‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 90 sur 117 · XXX. A DE F · texte numérisé non relu

XXX. A DE F

Et Al lainBarbetorte, quand il eut vaincu tous les Normans et chassé de toutes ses contrées, entra en la cité de

1. Les trois combats, livrés par Alain contre les Normands, àDol, à Saint- Brieuc et à Nantes, appartiennent à Tannée 937. Flodoard, dans ses Annales, fait allusion à ces diverses victoires des Bretons : Brittones ad sua loca posi diutinam regressi peregrinationem, cum Nortmannis, qui terram ipsorum contiguam sibi pervaserant, frequentibus dimicant preliis, supeviores pluribus existentes , et loca pervasa recipientes . (Flodoard, ad ann. 937). Sur le combat de Nantes, voy. dans Séance publique de la Société académique de Nantes (Nantes, 1825, in-8, p. 77 à 88), un article intitulé : Sur le champ de bataille oh Alain Barbetote défit les Normands.

2. Ce ne fut qu'à la suite d une victoire définitive, remportée sur les Normands le 1er août 939 par le duc Alain, Bérenger, comte de Rennes, et Hugues, comte du Mans, que la Bretagne fut entièrement délivrée de ses envahisseurs. Ce combat eut lieu à Trans (Ille-et- Vilaine, arr. Saint-Malo, canton de Pleine-Fougères) ; pendant longtemps, ce fut une coutume en Bretagne de célébrer le 1er août l'anniversaire de cet événement (cf. Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 134 et 138). Flodoard, à l'année 939, mentionne cette bataille : Brittones, cum Nortmannis confligentes , Victoria potiuntur, et quoddam Nortmannorum castelluni cepisse ferunlur.

hem Namneticam, a pluribus annis desertama, et ad ecclesiam beatorum apostolorum Pétri et Pauli mucrone suo cum omnibus suis Britannis viam faciens, veprium spinarumque resecando densitatem, perveniensque ad ecclesiae introitum, ejus parietes dirutos sine ulla tectura reperit. Oransque ipse atque alii Britones, socii sui, unanimiter apostolorum suffragia , condolentes deplanxerunt eorum ecclesiae pulchritudinis indicia. Perspectisque intus et foris 1 totius urbis commoditatibus, voluit ibi Alanus sedem suam principalem facere, mandansque omnibus Britannis ut victualibus onerati sibi b Namnetis occurrerent, praecepit eis terrarium magnum in circuitu ecclesiae facere, sicut munis prioris castri steterat : quo facto, turrem principalem faciens seuc reficiens, in ea clomum suam constituit.

ICON [c. xxxi, an. 939-940 circa]

Nantes^ p. 133), quiparpluseurs ans avoit esté déserte, puix alla à l'église de Saint- Pierre et de Saint-Poul avecques touz les siens, faisans voyes à leurs espées, et transchans les espines et les ronces, qui par touz les lieux de la cité estoient creues, mais, corne il fut parvenu devant l'entrée de l'église, il trouva les apparoiz dérompuz sans nulle couverture. Icelui Allai n et ses compaignons déprièrent de ung mesrae accord les suffrages des apostres (Fy f° 131 r°), plaignant grandement la beauté de ladite église qui estoit détruite, laquelle ils cognoissoient par ses indices. Et quand Allain eut regardé les rues, les marchez et les commoditez de toute la cité, il voulut y faire son siège principal, et manda à tous les Bretons qu'ils allassent à luy à Nantes chargez de vivre ; et, quand ils y furent, il leur commanda qu'ils fissent un grand terrare au

XXX. — a) pluribus annis desertam desunt D. — b) civitati D. — c) faciens seu désuni D.

1. Le Baud traduit ces mots par « les rues et marchés ». Le manuscrit qu'il avait sous les yeux portait vicis et foris au lieu de intus et foris.

[c. xxxi, an. 940 eirca] NAMNETENSE 93

circuit de l'église, comme le mur du premier chasteau avoit esté; lequel accomply, il refist la tour principale, et constitua sa maison dedans (E, p. 133).

Audientes autem comités, vicecomites et mathiberni, per plures regionesa fugitivi et aclhuc tune temporis superstites, quod idem Alanus dux et dominus totius Britanniae erat, fugatis et devictis Normannis, accurrerunt illi valde laetificati ; inter quos vero Ilostronusb, britannus0, Sancti Pauli Leonensis episcopus1, occurritd. Cui Alanus

Quand les comtes de Bretagne, les vicomtes et les barons, qui encores estoient fuïtifs et demourants par plusieurs régions, oïrent qu'Àllain Barbetorte, neveu du duc Allain le Grand, estoit prince et seigneur de toute Bretagne et avoit chassé les Normans, ils accoururent moult joyeux à luy ; entre lesquels y vint Hoctron, évesque de Sainct-

XXXI. A D E F. — a) per plures regiones desunt D. — b) Hoctronus D. — c) deest D. — tl) deest D.

1. Hesdren eut pour successeur, comme évêque de Saint-Pol-de-Léon, Conan, qui mourut quelques années plus tard, vers 945 (cf. Létald, Miracula S. Maximini, Migne, P. L., t. 137, col. 809). Dans le même temps, Hesdren, devenu évêque de Nantes, est signalé avec Wicohen, archevêque de Dol, Blinlivet, évêque de Vannes, Salvator, évêque d'Alet, Jean, abbé de Landévennec, Bérenger, comte de Rennes, Hocl et Guérech, fils du duc Alain, et un grand nombre d'autres seigneurs bretons, comme formant l'entourage du duc de Bretagne, Alain {Cartulaire de Landévennec, dans la Collection des Documents inédits, Mélanges Jiistoriques, t . V, p. 562- 564). — Les historiens bretons ont généralement cru qu'il y avait eu à cette époque deux évêques de Nantes s étant succédé à quelques années d'intervalle, l'un nommé Hoctron, qui serait celui dont il est ici question, le second, Hesdren, connu par plusieurs autres documents. M. l'abbé Duchesne a récemment conjecturé qu Hoctron et Hesdren n étaient qu'un seul et même nom (Catal. épiscop. de la prov. de Tours, p. 74, note 3). On peut aujourd'hui regarder cette conjecture comme un fait certain. La cause de la confusion provenait d'une mauvaise leçon du manuscrit que dom Lobineau mit en œuvre pour son édition de la Chronique de Nantes. La forme Hoctronus est remplacée par Hostronus dans les meilleures copies de la Chronique de

94 CIIIÏ

dux anctoritate propria e ordinavit ut ecclesiam Namneticam invita sua regeret, quia defunctus erat Adalardusf, episcopus, cum suis clericis, exceptis quatuor canon ici s , videlicet Letardo, archidia- C0710, Ogerio, Hugone et Durando, cognomine Pabion%, qui, hoc ru more récupérationis audito, ad urbem Namneticam pervenerunt. Ipsi equidem, valde condolentes ecclesiae Namneticae dignitatem et suae pulchritudinis nobilitatem, quam oculis suis perspexerant, satis lacrimabiliter referebant, quod urbs tota Namnetica in potestate episcoporum steterat, et omnés ecclesiae intus et foris sitae, et terra tota ab ipso muro civitatis sita usque ad quinque leugas11, et omnes Ligeris insulae cum omni piscatione hune terminum continentes, exceptis curtibus et villis, per territorium Namneticum et per Andegavinum pagum consistentibus ;

ICON [c. xxxi, an. 940 circa]

Paul, auquel Allain concéda qu'il gouvernast l'église de Nantes durant sa vie, car Adalard l'évesque estoit mort [E, p. 133), avecques touz ses clercs, exceptés seullement Létard, archediacre, Ogier, Hugues et Durant, seurnommé Pabion, qui, entendans la rumeur de ceste recouvrance, parvindrentà la cité de Nantes, et, pleignans grandement la dignité de leur église et la noblesse de sa beauté, qu'ilz avoient regardée de leurs yeulx, rapportèrent par mémoire et déelairèrent les cens, rentes, possessions, terres, devoirs, privilèges, libertez et franchises de par avant appartenais à ladite église, et dont les chartes royalles estoient dépéries par l'oppression des Normans (F, f° 131 v°). Et divisa Allain, [selon ledit acteur,] le tribut du port de la cité, dont l'évesque par avant avoit une moitié, et l'ordonna en trois parties, desquelles il

XXXI. — e) auctoritate propria desunt D. — f) Atardus A. — g) videlicet Letardo, etc. usque ad Pabion desunt A ; addenda et sic restituenda sunt ex F. — h) leuias A; corrigendum esse leugas puto.

Saint-Brieuc. La légère différence, qui subsiste entre Hostroîius et Ilestrenus, s'explique facilement par une erreur de copiste.

[e. xxxi, an. 9i0 circa] NAMNETENSf

et de his omnibus canonici ecclesiae Namneticae ad eorum stipendia tertiam partem possidebant1. Et deinde Alanns Barbatorta proprietates episcopatus Namnetensis valde adminuit1, quia* theloneumNamnetense, unde episcopi medietatem habere solebant2, in très partes divisit :

sibi primamk partem retinuit, secundam episcopis concessit, et tertiam vicecomitibus et proceribus -, et simili modo ipsam urbem, quam episcopi usque tune ex pristinis tem-

poribus in proprietate sua tenuerant, totam1 in très distribuit partes. De qui bu s pars episcoporum usque in ipso muro civitatis satis evidenter ab Aquilone terminata apparet, et juxta Sanctae Mariae cancellum3 per quemdam vieulum m descendit 11 usque ad portam Carariam4, quae post porticulam episcopalem secunda ad austrum habetur. Terras vero, quae

retint la première à luy, la seconde donna à l'évesque, et la tierce aux vicomtes. Et semblablement divisa la cité en trois, dont il bailla audit évesque l'une, qui estoit terminée au mur par devers Acquillon jusques au port Tararie et aux prez où la Vierge Marie, quand il eut soif, luy ouvrit la fontaine, et les autres deux parties distribua à ses chevaliers [E, p. 133).

XXXI. — i) adminuerat A. — j) cum suis clericis, exceptis quatuor canonicis, videlicet Letardo archidiacono, etc. usque ad valde adminuit quia désuni D. — k) unam D. — 1) quam episcopi usque tune, etc. usque ad tenuerant totam desunt D. — - m) vinculum A ; vieulum legendum esse videtur. — n) et juxta Sanctae Mariae, etc., usque ad descendit desunt D.

1. Au soin que prend ici le chroniqueur de Nantes d énumérer, non sans exagération, tous les anciens droits et les possessions de l'évêque et des chanoines de Nantes, on peut présumer qu il était lui-même membre du Chapitre de cette cité.

2. La moitié du tonlieu de la ville de Nantes avait été accordée à l'évêque Actard en 857 par le duc Erispoé (voir plus haut, ch. xiv).

3. Il faut, je crois, entendre ici par cancelius Sanctae Mariae l'église même de Notre-Dame (voir Glossaire de Du Gange au mot Cancelius). Sur l'église Notre-Dame de Nantes, cf. abbé. Travers, Histoire de la ville et du comté de Nantes, I, 161.

4. « La porte Gharière était entre le château d'aujourd'hui et la Tour du « Mûrier » (abbé Travers, ibidem, I, 158).

96 CHRONICON fc. xxxn, an. 912 circa]

per territorium Namneticum jnris ecclesiae Namnetieae et episcoporum steterat, militibus suis distribuât, exceptis quibusdam parochiis eidem0 ecclesiae Namnetensi dimissisp, videlicet 1

Iste dux Alanus fuit vir potens ac valde adversus inimicossuos belligerator fortis, habens et possidens omnem Britanniam, fugatis inde Normannis, sibi subditam a, et Redonicum pagum et Namneticum, et etiamtrans Ligerim Medalgicum, Teofalgicum et Herbadillicum ad se retinuit et recuperavit, ac de ipsis locisb cura comité Pictavensi, Guillelmo, cognomento Caputde Stupis2, finem fecit, sicut ipsi pagi terminant, id est a flumine Ladionis4, in Ligerim descendente,

Ce duc Allain [selon ladite chronicque de Nantes] fut puissant et grand batailleur à l'encontre de ses ennemis, et, après ce qu'il eut chassé les Normans, eut toute Bretagne sujète, et le païs de Rennes et celuy de Nantes, et mesmement, outre Loire, Maulge, Thiffaulges et Herbauges , dont il fist fin et division avecques le comte Guillaume dePoictiers, surnommé Teste d'Estoupes , ainsi que les Bretons 6 le démontrent :

c'est à scavoir du fleuve Ladion descendant en Loire jus-

XXXI. — o) ejusdem A ; eidem corrigendum esse puto. — p) quae post porticulam, etc., us que ad dimissis videlicet desunt D.

XXXII. A DE F. — a) fuit vir potens, etc., usque ad subditam desunt D. — b) ad se retinuit et recuperavit ac de ipsis locis desunt D ; pro his ver bis D habet : de quibus.

1. Le manuscrit A offre ici une courte lacune que ni la traduction de Le Baud (E et F), ni l'édition de D. Lobineau (/>), ni aucun autre manuscrit actuellement connu ne permettent de combler.

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