‹ La chronique (volume 3)Chapitre 36 sur 120 · CHAPITRE GGLXXVf · texte numérisé non relu

CHAPITRE GGLXXVf

Comment le duc de Bourgongne mist la duchée de Luxembourg eu son obéyssance.

Or convient retourner à parler du duc de Bourgongne, lequel en ce temps faisoit grans préparacions pour aler en la duchée de Luxembourg. Et avoient pluiseurs moyens qui de jour en jour aloient et venoient devers luy pour sçavoir se on pourroit trouver aulcuns bons moyens de traictier entre la duchesse et ceulx qui estoient avec elle désobéyssans, lesquelz enfin ne se peuvent trouver. Et pour ceste cause le dessusdit duc disposa du tour de eulx livrer forte

i^ lierre, et les mettre en l'obëyssance d'ycelle duchesse. Si envoia premiers oudit pays, maistre Simon de Lalaing, et de trois à quatre cens combatans avec luy, qui se joindirent et assamblèrent avec le conte de Vernembourg et les aultres nobles du pays de la marche qui estoient alyés audit duc de Bourgongne. Et se logèrent à Aillon* et en aulcunes aultres villes qui tenoient la partie de la dessusdicte duchesse, comme dict est ci-dessus. Et eulx venus en ycelui pays, cuidèrent par moyens avoir l'obëyssance de Thyonville. A quoy ilz faillirent, pour ce que le conte de Clicq et ceulx de son party les avoit attrais de leur costé, et y mirent des gens de guerre pour les aidier à entretenir. Et depuis, assés brief ensievant, vint ledit conte de Clicq, à tout grand puissance, garny de charroy et habillemens de guerre, logier assés près de ladicte ville d'Arlon, qu'il entendoit à assiègier. Si y eut entre les parties grandes escarmuches, où furent aulcuns de ses gens mors et bléciés. Et depuis, doubtant la grand puissance du duc de Bourgongne, se retraist à Luxembourg. Durant lequel temps, les dessusdiz firent pluiseurs courses l'un contre l'autre. Et aloient les Picars aulcune fois coure jusques aux portes de Luxembourg. Et entretant, le dessusdit duc de Bourgongne se parti de Digon en très bel arroy, grandement acompaignié de chevaliers et d'escuyers, et s'en vint à Ywis, qui est de la duchèe de Luxembourg, et là se loga, et y fut receu de habitans moult joyeusement. Duquel lieu de Ywis il conclud de faire assë-

i , AUloriy lis. Arlon, comme au reste le texte lui-même le porte plus bas.

gier ung chastel nommé Willy, qui estoit garny de pluiseurs sacquemans, qui long temps par avant avoient fait et faisoient encore de jour en jour de grans oppressions et tyrannies au povre peuple dudit pays Et estoit leur chief ung nomme Jaquemin de Beaumont. Si eurent la charge de les asségier, Guy de Rove, le seigneur de Saveuses, Hue de Hœsines, et aulcuns aultres cliiefz. Lesquelz y aièrent, à tout six cens combatans ou environ. Et y firent drëcier pluiseurs groz engiens, qui fort adommagièrent ledit chastel. Et se disoient, les dessusdiz, estre au demoiseau de Commarcis, qui avoit esté en la compaignie du Daulfin à prendre la bastille de Dieppe, comme dessus est dict. Si fut adverli d'icelui siège, et pour le cuidier lever, assambla environ mil combatans, entre lesquelz estoiem Le Ronchin, Pierre Robert, et pluiseurs aultres routiers de guerre. Si se tirèrent par pluiseurs journées en approuchant ceulx du siège dessusdit, et tant, qu'à ung matin fèrirent en leurs logis, et de première venue se boutèrent dedens, sans y trouver résistence, sinon assés petit. Nientmains, ceulx qui avoient la charge dudit siège, oyans Teffroy, rassamblèrent leurs gens moult en haste, en bonne ordonnance, et commencièrent à marcher avant contre leurs ennemis. Lesquelx assés tost ilz reboutèrent hors dudit logis, aux champs. Et là, de tous costés se commencèrent de très grandes escarmuches, auxquelles se porta très vaillamment, comme il me fut rapporté, messire Gauw^ain Quiéret, Hue de Longueval, et pluiseurs aultres, avec les chiefz dessus nommés. Lequel messire Gauwrain y estoit venu ung jour devant, et les avoit adverti de la venue dudit

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damoiseau de Commarcis. Finablement, ycelui damoiseau et ceulx de sa compaignie, véans qu ilz povoient plus perdre que gagnier à yluecq demourer longuement, se partirent assës hastivement, et s'en retournèrent audit lieu de Commarcis. Et y furent mors de ses gens huit ou dix, et pluiseurs navrés. Et de la partie des assègans fut mort ung gentil homme, nommé Gauthier de Pavant, et peu d'aultres avec luy. Avec lequel de Commarcis s'en ala ledit Jaquemin de Beaumont, et yssi du chastel par derrière, entre tant que ladicte escarmuche se faisoit, en haban donnant ses gens. Lesquelz se rendirent en brief terme ensievant, par tel si que ilz s'en yroient à tout partie de leurs biens. Et après, ledit duc de Bourgongne fist logier ses gens sur les frontières vers Luxembourg. Et ala le conte d'Estampes, à tout grand partie des capitaines et gens de guerre, à Clés, qui est une grande ville, laquelle aultre fois a voit esté fermée. Et fut yluecq grand espace de temps. Si couroient ses gens bien souvent sur leurs adversaires, desquelz, quand ilz les rencontroient, en faisoient bien peu de compte. Car yceulx Alemans, qui se tenoient à Luxembourg et es aultres villes à Tenviron, quand ilz se trouvoient aux champs contre les Picars, ne se vouloient point mettre à pied, quelque nombre qu'ilz fussent, et ne faisoient que escarmucher à cheval de leurs crenekins. Et tantost qu'ilz veoient approuchier lesdis Picars, se tournoient à fuite. Si en y avoit aulcune fois de raconsievys, qui estoient mis à mort sans remède. Laquelle chose sambloit à ces Alemans bien estrange, parce qu'ilz n'avoient point acoustumé d'est re ainsy servis, ne de faire entre eulx guerre si mortelle.

Et entant que toutes ces besongnes se faisoient, le duc de Bourgongne, qui avoit avec luy, comme dict est desus, pluiseurs du pays assés subtilz, eut pluiseurs ymaginacions et consaulz avec ses plus fëables et aulcuns des dessusdiz, pour sçavoir comment il venroit à chief de ceste guerre. Si luy fut dit qu'il pourroit bien faire essayer sçavoir se on trouveroit point manière de eschieller et prendre de nuit ladicte ville de Luxembourg. Et quand ledit duc oy ce, il y entendi voulentiers, et fut content qu'on y besongnast par tous les moyens qui pourroient estre possibles. Et pour faire Passay et aler aviser le lieu pour le pourgetter, furent advisés deux gentilz bommes, c'est assavoir l'un du pays de Bourgongne, nomme Guillaume de Grevant, et le second Robert de Miraumont, natif de Picardie, et avec eulx aulcuns aultres du pays, qui les conduisoient. Si se mirent à cbemin et alèrent par pluiseurs fois veoir et espier comment ils pourroient faire, et aussy comment ceulx de dedens se gouvernoient en fait de guet. Et avoient avec eulx aulcuns exelens eschelleurs. Si trouvèrent et perceurent qu'il y faisoit bon, et que ceulx de dedens se acquittoient assès petitement de faire le guet. Et adonc en y eut qui par escbelles montèrent amont et avisèrent bien à leur aise tout Testât de ladicte ville. En après se départirent et retournèrent le plus secrètement qu'ilz peurent devers le duc de Bourgongne, auquel ilz firent leur rapport sur ce qu'ilz avoient veu et trouvé. Sur lequel rapport ledit duc se conclut de faire essayer de mener ceste entreprinse à fin. Si le fist sçavoir au conte d'Estampes et aux capitaines qui esloient avec lui, en eulx signifiant que c'estoit son plaisir

qu'ilz feyssent ladicte entreprinse, et qu'il yroiten personne aveceulx, pour les aidier et secourir, se besoing leur en estoit. Et estoit lors ycelui duc à Arlon, et le dessusdit conte d'Estampes, à Es. Lequel conte d'Estampes, quand il eut oy et entendu l'intencion dudit duc, assambla grand partie des plus nobles de sa compaignie et leur remoustra toutes les besongnes dessusdictes. Et avec ce leur déclaira l'intencion dudit duc et leur requist que sur ce le volsissent consillier. Et adonc fut la besongne aulcunement dëbatue entre eulx. Et y en avoit d'aulcuns qui doubtoient aulcunement à faire et consillier ladicte entreprinse pour pluiseurs raisons qu'ilz y mettoient. Et en fin, tout considéré, se conclurent ensamble de le faire, puis que c'estoit le plaisir et ordonnance du dessusdit duc de Bourgongne, leur chief et souverain seigneur. Et après ceste conclusion, fut advisé à cuy on bailleroit la charge de faire le premier escliiellement. Si y furent commis messire Gauwain Quiéret, le seigneur de Bosqueaulx, Guillaume de Grevant et Robert de Miraumont dessusnommés, avec eulx les eschielleurs, de soixante à quatre vins compaignons. Si se mirent à chemin, et avoienl bonnes guides du pays qui les menoient. Et depuis les sievy et ratainst le seigneur de Saveuses, jà soit qu'il fust pour lors moult agrevé de maladie. Pour la compaignie duquel ilz furent bien joieux Quand ilz le veyrent avec eulx. Si se tirèrent le plus quoiement qu'ilz peurent jusques à demie lieue de Luxembourg, où ilz se mirent à pied et laissèrent leurs chevaulx. Et puis s'en alèrent tout oultre jusques au lieu qui estoit ordonné. El eulx là venus, avoient ordonné ceulx qui debvoient premiers monter, et

aiissy ceulx qui les sievroient de main en main, par très bonne ordonnance. Et quand tout fut prest, on commença à drécier les eschielles et à monter ainsy qu'il avoit esté advisé. Et fut requis au seigneur de Saveuses qu'il demourast au pied des eschielles pour faire tenir les ordonnances et pour faire monter ceulx qui ad ce estoient commis. Lequel le fist bien et à point. Car audit lieu n'y avoit homme qui bien ne se volsist conduire par son conseil. Et quand lesdiz messires Gauwain Quiëret, Robert de Miraumont et les aultres, furent dedens, en la plus grand partie, ilz prinrent aulcuns de ceulx du guet, auxquelz ils firent samblanl de les mettre à mort se ilz faisoient aulcune noise. Et lost après, yceulx alèrent rompre une posterne et ouvrir pour ledit seigneur de Saveuses et aultres qui les avoient sievys, jusques à deux cens ou environ, qui y entrèrent et commencèrent à cryer à haulte voix : Ville gaignièe! Duquel cry toute la ville fut estourmie. Et tout en haste cryèrent à l'arme en pluiseurs lieux. Etentretant lesdessusdiz Bourguignons se tirèrent ou marchiè, lequel ilz gagnièrent, non obstant que ceulx de dedens se fussent assamblès, en petit nombre, pour le garder. Si firent peu de résistence. A laquelle fut navre le dessusdit messire Gauwain Quièret. Et djs dessusdiz deffendeurs en furent mors deux tant seulement , et les aultres se mirent de toutes pars à fuyr vers le chastel, et aussy vers la ville bas.

En après ledit conte d'Estampes, qui les dessusdiz sievoit de près à puissance, fut adverti de celle prinse par pluiseuis messages que yeulx envoièrent devers luy; si se hasta le plus tost qu'il pot de y venir. Et

quand il fut dedens, il fut ordonné qu'on envoieroit certain nombre de gens devant le chastel, pour garder la saillie de ceulx qui estoient dedens. Mais desjà ilz avoient bouté le feu tout au travers de la rue qui estoit devant ledit chastel, par lequel furent arses moult de belles maisons et la plus grand partie des chevaulx des gens d'armes qui là estoient logiés, lesquelx en grand nombre s'estoient retrais ou chastel dessusdit. Et avec ce, quand le peuple, dont il y avoit grand multitude qui s'estoient retrais en la basse ville, veyrent et perceurent que leur ville estoit ainsy prinse et qu'il n'y avoit point de rescousse, ilz s'en yssirent hors et s'en alèrent à Thionville et aultres lieux , moult desconfcrtés , en habandonnant tous leurs biens.

Et ce meisme jour vint audit lieu de Luxembourg ledit duc de Bourgongne. Après laquelle venue se commencèrent ses gens à logier par ordonnance par ladicte ville. Lesquelx, tantost après, furent tous pris et ravis et butinés par ceulx qui avoient conquise ladicte ville. Et avoit esté ordonné, à faire ycelle entreprinse, ^,** que tous lesdiz biens seroient partis et butinés équal-

^ lement, et que chascun seloncq son estât en auroit sa

porcion, sans y faire aulcune fraude. Laquelle ordonnance ne fut point entretenue. Mais en furent fraudés la plus grand partie des compagnons, par espécial du moyen et mendre estât. Et en y eut peu qui y eussent prouffit, sinon aulcuns des chiefz de l'armée, et ceulx qui avoient conduict la besongne. Et aussi aultres qui furent commis à butiner, et qui eurent le gouvernement d'yceulx biens. Pour laquelle fraude on y eut pluiseurs qui s'en complaindirent l'un à l'autre, disant

qu'on leur moustroit mal vais exemple de eulxuneaultre fois adverturer leurs corps pour gagnier ce où ilz n'avoient point de prouffit. Nientmains, pour quelque plainte qu ilz en feyssent, n'en peurent avoir aultre chose. Ains furent constrains assés rigoreusement, tant par sairement comme aultrement, de rendre ou rapporter, ou délivrer ce qu'ilz avoient trouvé, en la main desdiz butiniers. Â laquelle assamblée et besongne estoit le seigneur de Humières, qui exerçoit l'office de mareschal. Auquel office il avoit esté commis de par le seigneur de Blanmont, le mareschal de Bourgongne. Aussy estoient avec ledit duc de Bourgongne, des marches de Picardie, le conte d'Estampes dessusdit, le seigneur de Croy, conte de Porcien, Walerant de Moreul, messire Simon de Lalaing Gui de Roy, messire Robert de Saveuses, son frère Hue de Hames, Hue de Longueval, le seigneur de Bosqueauix, messire Anthoine de Wissoch, et moult d'aultres nobles hommes. Et des marches de Bourgongne, le seigneur de Ternant, messire Pierre de Baufremont, seigneur de Chargni, le seigneur de Brasy, Charles de Rochefort, Philebert de Vandre, Jehan de Vandre, Philebert Dyancourt, et aulcuns aultres chevaliers et escuyers en grand nombre. Et quand est au conte du Clicq, il se retraist avec ses gens dedens le cliastel. Mais depuis se embla de nuit secrètement, et s'en ala, tout de pied, à Thionville. Lequel chastel de Luxembourg se détint depuis ladicte prinse environ trois sepmaines. Durant lequel temps, de ceulx de dedens fut occis, par trait qui le féri en la teste, messire Jehan, bastard de Dampierre. Et ledit seigneur de Saveuses, à une saillie que avoient fait aulcuns dudit chastel, fut navre très grief-

ment d*un vireton * en la poitrine, dont il fut en péril de mort. Mais par la diligence des cyrurgiens dudit duc de Bourgongne touVna depuis à garison. En la fin des quelles trois sepmaines, le dessusdit conte de Clicq, fist traictié avec les commis du dessusdit duc de Bourgongne, moyennant que ses gens qui estoient oudit chastel de Luxembourg, s'enyroient sauves leurs vies, et si n'emporteroient riens de leurs biens. Et avec ce rendi ladicte ville de Thionville, et s'en retourna en son pays d'Alemaigne, à grand perte, honte et confusion, de lui et de ses gens. Et par ainsy, ycelui duc de Bourgongne eut plaine obéyssance de ladicte duchée de Luxembourg et des appertenances, en peu de temps et à petite perte de ses gens. Auquel lieu ala la duchesse, sa femme, et avec elle la duchesse de Luxembourg, aultre fois nommée. Laquelle avoit fait, ou fist traictié avec ledit duc, par condicion qu'il joyroit de ladicte duchée toute sa vie durant et y auroit tout tel droit qu'elle y avoit, et il ly en renderoit pour

chascun la somme de ^ francz monnoie de

France.

Duquel temps, ledit duc de Bourgongne avoit fait publier, luy estant en la ville de Luxembourg, que nul de quelque estât qu'il fust, ne prenist débat, ou feyst aulcune extorcion aux seigneurs du pays, ne à leurs gens, qui estoient en sa compaignie, des marches d'A-

1 . Le vireton était un trait de bois dur fortement armé d'un ter pointu, et qu'on pouvait décocher avec une grande force de l'arbalète.

2. La somme est en blanc dans le mss. 8346. Vérard met : « Dix mille francz. »

lemaigne et de ladicte duchée. Laquelle publicacion fut enfrainte par un^ sien archier de corps, nommé Je petit Escocois, qui prinsl débat à messire Pierre Bernard, et de fait le féri aulcunement. Pour lequel fait, ledit duc le fist prendre, et nonobstant pluiseurs prières d'aulcuns grans seigneurs de son bostel, et aussy dudit messire Bernard qui luy pria pour le dessusdit sauver la vie, le fist pendre, jà fust que moult l'eust amé paravant que bien fust content de son service. Mais il Je fist, principalement adfin de baillier exemple à tous aultres, qii'ilz ne fussent si osés de rompre, ne enfraindre ses édictz et ordonnances.

En oultre, après que ledit duc de Bourgongne eust là esté par aucun temps, et qu'il eut commis à la garde et gouvernement d'ycelle ville et du pays de Luxembourg, ung sien filz inlégitisme, nommé Cornille, et avec lui, pour le conduire, Pbilebert de Vauldre, et aulcuns autres gentilz bommes, et avec ce, que grand nombre des babitans de ladicte ville de Luxembourg furent retournés en ycelle ville en leurs lieux par sa grâce et licence, et qu'on leur eut vendu aulcune partie de leurs biens et par espécial leurs maisons, par certain apointement fait avec eulx, se parti de là, et avec luy toutes ses gens d'armes, et s'en retourna ou pays de Brabant. Et les Picars et aultres retournèrent cbascun en leurs lieux.

En cest an, ala de vie à trespas messire Loys de Luxembourg, archevesque de Rouen ; ou pays d'Angleterre. Lequel se disoit grand cbancelier de France pour le roy fîenri d'Angleterre et cliief de son conseil ou royaume de France en tant qu'il touchoit les villes et cités qui estoient obéyssans à yceluy roy. Et très-

passa en une ville nommé Héli \ où il y a une abbey de noirs moisnes, dedens laquelle il fut enterré assés sollempnellement. Et tenoit ycelle signourie en commande, dont il avoit des grans prouffis. Et au regard de ses biens, après que son testament fut en parti acompli, le roy d'Angleterre en eut la plus grand partie.

Item, en ce temps dessusdit, furent mis pluiseurs ambassadeurs sus, d'entre les deux rois de France et d'Angleterre. Lesquelx très souvent aloient d'un pays en aultre pour trouver moyens de paix entre les deux royaumes, ou du mains ralongier les trêves. Et pour lors, le roy de France se tenoit à Tours en Touraine. Ouquel lieu se tinrent pluiseurs grans consaulz et moult d'assamblées sur ceste matère. Aux quelles estoient mandés et convoquiés très souvent les trois Estas de son royaume. Toutefois, nonobstant lesdictes assamblées, se mou voient continuellement les deux parties, et menoient grosse et forte guerre les ungz aux aultres.

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