‹ La chronique (volume 2)Chapitre 85 sur 205 · Thomas Eipinghen » {Suppl. fr · texte numérisé non relu

Thomas Eipinghen » {Suppl. fr

ung baston qu'il tenoit en sa main en disant nesciecque *, et puis descendit à pie comme estoit le roy et tous les autres. Et au jecter le baston, tous les Ânglois firent soudainement une très grande huée, dont grandement s'esmer veillèrent les François. Et quant les Anglois virent que les François point ne les approuclioient, ilz alèrent devant eulx tout par belle ordonnance , et de reclief firent ung très grand cry, en reprenant leur alaine et eulx arrestant. Et adonques les dessusdis archers estans audit pré, tirèrent \igoreusement sur lesdiz François , en es) e vaut comme les autres grant huée, et incontinent lesdiz Â.nglois approuchans lesdiz François , premièrement les arcliers , dont il y avoit bien treize mille, commencèrent à tirer à la volée contre iceulx François d'aussi loing come ilz povoient tirer, de toute leur puissance. Desquelz archers la plus grant partie estoient sans armeures , en leurs pourpoins, leurs chausses avalées soubz le genoil, et ayant hachètes ou espées pendues à leurs ceintures. Et si en avoit plusieurs tous nudz piez et sans chaperon.

Les princes qui estoient avec ledit roy d'Angleterre estoient, son frère le duc de Clocestre, le duc d'York, son oncle , les contes Dourset et d'Exinforde et de Suffort , le conte mareschal et le conte de Kent , les seigneurs de Camber et de Beaumont, de Willeby et de Cornouaille et plusieurs autres notal)les barons et chevaliers d'Angleterre.

En après iceulx François voians iceulx Anglois venir devant eulx , se mirent en ordonnance chascun des-

1 . oc {Suppl. fr. 93), » nestrotque. Je ne sais quoy , je ne sais trop quoy.

soubz sa bannière, ayansle bacinet en tête. Toutesfoiz ilz furent admonestez par ledit connestable et aucuns autres princes, de confesser leurs péchez en vraie contricion , et exortez à combatre bien et bardiement , comme avoient esté lesdiz Anglois. Et là , lesdiz Anglois sonnèrent fort leurs trompètes , et les François commencèrent à encliner leurs cbefz afin que le trait n'entrast en leurs visières de leurs bacinetz, et ainsi alèrent ung petit à l'encontre d'eulx et les firent ung peu reculer. Mais avant qu'ilz peussent aborder ensemble, il y eut moult de François empescbez et navrez par le traict desdiz archers anglois. Et quant ilz furent à eulx venus comme dit est , ilz estoient si fort et si prèz serrez l'un de l'autre qu'à peine povoient-ils lever le bras pour férir sur leurs ennemis , si non aucuns qui estoient ou front devant, lesquelz les boutèrent de leurs lances qu'ilz avoient copées par le milieu afin qu'elles feussent plus fortes et que de plus près ilz peussent approcher lesdiz Anglois. Et ceulx qui dévoient rompre lesdiz archers , c'estassavoir messire Clugnet de Brabant et les autres avec lui, qui dévoient estre huit cens hommes d'armes, ne furent que six vingts qui s'efforçassent de passer parmy les Anglois. Et fut vérité que messire Guillaume de Saveuses qui estoit ordonné de cheval avecques les autres , se desrenga tout seul devant ses compaignons à cheval, cuidant que iceulx le deussent suivir , et ala frapper dedens lesdiz Anglois. Et là incontinent fut tiré jus de son cheval et mis à mort. Les autres, pour la plus grant partie, pour la force et doubte du traict, redondèrent parmy l'avangarde ausdiz François, auxquelz ilz firent de grans empeschemens et les desrompirent

en plusieurs lieux, et les firent reculer en terres nouvellement fumées. Car leurs chevaulx estoient tellement navrez du trait des archers anglois qu'ilz ne les po voient tenir ne gouverner. Et ainsi par iceulx fut l'avangarde désordonnée, et commencèrent à cheoir ces hommes d'armes, sans nombre. Et les dessusdiz de cheval, de paour de la mort se mirent à fouyr arrière de leurs ennemis. A l'exemple desquelz se départirent et mirent en fuite grant partie des dessusdiz François. Et tantost après descendirent en eulx tous ensemlile, esquelz ilz se férirent corps à corps en getant leurs arcs et leurs saiètes à terre , et prindrent leurs espées , haches , mailletz et becs de faulcons et autres basions de guerre , et frapans sur les François les occioient et ruoient mors par terre. Et en ce faisant vindrent si avant qu'ilz vindrent jusques à la grant bataille qui suivoit Tavantgarde. Et après lesdiz archers Anglois, suivoit et marchoit le roy d'Angleterre, moult fort, à tout ses gens d'armes. Et adonc Anthoine, duc de Brabant, qui avoit esté mandé de par le roy de France , acompaigné de petit nombre se bouta entre ladicte avantgarde en la bataille. Et pour la grant haste qu'il avoit eue avoit laissé ses gens derrière , et pour tant , sans délay, fut là mis à mort desdiz Anglois. Lesquelz conjoinctement et moult vigoreusement envairent de plus en plus lesdiz François , en dérompant les deux premières batailles en plusieurs lieux , en les abatant et occiant cruelement et sans merci. Et en ce conflict aucuns seigneurs furent relevez par leurs varletz et menez hors de ladicte bataille. Car lesdiz Anglois si estoient moult ententifz et ocupez à combatre et oc-

cire et à prendre prisonniers , pour quoy ilz ne cliassoient ne poursuivoient nullui. Et lors toute l'arrière garde estant encores à cheval , voians les deux premières batailles avoir le pire , se mirent en fuite , excepté aucuns des cliefz et conducteurs d'icelle. Et est assavoir que tandis cjue ladicte bataille duroit , les Anglois , qui jà esloient au dessus , avoient prins plusieurs prisonniers François. Et adonc vindrent nouvelles au roy anglois que les François les assailloient par derrière et qu'ilz avoient déjà prins ses sommiers et autres bagaiges. Laquelle chose estoit véritable. Car Robinet de Bournonville , Riflart de Clamace , Yzembert d'Azincourt et aucuns autres hommes d'armes, acompaignez de six cens paysans, alèrent férir sur le bagaige dudit roy d'Angleterre et prindrent lesdictes bagues et autres choses, avec grant nombre des chevaulx desdiz Anglois , pendant que les gardes d'iceulx estoient ocupez en la bataille. Pour laquelle destrousse le roy d'Angleterre fut moult troublé , voiant devant lui' à plains champs les François qui s'en esloient fuis, eulx recueillir par compaignies. Doublant qu'ilz ne voulsissent encores faire une nouvelle bataille, fist crier à haulte voix au son de la trompeté que chascun anglois, sur la hart , occeist ses prisonniers , afin que au besoing ilz ne feissent aide à leurs gens. Et adonques soudainement fut faite grande occision des prisonniers françois. Pour laquelle entreprinse, lesdessusdiz Robinet de Bournonville et Ysembert d'Azincourt furent depuis prins et détenus prisonniers longue espace, par le commandement du

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