PROLÉGOMÈNES XXXV
première période le gouvernement de Gratien semble animé dun large souffle humaniste. Les mesures « cléricales » mentionnées plus haut ne s'aperçoivent pour ainsi dire pas à côté des lois qui relèvent la condition des médecins ou archiatres; qui visent à diminuer la dureté du droit criminel; qui rendent de l'importance à l'élément civil, que Valentinien avait sacrifié à l'élément militaire; qui enfin se préoccupent de protéger les anciens monuments contre la stupide avarice dçs démolisseurs '. Si la liberté des hérétiques est insuffisamment respectée, celle des partisans de l'ancien culte est complète. Il se pratique librement, publiquement, pompeusement, avec les subsides de l'État. Dans un document déjà cité plus haut et qui date de Tan 879, Ausone, remerciant Gratien qui Tavait nommé consul, le loue de se montrer indulgent pour « l'erreur humaine », c'est-à-dire pour le polythéisme ^. Un acte souverain rendit hommage au talent et à l'éloquence du païen Libanius, l'ami dévoué de Julien. Telles sont les circonstances au milieu desquelles notre troisième porphyrogénète apparaît dans toute sa gloire.
L'empire chrétien avait déjà derrière lui plus d'un demi-siècle d'existence. Le moment est remarquable. L'oncle Valens vient de disparaître à Andrinople dans le désastre d'une lutte contre les Goths. (Cf. infra, p. 252.) Gratien est le maître unique de VOrbis
1. Cf. Codex Thêodosianus : pour les médecins, XIII, 3, 12; — pour les lois criminelles, IX, i, i3; 6, i, 2; iQt 4» 35, 2, 3; — pour le sénat, I, i5, 7; — pour les monuments, XV, i, 19.
2. « Induig^ntitsime doctt securitas erroris humani. > (Ausone, Gratiarum Aetio,)