‹ La chronique (volume 2)Chapitre 37 sur 205 · CHAPITRE CXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXX

Comment le roy Lancelot de Naples fina sa rie. Et du roy Loys de Cécile , son adversaire , qui envoya le mareschal de France à Naples. Et plusieurs autres besongnes.

En ces jours furent apportées nouvelles au Roy de France que le roy Lancelot, adversaire du Roy Loys

1. Tout est ici défiguré et confondu. Voici l'ordre des faits : Sigismond, fils de l'empereur Charles IV, était roi de Hongrie dès l'année 138G. Il fut élu empereur une première fois, le 20 septembre 1410, par une partie des électeurs , réunis à Francfort. Le même jour et dans la même ville, les autres électeurs élurent Josse, marquis de Moravie. A la mort de ce dernier, arrivée le 8 janvier 1411, le schisme impérial cessa , et le 21 juin suivant , tous les électeurs élurent de nouveau Sigismond. Le 8 novembre 1414 il reçut, à Aix-la-Chapelle, la couronne d'argent. De là, il se rendit au concile de Constance, où il arriva la veille de Noël. Il eut deux femmes , Marie , fille de Louis , roi de Hongrie , et Barbe , fille d'Hermann, comte de Cilley en Basse Stirie.

[i'-iik] D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. 43

de Cécile estoit trespassé, ce qui estoit vérité'. Et fut la manière de sa mort telle qu'il s'ensuit. Vérité est qu'il fut amoureux de la fille d'un sien phisicien, laquelle estoit moult belle, et pour acomplir en icelle sa Youlenté fist parler à icellui médecin , et de fait y parla afin qu'il se voulsist consentir qu'il fist sa voulenté de sa fille. Mais cil par plusieurs foiz lui refusa, en mectant plusieurs raisons contraires à la requeste dudit roy. En fin, comme contraint et sans povoir estre receu ausdites excusalions, bailla son consentement et feigni qu'il en estoit content , ce qui n'estoit point, comme il apparut assez clèrement. Car lui mesmes en parlant à sadicte fille comme se labesongne lui estoit agréable ', et qu'elle voulsist user de son conseil pour avoir l'amour du roy à tousjours, il lui bailla une petite boitelète pleine d'oignement et lui enhorta que quant viendroit à l'heure que le roy dessusdit viendroit en sa compaignie pour la congnoistre charnellement, elle ongnist le bout de son ventre par dessoubz dudit oignement'. Laquelle doctrine elle receut et acompli à l'entencion dessusdicte. Et pour ce , quant le roy vint à elle pour son désir acomplir et qu'il eut habité avecques elle, il fut tantost exprins de feu et la fille pareillement. Et en la conclusion, par le moien de ce, finèrent leurs

i. Ladislas mounit le 3 août 1414, comme il se préparait à assiéger le pape Jean XXIII dans Bologne. (Voy. Raynaldi , t. VUI,p. 376.;

2. « Luy donnant à entendre que ceste besongne luy estoit agréable » {Suppl. fr. 93).

3. «i Elle oingnist son ventre par dessoubz la boutine dudit ongnement » {ibid.)

jours assez tost après , très misérablement et à grant douleur. Après laquelle cruanlté, ledit médecin, avant qu'on s'en peust apparcevoir, se rendi fugitif et se parti du pays\

Après lesquelles nouvelles venues en France comme dit est, ledit roy Loys ' fist grant assemblée pour aler ou royaume de Naples et envoya devant le seigneur de Longny, mareschal de France.

Et ce pendant , le Roy et les seigneurs estans à Senlis comme dit est , fut ordonné par le Roy et son grant conseil le duc d'Acquitaine, gouverneur et disr pensateur de toutes les finances du royaume de France et dudit Roy. Laquelle chose despleut moult au duc de Berry, et pour ce fist-il assembler le prévost des marchans les esclievins €t bourgois de Paris, l'Université, les seigneurs des chambres de parlement et des comptes, en ung certain lieu à Paris, et fist proposer par l'évesque de Chartres et par autres de ses gens devant les dessusdiz , l'enfermeté du Roy et la grant jeunesse de sondit filzet conséquemment l'inhabilité d'iceulx à gouverner, et comment pour la prouchaineté du sang royal, car il estoit filz , frère et oncle des Roys , à lui de droit devoit en tel cas appartenir le gouvernement dudit royaume , et non à autre. Pour quoi , à iceulx affectueusement requeroit que à lui en ce voulsissent estre favorables et aider. Lesquelz respondirent que à eulx n'appartenoit point à parler de ceste matière ; mais au Roy nostresire et à son grant conseil, auxquelz il appartenoit à ordon-

i. Cf. Raynaldi, t. VIII, p. 376.

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