Charles, plus tard Charles VII
enseigne qu'ilz avoient donnée, vint le seigneur de Bosqueaulx, à tout cinq cens combatans, qui estoient embuschez en la forest. Lesquelz, tantost sans trouver quelque défense, entrèrent dedens la ville, crians à haulte voix : Vive le Roy et le Daulphin ! Et de prime venue occirent ung homme nommé Bovery, lequel y avoit laissé messire Hector de Saveuse pour garder son hostel, et avec icellui furent occis aucuns autres. Et comme le seigneur de Crevecuer oyst cest efiroy, qui gouverneur estoit de la ville de par ledit Hec'or, se retrahy dedens la tour de Saint-Cornille , et avecques lui le seigneur de Chierne, Robinet Ogier et aucuns autres. Mais ce rien ne leur valut. Car tantost les convint rendre. Et après, les dessusdiz Daulphinois fouaillerent toute la ville * , prindrent et ravirent tous ceulx qui tenoient le parti du duc de Bourgongne avecques leurs biens, et mesmement, les habitans de ladicte ville, qui aux dessusdiz Bourguignons avoient esté favorables, furent prins et leurs maisons pillées. Ainsi et par ceste manière recouvra le seigneur de Bosqueaulx et ses aidans la ville de Compiengne , ou nom du duc de Touraine, Daulphin de Viennois. Pour lequel fait il commença à mener très forte guerre es pays à l'environ , et envoya lesdiz seigneurs de Crevecuer et de Chierne prisonniers ou chastel de Pierrefons. Duquel chastel ilz cuidèrent eschaper par le moien du frère dudit seigneur de Chierne, qui servoit et avoit long temps servi le seigneur de Bosqueaulx. Mais leur fait fut aperçeu, pour quoy ledit
1. « Et après les dessusdiz Daulphinoys sans délay fustèrent toute la ville. » {Suppl. fr. 93, fol. 280.)
280 CHRONIQUE [i418]
seigneur de Bosqueaulx fist coper la teste au frère dudit Chiernes. Et depuis par certaine finance furent les deux seigneurs mis au délivre. Et adonc fut mise grosse garnison dedens icelle ville de Compiengne, et y vint le seigneur de Gamaches. Et par ainsi, ceulx qui tenoient le parti du Roy et du duc de Bourgongne, furent moult traveillez par ceulx qui estoient en icelle ville de Compiengne.
Item, ce temps durant, le duc Jehan de Brabant espousa Jaqueline de Bavière sa cousine germaine, contesse de Haynnau , de Rolande , de Zélande et d'Ostrevant, et avecques ce estoit sa marraine \ Lequel mariage fut traiclié par Marguerite de Bourgongne, sa mère, avecques les trois estas des pays, en bonne entencion, sur espérance que les pays dudit duc et d'elle qui joignoient l'un à l'autre, eussent plus grande amitié et cordiale amour ensemble. Toutesfoiz, ja soit ce que elle se y consentist, néantmoins n'en estoit pas bien contente. Car elle sçavoit icellui duc estre de petite et fèble complexion , et avecques ce de petit gouvernement pour gouverner et régir ses pays et sa personne, qui estoit belle et bien fourmée de noble et hault entendement en plusieurs manières. Après lequel mariage paracompli, la guerre qui estoit entre ladicte Jaqueline et son oncle le duc Jehan de Bavière, fut appaisée par certains moiens faiz entre eulx. Et depuis que ledit duc de Brabant et sa femme ladicte duchesse, estant à Mons en Haynault, ung certain jour ainsi que le duc estoit aie chacer et esbatre hors de la
i. Ce mariage se fît à la Haye, au printemps. La dispense nécessaire émana du concile de Constance.
ville, vindrent en l'ostel de Natre, où il rësidoit, messire Evrai;d, bastard de Haynnau, frère à la duchesse^ \ et aucuns autres, de fait appensé, qui occirent le principal gouverneur diidit duc, nommé Guillaume de La Mote, lequel estoit couché tout malade sur ung lict ; et estoit présent Guillaume de Sars, lors bailli de Hennau, auquel ceulx défendirent de fait qu'il ne se boiîgast. Et après, sans avoir aucun empescbement , se partirent de la ville de Mons. Pour la mort duquel, icellui duc, quant il vint à sa congnoissance, fut moult-îtroublé, car il l'amoit par-dessus tous ses autres serviteurs. Mais enfin par la duchesse sa femme fut aucunement rapaisié. Laquelle, comme il fut commune renommée, fut assez consentant du cas dessusdit.