‹ La chronique (volume 3)Chapitre 45 sur 120 · Rapprochez cette menace de celle de la fin · texte numérisé non relu

Rapprochez cette menace de celle de la fin

<f . . . . Vous voirrez par vos yeulx Le feu bien près de vos hosteulx Qui vous les pourrolt bien brûler »

Ne sçay si vous en valiez mieulx.

Pour ce, vous prions joinctes mains Que nous pardonnez nos complains, Et que en hayne ne prenez pas Si nous cryons ainsi hélas!

Hélas! pour Dieti, noz bons seigneurs.

Qui estes les grans gouverneurs

Et gouvernez tout nostre Roy,

Que nous vueillez donner secours.

Au Roy présentez noz clamours

Et vous joingnez de bonne foy

A luy faire passer Toctroy

Que tant humblement requéron,

En nostre humble supplicacion.

Noz très chiers seigneurs, vous scavez

Que la clef du royaulme tenez

Et que trestout ne gist qu'en vous,

Et pour ce vous plaise, qu'aiez

Regard à noz grans povretez,

Et que ayez mercy de nous.

Pour Dieu, seigneurs, advisez vous,

Vous tous qui avez la puissance.

De donner bonne conséquence

Aux lettres qu'envoyons au Roy,

Et aux estatz qui sont à soy.

Et aussi pourrez en tel cas

Nous garder de crier hélas!

Hélas! ducz, marquis et contes, Barons, chevaliers et vicontes, Et nobles qui chasteaulx avez,

Voz ayglantiers et voz ronces, Voz officiers avec leurs pompes, Nous ont souvent fait espoucer A voz murs nous faire garder, La nuyt, à la pluye et au vent, Trestout le corps de nous tremblant ; Puis nous mettoient voz gens asseur Qu'avions dormy dessus les murs; Et noz robbes nous despouilloient Par violence rudement, En nous mettant à grans rançons, Frappans sur nous à grans bastons.

Puis que leur disions tout bas Mercy pour Dieu! hélas! hélas!

Hélas ! hélas ! encore n'estiez Vous pas contens se plus n'aviez De nous, puis que estions batuz Et que nous estions renssonnés Âffîn de venir aux escuz, Que vous avez moult souvent euz, Disant : c'est nostre droit demaine.

Raison le vouldroit à grant peine.

Là ne sont point les fondemens De voz terriens tenemens.

Hz sont bien aultrement fondez, Si vous très bien le saviez.

Mais je croy que n'y tendez pas; Vous en pourrez bien dire hélas !

Helas! voulentiers nous teussions, De plus j)arler, si nous penssions,

De VOUS ne de voz ofticiers. Manger ilz ont noz goretons Et noz brebis et noz moutons, Et de noz bledz fait voz garniers.

Puis fault aux sergens leur glene, Au portier du blé pour sa peine.

Et puis fault pour chascun vaisseau Qui est mis dedans le chasteau, Cinq soulz pour vostre cappitaine, Et ung ou deux boisseaulx d'avoine.

Dont il fait souvent grant amas.

Ne luy chault, se cryons hélas!

Hélas! encore y a il plus,

Qui moult souvent le cuer nous trouble,

Quant le Roy mect une ayde sus,

Il convient que le coup nous double.

Vous nous en mettez en grand trouble.

Car il convient souventeffois

Que nous les payons par deux fois.

Et quant gens d'armes au pays viennent.

Qui bien vous servir se peinent.

Pour ce que vous les soustenez,

Noz beufz et noz vaches emmainent.

Et les tuent et les détiennent.

El s'il est que les en gardez,

Il faut qu'aiez pour voz peines

Et de l'argent et des avoines.

Et les mettent en ung grant tas.

Nous povons bien crier hélas!

Hélas! gens d'armes et de traict,

Vous avez le forment deffaict Et mis en consiimmacion.

Tourmentez nous avez de fait.

Le complaindre peu nous vauldroit Se plus avant en dision.

Chascun sçait bien si nous menton.

Mais je croy, que veuillez ou non, Que avant que soit longue saison Passée, dire vous os Que vous nous voirrez en repos, O l'aide de voz destinées, Et des neiges et de gelées, Qui ont esté en mains yvers, Maintz en cherront trestous envers Trestous mors la gueule bayée, Avant que l'année soit passée, Se Dieu n'y employé sa grâce.

Ainsi luy plaise qu'il le face Comme il fist aux Egiptiens.

Jà pieçà en l'ancien temps Quant il les repeust de la manne Qu'il leur fist du ciel descendre, De Pharaon les délivra.

Ainsi que de nous il fera, S'il luy plaist, ains Pâques fleuries, Si vous ne menez meilleures vies.

Et puis après ne dirons pas Que nous faciez crier hélas !

Hélas! advocatz empariez, Maintes fois nous avez brouillez Et maintenus en plaidoier.

Dont bien garder vous nous poviez, Se la voulenté en eussiez.

Mais ce n'estoit que voz envies, Tant que eussiez les bources garnies, De nous mettre à nul accord ; Aincois, par voyes subtives, Par voz ars et par voz praticques, Nous faisiez du droit le tort.

Bien estes causes, les plusieurs, De partie de noz douleurs, De noz pertes et de noz gas.

Bien en pourriez crier bêlas !

Hélas ! bourgois qui de noz rentes,

De noz labeurs et de noz plantes

Avez vescu au temps passé.

Vous voyez noz cbières dolentes

Et les poux qui nous cheent des temples ,

De langueur et de povreté.

Mains jours nous avez abuzé

Et recueilliz en vostre hostel.

Quant voz rentes vous doubloient.

Mais quant vous nous voyez en debte

Et que n'avons, ne vin ne blé.

Plus ne faictes compte de nous.

Pour ce, souvent nous faictes vous

Braire, et crier bault et bas :

Que ferons nous chétifz, hélas !

. Hélas! marchahs, vous nous avez Par maintes fois revisetez^ El voz denrées seurvendues;

Mais quant de nous acbeptiez Vous le nous mesprisiez.

Foy est bien en vous perdue.

Vous avez loyaulté deceue.

En vous avez commis usure, Larrecin et parjurement.

Mais celluy qui rendra droicture A toute humaine créature, Vous rendra vostre payement Par son droicturier jugement.

Et maudirez tous ces amas Quant crier vous fauldra hélas !

Hélas! vous autres de mestiers, Mareschaulx et cordouenniers, Et les tanneux de peaux velues, Vous nous avez esté moult chiers.

Vos parolles nous ont deçeues.

Pis nous avez faict que usuriers, Car, pour néant, par chascun jour.

Vous avez eu nostre labour.

Marchant avant la cueillecte.

Bien en pourrez avoir mal tour, Si n'en faictes aulcun retour Avant que jugement s'y mette.

Alors saison ne sera pas Que vous faulsist crier hélas !

Hélas! vous scavez tous comment Nous perdismes nostre froment, Que entan nous semasmes es terres, Pour la gelée dure et grant

Qui les mist à con fondement.

Et puis vous sçavez tous quelz guerres,

Quelz meschiefs, et quelles rappines

Nous feireiit toutes ses vermines

Qui vindrent aux saisons nouvelles.

N'y demoura, ne pois ne febves,

Dont ne tatassent des premiers

Ratz et souris, et verminiers ;

Et les espiz en emportoient,

Des blez qui demourez estoient.

Et par moult diverses manières

Ils les mettoient en leurs tesnières

Et en firent de grans amas

Dont maint en ont crié hélas !

Hélas ! avons cryé assez Pour Dieu que vous nous pardonnez, Et que vous pensez en vous mesmes Si nous vous disons vérité.

Tout nostre fait veoir vous povez Ainsi que nous faisons nous mesmes.

Courroux, mal talent et ataines, Nous regardent tous chascun heure.

Beuf, ne pourceau ne nous demeure, Ne brebis, ne noz povres vaches, De quoy faisions noz laitages, Qui nostre vie soubstenoit.

Et de la fain nous guarissoit.

Mais la mort et le divers temps Les a fait demourer es champs, Et mortes les trouvons par les tellz.

C'est ce que bien, souventes foys.

Quant voyons advenir telz cas, Qui nous fait fort cryer hélas !

Hëlas ! sans plus vous dire hëlas 1 Comment pevent penser créatures, Qui bien advisent noz figures.

Et ont sens et entendement.

Et nous voyent nudz par les rues, Aux gelées et aux froidures, Nostre povre vie quérant, Car nous n'avons plus rien vaillant.

Comme aucuns vueillent lengagez.

Hz s'en sont très mal informez.

Car s'ilz pensoient bien en Rodiguez^, Et Escoçois en leurs complisses, Et es y vers qui sont passez ^, Et autres voyes fort oblicques Dont tous estatz nous sont relicques Comme chascuri nous a plusmé.

Hz seroient bien héréticques S'ilz pensoient bien en leurs vies.

Qu'il nous feust rien demourë.

Telz langaiges ne sont que gas :

Si nous taisons de dire hélas !

O très sainctemère PKglise,

Et vous très noble roy de France,

Conseilliers, qui à vostre guise

i . Allusion au fameux routier Rodrigo de Villandrado. 1. Ceci peut s'appliquer surtout à l'année 1409, qu'on appela Tannée du grand hiver. (Voyez notre tome I, page 165.)

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