Le 1" octobre
conte de Charrolois ala lendemain veoir ledit duc de Clocestre à son hostel, pour lui complaire et faire compaignie, acompaigné d'aucuns seigneurs de son conseil. Mais quant il vint en la chambre dudit duc, icellui aiant l'espaule tournée vers lui, parlant à aucuns de ses Anglois, point ne se prépara à faire révérence à icellui conte comme il appartenoit, et encores ce qu'il en fist fut en brief, disant : « Bien veignant beau cousin, » sans venir à l'encontre de lui , ains parla grant espace ausdiz Anglois. Dont ledit conte de Charrolois, non obstant sa jeunesse, n'en fut pas bien content, combien que pour le présent n'en montrast nul semblant.
En après, le duc de Bourgongne estant à Calais fui très instamment requis du roy d'Angleterre qu'il se
) voulsist déporter d'estre en aide au roy de France à rencontre de lui , par condicion qu'il partiroit à aucunes des conquestes qu'il feroit en France , et avecques ce ledit roy d'Angleterre lui promectroit de riens entreprendre sur toutes ses seigneuries, ne de ses aliez et bien vueillans. Laquelle requeste ne lui fut point accordée par ledit duc. Mais les trêves qui paravant
, avoient esté accordées par ledit duc et par lui, furent lors ralonguées jusques à la saint Michel l'an mil quatre cens dix-neuf. Et avecques ce , comme je fuz informé, ledit duc de Bourgongne releva et fist hommage audit roy d'Alemaigne de ses contez de Bourgogne et d'Alos. Et après qu'il eut séjourné en la ville de Calais et besongné et fait ce pour quoy il y estoit aie, prenant congié au dessusdit roy, s'en retourna à Saint- Omer, et pareillement s'en retourna ledit duc de Clocestre, de Saint-Omer en la ville de Calais.
i04 CHRONIQUE [1446]
Pour lequel voyage ainsi fait par ledit duc de Bourgongne , le roy de France et son conseil furent moult esmérveillez, et tenoient véritablement que icellui duc se feust du tout alié avec le roy d'Angleterre ou préjudice du roy de France et de sa seigneurie.