‹ La chronique (volume 2)Chapitre 82 sur 205 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

Anglois pour lendemain les combatre. Et ce propre jeudi vers le vespre, à aucunes courses, Phelippe conte de Nevers fut fait chevalier par la main Bouciquault, marescbal de France, et avecques lui plusieurs grans seigneurs. Et tost après arriva ledit connestable assez près dudit Azincourt, ouquel lieu se rassemblèrent tous les François en un seul ost, et de là se logèrent tous à pleins champs chascun au plus près de sa bannière, sinon aucunes gens de petit estât qui se logèrent es villages qui estoient le plus près de là. Et le roy d'Angleterre, avec tous ses Anglois, se loga en ung petit village nommé Maisoncelles, à trois trais d'arc ou environ des François. Lesquelz François avecques tous les autres officiers royaulx , c'est assavoir le connestable , le marescbal Bouciquault , le seigneur de Dampierre*, le seigneur de Rambures, lemaislre des arbalestriers et plusieurs princes, barons et chevaliers, en grant léesse fichèrent leurs bannières avec la bannière royale dudit connestable, ou champ par eulx advisé et constitué en la conté de Saint-Pol ou territoire d' Azincourt, par lequel lendemain dévoient passer les Anglois pour aler à Calais. Et firent celle nuit moult grans feux chascun au plus près de la banière soubz laquelle ilz dévoient lendemain combatre. Et combien que les dessusdiz François fussent bien cent cinquante mille de chevaucheurs et grant nombre de chariotz , charètes, canons, ribaudequins et autres habillemens de guerre , néantmoins si avoient-ilz peu de instrumens de musique pour eulx resjouir, et à peine hennissoient

1 . Le ms. Suppl. fr. 93 ajoute : « tous deux eulx nommans admiraulx de France » (f. 237, col. A).

idà CHRONIQUE [1418]

nulz de leurs chevaulx toute la nuit, dont plusieurs avoient grant merveille , disans que c'estoit signe de choses à venir. Et lesdiz Anglois durant toute celle nuit sonnèrent leurs trompètes et plusieurs instrumens de musique , tellement que toute la terre d'environ eulx en retentissoit par leurs sons, nonobstant qu'ilz feussent moult lassez et travaillez de fain , de froit et autres mésaises ; faisans paix avecques Dieu en confessant leurs péchez en pleurs , et plusieurs d'iceulx prenant le corps Nostre- Seigneur, car lendemain sans faillir actendoient la mort , comme depuis il fut relaté par aucuns prisonniers. Et fut vérité que le duc d'Orléans en celle nuit manda le conte de Richemont, qui menoit les gens du duc d'Acquitaine et les barons , et eulx assemblez jusques à deux mille bacinetz et gens de traict, alèrent jusques assez près du logis des Anglois. Lesquelz doubtant que les François ne les voulsissent envayr, se mirent tous dehors les haies en bataille , et commencèrent à traire l'un contre l'autre. Adonq fut ledit duc d'Orléans fait chevalier, et avecques lui plusieurs autres. Après laquelle entreprinse, lesdiz François retournèrent en leur logis, et pour ceste nuit n'y eut fait autre chose entre icelles parties.

Durant lequel temps le duc de Bretaigne vint de Rouen à Amiens , à tout six mille combatans , pour estre à l'aide des François, se ilz eussent actendu jusques au samedi*. Et pareillement le seigneur de Longny, mareschal de France, venant à l'aide desdiz François, à tout six cens hommes d'armes , coucha ce jeudi * à

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