‹ La chronique de NestorChapitre 2 sur 43 · NOTICE · texte numérisé non relu

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On ne peut nier que la science historique ne soit redevable aux assemblées monastiques des travaux les plus importans; cependant, depuis un demi-siècle surtout, que n'a-t-on pas dit de Fignorance des moines? Sans avoir Fintention dejn'établir ici leur panégyriste et d'excuser ce que les monastères purent offrir de blâmable , je ferai un-reproche a Fépoque actuelle de son aveugle injustice envers des établissemens auxquels la France est redevable de tant de belles découvertes ei de précieux ouvrages. Parmi tous les prétendus littérateurs que le mot de moine ou de cowi^ent fail rire, il en est peu qui se croient obligés de réfléc^iir sur Forigine des congrégations, d'en étudier Fesprit et la dpctrine. On ne fouille plus dans les archives, on ne lit plus les chartes des monastères, on ne suit plus les réformes et les travaux auxquels se sont soumis les cénobites des cloîtres : en un mot, on ne sait plus dans quel but ces établissemens ont été fondés, le bien qu'ils ont produit, l'avantage qu'en a retiré la société. On a recueilli studieusement les

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noms de tous les hommes corrompus que produisirent les assemblées monastiques : mais comparez-en le nombre avec celui des bienfaiteurs de l'humanité^ des écrivains célèbres^ des grands hommes en tout genre 'qui en sortirait égaleaient^ et vous verrez de quel côté penchera la balance.

n est vrai que rien dans nos livres modernes ne nous a mis sur la trace de la vérité, et, qu'à la honte de tous les écrivains qui se vouent au triste métier de calomniateurs du passé, il perce dans leur étrange et et superbe dédain pour 4es congrégations religieilses un défaut aussi grand d'instruction que de bonne foi. Ce n'est pas seulement dans les romans de Dulaurens et de Diderot qu'il faudrait aller chercher des notions sur les moines^ il faudrait savoir qu'il existe des sources plus graves et surtout plus pures. Il faudrait se résoudre à lire la GaUia christiana et les biogra^ phie^ ecclésiastiques, pour avoir une idée des travaux auxquels se sont livrés les cloîtres; il faudrait ouvrir les ouvrages des Mabillon, des Bouquet, des Mar^ terme, des Montfaucon et de tant d'autres savans religieux. Ces ouvrages, que les liseurs du jour, imbus des préjugés de la fin du xviii« siècle, vouent à l'oubli , mais auxquek les bons esprits reviendront toujours, donnent à la vérité d'autres leçons que la plupart des livres dont se surchargent les bibliodièques. On rencontre peu, en les lisant, les mots du vocabulaire moderne \ oh ne voit pas que leurs auteurs y fassent continuellement étalage di idées libérales et de sentimens patriotiques. Ces mots si sonores et si

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vides de sens pour ceux qi^ les emplment n'étaient pas autrefois proférés ^ mais on savait que les grands prin* cipes dont ils devmient être l'expression étaient profondément gravés dans l'esprit des écrivains : et làdessus, quoiqu'on en dise, la conviction» publique était unanime. Il n'y avait alors pour l'historien qu'une manière de prouver son amour pour la patrie t c'était de viser à inspire» au lecteur un profond re»»* pect pour les libertés, laborieuses filles du temps, tm attachement raisonné pour les institutions et les mœurs nationales. En proposant par«^fois le passé pour modèle, il ne rendait pas le lecteur impatient du présent, pour lui faire entrevoir un avenir de chi*mères et de mensonges : car alors, on ne saurait trop le dire, il y avait pour un historien un passé, un présent et un avenir. Aujourd'hui, fen appelle aux jeunes gens de bonne Toi qui lisent : que leur reste*t-il des leçons de leurs modernes professeurs ? Un grand mépris pour les institutions qui ont précédé l'ère libérale , des notions incertaines et contradictoires sur les monumens et les homm^ss d'autrefois ; en im mot, une ignorance profonde des véritables illustrations de notre belle France.

Pourtant il serait bientôt l'heure de faire justice de tant de calomnies et d'injures prodiguées par l'ignorance et la frivolité à des institutions, il est vrai, renversées, mais qui valurent à notre pays tant d'éclat et de prospérité. Il serait temps de reconnaître que le& élucubratiaas politiques de notre époque ne tiendront jamais lieu des travaux consciencieux d^s

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