AU ROY
Apportée par M. des Hayes Courmémiriy par la^ quelle il permet le commerce dans ses estais aux subjects du rojr. (7186 Ott 1629.)
Par la force et par la vertu de là très-puissante et trcs^saincte Trinité, qui remplit tout le monde et qui pourvoit à toutes choses^ qui console et qui a soing de tout le genre humain, qui donne la vie et qui faict subsister toutes les créatures par la grâce, par la puissance, par la volonté et par la bénédiction de ce grand Dieu , qui affermit les sceptres de ceux qu'il a éleus pour régir le monde, je commande et suis seul obéy avec applaudissement de tous, dans les terres immenses de la grande Russie, et dans plusieurs aultres provinces nouvellement conquises.
Nous, le grand seigneur, empereur et grand duc Michel Fédrowits, souverain seigneur et conservateur de toute la Russie, Vladimirie, de Moskow et de Novgorod, empereur de Cassan, empereur d'Astracan et empereur de Sibérie, grand seigneur de Pieskow, grand duc de Smolensko, Twersko etiugorie, de Permie de Vastchie et Bulgarie, et seigneur grand duc de Finfërieure Novgorod et de tous les duchés inférieurs de Tchernigisco , de Résame, de Rostof, de léroslavie de Beloséro, de livonie et Oudérie, de Obdérie, de Condora, seul obéy en toute la région septentrionale, seigneur des provinces de leversei, de Casalins et des Ingremiens, empereur des Gabardins, du Circassie, d'Igorie, et de plusieurs autres provinces seigneur et conservateur.
A très-illustre, très-haut et très-puissant grand seigneur Louis treize de Bourbon, par la grâce de TWeu roy très-chrestien de France et de Navare, et souverain seigneur de plusieurs autres terres.
Vostre royale puissance a envoyé vers notre grande puissance vostre ambassadeur, Louis, avec des lettres, et notre grande puissance a trouvé Éon qu'il fût ambassadeur vers nous : nous avons commandé que sa légation fust entendue, et avons voulu recevoir ses lettres signées de vostre main et contresignées de Loménie, dans lesquelles vous souhaitez que Dieu veuille faire prospérer nostre grande puissance, et tesmoigner qu'encore que nos estais soient éloignés des vostres, qu'ils soient séparés par plusieurs provinces , néantmoins , la renommée de nostre grande
puissance n'a pas laisse de parvenir jusques à yous : que vos prédécesseurs et les nostres ont cy-devant vescu en bonne amitié et parfaicte correspondance ^ et que de la mesme sorte vous souhaitez qu'il plaise à Dieu qu'à l'advenir la même amitié et correspondance s'establisse, en ce rencontre^ enti*e nos royales personnes : ce que nostre grande puissance désire extrêmement. Mais nous ne scavons à qiloi attribuer que nostre nom^ nos titres et nos qualités aient été oubliés en la lettre que vous nous avess escrite; tous les potentats de la terre^ le sultan des Turcs ^ le roi des Persans; l'empereur des^Tartares, l'empereur des Romains^ les rois d'Angleterre et de Danemarck^ et plusieurs aultres grands seigneurs, escrivans à nostre grande puissance^ m^ettent nostre nom sur les lettres, et n'oublient aucun des titres et des qualités que nous possédons. Nous ne pouvons approuver voslre coutume de vouloir estre nostre amy , et de nous desnier et oster les titres que le Dieu tout puissant nous a donné, et que nous possédons si justement^ que si, a l'advenir, vous désirez vivre en bonne amidé et parfaite cortrespondance. avec nostre grande puissance, en sorte que nos royales personnes et nos empires joincts ensemble donnent de la terreur à tout l'univers, il faudra que vous commandiez qu'ans^ lettres que vous nous rescrirez à l'advcînir, toute ta dignité de nostre grande puissance, nostre nom, nos titres et nos qualités soient écrites comme elles sont en cette lettre que nous vous envoyons de npstrè part : nous vous ferons le semblable en escrivant tous
VOS titres et toutes vos qualités dans les lettres que nous vous manderons^ estant le propre des amis d'augmenter plus tôt réciproquement leurs titres et qualités que de les diminuer ou retrancher.
Vostre royale puissance, escrît encore dans ses lettres que les grandes occupations que vous avez eues , tant à pacifier les troubles de vostre estât qu'a protéger et assister les princes vos amis et alliés^ ont empesché que vous n'ayez. plus, tôt correspondu aux témoignages d'amitié que uostrc grande puissance vous feit rendre en l'année de la nativité de Jésus- Christ, i6i5, par notre ambassadeur Ivan Condirovits, et qucî, à présent que vous avez remis soubs votre obéyssance plusieurs provinces et vaincu tous vos ennemys, vous nous avez voulu témoigner le désir que vous avez de vivre à l'advenir en bonne amytié et parfaite correspondance avec noti-e grande puissance , et nous avez voulu envoyer votre ambassadeur^ Louis dçsHayes, seigneur de Courmesmin, vostre conseiller et maistre-d'hostel ordinaire et gouverneur de Montargis, et luy avez commandé de nous faire entendre plusieurs choses qui regardent le bien commun de nos royaumes, et l'advantage de nos subjects^ et priez nostre grande puissance d'adjouster toute créance à votre dict ambassadeur. Toutes ces choses estant parvenues à la cognoisssance de notre grande puissance, avons commandé que vostre dict ambassadeur entrast en conférence avec les illustres seigneurs boyards de nostre conseil d'estat, Knèz Ivan Bonsovits Cercaçcki^ nostre cousin-germain, hé-
44o CHRONIQUE DE NESTOR.
ritier de Fempire de Casan et général de nos milices : Michel Borisovits ScKeim, gouverneur général de Smolensko^ Simon Vasilevitz Golovin Fedrovitz, Likatzoph et Japhin Telepne, nostre chancelier, ausquels nous avons donné ample pouvoir par escrit d'écouter sa légation.
L'ambassadeur de vostre royale puissance s'est trouvé avec lesdits bojars de nostre conseil, et leur a faict entendre le désîr que vostre royale puissance avoit de vivre a l'advenir en bonne amitié et bonne intelligence avec nostre grande puissance : pour laquelle mieux affermir, vous souhaittez que la même correspondance se rencontrast encore entre les sub- ]ects de nos empires les Russiens et les François; que vous permettiez à tous nos subjects de trafficquer dans les terres de vostre obéyssance, et desirez pareillement que nostre grande puissance trouvast bon que les François, vos subjects, pussent traficquer en toute liberté dans lesdictes terres de nostre empire, s'habituer dans^les villes qu'ils jugeroient propres pom* faire leur commerce, sortir sans empeschement de nos estats quand ils voudront ; que nostre grande puissance deschargeast lesdicts marchans françois de l'impôt que les marchandises doivent à notre thrésor : que lesdicts marchans françois peussent vivre en liberté de conscience, et tenir près d'eux tels prestres ou religieux de la foy romaine que bon leur semblera^ que nos juges et officiers ne peussent prendre cognoissance des différens entre lesdicts marchands françois : que nous leur permissions estre Jugés par
Fun d'entr'eux et de trafficquer avec les Tartares, Persiens et aultres marchands estrangers...
Toutes lesquelles choses ayant été rapportées à nostre grande puissance^ par Tadvis de nostre sainct père le grand seigneur Phelaret-Niquitis, patriarche de toute la Russie et des principaux de nostre empire , nous avons commandé aux bojars de nostre conseil susnommés^ de faire entendre à vostre ambassadeur que nous acceptions volontiers l'offre que vostre royale puissance nous faict^ de vivre k Fadvenir en bonne amitié et parfaîcte correspondance avec vostre grande puissance^ et que de nostre part nous contribuerons toujours ce qui nous sera possible pour la continuer et perpétuer entre nos successeurs.
Nous permettons aussy à tous François, subjects de vostre royale puissance, de venir trafficquer en nostre empire sans aucun empeschement, tant par mer à Ârchangel, que par terre a Novgorod, à Pleskow et a Moskow.
Leur donnons liberté de traitter et faire leur commerce avec tous nos subjects, en payant seulement a nostre trésor deux pour cent d'imposition : nous accordons aussi à tous les marchans françois^ vos subjects, de vivre en liberté de conscience dans nostre empire 5 de faire profession de la foy romaine, et de tenir près d'eux des prestres et des religieux pour les administrer, mais nous ne scaurions permettre que publiquement dans nostre empire, l'exercice de la religion romaine se face, de peur de scandale.
Quant à ce qui regarde la justice, nous interdirons
à nos juges de prendre aucune cognoissance des différends qui surviendront entre les marchands françois, vos subjects : mais si un françois a quelque différent avec nos subjects, nous entendons que nos juges en aient connoissance.
Nous offrons à vostre royale puissance de contribuer ce que nous pourrons, pour le bien de vos affaires, et donnerons libre passage aux chevaux et vivres, aux ambassadeurs et courriers que vous désirez faire passer à Fad venir par nostre empire, pour aller en Tarlarie ou en Perse, ainsi que nous avons* faict présentement à vostre ambassadeur.
Quant aux marchandises de Perse et de FOrient, nous les ferons distribuera vos subjects, affîn que d'autant plus volontiers ils viennent irafiicquer en nos estats, àsi bon marché, qu'ils n'auront pas occasion de les aller chercher ailleurs j; et en toutes choses nous favoriserons vos subjects, affin que d'aultant plus volontiers ils viennent trafficquer en nosdits estats et empire.
Nous renvoyons vostre ambassadeur, Louis, sans le retenir davantage, aflSn qu'il rende conte à vostre royale puissance de nos bonnes intentions, tant envers vostre royale personne qae pour le bien de vos estats et royaumes. Nous prions pareillement vostre royale puissance de nous conserver toujours en son amitié et fraternelle bonne volonté.
Escrit en nostre maison impériale de la ville de Moskovf, le douzième du mois de novembre, l'au 7i38 (c'est 1629) (^).
PIECES IHPORTA^TES.
NOTES
(i) MikhailFëodoroyitch (Romanofi), élu tzar à l'âge de 16 ans par let états assemblés à Moscou , était d'une famille prussienne établie eu Russie sous le règne d'Ivan II. Sou père, Féodor, que le tzar Boris Godounof avait contraint d'embrasser l'état monastique, fut, plus tard, élevé k la dignité de patriarche. Mikbail donna tous ses soins à rendre la paix k la Russie agitée, depuis long-temps, par de funestes dissentions. Il mourut d'u n coup de sa ng en juiUet i645, âgé de 49 ans, après un règne de 89. Ou voit, par les pièces curieuses que nous publions ici, que ce prince, ami de la paix, tout en s'occupant du soin de faire fleurir le conunerce dans son- pays, savait faire respecter le nom russe et la dignité de sa couronne.
(3) Ces négociations de 161 5 et de 1629 ont été complètement ignorées des historiens : Lévesque, Leclerc, non plus que les écrivains russes, n'en ont eu soupçon. Ce n'est pourtant que deu^ ans après la mission de Dehayes, sieur de Courmémin, qu'eut lieu l'ambassade de Roussel et de Talleyrand, marquis d'Exideuil, dont parle Oléarius. ITotts ajouterons que ces pièces du règne de Mikhail Romanoff n'étant mentionnées nulle part, non plus que celles qui précèdent, nous avons cru, en les donnant ici , ajouter quelqu'intérét à notre publication et la recommander plus vivement à la bienveillance du lecteur.