Monsaon (Haute-Marne
y ala, grandement acompaignië de pluiseurs seigneurs et gentilz hommes. Aussy vindrent devers luy, le seigneur de Moyencourt, Renauld, Hector, Charles et Raoul de Flavi, le seigneur de Moy, le seigneur de Longueval et moult d'aultres grans seigneurs et notables hommes de guerre des marches de Beauvoisis, de Santhers et de Vermendois. Et y vint aussy messire Robert de Salebrusse, damoisiau de Gommarcis, et son nepveu, Jehan de Hangiers. Duquel lieu de Compiengne ledit Daulphin fist tirer ses gens vers la cité d'Amiens. Et après, par Moyencourt ala gésir à Chaule* dedens le chastel. Ouquel lieu estoit Gauwain Quiéret, capitaine d'icelle forteresce, lequel de là s'en ala avec le Daulphin. Et tous ensamble se tirèrent par Amiens à Abbe ville, ouquel lieu il assambla toutes ses gens. Et povoient bien estre environ de quatre mil combatans, très bien en point. Lesquelz furent conduis par ledit Daulphin et les seigneurs et capitaines qui estoient avec luy, jusques audit lieu de Dieppe, où il se loga et grand partie de ses gens. El les aultres se logièrent au plus près, tant es faulzbourgz, comme es villages. Et lendemain qu'il fu là venu, fist sommer à ceulz de ladicte bastille qu'ilz se voulsissent de là départir et eulx en aler sauvement, en emportant partie de leurs biens. A quoy yceulx Anglois ne volrent entendre nullement. Ains firent responce, et dirent qu'ilz se deffenderoient jusques à la mort. Sur laquelle responce le Daulphin mist son conseil ensamble pour sçavoir qu'il en estoit bon de faire. Et en fm duquel conseil fut conclud qu'on les assauldroit dedens briefz jours, après ce qu'on au-
i . Chaulues (Somme), comme aussi Moyencour.
[1443] D'EINGUERRAN DE MONSTRELET. 79
roit préparé ses engiens et habillemeiis de guerre pour faire ledit assault. Et comme il avoit esté délibéré et conclud, en fut fait. Car la nuit de Nostre-Dame myaoust, environ dix heures du matin, après ce que ledit Daulphin eut fait drécier pluiseurs queues de vin sur le bout et babandonné à ses gens pour eux refectionner, fist sonner ses trompettes pour aler audit assault. Lequel se commença, moult horrible et mervilleux, et dura environ de deux à trois heures. Où il y eut fait moult de belles apertises et fais d'armes, tant d'un costé comme d'aultre, et par espécial de la partie desdis François assaillans. Car y celle bastille est forte à grand merveille et moult puissamment fortifiée, et aussy pourveue de grpz canons, engiens et aultres artilleries, desquelz ceulx de dedens se deffendoient moult radement et vaillamment. Et avec ce estoient advironnés de bien parfons fosés à manière de bonne ville, dedens lesquelx il convenoit descendre par eschielles, et puis à force remonter audit bolevert. Toutefois, nonobstant la mervilleuse fortificacion de ladicte bastille, et aussy la grande et corageuse résistence que firent lesdiz Anglois, les François montèrent amont, et le gagnèrent par leur force et proesce, jà soit que dedens y eust de quatre à cinq cens combatans anglois, au deffendre. Desquelz en furent prestement mis à l'espée trois cens et mieulx, et le sourplus furent pris et détenus prisonniers. De la partie dudit Daulphin en y eut de mors, tant audit assault comme de ceulz qui depuis morurent des navreures, environ le nombre de quarante hommes. Desquelz furent les principaulx, Anthoine de Moy, Jehan de Hersellaines, le bastard de Noyelle, et aulcuns aultres. Et estoient
capitaines d'ycelle bastille, Guillaume Porto et Ife bastard de Thalebot, lesquelx deux furent détenus prisonniers. Et se rendi ledit messire Guillaume de Porto au Daulphin, ja solt-il ce que le conte de Saint-Pol, qui prudentement et vaillamment se y estoit porté, le dist avoir premier prins. Mais il n'en fist aulcune demande, ne question. Et quand est au seigneur de Moy, c'est assavoir messire Loys de Socourt, il emporta la louenge de ceste journée pour le mieulz assaillant, par la relacion de la plus grand partie des dessusdiz François. A laquelle journée et mervilleux assault furent fais chevaliers, le conte de Saint-Pol, Jehan de Thorote, Ânthoine de Bornonville, Jacotin de Béthune, Jehan de Cresecques, Philippe d'Inchy, Renauld de Honcourt. Gui Quiéret, Gauwain Quiéret, George de Croix, Renauld de Sains, Hugue de Mailly, Estout d'Estouteville, Charles de Flavi, Raoul de Flavi, Jaques de Fresnes, Desport Descerme, Rouge du Fay, Charles du Fay, Jehan de Sains de Cambresis, et aulcuns aultres.
Après laquelle besongne ledit Daulphin se fist deschaucier et ala à pieds nuds jusques en l'église Saint Jaque de Dieppe, où il remercia très humblement Dieu son créateur et le beneoit baron Saint Jaques de la bonne fortune qu'il avoit obtenue contre les Anglois ses anciens adversaires. Et après se loga en ycelle ville de Dieppe. Et brief ensievant fut ladicte bastille habandonnée à désoler, et le fut en assés brief terme après. En oultre, quand ycelui Daulphin eut séjourné en ladicte ville par l'espace de trois jours ou environ et qu'il eut ordonné comment ceulx de la ville se auroient à conduire, se parti de là et s'en retourna en la
ville de Abbeville, à tout ses gens, où il fut des babitans receu moult bonnourablement et joieusenient. Et en après aiîlcuns peu de jours, se départi de là, et par Amiens cbevaulcha jusques à Compiengne. Et depuis s'en ala à Cbasteler, où le conte de Saint-Pol le reçut moult grandement et bonnourablement, et y séjourna par aulcuns jours. Et encore s'en retourna à Compiengne.
Et enlretant ses gens couroient très souvent ou pays d'Artois et es villes et pays du duc de Bourgongne et de ses gens. Et estoient moult enclins d'eulx faire dommage, pour et à cause principalment de la destrousse de Montagu, dont assés par ci-devanl est faite mencion. Et pour y obvyer furent envoyés devers ledit Daulpbin, à Compiengne, l'évesque de Verdun et le seigneur de Ternant de par ledit duc de Bourgongne, aux quelz il promist qu'il feroit cesser ses gens d'armes de plus faire ycelles courses sur le pays. Nient mains, pour celle promesse cessèrent assés petit, ains continuèrent assés, en faisant de très grans desrois. Et meismement ceulx de la garnison d'Eu alèrent pillier les faulzbourgz de la cité de Cambray et le moustier de Nostre-Dame de Cantimpré. Et à leur retour prinrent le cbastel de Hérussart emprès Beauquesne , appertenant à messire Jeban de Fosseux, et le pillièrent du tout. Pour lesquelles entreprinses ceulz desdiz pays estoient bien en grand double, pour ce que la plus grand partie des nobles estoient aies, comme dict est, avec le conte d'Estampes devers le duc de Bourgongne.
Ouquel temps, le Roy remanda son fils le Daulpbin qu'il retournast devers luy à Tours en Touraine, où pour lors il se tenoit. Lequel y ala assés bastivement. VI ' G
El lui venu devers le Roy son père, fut grandement festoyé et moult noblement receu, tant du Roy comme des aultres grans seigneurs, pour la belle victoire qu'il avoit obtenue sur les Anglois, ses adversaires. Et tantost après lui fut bailliè en charge d'aler après Sallezar, qui emmenoit grand foison de gens d'armes vers Guienne sans le congié du Roy. Et luy fut commandé de le ramener, ou du moins luy oster ses gens. Si le poursievy moult radement et le raconsievy devers Auvergne, et fist tant que la plus grand partie des gens d'armes que ledit Sallezar avoit avec luy, se mirent avec ledit Daulphin. Lequel, de plus en plus fist très grosse assamblée , et se tira devers les pays du conte d'Armignac. Lequel il avoit en charge de prendre et le faire prisonnier de par le Roy son père. Et pour ce que ycelui conte d'Armignac se tenoit de sa personne en risle de Jourdain, envoia, le Daulfin, aulcuns de ses capitaines, à tout foison de gens d'armes, logier es faulzbourgs et autour d'ycelle ville, et leur ordonna et commanda qu'ilz gardassent bien que ledit conte ne se départesist de là. Et brief ensievant vint en sa personne. Au devant, duquel ycelui conte d'Armignac yssi pour aler au devant de luy. Lequel Daulfin dessusdit le fist prisonnier de par le Roy. Dont il fut moult esmervillé ; mais pour lors ne le peut amender. Et avec ce fut prinse sa femme et aulcuns de ses en fans. Et fut ycelle ville de l'Isle Jourdain, en la plus grande partie, toute courue et pillié. Et y furent trouvés biens innumérables et à très grand habondance, et de très riches et précieux joyau Ix. Et avec ce furent mises en la main du Roy pluiseurs aultres de ses villes et forteresces principaulz.
Si fut la cause de sa prise pour ce que ycelui conte avoit fait pluiseurs désobéyssances au Roy, et qu'il avoit traictië de maryer une sienne fille qu'il avoit, au roy Henri d'Angleterre. Et furent les lettres des traictiés dessusdiz trouvés en aulcuns de ses coffres. Et avec ce avoit fait morir le mareschal de France, c'est assavoir le seigneur de Severacb, à la très grande desplaisance du Roy, son seigneur. Et quand le Roy, qui de long temps avoit esté adverti des besongnes dessusdictes, et que pour ycelles avoit envoyé devers luy solempnelle ambassade pour lui remoustrer les besongnes dessusdictes, luy signifiant la dessusdicte désobéyssance qu'il avoit faite et faisoit cbascun jour à son souverain seigneur, il avoit respondu que se le Roy luy bailloit aucun empescbement en nulles de ses seignouries, ou faisoit baillier, il se alieroit à tel qui bien luy aideroit à garder contre toute sa puissance.