Le 10 août
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fut moult courroucé. Et après qu'il eut là esté par aucuns peu de jours, s'en parti et s'en ala à Amiens, où il fut receu de ceulx de la ville moult honnorablement tant des gouverneurs d'icelle comme du commun , et crioit-on Noël par tous les carrefours où il passoit, et se loga en l'ostel de maistre Robert le Jeune, son conseiller. En laquelle ville, avant son partement, il ordonna nouveaulx officiers ; car le seigneur de Belloy fut capitaine, le seigneur de Humbercourt, bailli , Andrieu Clamel, procureur, et autres, chascun son degré, les mist à son bon plaisir.
Auquel lieu d'Amiens lui furent apportées lectres de par le Roy signées de sa main , lesquelles lui présenta messire Aubert, seigneur de Chauny et de Varennes, en lui disant : « Très noble prince et redoubté seigneur, comme il appert par les lectres du Roy nostre sire, il m'est enjoingt et commandé que je vous enjoingnisse et commandasse de par lui estroictement , tant comme je povoye, que vous laissiez le voyage que vous avez commencé, en donnant congié à vostre ost , et que vous retournez en vostre pays, et lui rescripvez pour quoy vous avez fait ceste assemblée oultre son commandement. » Auquel le duc de Bourgongne respondi de sa propre bouche : « Vous, dist-il, sire de Chaulny, se vous voulez ou ne voulez pas, vous estes de nostre lignage du costé de Flandres, mais néantmoins pour ceste légacion par vous faicte, en vérité à peu tient que je ne vous fais trancher la teste. » Et adonc ledit sire de Chauny moult esbahy de ces paroles se mist à genoulx, disant, en soy humblement excusant, comment il avoit esté contraint de par le Roy à obéir, en lui monstrant les instructions à lui
baillées de par le Roy et son conseil. Et avecques ce fut grandement excusé des chevaliers estans autour dudit duc. Pour quoy, aucunement s'appaisa et dist que par lui il ne envoieroit point son entencion au Roy, mais par ung autre il lui rescriproit. Et dist que rien ne feroit pour le mandement et défense du Roy, mais, à tout sa puissance, prestement il yroit à Paris devers lui, et lui respondroit bouche à bouche sur tous les articles à lui envoiez. Toutesfoiz ledit duc fist respondre à tous les articles de l'instruction à lui baillée devers le Roy, et ce bailla par escript audit seigneur de Chauny, et avec ce les noms de ceulx qu'il disoit estre traistres, estans en son conseil et de ses officiers, voulans iceulx destruire. Et fist promectre audit seigneur de Chauny qu'il les bailleroit es mains du Roy et non d'autre. Et quant ledit sire de Chauny eut besongné à Amiens, il s'en retourna à Paris devers le Roy.
S'ensuivent les articles de l'instruction baillée à messire Aubeit de Chauny, seigneur de Varennes, de par le Roy et son conseil, de ce qu'il a à faire.
« Premièrement. Il parlera au duc de Bourgongne en lui disant que le Roy et monseigneur le Daulphin sont moult esbahis des manières qu'il a tenues et encores tient vers le Roy et sa seigneurie, veu qu'il est son parent tant prouchain comme chascun scet , et à lui obligié par tant de manières que lui mesmes a tousjours dit et confessé en toutes ses lectres et escrips.
« Item. Et à déclairer ce que dit est, il lui remonstrera confiaument que ses gens et les subgetz de ses pays et autres, qui sont et se advoent de lui, font guerre
ouverte au Roy et à ses subjetz en prenant par assault et par siège les villes, chasleaulx et fortresses, et font toutes les cruaultez et inhumanitez par feu , par sang et autrement , que faire pourroient les ennemis d'Angleterre, et encores pis.
« Item^ lui remonstra [sic) comment ses gens et officiers prennent seremens des habitans des bonnes villes du Roy d'estre obéissans au duc de Bourgongne et avecques ce leur font défense de par lui que doresenavant ilz ne paient plus rien au Roy de ses aides ou redevances qu'ilz lui ont acoustumé de paier, laquelle chose veoir est moult merveilleuse et contre l'onneur, auctorité et seigneurie du Roy.
« Item , lui remonstra (^sic) en oultre .comment les choses dessusdictes, qui maintenant sont faictes par ledit duc de Bourgongne quant au point de la venufe et descendue des Anglois, font croire et ymaginer plusieurs gens quelles sont faictes ou prouffît et avantage d'iceulx Anglois comme pour oster la puissance du Roy et non résister aux mauvaises voulentez et efforcemens desdiz Anglois et que le duc de Bourgongne soit leur alyé et assermenté.
« Item , et pour ces causes requerra ledit messire Aubert de Chauny de par le Roy au duc de Bourgongne, qu'il vueille cesser de tous efforcemens et choses dessusdictes, espécialement de assaillir les bonnes villes du Roy.
« Item^ et avec ce lui requerra que tous les gens d'armes qu'il a assemblez face départir, yssir et retourner chascun en son lieu. Car, veu les manières qu'il tient et qu'il a tenues jusques à cy, le Roy croit fermement qu'il lient et fait assembler iceulx gens III 13
d'armes pour donner secours, faveur et aide aux Anglois, et pour grever le Roy et sa seigneurie.
(( Item, et pour induire le duc de Bourgongne à ce, ledit messire Aubert lui reraonstrera le grant deshonneur qu'il a fait, le grant diffame et reprouche qui sera à lui et à sa gënéracion, s'il persévère en tenant les manières qu'il a commencées; en lui priant très doulcement et humblement qu'il vueille à ce bien penser et adviser, et qu'il ne face telle villenie à son beau père, qui tant fut vaillant et loyal, et qui en sa mort lui commanda expressément de tousjours obéir au Roy et à ses commandemens.
« Item, ledit messire Aubert remonstrera semblablement les choses dessusdictes à tous les seigneurs, barons, chevaliers et escuiers et autres de la compaignie du duc de Boiirgongne ausquelz il pourra parler, en leur priant et requérant de par le Roy, que eulx et leurs prédécesseurs qui tousjours ont esté tant bons et tant loyaulx devers le Roy et sa seigneurie, maintenant ne s'en veulent point défier ne eulx deshonnorer par mauvais conseil, en faisant aucune chose dont ilz ne leurs successeurs puissent estre réputez ou temps avenir d'avoir esté désobeissans au Roy, et d'avoir donné faveur à ses ennemis.
« Item , et à la fin , en exécutant à la personne du duc de Bourgongne, et à tous ceulx de sa compaignie ce que le Roy a commandé audit messire Aubert, il fera le plus doulcement et gracieusement qu'il pourra les commandemens et défenses contenues et déclairées es lectres patentes sur ce baillées de par le Roy audit messire Aubert, et de ce demandera response.
« Item, et se le duc de Bourgongne ou autres de sa
compaignie disoient que ceulx qui gouvernent devers le Roy lui ont fait et font de jour en jour plusieurs grans duriez et choses qu'il ne peut ne doit souffrir, encores respondra ledit messire Aubert ; se aucuns de ceulx qui sont entour le Roy ont fait au duc de Bourgongne aucune chose qui lui deust desplaire, si ne seroit-ce pas cause raisonnable ne soufïisant pour ainsi destruire le royaume comme il a fait et fait encores chascun jour, ne que pour ce il deust favoriser ne donner confort ne aide aux Anglois ennemis du Roy, à la charge de son honneur et généracion à tousjours mais, et qu'il peut bien procéder par manière plus honneste.
a Item, dira en oultre ledit messire Aubert quant à ce point, à la requeste de bonne mémoire monseigneur de Haynnau, qui Dieu pardoint, a autre foiz voulu et octroie pour le bien de paix au duc de Bourgongne et à tous autres qui l'ont servi en très grosses choses et qui bien leur dévoient plaire, car elles estoient au bien et prouffit du duc et de tous ceulx qui ont servy. Mais il ne les voult accepter et n'en fist compte, dont le Roy n'est pas bien content, et à bon droit. Et néantmoins encores na-il point la main si close qu'il ne soit bien enclin de faire grans courtoisies et grâces audit duc de Bourgongne et à tous autres qui ont esté en son service, se mestier est, ou qui font vers lui leur devoir comme ilz y sont tenus.
« Item, et à ceste fin seront baillées à messire Aubert les responses par escript que le Roy a fait autres foiz aux complaintes et doléances que faisoit le duc de Bourgongne des choses qu'il disoit à lui estre faictes et perpétrées contre lui et en son préjudice, afin de
monstrer telles responses aux barons, chevaliers, damoiseaulx et autres nobles estans ou service et en la compaignie dudit duc de Bourgongne.
« Donné à Paris, le second jour d'aoust, l'an mil quatre cens dix-sept. Ainsi signées par le Roy : Ferremont. »
La copie des responses sur les articles baillez au duc de Bourgongne de par le Roy par le seigneur de Chauny '.
S'ensuit la copie des responses que fist le duc de Bourgongne sur les articles à lui baillez de par le Roy par messire Aubert de Chauny, seigneur de Varennes.
{( Premièrement. En ce que touche que le Roy est bien esbahy des manières que le duc de Bourgongne a tenues et tient encores devers le Roy et sa seigneurie, veu qu'il est son parent et vassal, et obligié à lui devant tous et contre tous, et pour cause de ce il a tenues les manières de le aymer et servir en contendant ou temps passé que bon régime feust mis en son royaume tant au regard de sa personne, de la Royne et de ses enfans, comme sur la réparacion de ses maisons et places, de bonne justice et administracion de ses finances, comme il appert notoirement par les ordonnances royaulx, lesquelles choses à la poursuite du duc ont esté publiées et jurées en la présence du Roy tenant lit de justice, mais les manières de ceulx qui sont entour le Roy, qui seront cy-après nommées, furent cause de tout rompre, gaster et dissiper, non point
- 1 . Notre manuscrit fait de cette pièce son chapitre clxviii.
tant seulement la substance du Roy et de son royaume, mais généralement de tous les subjetz et particuliers estans ou royaume, et mesmement du duc de Bourgongne et de tous ses bons amis et bien vueillans, en les destruisant de corps et de héritages ainsi comme ilz les ont peu prendre et appréhender. Et ont procuré, tant en court espirituelle comme ailleurs, son deshonneur ou dampnement de sa bonne mémoire et renommée et de sa postérité et généracion. Mais le duc de Bourgongne au saint concile de Constance obtint une sentence pour soy, par laquelle il appert bonnement et clèrement du bon droit d'icellui duc et de la mauvaistié et hayne des autres.
« Item^ en tant qu'il touche et dit que les gens et subjetz des pays de Bourgongne et d'autres qui se advouent dudit duc, font guerre ouverte au Roy et à ses subjetz, et prennent par assault et par sièges les villes, chasteaulx et fortresses du Roy, et font toutes les cruaultez et inhumanitez par feu , par sang et autrement que pourroient faire les anciens ennemis d'Angleterre et encores pis : respond le duc de Bourgongne que, quant il vit que ceulx qui sont autour du Roy ont tousjours persévéré et persévèrent en leurs règnes, et qu'ilz n'ont voulu entendre à aucun bon régime et bien de paix , mais qu'il estoit tousjours envay et aggressé par voie de feu, de sang, lors le duc de Bourgongne fut contraint de signifier par ses lectres patentes à plusieurs particuliers de ce royaume le dur régime et dures rigueurs commises et perpétrées par ceulx qui sont entour le Roy, et la voulenté qu'il a, et pareillement les manières qu'il pourra tenir pour y remédier, sont la cause de ce pour quoy il fist et a fait
son mandement de gens d'armes et de traict, et que, grâce Dieu, il a pour servir le Roy et pour le bien de lui et de son royaume, six mille chevaliers et escuiers et jusques au nombre de trente mille combatans, tous bien vueillans du Roy et de son royaume et des bons subgetz. Lequel duc et les siens en tenant leur chemin, ont trouvé et treuvent en plusieurs notables villes et citez , bons bourgois et autres congnoissans la bonne entencion et voulenté du duc à tout bien, qui lui ont fait ouverture des bonnes villes et citez, et avec ce les gens du duc ont fait que aucunes places qui estoient garnies de pillars, robeurs et autres malfaicteurs lui ont esté rendues, baillées et délivrées, et les ont prins ou nom du Roy et laissez en la garde des nobles et vaillans hommes subgetz de monseigneur le Roy, qui pour quelque chose du monde ne vouldroient faire desloiaulté devers le Roy et le bien de ce royaume. Et ce qui en a esté fait, a esté au gré des bonnes villes et citez de tout le pays environ. ^y^-'Vxant ^y "a?!-
« /(ern, et en tant que touche les gens et officiers du duc de Bourgongne, prendre les seremens des habitans des bonnes villes du Roy d'estre obéissans à icellui duc, et avecques ce leur font défense de par lui que dores en avant ilz ne paient plus au Roy aides rie autres debtes qu'ilz lui ont acoustumé de paier : respond le duc de Bourgongne que, se il prent les seremens des habitans, c'est afin qu'ilz soient et persévèrent en bonne loyauté devers le Roy et le bien de son royaume, à la confusion et reprouche des empescheurs de paix et destruiseurs du royaume qui sont autour du Roy. Et ce qu'ilz se joingnent et sont obéissans au duc de Bourgongne, c'est pour ce qu'ilz voient et congnois-
sent qu'il a toute bonne voulenté au bien du Roy et de son royaume que plus ne pourroit, et plus que nul autre. Et n'est point vérité , saulve la révérence du Roy, que la défense soit faicte de non paier au Roy ses aides ne autres debtes, mais bien pourroit estre qu'ilz ont fait défense qu'on ne les baille pas aux faulx traistres empescheurs de paix, mais qu'elles soient conservées et gardées à emploier au bien du Roy et de son royaume en temps et en lieu, et ilz ont bien fait. Car tout l'argent qui chiet es mains desdiz traistres, qui monte une très grande somme de deniers, a esté tousjours mauvaisement et desloiaument emblée au Roy et départie à iceulx , à l'avantage des ennemis de France et ou très grant et innumérable dommage du Roy, de son royaume et de sa chevalerie, comme cliascun scet. Toutesfoiz, l'entencion du duc de Bourgongne est de procurer , quant il sera devant le Roy, que telles aides ne aient plus cours, et que les subgetz du royaume soient tenus en leurs anciennes libertez et franchises, en pourvéant aux afaires et neccessitez du royaume par toutes bonnes voies et manières.
« Item, en tant qu'il touche que les choses ci-dessus déclairées, qui maintenant sont faictes par le duc de Bourgongne sur le point de la venue et descendue des Anglois , font croire à plusieurs gens et ymaginer qu'elles sont faictes ou prouffit et avantage des Anglois, et que le duc de Bourgongne soit leur alié et serementé : respond le duc de Bourgongne que celle ymaginacion ne peut, ne doit cheoir en cuer de loyal homme. Car autrefoiz l'en a veu la descendue des Anglois, lesquelz sont descendus sans ce qu'on feist résistence, au contraire, combien que les traistres qui
pour lors gouvernoienl feussent tant sages, et advisez de ladicte venue et descendue , dont le Roy a eu telle perte de sa terre et chevalerie que chascun scet. Et doit-on fermement tenir que se les Anglois eurent adonc leur avantage par le royaume par le faulx et mauvais régime des traistres , ilz vueillent en ce persévérer, et mesmement veu que par leurs dampnables manières ilz ont prins Harfleur, qui est l'une des plus fortes défenses de Normendie. Et ceste chose doivent fermement noter et afficher en leurs cuers les nobles chevaliers et escuiers de la compaignie du duc de Bourgongne, ausquelz les destourbeurs de paix veulent imposer celle trahison et desloiaulté comme d'empescher au résistement de la mauvaise voulenté des Anglois. Et, saulve la révérence du Roy, tous ceulx qui dient le duc de Bourgongne estre alyé et serementé aux Anglois, ilz mentent mauvaisement et faulsement. « Item, et en tant qu'il touche la requeste que le duc de Bourgongne face yssir toutes ses gens d'armes qu'il a assemblez et retourner en leurs lieux, et autres choses, respond le duc qu'on voit maintenant clèrement la mauvaise voulenté des traistres, car tout le monde perçoit qu'ilz n'ont nulle puissance de résister aux Anglois, et que maintenant il est temps de faire assemblées de gens d'armes pour le Roy et pour son royaume, mesmement des bons et loyaulx chevaliers comme sont ceulx de la compaignie dudit duc, et non point leur donner congié et renvoier chascun en sa maison. Et est apparence clère et évidente qu'ilz le font en faveur des Anglois et pour grever le Roy et sa seigneurie. Et encores d'abondant doivent noter les chevaliers et escuiers de la compaignie dudit duc, que
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les traistres les réputent ennemis du Roy et desloiaulx devers lui et son royaume, et pour ce respond ledit duc de Bourgongne , pour soy et pour tous ceulx de sa compaignie, absolutement, qu'il ne fera départir ses gens, mais poursuivra tousjours comme par la teneur de ses lectres a promis.
« Item, et en tant qu'il touche que se le duc de Bourgongne et autres de sa compaignie disoient que ceulx qui gouvernent entour le Roy leur ont fait et font de jour en jour maintes grans durtez et choses que le duc ne pourroit point souffrir, si n'estoit ce point chose raisonnable ne souffisant pour ainsi destruire le royaume, ne par quoy le duc eust deu favoriser ou donner confort ou aide aucune aux Anglois : respond ledit duc de Bourgongne que ce qui est cy-dessus dit, et moult d'autres choses innumérables et qui seroient moult longues à réciter, est tout notoire que les gouverneurs, c'estassavoir messire Henri de Marie, l'évesque de Paris, messire Taneguy du Chastel, messire Burel de Dampmartin , sire Estienne de Mauregard , maistre Phelippe de Corbie et plusieurs autres ont esté principauix promoteurs et conducteurs desdictes iniquitez, à laperturbacion de paix qui est en ce royaume, et d'autres grans excès et crimes, qui cy-après seront déclairez. Et pour tant le dessusdit duc de Bourgongne ne s'est point mis en armes pour destruire le royaume ou pour favoriser aux Anglois, mais il s'est mis en armes pour déchaçer et débouter lesdiz gouverneurs de leur gouvernement et d'estre entour le Roy , et ne cessera tant qu'il aura la vie au corps, jusques à ce qu'il sera parvenu à sa bonne entencion. Car ilz ne sont point telz hommes qu'ilz doivent avoir telle auc-
torité, ne pas leur est deue, pour lignage, science, loyaulté, expérience ou autre bonté. Mais est une grant ordure ou desrision que par gens de si petit fait et condicion, la puissance des Anglois soit reboutée et enchacée, et à ce doivent bien avoir regard les seigneurs et les nobles de ce royaume et tous autres preudommes, de souffrir telle besterie et ordure de se laisser ainsi destruire , suppéditer et deshonnorer par telz gens qui riens ne scèvent^ ne riens ne pevent ne ne valent. Car chascun communément et notoirement voit qu'ilz n'ont de puissance, d'auctorité ne seigneurie, fors ce qu'ilz entreprennent de fait et qu ilz se donnent de gloire. Et ilz conduisent et ont conduit les choses dessusdictes par grandes cruaultez, tyrannies et inhumanitez, lesquelles ilz ont tousjours faictes et font de jour en jour aux bons , vrays et loyaulx subjectz du Roy, soubz umbre de faire et maintenir justice. i^n'.imi «i*:*'/*.- ■
a Itemj et en tant qu'il touche que le Roy, à la requeste du conte de Haynnau, qui Dieu pardoint, a autre foiz octroyé pour bien de paix audit duc de Bourgongne et à tous ceulx qui l'ont servi, moult de grandes choses et qui bien leur dévoient plaire, mais le duc ne les voult point accepter et n'en fist compte : respond le duc que pour le bien de paix et bien de ce royaume, qu'il a toujours désiré de tout son cuer, il se transporta devers monseigneur le Daulphin derrenier trespassé ^ et monseigneur de Haynnau, ausquelx Dieu face vraie mercy, et après moult de paroles dictes sur le fait de la paix, le duc de Bourgongne leur bailla une
Jean de France,
cédule contenant la voulenté finale qu'il avoit sur celle paix, en offrant paix à tous ceulx qui la vouldroient avec lui, excepté le roy Loys, naguères mort. Dont le Daulphin et le conte de Haynnau furent bien contens. Lesquelz, pour la perfection de celle manière de paix, se transportèrent à Compiengne. Et combien que en telles choses on doye procéder le plus hastivement et diligemment qu'on peut, afin de faire cesser tous inconvéniens de guerre, néantmoins les traistres d'entour le Roy ont menées les besongnes par alées, venues et voies frauduleuses, par l'espace de trois mois ou environ, sans de ce prendre aucune conclusion. Toutesfois il est bien vérité, que finablement le conte de Haynnau ala à Paris, et moienant la Royne, procura devers les traistres, sur ladicte besongne, certain appoinctement, dont assez estoit content. Mais avant que l'appoinctement feust passé, il se apperceut secrètement et ocultement qu'on de voit prendre, lui et la Royne, et les emprisonner, afin que après ce iîz feissent du Daulphin leur voulenté. Pour quoy le conte de Haynnau print ung hastif conseil de départir cou vertement de Paris et retourner à Compiengne. Ouquel lieu, assez tost après sa venue, le Daulphin trespassa, par faulse et dampnable manière. Laquelle chose le duc de Bourgongne déclaire par ses lectres dessusdictes. Après le décès duquel , ledit conte de Haynnau fut acertené de la response de ladicte paix, dont il fut très mal content, disant que après le décès du Daulphin les traistres ont mué et changié ce qui paravant avoit esté octroie et passé, et envoya icelle response au duc de Bourgongne. Laquelle response venue dudit duc, à très grant et meure délibéracion de conseil.
trouva qu'elle estoit moult malgracieuse au regard du bien du Roy et de son royaume, et du duc de Bourgongne, et pour ce, le duc ne fut point bien content et n'en fist compte , mais fut meu de faire et envoier en plusieurs lieux de ce royaume lesdictes lectres patentes, contenans la désolacion du royaume et sa bonne voulenté et entencion. Lesquelles lectres présenta en sa personne au conte de Haynnau, icellui conte estant malade de la maladie dont il mourut. Lequel en son bon sens et entendement , oye la lecture des lectres, les receut amiablemen^ pour faire publier par son pays, et dist que le duc de Bourgongne faisoit bien, car les traistres d'entour le Roy estoient pires que nul ne pourroit dire ne ymaginer. En offrant audit duc de Bourgongne son service de corps et de gens, se Dieu lui donnoit grâce de lui relever de sa maladie , et se son corps pour sa maladie demouroit empescliié, il lui offroit ses subjetz, amis et bien vueillans, et sa finance. Et lors jura un très grant seremenl, que s'il ne se feust l'autre jour liastivement party de Paris, les traistres avoient conclud de prendre la Royne et luimesme , comme tantost bien notoirement apparu en tant que toucbe la Royne. Car ilz la prindrent et emprisonnèrent, emportèrent tous ses biens , au déshonneur du Roy, d'elle et de toute leur généracion. Il est vérité aussi, que quant le duc de Bourgongne estoit à Laigny, le duc de Bretaigne fut en grant péril à Paris et convint qu'il s'en partist, pour ce qu'il procuroit la paix du royaume. Et oultre dist le conte de Haynnau, en jurant comme dessus, que certainement il te^ noit que se les Anglois estoient à uug lez des portes de l^is et le duc de Bourgongne feust à l'autre porte
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opposite, ilz lairroient aincois les Anglois entrer ens que le duc de Bourgongne. Et toutes les choses dessusdictes le conte de Haynnau, en la présence de madame de Haynnau, monseigneur de Charrolois, monseigneur de Saint-Pol , le trésorier de Haynnau Jehan le Bastard, maistre Eustace de Laitre, le seigneur de Champdivers, dist et afferma. Aussi il y a bien paru qu'ilz n'ont nulle voulenté de bien faire. Car derrenièrement ilz ont fait ardoir et bruyr les lectres patentes du duc de Bourgongne ou palais à Paris, par lesquelles ledit duc de Bourgongne offroit paix à tous ceulx qui avecques lui le vouloient avoir, comme dessus est touché. Laquelle chose leur fut et est une petite vengence et grant feblesse de cuer de eulx cuider venger pour ardoir ung petit de parchemin.
« Item^ et finablement, afin que chascun sache la voulenté et intencion du duc de Bourgongne, il fait savoir à tous, qu'il persévérera en son bon propos, et ne délaissera jusques à ce qu'il aura eu grant conseil avecques le Roy, et lui aura fait remonstrer au long les iniquitez, tyrannies, cruaultez et inhumanitez cydevant déclairées, la désolacion du royaume, et les manières qu'il convient tenir pour la réparacion d'icellui, tellement et tant que le Roy et les bons et loyaulx preudommes de son royaume en devront tous estre contens. Et combien que le duc de Bourgongne par ses lectres patentes ait offert paix à tous, comme dit est, et que ceulx d'entour le Roy ne l'aient point reçeu à ce, mais aient persévéré en leur rigueur, néantmoins le duc de Bourgongne , voulant en ceste partie laisser toute rigueur et vengence pour le bien du royaume , qui tant a besoin de paix, de confort et d'aide, il est
tousjours prest et appareillé de vouloir paix à tous , selon la teneur de ses lectres. »
Après lesquelz articles dessusdiz remonstrez au duc de Bourgongne de par le Roy par le seigneur de Chauny, comme dit est, et que icellui duc eut respondu de sa personne et fait respondre par son conseil selon la teneur de ses articles, ledit seigneur de Chauny, prenant congié audit duc de Bourgongne, s'en retourna à Paris devers le Roy, portant par escript les dessusdictes responses.