‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 26 sur 198 · PROLÉGOMÈNES XXXIII · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES XXXIII

tra plus prudent encore. Les exceptions et les privilèges heurtaient sa passion d'égalité et de justice. Son sens d'homme d'État lui montrait qu'il y allait des revenus du Trésor, lequel avait grand besoin d'argent, et du recrutement de l'armée, laquelle avait grand besoin d'hommes. Gratien, lui, ne semble pas même avoir soupçonné les hauts motifs de la sévérité de son père en cette matière. Il rouvrit largement, sans réfléchir, sans examiner, uniquement pour faire plaisir à certains de ses amis, les issues — non, c'est les plaies qu'il faut dire — par lesquelles s'échappait la substance vitale de la république. Il était bien trop frivole pour s'apercevoir que l'État prenait de plus en plus l'aspect d'un squelette anémique et atrophié en face d'une Église grosse, grasse, fraîche et, à vue d'oeil, grandissante.

11 est difficile d'admettre que cela n'ait pas été compris par le personnel administratif. Mais tout ce qui se faisait en réaction contre le précédent règne était bien accueilli. Et cependant, si les tracasseries religieuses, tristement acharnées en Orient, semblaient avoir pris fin; si la frontière présentait une sécurité complète; si la tranquillité et la prospérité paraissaient assurées, c'est bien à Valentinien qu'on le devait. Plus que tous les autres pays d'Occident, la Gaule avait tiré profit de cette politique. Les Flaviens, du premier au dernier, surtout le dernier et le premier, Julien et Constance Chlore, avaient été pour elle de bienveillants patrons. Au n*' siècle déjà, on disait « riche comme un Gaulois ». Mais, après eux, on aurait pu répéter, et avec plus d'exactitude, que « les sources de la richesse sortaient de ce pays et se répandaient sur toute la

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terre » '. L'industrie, les lettres, les arts, étaient venus couronner une admirable fécondité agricole. La vie matérielle et intellectuelle y revêtait un extraordinaire éclat. L'aimable et spirituel Julien paraît avoir préféré deux villes : Athènes déchue où il résumait toutes les gloires de Thellénisme, Lutéce naissante, « sa chère Lutèce^, » dont ce premier des Parisiens semblait entrevoir les hautes destinées dans les brumes de l'avenir (cf. t. I, p. 90). Quelques années plus tard, et sous l'influence du régime libéral qu il a inauguré et que Valentinien a maintenu, les écoles gauloises resplendissent de la Garonne au Rhin, de Bordeaux et de Toulouse à Trêves. Paulin et Sulpice sont de parfaits spécimens de l'éducation distinguée qui s'y donnait « analogue à celle des gentlemen anglais; elle devint pour ainsi dire en Occident le privilège des Gallo-Romaîns » ^ Gratien vint encore ajouter à cet éclat de la culture littéraire les avantages de l'opulence pour les professeurs. Un rescrit de 877 fixe les appointements que chaque métropole devra fournir aux professeurs de lettres latines et grecques, et ces appointements sont une fortune 4. Il est certain que dans sa

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