‹ La chronique (volume 2)Chapitre 136 sur 205 · CHAPITRE GLXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLXXV

Comment le dessusdit seigneur de Chauny retourna à Paris après son ambaxade, et comment il fut accusé par le conseil royal .

Item, après ce que ledit seigneur de Chauny fut retourné à Paris devers le Roy et son grant conseil, avoit esté baillé par son clerc à aucuns de ses amis la copie des instructions dessusdictes , des responses , et aussi de toute icelle ambaxade. Laquelle chose fut par iceulx publiée plus avant qu'il n'appartenoit, tant que aucuns du grant conseil du Roy en eurent congnoissance. Pour quoy il advint que, quant le seigneur de Chauny eut audience par le Roy et son grant conseil pour faire la response de ladicte ambaxade, en plein conseil lui fut dit : « Sire de Chauny, vous vous démonstrez bien au conseil du Roy tel que vous estes, comme il appert par les instructions qui vous ont esté baillées de par le Roy, et aussi par la response du duc de Bourgongne, dont en veez-cy la copie, lesquelles vous avez baillées, ncîï point pour le bien du Roy, à plusieurs, tant à

Amiens, Paris, comme ailleurs, à aucuns de voz congneuz et amis. Si soient veues de rechef lesdictes instructions et responses du duc de Bourgongne signées de sa main comme ceste copie. » Lesquelles choses furent relues sans riens oster ne adjouster, et fut trouvé véritable, dont le seigneur de Chauny fut grandement confus. Mais il s'en excusa par son clerc, disant que sans son congié il avoit baillé icelle copie. Lequel clerc se rendi fugitif. Toutesfoiz ledit seigneur de Chauny pour ceste cause fut mené prisonnier en la bastille Saint- Anthoine , ouquel lieu il fut par longue espace de temps et jusques à la prinse de Paris. Car iceulx gouverneurs du Roy estoient moult desplaisans de ce que les responses dudit duc de Bourgongne avoient esté veues en tant de lieux. Et quelque semblant qu'ilz monstrassent, moult doubtoient icellui duc et sa puissance , pour ce principalement que bien estoient advertiz que la plus grant partie des bonnes villes et du commun du royaume lui estoient favorables , et aussi plusieurs grans seigneurs et autres nobles. Et encores, quant ilz furent acertenez par les responses dessusdictes que point ne se désisteroit de son entreprinse , mais yroit à puissance devers Paris en entencion de y entrer et d'aler devers le Roy, furent plus doubteux que devant, car bien sçavoient que, se il parvenoit à son entente, ilz seroient tous déboutez du gouvernement du Roy, et la plus grant partie punie cruellement. Néantmoins pour y obvier et eulx entretenir, firent escripre lectres de par le Roy aux bonnes villes, que point ne receussent ne baillassent obéissance audit duc de Bourgongne, ne à ses gens. Et avecques ce mirent garnison par tous les passages et autres lieux

neccessaires. Et mesmement le conneslable remanda ses gens d'armes des frontières de Normendie a venir devers lui à Paris, pour lui fortifier. Et par ainsi le roy d'Angleterre, qui estoit descendu ou pays comme dessus est dit, à grant puissance, eut plus bel avantage de faire sa conqueste, sans avoir quelque empeschement ne danger aucun ; et par le moien des divisions dessus déclairées, on trouva peu qui contre lui feist grant défense.

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