‹ La chronique (volume 2)Chapitre 116 sur 205 · CHAPITRE GLXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLXII

Comment le duc de Bourgongne ala à Valenciennes devers le Daulphln , beau-fîlz du conte de Haynnau, et les seremens qu'ilz firent l'un à l'autre.

Item , après le retour du duc de Bourgongne de la ville de Calais, le duc Guillaume conte de Haynnau envoya devers lui ses ambaxadeurs lui requerre qu'il voulsist aler vers son beau-filz le Daulphin *, laquelle requeste il refusa pour ce que par plusieurs foiz il avoit envoyé en Holande devers le duc Guillaume, son beau-frère, en lui requérant qu'il amenast ledit Daulphin par deçà, ce que point n'àvoit voulu faire à sa première requeste. Toutesfoiz ledit Dauphin renvoya devers ledit duc de Bourgongne lectres escriptes de sa main par lesquelles il le mandoit qu'il alast devers lui à Valenciennes. Lequel duc promist au message de y aler, et y ala le xii* jour de novembre. A l'encontre duquel ala le duc Guillaume hors de Valenciennes l'espace d'une lieue, amenant icellui vers le Daulphin. Et lendemain furent faictes entre le Daulphin , le duc de Bourgongne et le duc Guillaume, les choses cy-après déclairées, en la présence de la dame de Haynnau, du

i. Jean de France. Il avait épousé, en 4404, Jaqueline de Bavière, fille de Guillaume de Bavière, comte de Hainaut.

conte de Charrolois et du conte de Conversent, et plusieurs autres notables chevaliers et escuiers et du grant conseil des trois parties.

Premièrement. Le duc de Bourgongne offry lui et son service à icellui Daulphin, jura et promist à servir le Roy, son père, et lui, de tout son povoir contre tous leurs adversaires. Laquelle promesse ledit Daulphin receut très-agréablement, et avecques ce jura pareillement et promist au duc de Bourgongne, ledit Daulphin, de lui aider, porter et défendre de tout sOn povoir contre tous ses adversaires et malvueillans à lui et à ses subjectz. En après ledit Daulphin requist très affectueusement audit duc de Bourgongne, qu'il aidast le Roy à garder et défendre le royaume contre ses ennemis d'Angleterre. Laquelle chose lui promist et jura ledit dut; de Bourgongne. En oultre requist ledit Daulphin aiMit duc de Bourgongne , qu'il voulsist ^ entretenir bonne paix oudit royaume. A laquelle requeste respondi le duc de Bourgongne, que ce fesoit-il ^ . «^ voulentiers et qu'il ne vouloit mal à quelque personne, "** mais vouloit tenir paix aux grans et aux petis, excepté le roy Loys. De laquelle response le Daulphin fut bien content, et promist audit duc de Bourgongne, que se il lui sembloit bon aucune chose estre à oster ou ad- ^ jouster en la p-aix derrenièrement faicte , que ce il feroit faire, tant au regard des choses passées devant ladicte paix, comme depuis. Après, lesdiz seigneurs et la dame de Haynau jurèrent et promirent audit duc de Bourgongne que de ce faire ilz fai'oient leur loyal povoir. Et avecques ce, jurèrent et promirent l'un à l'autre, ledit duc de Bourgongne et le duc Guillaume, en bonne et vraie fraternité , qu'ilz mectroient peine

et conseil à avoir bon gouvernement es personnes du Roy et du Daulphin, et que eulx deux s'entretenroient et porteroient l'un l'autre en leurs honneurs sans aucune division, tant en absence comme en présence, en exposant leurs personnes et leurs biens à entretenir les choses dessusdictes au prouffit et honneur de tout cedit royaume. Sauf que ledit duc Guillaume dist, que en tant que touchoit les guerres de France et d'Angleterre, ses prédécesseurs ne s'en esloient aucunement entremis, et pour ce n'avoit-il pas entencion de faire autrement qu'ilz avoient fait, pour doubte qu'il n'en venist aucun mal à ses pays. Et en après , promist ledit duc Guillaume audit duc de Bourgongne, qu'il ne mectroit point ledit Daulphin en la puissance d'aucune personne que tousjours il n'en feust bien seur, pour entretenir lesdictes promesses. Et avec ce promist que dedens quinze jours qu'il seroit devers la Royne, il manderoit le duc de Bourgongne pour avoir bon traictié et amitié avecques elle, pour le bien du Roy et de tout son royaume.

Et après toutes les promesses dessusdictes , le duc ^; de Bourgongne, à tout ses gens, s'en retourna à Douay.

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