de Nantes :
et ainsi qu'ils y séjournèrent survincirent autres Normans avecques grand abondance de nefs, qui leur demandèrent la moitié de toute la rapine leur être distribuée, autrement ils feroient bataille contre eux; ausquels les premiers moult contristez respondirent qu'ils ne leur en bailleroient nulles, ains se deffendroient d'eux.
Et adonc prindrent les derniers Normans leurs armes, et assaillirent les premiers, qui tout le jour leur résistèrent aigrement ; mais, comme le soleil se fust jà caché, s'enfuirent les premiers délaissants leurs pécunes et leurs nefs, et périrent tant
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des premiers que des derniers bien les deux parts. Les derniers toutesfois qui demourèrent victorieux prindrent les nefs et les despouilles, et par le fleuve de Loire s'en allèrent en la basse Bretagne (E9 p. 128 et 129).
[c. xxix, an. 919-937]
Nantes \ et, ainsi qu'ilz demouroient illee, seurvindrent grant habundence d'autres neffs chargées de Normans, qui leur requirent que ilz leur distribuassent la moitié de toute la rapine qu'ilz avoient prinse, ou autrement ilz feroient bataille avecques eulx. Laquelle chose ouye, les premiers Normans grandement atristez respondirent qu'ilz ne leur donneroient nulle partie de leurs choses, mais se deffendroient d'eulx vigoreusement. Et adonc les derroins Normans prindrent leurs armes et combatirent contre les premiers, qui tout le jour aigrement leur résistèrent. Et toutesfois, comme le souleill se couschoit, s'en fuirent les premiers délaissans toutes leurs proyes et navires, et périrent tant des premiers que des derroins les deux pars. Mais les derroins, qui estoient démolirez victeurs, substraïrent toutes leurs nefFs, peccunes et despoulles, et par le fleuve de Laire retournèrent plus avant en Bretaigne (F, f° 129 r° et v°).
Civitas autem Namnetica Et la cité de Nantes desine ullo habitatore vacua et moura vuide et par long