‹ La chronique (volume 2)Chapitre 173 sur 205 · Eustache de Pavilly · texte numérisé non relu

Eustache de Pavilly

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vient qu'ilz soient subjectz au roy d'Angleterre , vous n'aurez par tout le monde pires ennemis d'eulx, et s'ilz pevent, ilz destruiront vous et vostre généracion. w Telles et semblables paroles remonstra moult ledit prestre au Roy et à son conseil, et après qu'on lui eut fait grande récepcion , et aussi que ledit duc de Bourgongne lui eut promis de y pourveoir au plus brief que faire se pourroit, il s'en retourna au mieulx qu'il peut, portant les nouvelles ausdiz asségez. Ettost après le roy de France et le duc de Bourgongne envoièrent leurs ambaxadeurs au Pont-de-l'Arcbe pour traicler avecques le roy d'Angleterre de la paix du roy de France et de lui ; et ala avecques lesdiz ambaxadeurs pour moienner, ledit cardinal d'Ursie '. En laquelle estoient pour le roy de France, l'évesque de Beauvais, maistre Phelippe de Morviller, premier président en parlement, messire Regnault de Foleville , chevalier, messire Guillaume de Champdivers , et aucuns autres. A l'encontre desquelz vindrent de par le roy d'Angleterre le conte de Varvich et autres, et vindrent audit Pont-de-l' Arche. Et dura ceste ambaxade environ quinze jours, dedens lequel temps ledit cardinal ala devers le roy d'Angleterre, à son siège devant Rouen. Duquel et des autres princes il fut très honorablement receu. Et avoient porté les dessusdiz ambaxadeurs de France, avec eulx, la figure de Katherine, fille dudit Roy, laquelle fut présentée au roy d'Angleterre et lui pleut moult bien. Toutesfoiz, pour ce qu'il fist demandes extraordinaires, c'estassavoir qu'on lui donnast avec ladicte fille du Roy, cent mille escus

i. Le cardinal des Ursins.

d'or, la duchié de Normendie, dont il avoit jà conquis une partie, la duchié d'Acquitaine, le conté de Pontieu et autres seigneuries, sans tenir en ressort du roy de France, riens ne se peut concorder. Et aussi les ambaxadeurs dudit roy Anglois firent response que le roy de France n'estoit point en estât pour quoy on peust traicter avecques eulx, et que le Daulphin son filz, n'estoit point encores roy, et au duc de Bourgongne n'appartenoiî point de traicter des héritages du roy de France. Après lesquelles choses oyes ledit cardinal et les ambaxadeurs s'en retournèrent devers le Roy, la Royne et le duc de Bourgongne, qui nouvellement estoient venus de Paris à Pontoise, et leur racontèrent Testât de leur ambaxade. Et dedens briefz jours ensuivans ledit cardinal s'en retourna en Avignon devers le pape Martin, pour ce qu'il sentoit assez que riens ne se povoit concorder entre les trois parties. Et adonc ceulx de la cité de Rouen, qui sça voient assez la roupture de l'ambaxade d'entre les deux rois de France et d'Angleterre, voians que leur secours mectoit longuement à venir, prindrent ensemble conclusion de saillir dehors à puissance et combatre ung des sièges du roy d'Angleterre, et puis de là aler quérir ledit secours. Si se trouvèrent bien dix mille combatans et la ville bien gardée, et fut ordonné que chascun feust bien garny de vivres pour deux jours. Et quant tout fut prest pour acomplir leur entreprinse et que desjà en avoit bien sailli deux mille sur les logis du Roy, où ilz avoient fait grant dommage, et aussi que les autres les dévoient suivir par la porte devers le chastel et commençoient à yssir, mais (sic) il advint que secrètement et par mauvaistié on avoit cyé

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les poultres ' et les atacbes qui soustenoient le pont, pour quoy tantost qu'ilz commencèrent à monter sus, rompy, et cheirent plusieurs es fossez, desquelz une partie furent mors et perdus, et les autres furent durement blëcez. De laquelle adventure ilz furent moult esmerveillez, et tantost se re trahirent à une autre porte pour secourir et aider leurs gens. Si les firent retraire et rentrer dedens la ville. Mais ains qu'ilz les peussent ravoir, perdirent plusieurs de leurs gens, et d'autre part avoient fait grant dommage à leurs ennemis. Après laquelle besongne on commença moult à murmurer contre l'onneur de messire Guy le Boutiller, et fut mescreu d'avoir fait syer ledit pont. Et tost après ceste besongne trespassa Laghen, bastard d'Arly, de maladie qui lui survint. Pour la mort duquel ceulx de la communaulté furent moult desconfortez. Car, comme dit est ailleurs, ilz se fioient plus en lui qu'en nul des autres capitaines.

Item , en ce temps , messire Jehan de Luxembourg print en mariage Jehanne de Béthune, fille et héritière du viconte de Meaulx ', laquelle paravant avoit eu épouse Robert de Bar, conte d'Aumarle et de Soissons, et avoit une filette de l'aage de trois ans ou environ, héritière des dessusdiz contez. Lequel mariage fut traictié en partie en la faveur dudit Jehan de Bourgongne et de son filz, le conte de Charrolais, et par ainsi ledit de Luxembourg eut de grans seigneiu^ies en

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