CHAPITRE GXL
Comment le roy d'Angleterre se mist sus à grant puissance pour descendre en France, et des ambaxadeurs qui furent envolez vers luy.
Après que les ambaxadeurs du roy d'Angleterre qui avoient esté à Paris, comme dit est dessus, furent retournez vers lui et qu'ilz eurent faicte leur relacion de la response qu'ilz avoient eue du roy de France et de ceulx de sa partie, lui ne ses princes n'en furent point bien contens , et pour ce assembla son grant conseil pour sur ce avoir advis et délibéracion. En la fin duquel conseil fu conclud qu'il assembleroit de tout son royaume la plus grant partie de gens de guerre qu'il pourroit finer pour entrer en France et à son povoir conquérir et traveiller le royaume , et tant faire s'il povoit qu'il en débouteroit le roy de France et ses successeurs. Et afin d'avoir navire pour passer ses gens, envoya ses commis en Holande et Zélande, lesquelz affermèrent ceulx à qui lesdictes navires estoient, d'estre bien paiez : et leur promirent d'en bailler et livrer ce que besoing en seroit. Et
1 . C'est Marguerite , fille de Jean duc de Bourgogne. Il l'avait épousée le 30 août i 404.
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avecques ce ledit roy d'Angleterre fist préparer toutes ses provisions généralement qui povoient compéter et appartenir à faire guerre, et pour paier les souldoiers furent trouvées les manières de leurs finances par tous les moiens qui faire se porent, et tant qu'il assembla oultre la somme de cinq cens mille nobles d'Angleterre, ou monnoie et vaisselle à la valeur. Et finablement avec les princes et les gens des trois estats de son royaume conclud de venir en personne descendre en France , le plus brief que faire se pourroit et à tout la plus grant puissance qu'il pourroit, comme dit est dessus. Lesquelles conclusions furent assez tost divulguées et sceues à Paris en l'ostel du Roy. Et pour tant, le duc d'Acquitaine qui avoit prins le gouvernement du royaume pour l'occupation du Roy son père*, fist prestement assembler le grant conseil du Roy, et manda à revenir à Paris le duc de Berry son oncle, et aucuns autres seigneurs, avec lesquelz et autres sages il eut plusieurs consaulx sur ceste matière pour savoir comment il se auroit à conduire. Car alors le Roy estoit malade. Si fust délibéré qu'on feroit préparer gens d'armes par toutes les parties du royaume à estre prestz pour résister et aler contre ledit roy d'Angleterre et les siens , tantost qu'on sçaroit sa venue, et avec ce qu'on mectroit garnisons es villes et fortresses sur la mer, et aussi qu'on lièveroit finances, tant par tailles que autrement , par tout ledit royaume , en ce qu'il seroit possible ; en oultre , qu'on envoieroit devers le roy
i . On était convenu dans la chancellerie française de désigner par ce mot la maladie du Roi.
d'Angleterre une solennelle ambaxade pour iui faire aucunes offres assez raisonnables selon les requestes que avoient faictes ses derniers ambaxadeurs. A laquelle faire furent commis le conte de Vendosme, maistre Guillaume Bourratier, arcevesque de Bourges, l'évesque de Lizieux, nommé maistre Pierre Franel, les seigneurs d'Ivry et de Braquemont, maistre Gaultier Coel, secrétaire du Roy ^ et maistre Jehan Andrieu , avec aucuns autres du grant conseil. Lesquelz, durans encores les trêves entre les deux royaumes, partans de Paris, alèrent par Amiens, Moustereul et Boulongne, à Calais , et de là passans la mer, à Douvres en Angleterre. Si estoient environ trois cens et cinquante chevaucheurs ^ En après alèrent à Cantorbie, duquel lieu furent menez par les gens du roy anglois, par Rocestre jusqu'à Londres , et en la fin vindrent à Vincestre , là où le roy se tenoit. Et là , devant ledit roy, les ducs de Clarence, de Bethfort et de Clocestre, ses frères, les autres grans seigneurs et conseil dudit roy et clergié et grant chevalerie et le peuple de la cité de Vincestre, en la sale de l'évesque, par la bouche de l'arcevesque de Bourges', ilz exposèrent leur ambaxade audit roy. Lequel arcevesque exposa premièrement en latin et après en françois, si éloquentement et si distinctement, hardiement et sagement, que les Anglois, et François ses compaignons, s'en esmer veillèrent grandement.
\ . « Gautier Call » {Suppl. fr. 93). Gontier Col , comme nous l'avons marqué plus haut.
2. Avec son exactitude habituelle , Monstrelet donne ici le nombre des gens de la suite des ambassadeurs. Ce nombre était toujours fixé dans les sauf-conduits. Voy. Ry mer, passim.