‹ La chronique (volume 2)Chapitre 30 sur 205 · Le 30 août · texte numérisé non relu

Le 30 août

devers le Roy et son filz de la paix du duc de Bourgongne leur frère. Lesquelz là venus , environ à dix heures du matin, furent joieuseinent receuz du Roy, du duc d'Acquitaine et d'aucuns autres. En laquelle paix procurant furent données trêves entre les asségans et les assëgez, lesquelles durèrent jusques à la fin du traictié. Laquelle paix et concorde finablement faicte fut publiée devant la tente du Roy au son de la trompeté , le mardi quatriesme jour de septembre , à huit heures. Et fist on commandement très estroictement et sur grans peines, que chascun incontinent de l'un et de l'autre costé ostast ses bendes, comme ceulx de l'ost du Roy, et les Bourguignons, la croix Saint Andry. Laquelle chose fut tantost faicte.

Après laquelle paix faicte et publiée , se départirent de l'ost du Roy aucuns seigneurs, souffrans flux de ventre, c'estassavoir Loys de Bavière, frère de la Royne, et messire Charles d'Albreth, connestable de France, et aucuns autres. De laquelle maladie estoit jà mort messire Amé de Salebruce, damoiseau de Commercy, et autres infinies personnes. Pour laquelle maladie, le Roy, son conseil et ses princes, furent contrains et plus enclins de convenir au traictié de paix, afin de s'en retourner es parties de France \

Par la conclusion dudit traictié furent offers au Roy, de par le duc de Brabant et la dame de Haynnau, pour et ou nom dudit duc de Bourgongne , les clefz de la ville d'Arras et de la cité. Et promirent aussi de mectre en l'obéissance du Roy toutes les bonnes villes

i . Voy. plus bas , p. 634.

[1414] D'ENGUERRAN DE MONSTRELEÏ. M

et fortresses audit duc appartenans par tous ses pays ou royaume de France. Et adonc fut ordonné par le, Roy et son conseil d'envoier- dedens lesdictes villes d'Arras et cité le conte de Vendosme, grant maistre d'ostel du Roy, pour en icelles prendre T obéissance. Lequel, là venu, fist mectre les bannières du Roy sur les portes d'icelle, et après receut les seremens des habitans, lesquelz promirent d'estre dores en avant bons et loyaulx au Roy. Et ce fait, ledict maistre d'ostel laissa de par le Roy en icelle ville et cité pour capitaine le seigneur des Quesnes , viconte de Poix , réservé que , du don du Roy, ne furent point empeschez la justice et les revenus acoustumés dudit duc de Bourgongne.

Après cellui traictié fut ordonné de par le Roy et son conseil, au duc de Braibant, à la dame de Haynau , aux trois estatz et aux députez , de estre à comparoir à certain jour qui leur fut assigné , à Senlis, devers le Roy et son conseil , pour là du tout confermer ladicte paix, et acomplir les convenances faictes au nom dudit duc de Bourgongne.

En après, le mercredi cinquiesme jour de septembre , par nuit , environ douze beures , fut par aucun homme meu de mauvaise voulenté bouté le feu ou logis du seigneur d'Alençon. Lequel hastivement fut si grant , qu'à peine lui mesmes peust yssir et fuir es tentes du Roy. Et quant le conte d'Armignac vit le feu esdiz logis, il fist sonner la trompeté et armer tous ceulz de l'arrièregarde. Lesquelz arrivez, ensemble le duc de Bar, yssirent en belle ordonnance de leur logis, esquelz à leur département boutèrent les feux, et après par parties s'en aièrent mectre en bataille , les ungs m 3

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devant la porte Saint Michel, les autres devant la porte Saint Nicolas , et aucuns devant la porte de Heysarenes^, afin que aucuns de leurs ennemis ne saillissent sur eulz. Car, quelque traictié qu'il y eust, si n'avoientilz point trop grant fiance en eulz. Et tantost ledit feu, saillant de logis en logis , sailli tout espris ou logis du Roy, et autres par tout l'ost , tellement que dedens le quart d'une heure ensuivant, il convint que le Roy, le duc d'Acquitaine, son filz et tous les princes se partissent désordonnément. Et laissèrent plusieurs prisonniers et aussi de leurs gens malades, lesquelz furent ars esdiz logis*. Et avec ce y demourèrent plusieurs engins, tentes, habillemens de guerre, et grant nombre de queues de vin, qui toutes, ou au moins la plus grant partie, furent péries par ledit feu. Et ledit duc de Bourbon faisant l'avantgarde , se desloga assez desordonnéement de Baudimont. Esquelz jours , très matin, yssirent de la ville d'Arras plusieurs de la garnison, gens de petit estât , lesquelz prindrent et ravirent tout ce qu'ilz porent actaindre des biens qui

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