Le 19 octobre
ce qui estoit à faire contre ledit roy d'Angleterre. Ouquel conseil furent présens le roy Loys, les ducs de Berry et de Bretaigne, le comte de Ponlliieu, mainsné fils du roy, les chanceliers de France et d'Acquitaine, et plusieurs notables conseillers jusques au nombre de trente-cinq. Lesquelz, après ce que plusieurs choses en la présence du roy eurent esté pourparlées et débatues sur ceste matière, fut en la fin conclud par trente conseillers du nombre dessusdit, que le roy d'Angleterre et sa puissance seroient combatus. Et les cinq, pour plusieurs raisons conseilloient pour le meilleur à leuradvis, qu'on ne lescombatist point à jour nommé. Mais enfin fut tenue l'opinion de la plus grant partie, et incontinent le roy manda à son conneslable par ses lettres signées de sa main, et aussi à ses autres officiers, que tantost se meissent ensemble avecques toute la puissance qu'ils pourroient avoir, et combatissent ledit roy d'Angleterre et les siens. Et lors après ce, fut hastivement divulgué par toute France que tous nobles hommes acoustumez à porter armes, voulans acquerre honneur, alassent nuit et jour devers le conneslable, ou qu'il feust. Et mesmement le duc d'Acquitaine avoit grand désir de y aler. Et adonc tous seigneurs et toutes gens de guerre en grant diligence se tirèrent devers ledit conneslable. Lequel, approchant le pays d'Artois, envoia devers le conte de Cliarrolois, seul filz du duc de Bourgongne, le seigneur de Mongoguier, pour lui certifier la conclusion qui esloit prinse pour combatre les Anglois, en lui requérant bien affectueusement de par le roy et ledit conneslable, qu'il voulsist estre à celle journée. Lequel de Mongoguier le trouva à Arras, et fut de lui et des seigneurs
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de son conseil très honnorablement reçeu. Et après qu'il eut exposé la cause de sa venue audit conte de Charrolois, présent son conseil, lui fut respondu par les seigneurs de Roubais et de la Viesville ses principaux gouverneurs , que sur ladicte requeste il feroit si bonne diligence qu'il appartiendroit. Et sur ce, se parti. Toutesfois, jà soit que ledit conte de Charroois désirastde tout son cœur d'être à la journée pour combatre lesdiz Anglois, et aussi que sesdiz gouverneurs lui donnassent à entendre que il y seroit, néanlraoins leur esloit défendu expressément de par le duc Jehan de Bourgogne, son père, et sur quanque ilz povoient mesprendre vers lui, qu'ils gardassent bien qu'il n'y alast point. Et pour ceste cause, afin de l'esîongner, le menèrent à Erre\ Auquel lieu furent de rechef en voiez de par le connestable aucuns seigneurs et Monjoye, roy-d'armes du roy de France, pour faire pareilles requestes audit conte de Charrolois comme les devant dictes. Mais à brief dire, à toutes les foiz la besongne fut targée par les dessusdiz gouverneurs, et mesmement trouvèrent manière de le tenir dedens ledit chastel de Erre le plus coiement et le plus secrètement qu'ils porent, afin que point ne feust adverti des nouvelles, ne du jour de ladicte bataille. Cependant la plus grant partie des gens de son hostel, qui sentoient les besongnes approucher, se partirent secrètement sans son sceu,et s'en alèrent avec lesdiz François pour combatre lesdiz Anglois. Et demourèrent avec ledit comte de Charrolois, le jeune seigneur d'Antoing et
4 . « Le menèrent de ladicte ville d'Arras à Erre » {SuppL fr. 93). Erre en Ostrevent (Nord).
ses gouverneurs dessusdis, lesquelz pour le apaiser, en la fin lui déclairèrent la défense qu ilz avoient de par le duc son père; de le non laisser aler à icelle besongne. Ce qu'il ne print point bien en gré, et, comme jefuz informé, pour la desplaisance qu'il en eut, se retraby en sa cbambre moult fort pleurant.
Or convient retourner au roy d'Angleterre, lequel de Moucy la Gacbe, où il estoit logié comme dit est dessus, se tira par devers Encre ' et ala loger en ung village nommé Forceville, et ses gens se logèrent à Acbeu* et ès-villes voisines'. Et le duc d'Yorc, son oncle, menant l'avangarde, se logaà Frévencb*, sur la rivière de Candie. Et est vérité que pour ceste nuit les x\nglois furent logez bien en sept ou buit villages. Toutesfoiz ilz ne eurent nul empescbement, car les Francbois estoient alez pour estre au devant des Anglois vers Saint Pol sur la rivière d'Aujain. Et le jeudi* le dessusdit roy d'Angleterre se desloga de Bonnières et puis cbevaucbant en moult belle ordonnance ala jusques à Blangi. Ouquel lieu, quant il eut passé l'eaue et qu'il fut sur la montaigne, ses coureurs commencèrent à veoir les François de toutes pars venans par grand compaignes de gens d'armes pour aler loger à Rousseauville et à Azincourt, afin d'estre au devant des diz