EN L'AN MIL IIII' XV
En la saison d'aoust, se mist en mer le nouvel roy Henry, filz de Henry, roy d'Engleterre, avecq luy les ducqs de Clarence et de Bethefort, ses frères; le duc de lorcq, les contes d'Arrondel, de Werwic, de Rint, et Dontiton, le seigneur de Ros et le seigneur d'Escaillon et son frère, et pluiseurs autres. Et arriva à Harfleu, où il mist siège et y fu environ IX sepmaines, et puis lui fu rendue par traictié, par le seigneur de Gaucourt, qui en estoit cappitaine tenant le party d'Orléans.
En ce tamps, se mirent sus les princes et seigneurs de France à toute puissance pour aller contre lesdis Engloix. Et quant le roy d'Engleterre seult que ilz estoient assamblez, il party de Harfleu et y laissa le duc de Bethfort, et il s'en volt retourner à toutes ses gens par le pais d'Artoi?!^ à Calaix. Mais les princes et seigneurs de France le poursievirent jusques audit pais d'Artoix, et tant que il ne polt eschapper sans eulx livrer bataille, non obstant que il avoit jà passé les rivières d'Oise, d'Autye et de Somme. Et furent ractains et enclos emprès Aisincourt et de Rouseauville. Dont iceulx Engloix furent moult dolans, car contre eulx estoit toute la fleur de la chevallerie du royaume de France, et estoient Françoix mieulx de quatre contre ung.
De l'armée de France estoit à ce jour le chief et souverain, le
duc d'Orléans, et avoec luy estoient les ducqs d'Alenchon, de Bourbon et de Bar, les contes de Nevers, de Richemont, d'Eu, de Vendosiïie, de Marie, de Roussy, de Tonnoire, de Vaudemont, de Danmartin et de Salebruce ; Charles de Labret, connestable de France, Jehan de Bar et Ferry de Loeraine, le viconte de INerbonne, et toute la fleur de cheval lerie de France, de Picardie et de Hainau. Mais des pais de Flandres et de Bourgongne n'y eubt nul seigneur que messire Loys de Ghistelle, tilz au seigneur de Ghistelle.
Le XXV^ jour du moix d'octobre, assamblèrent à bataille Françoix et Engloix, environ heure de prime, en une place emprès lesdis lieux de Aisincourt de Rousseauville. Et commenchèrent Englès à traire sur les Françoix. Lesquelx Engloix estoient en deux bosquès, et la bataille des Françoix estoit entredeux pour assambler à la bataille du roy d'Engleterre, qui estoit au dessus de ses archiers. Et estoient les Françoix en une ghasquière nouvellement ahennée, qui leur fist moult de paine à passer. Car ilz estoient pesamment armez et la ghasquière estoit molle, par quoy ilz furent moult lassés et traveilliés à en yssir. Car ilz estoient de piet. Et quant vint à l'assambler à ladicte bataille du roy d'Engleterre, les pluiseurs estoient si traveilliés que à paines se sâvoient-ilz ravoir de ladicte ghasquière. Et les Engloix estoient frès et nouviaulx, qui ne s'estoient meuz de leur place avantageuse, et commenchèrent à fraper moult asprement sur les Françoix et en abatirent moult qui ne se povoient relever, et se n'avoient les pluiseurs qui les aidast à les remettre sus, car ilz n'avoient volu mener avec eulx nuls de leurs variés, pour ce que entre eulx gentilz hommes voloient avoir l'onneur de ladicte bataille. Mais ilz en furent trompez, car ilz y furent tous mors et desconfis, que bien pau en eschappa. Et ne dura gaires la bataille. Et droit au point de la desconsfiture arriva le duc de Brabant en ladicte place, à bien pau de gens, de son hostel tant seulement. Lequel se bouta bien chaudement en ladicte bataille, en laquelle il fu incontinent occis et deux chevaliers avoec luy, filz du seigneur de Lens en Haynau, et frères à l'évesque de Cambray qui pour lors estoit.
En celle bataille furent occis et mors le duc de Brabant, le duc d'Alençon et le duc de Bar, les contes de Nevers, de Marie, de Roussy, de Vaudemont, de Damraartin, de Vendosrae, d'Eu et de Salebruce, le connestable de France, Jehan de Bar, Ferry de Lor-
2;iU CHRONIQUE ANONYME
saine, Loyz de Ghistelle et toute la gentillesche qui se niist en ladicte bataille que bien pau en eschappa, se ne furent ceulx qui y furent prins en vie. C'est assavoir les ducqs d'Orléans et de Bourbon, les contes de Vendosme et de Richemont et aucuns autres, dont il n'en retourna gaires hors de leur prison. Et de la partie du roy d'Engleterre ne moru nul homme, fors le duc de lorc son oncle, et aucuns autres gentilzhommes en petit nombre.
Après celle bataille s'en alla le roy d'Engleterre à Calaix bien hastivement, car il doubtoit que les demourés et fuyans ne se rassamblassent pour les combattre de rechief, et pour ce s'en party et s'en alla de tire en Engleterre, et y fist mener tous les prisonniers.
Après celle desconffiture manda le duc de Berry, le conte d'Arinignac venir pardevers luy en la ville de Paris, ainsi que il fist. Et après ce que il y fut arrivez il fu fait connestables de France, affin que leur bande se peust entretenir contre le duc de Bour» gongne.
Quant toutes ces choses furent venues à la cognoissance du duc de Bourgongne, qui encores estoit en sa duchié de Bourgongne, il assambla la plus grant puissance que il polt en la duchié et en la conté de Bourgongne, et puis s'en party et s'en vint en France pour ce que il sçavoit le Roy et son royaume estre en très grant péril et aventure pour la grant perte qu'il avoit eue de sa chevalerie, et ossy pour ce qu'il estoit petitement gouverné de gens et de consseil. Et arriva iceluiduc àLaingny sur Marne, et là fu longuement pour espérance de trouver traictié pour aller à Paris devers ' le Roy son seigneur et y envoi a pluiseurs fois ses ambaxadeurs. Mais oncques ne polt finer au duc de Berry, au conte d'Armignac, au chancellier de France, Tan eguy du Chastel et autres, que il entrast à Paris. Et durant le tamps desdictes ambaxades moru soudainement le duc de Ghyenne, ainsné filz du roy. Duquel la mort fu celée par l'espace de quattre jours affin que ceulx de Paris n'eu.ssent nulle souspechon sur ceulx qui le avoient en gouvernement. Et fu commune renommée que il fu empoisonnez par ceulx qui estoient entour luy, pour ce que il avoit grant affection et désir d'avoir le duc de Bourgongne son beau père, emprès luy.
Après la mort du duc de Chienne venue à la cognoissance du duc de Bourgongne, se party icelui de Bourgongne de la ville de Laingny, et retourna en Artoix et en Flandres. Dont ceulx qui tenoient
le party de Ben-y et d'Armignas, lesquels furent de tous tamps depuis nommés armignacs, firent grant mocquerie d'iceluy duc et de son emprise et Tappellèrent grant tamps .Jehan deLaingny, et par avant Tappeloient Jehan Beausire, et Jehan à la longue cotte, par grand desrision.
Quant le duc de Bourgongne fut retournez en Artoix, il donna congié à toutes ses gens d'armes, lesquelx s'en retournèrent en Bourgongne. Et dedans brief tamps après, icelui duc s'en alla en Haynau devers Jehan de France, duc de Thouraine et par le trèspas de sondit frère, daulphin de Viennoix comme ainsné filz duroy de Franc»;. Lequel avoit espousee la fille audit conte de Haynau, nièpce audit duc de Bourgogne. Avec lequel il tint consseil pour trouver la manière comment il porroit estre seurement menez et conduis devant le Roy, son père, pour avoir le gouvernement tel que à luy appartenoit. Mais ils ne porent trouver manière qui fust seure pour luy mener, tant que ceulx qui estoient à Paris eussent le gouvernement du roy. Et par tant se conclurent que icelui Daulphin demourroit encores en Haynau avec sa femme. Et puis s'en retourna le duc de Bourgongne en Flandres, où il séjourna plus d'un an entier.
En cel an fu la sentence rendue à Constance par le concilie général de chrestienté estant audit lieu, de la matière et question meue entre le duc de Bourgongne d'une part, et l'évesque de Paris, frère audit feu Montagu et autres clercs et docteurs de l'Université de Paris tenant le party d'Armignac, d'aultre part, ladicte matière touchant nostre foy chrestienne en aucuns poins à cause de la proposicion faicte à Paris par maistre Jehan Petit, docteur en théologie, au commandement et adveu d'iceluy duc, comme cy devant est dit. Laquelle proposicion ledit évesque et ses complictsavoientcondempnée et arse publicquement par jugement, eh la ville de Paris, comme chose plaine de hérésie et de fauseté. De laquelle sentence icellui duc appella en court de Romme, où estoit lors assamblee la fleur de clergie de toute chrestienté, comme dit est, et y fist appeller et évccquier ceulx qui avoient donné ladicte sentence. laquelle sentence darrenière faicte audit concilie sur l'appelacion dessusdicte, fu al honneur dudit duc de Bourgogne et conservacion de sadicte proposicion et à la condempnacion desdis évesque et clergie de Paris, lesquelx furent conderapnés de rappeller leur jugement comme faulx et mauvais, publicquement et devant tous, quant requis et semons en seroient.
232 CHRONIQUE AINONYME
En cel an, Jacques de Bourbon, conte de La Marche, alla enYtalie à grant compaignie de gens, et prist à mariage la royne Jehenne, seur à feu le roy Lansselaou, et fu tenu pour roy de Sézille par tout le royaume. Et fist son connestable de Lourdin de Saligny, chevalier natif du royaume de France. Et depuis ce tamps ne vesquy gaires le roy Loys, duc d'Ango, mais moru tout enflés du mal Saint-Quentin.
EN L'AN MIL lUP XVL
Vint le roy des Rommains en France et fu à Paris, où il fu bien receuz et conjoiz du duc de Berry et du conte d'Armignac, et y séjourna environ XV jours, et de là s'en alla en Engleterre devers le roy, où il fu longuement, en pourcachanl le paix des deux roys et royaumes de France et d' Engleterre. Mais il n'y pot riens besongnier et s'en retourna en son pais d'Alemaingne sans riens faire. Et donna aux Liégois pluiseurs franchises et libertez. Et fist en ce voiage de la conté de Savoie une duchié. Et est vray que quant le Roy des Rommains party d'Alemaingne pour aller en France et en Engleterre, il estoit et avoit toujours esté tenant le party contraire du duc de Bourgongne, par le moien du duc Loys de Bavière, frère de la roynne de France, des cardinaulx de Cambray el de saint March, maistre Jehan Garson et autres commis ambaxadeurs du roy de France, par le moien des gouverneurs du royaume. Mais quant ledit roy des Rommains retourna en son dit pais , il estoit tout tourne de la partie dudit duc de Bourgongne parce que il avait veu et oy en sondit voiage où ledit de Bourgongne eiiist puissance, car le conte d'Armignac luy avoit dit que se il passoit parmy le pays d'Artois ne ailleurs sur les marches du pays d'iceluy duc de Bourgongne, il le feroit prendre et emprisonner et le tendroit en sa subgection.
En cel an le XIIP jour du mois de septembre, à heure de vespres, s'esmurent et rebellèrent ceux de Napples contre le roy Jacques, et prirent la royne sa femme en ladicte ville de INapples, et menèrent grosse guerre audit roy et à ceux qui tenoient son party. Et fu piins son connestable et le seigneur de saint Meuriss, beaupère dudil connestable. Et pour mieulx asseur se fist ledit roy mener par ung bringuantin en mer au chastel de l'Euf, et laissa de
ses gens en garnison au chastel de Neuf. Et dura celle guerre jusques au XXVIP jour d'octobre ensievant, que la [)aix se fist moiennant ce que tous les François estans audit royaume, aians estât ou offices en icelui, s'en partiroient et s'en retourneroient cha(;un en son pais , excepté ceulx qui seroient commis à servir le corps dudit roy, en bien petit nombre. Et après celle paix faicte retourna ledit roy au chastel Neuf et la royne aussi. Auquel chastel lui fu de tous le serement renouvelé de le tenir pour leur roy toute sa vie, sans ce qu'il deuist avoir nul gouvernement dudit royaume, et lui fu son estât ordonné pour sa personne de gens, de chevaulx et d'aultres choses, tout au plaisir d'iceulx Napolitains.
Au jour que le roy Jacques arriva au chastel Neuf, aj>rès ladicte paix faicte, firent ceulx de Napples grant joie parmy la ville, et alumèrent feux et chandeilles parmy les rues et sur les terraces des maisons. Et lendemain, furent les dames et demoiselles deNap- ])ies dansser et mener joie audit chastel. Mais au tierch jour fu ledit roy si court tenu que nul ne pooit parler à lui, sinon en la présence de ceux qui l'avoient en ce gouvernement, et ne porrent les gentilz hommes de France prendre congié à luy. Et tantost après mirent la royne en ce party, pour doubte que eulx deulx en'^emble ne fussent maistres desdis gouverneurs. Et toutesfois, pour leur serement acquitter, ils tinrent l'un et l'autre pour leur roy et royne, mais ils les gouvernoient eulx et leur royaume du tout à leur volenté. Et fu le chief de tous les rebelhs et traytours, un anchien homme de la plus riche et puissante lignié de Napples, nommé Hennequin Mourmil, qui estoit celuy en qui le roy avoit la plus grant fiance de tous les Ytaliens. Et fu chieulx roi en ce point détenus par grande espace de tamps. Enfin leur eschappa et fu conduis par mer au pais deTarente, qui luy estoit donnés, et puis s'en party et fu du tout déboutez dudit royaume. Et y alla depuis luy, le duc d'Ango, filz dudit roy Loys darrenièrement trespassé. Et fu receuz en la cité d'Averse, mais il n'y eubt mie esté longuement quand il l'en convient partir. Et fu ençachiés par le roy d'Arragon.
En cel an moru le duc de Berry en la cité de Paris, et fu menez et enterres en la ville de Bourges Et par ainsi demoura le duc d'Armignac gouverneur du royaume de France.
L'AN MLi nm xvn.
Party le conte de Haynau de son pais pour mener leDaulphin de Vienne devers le roy son père, et le mena jusques à Compiengne et là le laissa en la garde de ses gens ; et ledit conte s'en alla k Senlis d< vers la royne de France et depuis à Paris, pour trouver les moyens et manière de amener ledit Daulphin audit lieu de Paris. Et en ce tamps allèrent pluiseurs chevalliers et escuiers devers icelui Daulphin audit Heu de Compiengne, faignans de lui faire révérence et honneur. Et tant y en alla et si près le approchèrent, que il moru bien hastivement, ainchois que ledit conte de Haynau retournast audit lieu de Compiengne. Et luy furent les nouvelles portées audit lieu de Paris. Dont il se party incontinent, très dolant et courouchié, et s'en retourna en son pais de Haynau, auquel il moru bien prochainement après. Et fu commune renommée que ils furent tous deux empoisonnez desdis Armignas. Et adont ne démolira au roy de France que ung seul filz qui estoit moult josncs, et fu nommés Charles, conte de Pontieu. Lequel estoit \ Paris et demoura au gouvernement d'iceulx Armignas, dont moult de maulx avindrent depuis en France.
En ce tamps ce mouteplia la puissance du conte d'Armignac, et portèrent les damoiselles de Paris, en grant sollempnilé, la bende aux festes et ducasses de Paris, et les faisoient traviser parmy les rues tant les faisoient longues et plentiveuses, et fist-on à ce tamps si grand feste de ladicte bende que on le donnoit à porter à pluiseurs ymages es églises de Paris, qui estoit merveilleuse chose à veir à faire porter aux ymages représentans les sains de Paradis et au roy de France, la bende du conte d'Armignac, laquelle bende fa jadis donnée à ung sien devanchier, conte d'Armignac, par condempnacion et pugnicion du pappe, à le porter à tous jours mais, luy et ses hoirs, en signe d'amendise du fourfait que il avoit lors commis ; et encores lui fist on grâce, car la condempnacion fut de porter une hart au col, laquelle fu couverte en une bende par la prière d'aucuns princes et seigneurs. Et elle fu à ce tamps si fort augmentée que on la donnoit à porter aux sains et aux saintes et au roy de France.
Après le trespas du Daulfin et du conte de Hainau, fist le duc de Bourgongne ung grant mandement de gens d'armes par tous
ses pays, à assambler au moix d'aoust entour Amiens et Corbie. Et le taiiips durant que ses gens se ordonnoient et appareilloient pour le servir, ledit duc s'en alla devers le roy d'Engleterre à Calaix pour aucunes choses secrètes qui point ne vindrent à congnoissance de communes gens. Et pour la seureté de sa personne fu la manière de son allée telle, que au partir de sa ville de Saint- Omer il avoit avoec luy le conte de Charoloix, son filz, et grand plenté de chevalliers et escuiers en armes, et chevaucha en belle ordonnance jusques à une yauue qui queurt entre Saint-Omer et Calaix. Et par de là ladicte yaime estoit le seigneur de Glochestre, frère au roy d'Engleterre, lequel estoit très bien accompaignié de gens d'armes et illec attendoit le duc de Bourgongne. Et au passer ladicte yauue, lesdiz ducqs de Bourgongne et de Glochestre se mirent l'un contre l'autre, le duc de Bourgongne pour aller à Calaix, et le duc de Glochestre pour aller à Saint-Omer. Et droit au my lieu de ladicte yauue firent la révérence lezungs à l'autre, et en ce faisant se arrestèrent ung peu en ladicte yauue et puis passèrent oultres,chascuns à tout son estât tant seulement. El s'en alla le duc de Bourgongne en la compaignie desdis Engloix audit lieu de Calaix. Et le duc de Glochestre s'en alla en la compaignie dudit conte de Charoloix audit lieu de Saint-Omer, comme ostagier pour la seureté de la personne dudit duc de Bourgongne. Et quant le consseil fu finéz à Calaix, et que iceluy duc de Bourgongne fust disposé de retourner en son pais d'Artoix, on le fist savoir an duc de Glochestre, et retournèrent ces deux princes en la manière que ilz estoient venus chascuns en son lieu.
Après le retour du duc de Bourgongne en son pais d'Artoix, icelui duc fist ung grant mandement pour haster les barons et gentilz hommes de Bourgongne, et en les actendant s'en alla à Corbie et à Amiens. Esquelles il fu grandement receuz ethonnorez, et luy livrèrent iceulx de ladicte ville d'Amiens arbalestriers et paviseurs pour les mener par tout où il lui plairoit, à leurs proppres despens. Et pareillement firent ceulx des bonnes villes de Arras, Béthune, Lille et Douay et pluiseurs autres. Et actendy les Bourguignons audit lieu de Cxirbie, luy estant logié en Tabbéie de Saint-Pierre audit lieu.
En la fin du moix d'aoust arrivèrent à Corbie les seigneurs et barons de Bourgongne en moult noble et grande compaignie. Et inccmtinenf après leur venure se party le duc de Bourgongne du-
dit lieu de Corbie par ung dimence après disner et se loga celle nuit en plains cliamps emprès le chastel de Demain à deux lieiiwes près dudit Corbie. Lequel chastel de Demuin estoit nouvellement mis en l'obéissanee du Roy et du duc de Rourgongne. Auquel logis arrivèrent ce jour pluiseiirs estandars et cappitaines dudit de Rourgongne. Lesquelx s'en partirent à lendemain et prirent le chemin devers Reauvaix. Et furent adonc les Rourguigncms commis à mener l'avant garde devers Reauvaiz. Laquelle ville et l'évesque d'icelle leur firent obéissance, et y entra le duc à toute sa puissance, et y séjourna bien huyt jours, et y fist mettre jus tous subsides, IIII", imposicions et gabelles de sel et autres marchandises. Et tantost après son département de Reauvaiz, retourna la dame du chastel de Demuin en son premier point, et mist grant garnison d'Armignas en sondit chastel. Laquelle garnison fist moult de maulx audit pais de Corbie.
En la compaignie du duc de Rourgongne estoient en ce voyage les seigneurs barons et cappitaines cy- après nommez.
Et premiers, les noms des barons et gentilz hommes des pais de Rourgogne et de Savoie :
Le mareschal de Rourgongne, seigneur de Vregy, Loys de Chalon, seigneur d'Arguel, filz au prince d'Orenge, le seigneur de Sallenoue, le seigneur de Jonvelle, frère an seigneur de La Trimouille, messire Régnier Pot, les seigneurs de Montagu, de Neufchastel, de Chasteauvillain, de Chasteauviez, de Thy, de Coltebrune, d'Ancre, de Toulongon, de Champdivers, de Chastelus et (le Digonne, messire Anthoine de Thoulongon et Andrieu son frère, escuier, le Viau de Rar, Raillieu d'Aussoix, Henry de Champdivers, Gauchier de Ruppes, Andrieu de Salin-, Regnault de Montcommun, Anthoine de La Marche, Anthoine de Vergy Jacques de Courtiamble, le seigneur de Saint-Liébault, Pierre de Fontenay, seigneur de Ransse,/ Pierre de Digongne, Pierre de Rauffremont et Chastel uisa, chevalier, Jehan de Gingin, Jehan du Clau, Clavin du Chiu, Emar de Vienne, escuiers et pluiseurs autres.
Les noms des gentilz hommes de Picardie : Messire Jehan de Luxembourcq, les seigneurs d'Anthoing, de Fosseux, de Longueval, de Noielle, d'Inchy, de Cohem, de l'Ille-
Adan, de Humbercourt, de Picque^y, de Sorel, de Saint-Légier, deRoilecourt et de Belleferière, Athis et Daviod de Brimeu, frères, Paien de Beaufort, Guillaume de Bonnières, Hue de Lannoy et Gliilbert son frère, Maurroy de Saint-Légier, Charles de Lens, Jennet de Poix et Robinet de Mailly, chevaliers, Hector et Philippes de Saveuses, frères, Jacotin, Gollinet, Jehan et Robert de Brimeu, Jehan de Fosseux, Regnault de Longheval , Jehan de Horne, Davyot de Poix, Coppin Gauvain et Maillet de La Viesville, Camuset de Ligny, Tramet de la Tramerie, Jehan d'Obigny, le bastard de Thian et Charles Labbé, escuiers, et pluiseurs aultres.
Les noms des gentilz hommes du pais de Flandres : Le souverain bailli de Flandres, le seigneur d'Esteenhuse, les seigneurs de Le Vexte, Gruthuse, Commines et de Roubais, Robert et Victor de Flandres , frères , bastars de feu le conte Loys de Flandres , et Victor de Rabecque , chevaliers , Robert de Masmines, Henry de Dixmude, Hector de Beuroult, le bastard de Colscamp, escuiers, et autres.
Les noms d'aucuns seigneurs de l'ostel dudit duc de Bourgongne :
Le josne conte de Saint-Pol , son nepveu, filz de feu le duc de Erabant , lequel conte n'avoit que XVII ans d'éage et fu sa première armée et n'estoit que escuier, les seigneurs de Briauté et de Courcelles , ung autre chevallier d'Alemaingne et Élion , seigneur de Jacleville, chevaliers. Chariot de Dully, lorrain, Pierre Stewart , alemant , et pluiseurs autres.
Laquelle oost fu nombrée à XXXVF hommes d'armes et plus de IP" archiers. Et y trouva on pour ung jour IP mille personnes, et bien C et L"" chevaulx, parmy le carroy, qui estoit moult grant et tenant plus de deux grosses lieuwes loings en cheminant, lesquelx estoient chargiés de tous habillemens que oncques mais pour ung seul prince ne fu plus belle oost veue de ses subjectz.
En la ville de Beauvaix fist le duc de Bourgongne copper les hatteriaulx de III laronceaux qui estoient venus esjûer et empoisonner son oost et les yawes des puis. Et au partir d'icelle ville il commist l'avantgarde au seigneur de Jacleville et à Hector de Saveuses. Lesquelx prirent leur chemin à Chambely le Haubregier emprès Beaumont sur Oise, et pillèrent et fustèrent toute la ville.
et puis allèrent en l'église d'icelle et brisèrent et effondrèrent tous les escrins et coffres appartenans aux gens dudit village, et emportèrent tout ce qu'ilz trouvèrent dcdens sans y riens laissier. Et puis s'en allèrent à Beaumont et livrèrent grant assault es tours dessus le pont, par terre et par yawe , et fu ledit pont gaignié par ledit assault et ossy fu la ville. Mais les Armignas se retrairent au chastel, lequel chastel de tous costés fu assiégés, et y allèrent pluiseurs seigneurs des pais de Bourgongne, lesquelx prirent leur logis es maisons de la ville et pendirent leurs estandars dehors. Mais pour ce ne se volrent ceulx rendre qui dedens ledit chastel s'estoient boutés. Et pour celle cause fist le duc de Bourgongne séjourner ses gens environ ladicte ville et fist asseoir ses plus gros engins et bombardes en grant nombre devant ladicte fortei-esse en une belle praierye sur le bort de la rivière. Et durant ledit siège, le duc de Bourgongne dessusdit se loga en ladicte ville de Chambely et son oost es villages d'entour. Et dura cedit siège environ VIII jours , et puis se rendirent ceulx dudit chastel à la volenté dudit duc par ce que ilz ne se porrent plus tenir. Car ilz furent telement batus desdis engiens que leurs barrières et murailles furent en pluiseurs lieux domagiés et abatues. Et y furent trouvées LU personnes de gens d'armes, desquelx y en y eubt IX hommes décolez et les autres furent mis à raenchon. Et à ce siège arriva le seigneur de l'iUe-Adam en la compaignie dudit duc de Bourgongne.
Après la prise du chastel de Beaumont, se party l'ost du duc de Bourgongne en deux parties^ et s'en allèrent mectre siège devant la ville de Pontoise. C'estassavoir l'oost des Bourguignons , du costé de l'abbéie de Maubuisson ; et le duc de Bourgongne et son ost de Piccars et Flamens passa la rivière d'Oise audit lieu de Beaumont et mist le siège du costé devers la justice. Auquel siège mectre arrivèrent les deux oosts tout en ung tamps et à une meisme heure devant ladicte ville , et y eubt grande escarmuche de ceulx de ladicte ville au siège mectre contre ceulx de l'avant garde de Tost dudit duc. Et fu celle escarmuche faicle à l'entrée des faubours de ladicte ville là où il y eubt pluiseurs navrés et occis d'un costé et d'aultre. Mais en fin furent les fourboux gaingniés et furent les Armignas reboutés dedans la ville. Esquelx fourbours se logèrent Piccars et Flamens jusques aux portes d'icelle. Et furent les engiens assis droit devant lesdictes portes au dessus
de la grande église et au plus près d'icelle église, qui n'estoit point lors fermée. Et se loga le duc et ses gens en une belle plaine et y fist tendre tentes et pavillons, et puis fist faire tous les apparaulx qu'il appartenoit pour grever ladicte ville. Mais ceulx qui dedens estoient en garnison apperchurent lesdiz apparaulx. Hz commenchèrent à parlementer et tant, que dedens chincq jours après ilz se rendirent leurs vies et biens saulfz et livrèrent ladicte ville audit duc de Bourgoiigne, et s'en allèrent sauvement à Paris moiennant que ilz promirent à icelui duc d'eulx non armer contre luy jusques au jour du Noël prochain a venir passé. Et estoient III cappitaines ])ortant estandars, c'est assavoir le bastard de Sainte Terre, Troraagon et Marragon, natifz du pais de Gascongne. Mais quelque serement que ilz feissent, ossi tost que ilz furent à Paris ilz se armèrent comme devant.
Le siège de Ponthoise durant, envoièrent ceulx de la ville de Senlis aucuns de leurs bourgois devers le duc de Bourgongne, lesquelz bourgeois luy rendirent ladicte ville de Senlis en l'obéissance du roy de France et de luy. Et il les rechupt à ce moult volentiers et leur promist de les conforter et aider, et d'eulx baillier bon cappitaine pour eulx garder et deffendre se ilz enavoient besoing. Et celle reddicion se fist par le moien dudit de Luxembourg, qui fu commis d'aller audit Senlis et es pais d'entour pour mectre les fortresses en l'obéissance du Roy et dudit duc de Bourgongne.
Quant les Armignas furent partis dudit lieu de Ponthoise, le duc de Bourgongne, à bien pau de gens, alla visiter ladicte ville et les bonnes gens d'icelle, lesquelx il amoit moult, car il y avoit aultreffois esté bien receuz et obéis. Et ne soulTry lors que les gens d'armes y entrassent affin que on ne leur ostasts leurs provisions et leurs vivres. Et fu toujours la ville fremée, tant que l'oost s'en fust partie.
Au département de Pontoise, mena Castelinba l'avant-garde au pont de Meulan,où il ne trouva nulle deffense,car toute la garnison s'en estoit partie et allée avoec ceulx de Ponthoise qui avoient passé parmy ladicte fortresse. Et au-dehors de la ville, sur le costé de Vignolles, se loga l'ost du duc de Bourgongne une nuitée, et lendemain s'en party. Et quant toute l'oost fut passée le pont et que le duc se vit en plains champs en une belle plaine de terre au desoulz d'une mon taigne et avant qu'il passast icelle, il fist arrester
sa bataille et fist mectre tous ses gens d'armes d'icelle en ordonnance de bataille pour savoir comment ilz estoient habilliés. Et là trouva une moult noble compaij^mie de gentillesche et de gens de trait bien montés et armés, chascuns selon luy. Et si estoit son avant-garde devant, à toutlIIP hommes d'armes, et son estendart de fourrie, à tout LX hommes d'armes, et en l'arrière-garde estoit demeurés Castelinba et ses gens, environ C hommes d'armes.
Là se tint le duc de Bourgongne très-content de toutes ses gens, et fu moult joieux de les veoir en telle ordonnance, et party d'icelle place en prenant son chemin devers Paris. Et lendemain envoia ledit de Luxembourg et autres cappitaines de Piccardie au nombre de IIIP hommes d*arraes ou environ, mettre le siège devant la tour de Saint-Clau. Et se logèrent dedens la ville, et firent asseoir leurs engiens sur le bord de la rivière devant ladicte tour. Et le duc de Bourgongne s'en alla devant Paris et se logea au Mont rouge, et y fist tendre tentes, trefz et pavillons, et ossi firent les seigneurs de son oost. Et sambloit une bien grosse ville à veoir leurs logis, combien que la plus grant partie de ses gens se logèrent es villages à une lieue et à deux arrière de luy.
Endementiers que le duc de Bourgongne estoit sur le Mont rouge, messire de Mauroy de Saint-Légier passa la rivière de Saine et les gens desoubz son estandart avec luy, et allèrent ardoir et destruire les fours et les molins de Saint-Brisse, et puis retournèrent saulvement en l'oost dudit duc de Bourgongne par l'autre lez de ladicte rivière.
Quand le duc de Bourgongne eubt esté huyt jours au Mont rouge devant Paris, il fist deslogier son oost et s'en alla logieren ime aultre montaigne à une lieue près dudit Mont rouge en approchant Paris, et là se loga et fist mettre son estandart sur ung arbre secq estant sur ladicte montaigne et pour ce fu ce logis, apellé le logis du Secq Arbre. Et là furent ledit duc et ses gens logiés plus d'une sepmaine. Et durant le temps de ces deux logis, furent pluiseurs escarmuches faictes au dehors de Paris de ceulx qui estoient de la garnison dudit lieu et des gens d'icelui duc de Bourgongne logiés es villages plus prochains de Paris. Mais il n'y eubt gaires de perte d'un costé ne d'aultre, ne chose faicte qui fâche raconter. Car ceulx de Paris n'eslongnoient point leur ville, et rentroient dedens iceile si tost que il veoient gens plus fors d'eulx.
Ce tamj)s durant furent moult asprement gectés les gros engins
assins devant Saint-Clau, et dommagèrent moult ladicte grosse tour de deux costés, et par espécial par le costé devers la ville, là où le [rait fu fait si granl que ung homme armé sur son cheval fust passé parmy. Et fu ladicte tour tout estonnée, perchiée en pluiseurs lieux et presque toute gastée. Mais elle demeura en estant et ne fu point gaignié, car tous les jours y venoient nouvelles gens de Paris, Et firent logis en terre où ilz se tenoient, car en ladicte tour ilz ne se osoient, ne se povoient tenir. Et fu la première petite tour prinse d'assault et le feu bouté dedens, par quoy elle fu presque toute arse, et les molins qui estoient desoulz furent ars et destruis. Mais il n'y eubt aultre chose fait, et demeurèrent les Armignas maistres du pont et de ladicte tour par ce que le duc de Bourgongne et son oost partirent de Paris, et ossi firent ceulx de Saint- Clau, lesquelx retournèrent en l'oost d'iceluy et allèrent niectre le siège devant IMont-le-Héry.
Le jour que le duc de Bourgongne se deslogea de devant Paris, il fist très-lait tamps et ne cessa de plouvoir. Et furent les Bourguignons ce jour en bataille devant Paris, jusques à tant que toute Toost fut partie, charroy et tout, et y furent bien sept heures, et puis en partirent en faisant l'arrière-garde. Et celle luiit se loga le duc à Longjumeau, et les Bourguignons qui faisoient le arrière-garde, par le commandement d'iceluy duc, passèrent tout parmy le village de Longjumeau et allèrent logier deux lieues oultre, en faisant l'avantgarde. Et lendemain fu le siège mis devant le chastel de Mont-le- Héry et se loga le duc de Bourgongne dedens le village dudit Mont-le-Héry, et ses gens se logèrent es villages d'entour, et y furent les engiens assis tout entour le chastel, es vignobles et ailleurs. Et fu l'appareil fait moult grant devant la barrière dudit chastel, et y furent trois gros engins menez. Lesquelx engins devant ladicte barrière assiz, furent une vesprée gectés en si grand radeur que ceulx de la fortresse en furent tous esbahis. Et lendemain furent mandés gens d'armes de chascun eslandart et grand nombre d'arbalestriers pour assaillir la fortresse. Et fu conclud que tous lesdis engins seroient ensamble geclés de tous costés. Mais quant ceulx dudit chastel apperchurent ces apparaulx, ilz commenchèrent à parlementer, et, par saulf conduit, allèrent aucuns des plus notables d'iceulx parler au duc de Bourgcmgne. Et en fin furent d'accord de rendre la fortresse de Mont-le-Héry en l'obéissance d'icelui duc de Bourgongne dedens huyt jour après ensievans, ou cas que de-
(lens icelui terme ilz ne seroient secourus de secours si puissant que pour faire partir ledit de Bourgongne et sa puissance. Et ce pendant laissèrent devers icelui duc des hostages souffisans, dontil se tint pour contens. Et ce siège durant de Mont-le-Héry, se rendirent ceulx de Marcoussi, et s'en partirent salvement. Et ceulx de INIont-le-Héry envoyèrent devers le conte d'Armignac pour avoir secours de luy et des siens dedens ledit jour de VIII jours, ou se ce non ilz renderoient ladicte fortresse.
Durant le siège de Mont-le-Héry, le seigneur de Jacleville, Jehan de Gingin, Jehan d'Obigny, Jehan et Clavin du Clau, à toute leur puissance, furent envoiiéz à Chartres pour faire mectre la ville de Chartres et le pais d'entour en l'obéissance du Roy et du duc de Bourgongne. Auquel voiage firent tant les dessus nommés que à eulx, el nom que dit est, se rendirent les villes et forteresses d'Estampes, de Chartres, de Gaillardon et autres au pais de Chartrain. Et de tout ce pais fu commis gouverneur ledit de Jacleville.
Par défaulte de secours fu rendue es mains du duc de Bourgongne la forteresse de Mont-le-Héry et y fu mise garnison de par iceluy duc. Et pareillement fu fait à Marcoussi. Et puis alla le duc de Bourgongne mectre siège à Corbueil. Lequel siège ne se polt tenir longtemps pour deux causes, l'une pour la saison d'iver qui estoit venue, et pour les grandes pluies qui furent à ce tamps si merveilleuses que pluiseurs y prinrent très griesves maladies dont ilz morurent. Et y commença la mortalité moult grande, laquelle se parfina en la ville de Chartres après ce que le duc de Bourgongne y fu arrivé. L'autre cause fu pour ce que la royne de France manda hastivement icelui duc pour aller devers elle à Tours, en Touraine, où elle se tenoit pour lors ; et avoit esté toute desrobée de son trésor et de ses joiaulx. Et par ce, se party le duc de Bourgongne de son siège de Corbeuil, bien pau devant la Toussains, et prinst son chemin à Chartres, où il ne séjourna gaires, mais s'en alla de tire, à tout une partie de ses gens, audit lieu de Tours, et passa par Vendosme et à Bonneval. Et au jour que la Royne luy avoit fait savoir, il arriva devers elle à l'abbéie de Saint- Laurens, au dehors de Tours, par ung matin que on disoit la messe à ladicte abbéie. Et illec parlèrent longuement ensambîe, et puis fist la Royne tant, que la ville de Tours fu ouverte et mise en l'obéissance d'icelui duc au nom du roy de France. Et quant le duc s'en party en la compaignie de ladicte Royne, et y laissa
garnison, et en fu Charles Labbé, cappitaine. Lequel Charles la rendi depuis, environ ung an après, en l'obéissance des Armignas, et en deraoura luy meisme cappitaine comme devant. Mais tant fist-il de bien, que àceulx de sa compaignie quivolrent retourner en la compaignie du duc de Bourgongne, il bailla saulf-conduit et les laissa partir sauvement sans eulx rien hoster ne prendre, et les fist conduire hors des périls.
Endementiers que le duc de Bourgongne fist le voiage de Tours et que la plus grant partie de ses gens estoient demourés et logiés es villages d'entour Chartres, saillirent une nuit les Armignas estans en garnison à Dreux et à Dourdan, sur le point du jour; effondrèrent en ung village nommé Sours, à deux lieues près dudit lieu de Chartres. Auquel village estoil logiés le bastard de Thian, gouverneur de l'estandart du seigneur d'Incy, lequel seigneur d'Incy estoit logiés dedens la ville de Chartres pour la seureté de son corps. Lesquelx Armignas firent moult de maulx audit village et y prirent moult de gens en leurs lis, et en demoura pau que tous ne fussent pris. Et tout ce qu'on y trouva de leurs chevaulx, harnas et aultres choses, que riens n'y laissèrent. Et prirent l'estandart dudit seigneur d'Incy et l'emportèrent avoec eulx.
Or fu l'avanture telle que le frère dudit seigneur d'Incy et ledit bastard ne furent point prins, mais après le département desdis Armignas fist icelui bastard sonner sa trompette pour rassambler les fuyans de sondit logis, et tant fist que il se trouva environ XX chevaulx. Et lors jura que jamais ne retourneroit se saroit quelx gens c'estoient qui emportoient l'estendart de son seigneur. Et commença à chevauchier de tire après eulx tousjours sa trompette sonnant. A celle heure avoit es villages prochains dudit logis destroussé, pluiseurs hommes dlirmes des gens d' aultres seigneurs de Picardie illec logiés, comme les gens dudit de Luxembourg, du seigneur d'Anthoing et autres, lesquelx estoient sur leur garde et s'estoient levez et esveilliez par la noise que lesdis Armignas avoient fait, et bien apperchurent ledit bastart chevauchier après eulx. Dont pluiseurs d'iceulx furent meuzde le sievir, et montèrent à cheval appellans ly ungs l'autre. Et tant que ledit bastard se trouva assés fors pour assaillir ceulx qui l'avoient destroussé. Et chevauça si asprement,luy et ceulx de sa compaignie, que ilz rataindrent leurs anemis et les assaillirent tèlement que il les desconfirent tous, et rescourent le fust de leur estandart, et ses gens
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que paii en eschappa, lesquelx furent depuis mis à raenchon, et l'estandart du bastard de Sainte-Terre, cappitaine d'iceulx Armignas, fu mis et portés dedens l'église, et devant l'ymage de Nostre- Dame de Chartres, où il pendy moult longuement.
Quant le duc de Bourgogne party de Tours il amena la Roinne de France à Chartres, et durant le tamps de leur séjour audit lieu, le duc deBourgongne rechut lettres d'aucuns de ses amis de Paris, lesquelles contenoient que il alast hastivement à toute puissance devers ladicte ville, fet que à certain jour par eulx devisé esdictes lettres, ilz lui feroient ouverture de ladicte ville. Et pour ce faire party ledit duc et mena ses gens devant la porte par laquelle il devoit avoir ouverture. Mais son département de Chartres et son emprise sur ce, fut sçeue par les gouverneurs de Paris, et par tant fu la ville gardée tèlement que point n'y entra. Et quant il vit que il estoit déceuz, il s'en ala à Mont-le-Héry et là donna congié aux Piccars et aux Flamens de eulx en retourner en leurs pais, et il s'en retourna à Chartres avoec les Bourguignons. Et audit lieu de Mont-le-Hery fu commis de par ledit duc, le bastard de Thian à garder, et estoit capitaine général de la ville de Senhs, pour ce que icelui duc avoit intencion de s'en aller à Troies en Champaigne et eslongier ladicte ville de Senlis.
Ainchois que le duc de Bourgongne alast devant Paris ceste dernière foix, Hector de Saveuses, lui xii% avoit prins dedens l'église de Nostre-Dame de Chartres, Elion, seigneur de Jacleville, et pour aucunes rancunes et paroi les qu'ilz avoient eu ensamble, icelui Hector fist porter ledit de Jacleville hors d'icelle église et mettre jus emprès l'ostel de l'évesque, et là le mist en tel pointa l'aide de ses gens, que il fu du tout affollés et deshonnourés. Et si estoit l'un des plus raddes chevaliers qui fust à ce jour en l'ost d'icelui duc et très grandement en sa grâce. Et après ce fait ledit Hector monta à cheval et ses gens aroec luy, et se party bien hastivement de Chartres, et s'en alla où son estandart estoit logiés, à deux lieuwes près de ladicte ville. Et ledit de Jacleville se fist porter en l'ostel et en la présence du duc de Bourgongne, et là prinst moult pieusement congié de luy. Car il sentoit bien que il ne povoit vivre longuement. Et le duc fu si courouchié de ce fait que il fist armer toutes ses gens parmy la ville et luy meismes se arina pour se poursievir ledit Hector, et fist fremer les portes, et chevauça paj-my ladicte ville en armes à très grande compaignie
et alla jusques à la porte par où ledit Hector estoit passé, ainchois que elle euyst esté close. Et par tant s'en retourna icelui duc en son hostel moult courouchié. Mais la paixfuàssés tost aprez faicte, pour ce que iceluy duc eubt mestier d'estre acompaigniez et servis audit voiage de Paris dudit Hector et d'autres ses parens et amis.
Quant le duc de Bourgongne se deubt partir de Chartres pour aller àTroyeSjil commist gouverneur dudit lieule nepveu dudit de Jaclevilie,pource que son oncle empiroit de jour en jour. Et moru bien tost après. Et prist ledit nepveu les gens de son oncle et garda Chartres une espace de tamps. Et depuis y fu commis Charles de Lens, chevallier, lequel avoit lors ung grant rengne entour ledit duc de Bourgongne, et estoit gavenier de Cai^brésis,et depuis fu amiral de France.
Au moix de décembre partirent de Chartres la royne de France et le duc de Bourgongne, et avoec eulx le josne conte de Saint-Pol, et prirent leur chemin pour aller à Joingny. Et entre Chartres et Joingny ils furent costoyez et poursuys du conte d'Armignac et de toute sa puissance, en nombre de seize estandars. Et quant la Roine et ledit de Bourgongne furent arrivez audit lieu de Joingny, aucuns des cappitaines de la compaignie dudit conte d'Armignac se frappèrent es logis du seigneur de Brégy, de Montagu, et de Chas- Villain, tout d'un train, et y tirent grant huée et escharpiel en esrachant jus lanches et estandars, et coururent jusques aux portes de Joingny, et esmurent toute l'ost dudit duc de Bourgongne aux champs et en la ville. Et y eubt pluiseurs cappitaines d'icelle oost qui se mirent sus et poursuirent lesdis Armignas très radement. Et fu le seigneur de Chasteau Villain le premier de tous et celuy qui plus longuement le poursuivy. Mais quant il apperchut la puissance dudit conte d'Armignac mise etarrestée en belle l)ataille et à laquelle bataille retournèrent lesdis coureurs Armignas, ledit de Chasteauvillain et les aultres poursuivans Bourguignons retournèrent chascuns en son logis. Car ilz n'estoient point fors assez contre telle puissance.
En la ville de Joingny séjournèrent la Royne et le duc de Bourgongne environ chincq jours, et puis s'en partirent et allèrent à Auspierre, où ils séjournèrent une sepmaine ou environ. Et après s'en allèrent à Troyes, où ils arrivèrent la vigille de Noël au disner. Et furent les officiers et bourgois de la ville au devant d'eulx,
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combien que à celle heure et tout cedit jour il plouvoit très-fort. Et fu la grant cloche sonnée pour la grant joie de leur venure. Là donna congié,le duc de Bourgongne, à ses gens d'armes, lesquels en retournèrent en leurs pays. Et desdonc en y avoit pluiseurs retournez sans congié prendre, et s'en estoient les aucuns partis dès la ville de Chasteaulandon.
A ce tamps furent counnis en pluiseurs fortresses les gens de Jehan d'Obigny, de Jehan et Clavin du Clau et autres, pour tenir frontière et garder le pais contre pluiseurs Armignas tenans villes et fortresses au pais de Cbampaigne, affîn que vivres et marchandises ne fussent erapeschics à venir audit lieu de Troyes. Auquel lieu de Troies la Roine et le duc de Bourgongne séjournèrent tout river jusques aprez Pasques.
En cel an moru le mareschal de Bourgongne bien tost aprez ce que il fu arrivez en Bourgongne, et en son lieu fu fait mareschal le seigneur de Cottebrune, bel et radde chevalier et grand cappitaine de gens d'armes.
En cel an fu l'union en sainte Église, et fu pontiffié le pape Martin. Lequel assés, tost après son pontiffiement, fist mectre hors de prison le pappe Jehan, qui se mist du tout en sa mercy et en son obéissance. Et lors en eubt le pappe pité et le fist cardinal. Et ne vesquy gaires depuis.
L'AN MIL nip xvni.
En la sepmaine de Pasques furent commis ambaxeurs el nom du roy de France, du conte d'Armignac et autres tenans son party d'une part, et de par la Royne et le duc de Bourgongne d'autre, pour traictier et adviser se paix se porroit trouver entre iceulx. Et se logèrent les ambaxeurs du Roy et du conte d'Armignac à Moustreau-ou-faul-Yonne, qui estoit de leur party, et les ambaxeurs de la Royne et d'iceluy duc se logèrent à Bray-sur-Saine, où se tenoit le party de Bourgongne. Et furent iceulx ambaxeurs d'acord ensamble (|ue quant ilz deveroient assambler tous ensamble, ilz yroient chascune partie, à cent chevaulx et non plus, eulx et leurs gens armez de haubergons, espées, daghes et bracheles et non autrement, à ung village nommé La Tombe, assès environ la my •voie des deux villes dessus dictes. Et pour plus grant seureté de
chascune partie et du consentement d'icelles, le seigneur de La Trimouille fu commis à estre garde de la place, à tout tel nombre de gens et ainsi armés que bon lui sambleroit. Et ainsi fu fait et entretenu tout le tamps durant de leur dicte ambaxade. Et furent XVI ambaxeurs de chascun costé, paraulx d'estat les ungs aux autres et les plus fors chascun en son party que on polt trouver en la court dcsdiz seigneurs et dame, pour chascun bien garder son party. Et est assavoir que de chascun costé avoit ung archevesque, deux évesques, quatre gentilz hommes, six clercs notables, deux bourgois de Paris et ung secrétaire. Desquelx les noms s'ensuivent.
Les noms des ambaxeurs du roy de France et du conte d'Armignac :
L'archevesque de Rains, les évesques de Paris et de Clermont en Auvergne, Jehan de Harcourt, conte d'Aumalle, Manssard d*Eme et Regnault de Merquoicques, chevaliers, maistre Gérard Macet, le juge Maye, Jehan de l'Olive, Estevenin de Bonpuis, et autres jusques au nombre dessusdit.
Les noms des ambaxeurs de la Royne de France et du duc de Bourgongne :
L'archevesque de Sens, frère à Charles de Savoisy, les évesques de Lengres et d'Arras, messire Jehan de La Trimouille, seigneur de Jonvelle, le seigneur de Courcelles, Jacques de Courtramble, seigneur de Saint-Liébaut, Coppin de la Viesville, maistre Pierre Cochon, qui depuis fu évesques de Beauvaix, Jehan Leclerc, qui fu depuis chancellier de France, Gilles de Clemmessy, qui depuis fut chevalier et prévost de Paris et en après gouverneur de Chartres, maistre Thierry le Roy, Jehan le Mercier et Jacques Braulart, tous conseilliers de la Royne et du duc de Bourgongne, et maistre Baude des Bordes, secrétaire.
Non obstant celle ambaxade ainsi emprise sur forme de traictié de paix, quelque abstinence de guerre ne fu entre les seigneurs; tant seulement entre les ambaxeurs dessusdis, le terme de leus sàulfconduis. Durans lesquelx saulfconduis, furent renouvelés et ralongiés, par ce que ilz ne porrent eslre d'accord par le tamps que les premiers saulfconduis comprenoit. Et dura celle ambaxade en sa vertu l'espace de deux mois ou environ. Et ledit tamps durant furent lesdis ambaxeurs par pluiseurs journées au village dessus nommé La Tombe, et tenoient leur conseil en l'église dudit lieu, et
leurs gens se tenoient an dehors. Et s'esbatoient les ungs aux antres ainsi que bon leur sambloit sans ce qu'il y eust oncques noise ne débat. Et se tenoit le seigneur de La Trimouille au consseil avoec les autres. Et connnença icelle ambaxade aprez le Pasque close et la sepmaine prochaine ensievant.
En ce tempore proprement, alla le conte d'Armignac mettre siège devant la ville de Senlis, et y mena le roy de France et très grant nombre de gens, et y fist mener pi uiseurs gros engiens prins à Paris et ailleurs Jesqnelx il fist ruer contre les portes, tours et muraille d'icelle ville. Dont elle fu moult adommagié en la fin dudit siège, lequel se tint près d'un moix sans aultre chose faire, fors dommagier ladicte forteresse. Et se défendoient bien ceulx de la garnison de ladicte ville, dont le bastard de Thian estoit cappitaine. Et firent plusieurs saillies sur leurs anemis, et leur firent maint destourbier sur l'espérance que ilz avoient d'eslre secourus des seigneurs et gentilz hommes de Picardie, lesquels par le commandement du duc de Bourgongne leur avoient promis ledit secours.
Tantost après les nouvelles du siège mis à Senlis venues à la congnoiscance de Jehan de Luxembourg, cappitainede Piccardie,et des autres chevaliers et cappitaines dudit pais, ilz firent leur mandement pour assambler la plus grant puissance que ilz porroient pour aller secourir ceulx de ladicte ville de Senlis, mais ainchois que ili, fussent près tz, furent ceulx de ladicte ville de Senlis si près prins et leurs murs si près de terre abbatus en plniseurs lieux, que il leur convint prendre traictié avec leurs anemis. Et promirent de délivrer ladicte ville à iceulx dedens ung jour dénommé en lenrdit traictié, se dedens icelny joirr ilz n'estoient secourus de secours puissant à faire partir ceulx dudit siège ou de eulx livrer bataille. Et à ce traitié ilz furent receuz, moiennant ce que pour seureté de entretenir leur promesse ilz délivrèrent au conte d'Armignac aucuns hostagiers de ladicte ville, lesquelx on leur promist à rendre et délivrer ou cas que ledit secours leur venroit.
En ce tamps se tenoient moult fier et rigoreux les ambaxeurs du Roy et du conte d'Armignac estans à Moustreau, pour ce que journellement ilz avoient nouvelles du siège de Senlis et savoient le grand dangier où estoient ceulx de ladicte ville et le traicté par eulx fait. Sur quoy ilz se tenoient moult orguilleux et ne vouloient condescendre à quelque traictié se il n'estoit du tout à leur
volenté, et ce estoient les plus fors en la loy d'Armignagnerie que on avoit seu eslire de leur estât en la ville de Paris. Et pareillement on leur avoit mis à l'encontre d'eulx les plus fors Rourguignons que on avoit peu eslire en tout le conseil de la Reyne et duc de Rourgongne. Lesquelx ne voloient accorder ne consentir quelque traictié estre fait au deshonneur ne au préjudice dudit duc de Rourgongne, ne ossi])rincipalment chose qui fust contre le l)ien publique du royaume de France. Et partant ne se povoient accorder ensemble et se passoit toujours le tamps, par quoy il failli que leurs saulfconduis fussent renouvelez et ralongiés l'espace d'un moix.
En ce tamps, fist le duc de Rourgongne mettre ensamble pluiseurs garnisons et gens d'armes estans au pais de Champaigne, pour aller courir sur les marches de Senlis etdommagier ceulxqui tenoient ledit siège. Et fu Callot deDulli le chief et conduiseur de ces gens, avec luy Jehan et Clavin du Clau, Jehan d'Obigny et aulires, et s'en allèrent à la Freté-sur-Gerre, laquelle ilz concquirent et mirent en l'obéissance du duc de Rourgongne. Et puis se tirèrent vers ladicte ville de Senlis pour tenir frontière et grever et nuire ausdis Armignas. Lesquelx s'estendoient aucune foix bien loings pour aller fourragi' r et quérir vivres pour eulx et pour leurs clievaulx.
Après le département de Callot de Dully du pais de Champaigne, party le duc de Rourgongne de Troyes pour aller viseter ses pais de Bourgongne et pour aller devers Tempereur d'Allemaingne à une journée que ilzavoient assignée et mise pour estre ensamble en la ville de Montbéliart, darraine ville du conté de Rourgongne. Et laissa la Royne à Troies, acompaignié de pluiseurs seigneurs de Bourgongne et du grant conseil qui estoit illec ordonnez à tenir la chambre du parlement de France au lieu de celle que on solloit tenir à Paris. Auquel lieu de Paris n'estoit lors faicte justice ne raison. Et pour ce fu celle ordonnée à tenir audit lieu de Troyes, et y faisoit-on justice à toutes personnes qui le requéroient. Et turent celle chambre et autres ordonnances faictes par la puissance que la Royne avoit de ce et autres choses faire et ordonner pour le bien, honneur et prouffit et utilité du royaume. Carie Roy lui avoit donné le gouvernement de sondit royaume par don irrévocable, et par conséquent elle povoit user de la puissance à lui donnée, moiennant le bon conseil qu'elle prenoit sur ce.
Or convient retourner aux seigneurs et gentilz hommes de Picardie qui s'estoient assemblez à grant puissance et qui partirent dudit pais pour lever le siège de Senlis ; et chevauçèrent tant que ilz arrivèrent à Pontoise devant le jour de la reddicion en faisant savoir leur venure à ceulx de la ville, lesquelxse tindrent à icelui secours. Mais pour ce que ledis Piccars ne se moustrèrent point sur l'oost du conte d'Armignac dedens icelui jour, ledist conte fist décoler les ostagiers que il avoit sur ce pardevers luy, et puis fist mectre toute l'ost ensamble pour venir contre les dis Piccars , et passa les bois en attendant Paventure d'iceulx. Et ceulx ossy se partirent de Pontoise en moult belle ordonnance, et allèrent tant que ilz perchurent l'oost dudit conte. Car à ce tamps le Roy estoit à Creil.
Quand le conte d'Armignac, lequel tenoit ses gens en bataille sur une montagne moult avantegeuse, apperchut l'oost des Piccars, il envoya ung hérault pardevers eulx assavoir quels gens c'estoient et quelle chose ilz demandoient. Et il luy fu respondu que ce estoient les gentilz hommes de Piccardie illec venus au service du Roy et du duc de Bourgongne, leur souverain et naturel seigneur, pour secourir et aidier la bonne ville de Senlis et les bonnes gens de dedens, et que le conte d'Armignac leur mandast sa volenté et la place pour eulx combattre.
A tout celle response s'en alla ledit hérault, mais oncques puis ne retourna, et furent les deux parties en bataille arrenghiés par l'espace de six heures ou environ, et tant que le vespre fut venu. Et ce pendant saiUirent ceulx de la ville et boutèrent le feu es logis d'entour ladicte ville, que riens n'y demoura d'entier, et prirent et gaignèrent pluiseurs engiens et bonnes baghes illec laissiés, et emmenèrent tout dedens icelle.
Ainsi que les parties dessus dites estoient si près approchiés que dit est, arrivèrent en l'ost du conte d'Armignac pluiseurs coureurs venant de fourragier des marches esquelles se tenoit Callot de DulU devant nommé, et avoient vu iceluy Callot et ses gens en grant nombre avoec plusieurs autres cappitaines, estans sur une montaigne en bataille. Et les coureurs courans parmy le pais pour lesdis Armignas, s'en estoient raffuys envers ledit conte et lui racontèrent leurs nouvelles, desquelles il ne lut pas joieulx. Et bien tost après ce fist, partir ses gens et aulx en aller que mieulx mieulx, fors une partie des mieulx armez qu'il fist demourer en baraille
jusqiies ad ce que tous les aultres fusfvent bien eslongiés. Et à telle heure se partirent queoncques puis ne se rassamblèrent ne retournèrent audit siège, mais s'en rallèrent chascuns en son lieu. Et en demeurèrent celle nuit les pluiseurs es boisd'entour, et lendemain s'en retournèrent à Paris.
Après ces choses s'en alla le conte d'Armignac à Creil, et ramena bien hastivement et sans séjour ceulx qui estoient avec luy demourés à sauveté, sans plus tenir les champs, et ne fist nul samblant de ralcr quérir les engiens qu'il avoit perdus. Et les seigneui's de Piccardie, sachans ledit département, s'en retournèrent à Pontoise et de là en Piccardie, moult joieusement, à leur honneur. Et Callot de Dulli et les autres cappitaines d'avoec luy, s'en retournèrent en Champaigne en leuis garnisons.
En celle manière s'en ralla le conte d'Armignac à Paris, et en ramena le Roy de France et son estât avoec luy. Mais il fistainchois décoler les ostagiers que il tenoit de ladicte ville de Senlib, combien que il avoit promis de les rendre au cas que le secours leur venroit. Mais il maintenoit que ledit secours n'estoit mie apparus dedens ledit jour, et les autres maintenoient que puis que ilz s'estoient tenus à icelui secours si près aprochié dedens ledit jour que jusques à Pontoise, ilz dévoient ravoir leurs hostagiers.
Ainsi se leva le siège de Senlis, et ceulx de la ville firent copper les hateriaulx à XLVI armignas illec prisonniers, et s'en eubt deux pendus et deux noyés, et se y eubt deux femmes noiiés pour ce que le conte d'Armignac avoit fait morir leurs bons amis, hostagiers de ladicte ville. Et fist le bastard de Thian refortiffier ladicte ville de murs et d'autres choses et le fist garnir de vivres au mieulx que il pot, et le fist mettre en tel point que il en eubt honneur toute sa vie, et en fu fait bailli bien tost après et du tout gouverneur, tant en garde comme en justice.
En ce tamps estoit le duc de Bourgongne party de Troyes pour aller devers l'empereur d'Allemaingne comme dit est, et trouva en son chemin les cardinaulx des Ursins et de Saint March, lesqueix nostre saint père le pappe envoyoit en France pour appaisier la grant division qtii couroit entre les princes. Ausquelx cardinaulx ledit de Bourgongne fist grant honneur et révérence et les rechut moult lyement, en leur monstrant trèsgrant amour, et leur fist très bonne chière en sondit pais de Bourgongne, et par espécial audit cardinal de Saint March, lequel il sçavoit avoir esté et estre son
adversaire et mortel aneray et qui l'avoit grevé en toutes places et manières qu'il avoit peu. Mais il luy rently le bien pour le mal. Dont ledit cardinal fu moult esbahy, attendu ce que dit est. Et quant iceulx cardinaulx eubrent besongnié envers icelui duc, qui leur dist finablement qu'il ne demandoit que paix et que pour icelle avoir il avoit envoie ses arabaxeurs audit lieu de Bray-sur- Saine comme dit est, et ne avoit antre intencion ne volenté que de mettre le Roy et le royaume de France en sa franchise et bonne union, mais il y avoit pluiseurs qui l'empeschoient à ce faire, dont il estoit moult courouchiés. Iceulx cardinaulx se partirent de Bourgongne et prirent leur cliemin pour aller devers les ambaxeurs dessus nommez, et passèrent parmy Troies. Et puis alla le cardinal de Saint-March à Nogent-sur-Saine, et celluy des Ursins alla à Prou vins. Et de là arriva ledit de Saint Marcq à Braysur-Saine, et allèrent les ambaxeurs illec résidens alencontre de luy moult honorablement, et à l'encontrer il les baisa tous l'un après l'autre, et puis s'en retournèrent iceulx dedens la ville de Bray-sur-Saine,où ledit cardinal ne séjourna gaires mais s'en alla à Moustriau-oU'Fault- Yonne devers les autres ambaxeurà, et de là party et s'en alla à Paris. Auquel lieu il fist ung grant preschement sur le bien de paix , et se y acquita grandement, et puis s'en retourna audit lieu de Monstriau. Auquel lieu il séjourna et demeura continuelment durant le tamps de ladicte ambaxade. Et le cardinal des Ursins arriva audit lieu de Bray, et là demeura et séjourna jusques en la fin de ladicte ambaxade.
Après le siège de Senlis levé ainsi que dit est, se commenchièrent à adnonchier les ambaxadeurs du roy de France et du conte d'Armignac et se mirent en termes de raison, et furent par pluiseurs journées ensamble avoec les ambaxpurs de la Royne et du duc de Bourgongne audil village et en l'église de La Tombe, les cardinaulx dessus nommez avoec eulx en tous les consaulx que ilz tindrent depuis leur venure. Et tant fu par iceulx traictié et parlementé que en fm la paix lu faicte et jurée solempnellement par lesdis ambaxeurs, présens lesdis cardinaulx, moiennantce que chascime partie devoit porter ledit traictié de paix devers les souverains, c'estassavoir les ungs devers le Roy, le conte d'Armignac et leur consseil, et les autres devers la Royne et le duc de Bourgongne, pour savoir se icelle paix ilz vol roi en t consentir et jurer. Et ou cas que elle ne leur plairoit, iceulx ambaxeurs et les sei-
gneurs et dame dessusdis demourroient en leur premier estât, sans paix ne abstinence de guerre. Et sur ce point partirent lesdis ambaxeurs et ossy lesdis cardinaulx et s'en retournèrent là dont ilz estoient partis, c'est assavoir les ungs à Paris, et les autres à Troyes.
Quant les ambaxeurs de la Royne et du duc de Bourgongne furent arrivez à Troyes et ilz eurent monstre ledit traicté à icelle Royne et tout son conseil , auquel estoient niaistre Huitasse de Laittre, son chancellier, et tous les autres conseillers de la chambre de parlement et autres, ladicte Roine et tout son ccmseil eubrent icelluy traictié et tous ses poins pour agréable, sans y riens contredire. Et pour ce que ledit duc de Bourgongne n'estoit point encores retourné audit lieu de Troies, le traictié de ladicte paix luy fut porté en sondit pais de Bourgongne par aucuns desdis ambaxeurs, et celluy veu en la présence de son consseil illec présent, ledit duc de Bourgongne le tint pour bon, sans y riens excepter, et estoit prest de le jurer et entretenir du commencliement jusques en fin.
Or convient retourner aux ambaxeurs du Roy et du conte d'Armignac qui s'en allèrent à Paris et illeo firent assambler le conte d'Armignac, le chancellier de France, le prévost de Paris et pluiseurs autres et leur monstrèrent et lieurent le contenu dudit traictié de paix par eulx accorde et jure comme dit est. Lequel traictié en tous ses poins fu du tout désagréable et contre la volenté desdis conte d'Armignac, chancellier, prévost de Paris, Remonnet de La Guerre et autres, et par grand orgueil et oultrage ilz deschirèrent ledit traictié et n'en volrent rien tenir, pour ce que ilz voloient tousjours demourer les maistres et les gouverneurs du royaume " de France.
Ainsi fu le traictié de paix rompu et deschiré par lesdis Armignas. Dont le commun peuple de France fu moult dollant et desconfly, car ilz avoient eu moult grand joie de ce que la voix couroitet avoit couru de ladicte paix, et quant ilz seurent que elle ne seroit point entérinée, ilz furent du tout mis au bas. Et en hairent telement les Armignas que oncques pui^ ne les amèrent de b(m cuer, mais commenrhèrent à aviser manières con;ment ilz en seroient vengiés, par espécial ceulx de Paris. Car adonc ilz apperchurent plainement la mauvaisté et traison desdis Armignas, par qui ilz avoient souffert mamte disette et poureté par la grant
chierté qui illec avoit couru et encores couroit plus que en autres lieux.
En ce tamps avoient reprins iceulx Armignas les chasteaulx de Montheryetde Marcoussy, et tout par faulte de secours, et y avoient mis grosses garnisons. Et si avoient de leur party entour Paris, les villes et forteresses de Meaux, Meleun sur Saine, Sens, Moustreau, Saint-Denis, Villeneuve le Roy, le pont de Charenton, Compiengne, Soissons, Laon, Noyon et pluiseurs autres. Pour quoi ilz se tenoient si grans que il ne leur estoit mie advis que jamais ilz fussent débouttés de leur gouvernement.
En celle saison estoit le roy d'Engleterre entrés en Normendie et concquestoit villes et for tresses. Et pau y trou voit de deffense, car le pais estoit si divisé que les gens ne savoient quel party tenir. Et tenoit-on lors audit pais de Normendie troix divers partis, c'estassavoir Engloix , Bourguignon et Armignac. Et ainsi estoit le royaume de France en moult grant désolation de toutes pars, et estoit au plus petit point et en plus grant péril de perdicion que oncques mais n'avoit par avant esté. Car la guerre estoit du père contre le fil, du frère contre le frère, de l'oncle contre le nepveu, et ainsi des aultres. Et le j)lus estoit que en une ville on tenoit les deux partis de Bourgongne et d' Armignac, qui fu une moult grant merveille à veir et la plus merveilleuse de toutes. Car robeurs et larons estoient partout en rengne et en saison, et marchandise du tout et par tout perdue.
Au moix de juing, devant le Saint Jehan, mandèrent et escripvirent secrètement aucuns bourgois de la ville de Paris au baillieu d*Aussaux et au seigneur de l'iUe-Adara, lesquelx estoient en garnison à Mante, Vei-non et Meuien et là environ, que ilz venissent à toute leur puissance secrètement à une certaine heure de nuit qui par eulx fut devisée, et que ilz trouveroient la porte de Paris ouverte du costé devers eulx, sans nulle faulte. Et sur ces nouvelles les deux cappitaines dessusdis assamblèrent leurs gens et entretinrent la journée à eulx assignée, et se mirent par nuit aux champs et chevaucèrent en bonne ordonnance jusques à la porte de Paris, laquelle ilz trouvèrent ouverte ainsi c'en leur avoit promis. Mais ilz doublèrent ung peu que ce ne fust traison, et se arrestèrent devant ladicte porte. xMais en fin ilz se conclurent de mettre tout contre tout, et entrèrent dedens la ville armez de toutes leurs armeures ainsi que pour entrer en bataille, et chevaulcèrent
parmy les rues bien coyement sans faire noise ne cry jusques à ce que ilz furent arrivez au Chastellet de Paris, là où ilz trouvèrent ceulx qui les avoient mandés. Et lors firent ung cry par commun accord, qui fut La paix 1 la paix ! Et ce fait ilz se partirent en pluiseurs lieux et s'en allèrent où ilz pensoient à trouver lesdis gouverneurs qui avoient ladicte paix rompue. Et s'en allèrent les aucuns en l'oslel du Roy à Saint-Pol pour estre asseur que le Roy ne fust menez hors de Paris, et aucuns aultres allèrent à l'ostel du conte d'Armignac, et les aultres à Tostel du Chancellier, tousjours criant La paix ! la paix ! Auquel cry la plus graut partie de ceulx de Paris se assamblèrent enfin, et se mirent en l'aide desdis Bourguignons.
En celle nuit, en l'ostel Saint-Pol, fu trouvés le roy de France, lequel on garda très espécialment. Et en celle raeisme nuit furent prins en leurs hosteulx le chancellier de France, nommé Henry de Marne, Remonnet de La Guerre et autres. Mais le conte d'Armignac et le prévost de Paris se saulvèrent et ne furent point trouvés celle nuitié. Et s'enfuy ledit conte d'Armignac et se saulva en la maison d'un hon povre homme auquel il promit grant avoir affin que il le célast et le meist hors de voie de gens. Et ledit prévost se saulva en la bastille Saint-Anthoine et emporta sur son col Charles de France, Daulphin de Viennoix, tout deschaultet presque tout nud ainsi que il l'avoit prins en son lit, et puis s'enfrema en ladicte bastille. Et toute la nuitié ne cessèrent les Bourguignons de quérir et prendre Armignas, et ceulx de Paris avec eulx. Et en prirent tant que les prisons de Paris en furent plaines. Et le lendemain et bien huyt jours après ilz ne firent que prendre gens, et de pillier et emporter tous les biens estans es hosteulx d'iceulx Armignas. De quoy pluiseurs qui estoient povres compaignons furent riches tous les jours de Leur vie, et les aucuns le perdirent aussi legièrement que ilz les avoient gaingnié. Et quant vint au second jour après ladicte prise, que le conte d'A rmignac fuist asserisié et appaisié et que la cache des Bourguignons fuist apj)aisié et finée, icelui conte d'Armignac dist à son hoste que il lay alast achatier à mengier et que il lui rapportast nouvelles de la ville et quel chose on y faisoit et de celuy rapportast la certaineté, et que à tousjours mais il le feroit riche se il povoit de là eschapper et estre à sauveté. Et le bon homme respondy que vol entiers le feroit, et se party de se maison pour faire le commandement de son oste.
2o6 CHRONIQUE ANONYME
Mais il trouva les rues plaines de gens d'armes, lesquelx çachoient et quéroient par tout ledit conte d'Armignac aussi fort que le premier jour. Et quant le bon homme apperchut le péril où il estoit se le conte estoit d'aventure trouvés en sadicte maison, il doubla moult. Car il savoit bien que se il y estoit trouvés , de sa vie ne seroit riens. Si s'appensa en luymeisme que il lenonceroit aux cappitaines dessusdis ou à l'un d'eulx. Et tant fist, avant qu'il retournast en sadicte maison, que il trouva ledit Viau de Bar, baillieu d'Aussoix, et lui dist que il avoit en sa maison ledit conte d'Armignac et que à grant peine l'avoit-il recongneu pour ce que il estoit si povrement vestus et habiîliés, et que d'iceluy il feist son plaisir, en soy excusant de ce que plus tost ne luy avoit fait savoir. Et adonc alla ledit Viau de Bar en la maison du povre homme, en laquelle il trouva ledit conte d'Armignac ainsi que le povre homme lui avoit dit, et le fist prendre et monter sur son propre cheval derière luy et le mena tout droit au Palais, avoec les aultres grans maistres. Et par ainsi failli et fina la grosse cache faicte pour ledit conte d'Armignac.
Durant la chose de Paris, furent mandés Bourguignons et Armignas en toutes les garnisons d'entour Paris, les Bourguignons pour aller en ladicte ville de Paris, et les Armignas pour aller en la bastille de Saint-Anlhoine devers ledit prévost de Paris. Et à ces mandemens allèrent pluiseurs cappitaines et leurs gens d'armes avocc eulx tant d'un costé comme de l'autre, mais plus en arriva au mandement dudit prévost que il ne fist au mandement desdis cappitaines. Car la plus grant parlie des villes et fortresses d'entour Paris estoient Armignaghes, et par conséquent ilz furent plus tost en ladicte Bastille, pour ce qu'ilz en estoient plus prochain.
Quant Taneguy du Chastel eubt assemblez grant nombre de gens d'armes, il party ung jour de ladicte bastille bien tost après ladicte prise de Paris, affin de sousprendre les Bourguignons illcc nouvellement arrivez, et se bouta luy et ses gens en la bastille de Saint- Anthoine à estandart desployé, et laissa le josne enffant Daullin de Viennoix à l'entrée de ladicte Bastille par dedens la ville, aftin que iceulx de Paris se tournassent de son costé, et gaingna ladicte rue jusques au bout d'icelle. Mais ce pendant se assamblèrent et mirent à deffense les deux cappitaines dessusdis et leurs gens, avoec grant nombre de ceulx de Paris, et se combatirent très radement contre leurs anemis. Là fu la bataille moult
grande et dura assés longuement que on ne savoitlesquelx avoient le meilleur, jusques à ce que le bastard deThian et ses gens, lesquelx estoient nouvellement venus de Senlis, frappèrent en ladicte bataille en cryant leur cry moult liaultement. Par lequel cry lesdis Armignas commenchèrent à reculler. Et tant fist le bastard et ses gens, qui estoient raddes et séjournes, que à Taide des aullres Bourguignons illec estans, lesdis Armignas furent desconsfis et recuUés dedens ladicte Bastille par force de bien férir, et en y eubt pluiseurs occis. Et ne valli riens la soubtiveté dudit Taneguy, car il fu tout joieulx quant il se trouva à saulveté dedens ladicte Bastille.
Ainsi furent Armignas dcconffis dedens la ville de Paris. Et ne demoura gaires après que ledit Taneguy ne se partist de ladicte Bastille et emmena le Daultin avoec luy, et prist son chemin devers le pais de Berry. Auquel pays il se arresta, et là demoura par long tamps, en menant grosse guerre el nom dudit Dauffin. Lequel il tint si court et lui donna si mauvais conseil, que toute France en fu puis pardestruite et mise au bas. Dont ce fu pitez, car par luy fu renouvelés ly noms de Ganelon, auquel ledit Taneguy fu du tout comparés par la mauvaise traison qui fu en luy trouvée.
Après le département de Taneguy du Chastel, entrèrent lesdis Bourguignons en la bastille Saint-Anthoine, laquelle estoit du tout habandonnée. Et se mirent garnison au pont de Charenton, où ilz ne trouvèrent nulle deffense, car tous s'en estoient allez avec ledit Taneguy. Et à ce tauips arrivèrent à Paris Charles de Ltns, lors gouverneur de Chartres, le seigneur deLongheval, Hector et Philippe de Saveuses, lesquelx amenèrent avoec eulx grant noujbre de gens d'armes. Et furent lors pluiseurs officiers ordonnez audit lieu de Paris, et fu le Vian de Bar commis à la pre'/osté de Paris, et ledit de l'iUe-Adam fu fait mareschalde France, et Charle de Lens, admirai. Et le seigneur de Longheval, Hector et Philippe de Saveuses, furent commis à aller à Compiengne, Soissons et aultres villes sur les marches de Piccardie, pour icelles faire mettre en l'obéissance du Roy et du duc de Bourgongne. Et leur furent ouvertes et mises en ladicte obéissance lesdictes villes de Compiengne et Soissons. Desquelles villes furent cappitaines ledit seigneur deLongheval, Hector et Philippe de Saveuses, c'estassavoir ledit de Longheval à Soissons, et les deux frères à Compiengne. Et tantost après se rendirent en ladicte obéissance les villes de Laon, de Corbeuil et aultres.
258 GHROxMQUK ANONYME
En ce tamps furent remises les cainespar les rues et quarefours de Paris ainsi qu'elles avoient esté par avant, et pour ce que on ne retrouva toutes celles qui avoient esté ostées et que les aucunes d'icelles avoient esté portées et cariées à Bourges, on en fist faire (les nouvelles par tout où il en convenoit.'Et se armèrent les bourgois de Paris comme ilz avoient fait par avant.
Au tamps que Paris fu prinse, estoit encores le duc de Bourgongne à Digon, et là luy furent les nouvelles portées de ladicte prise. Lesquelles entendues il se party bien tost dudit lieu et s'en retourna à Troies. Et manda tous ses barons de Bourgongne en armes pour le acompaignier à aller à Paris. Et quant il fut près dudit lieu de Troies, les bourgois dudit lieu luy allèrent au devant en moult belle ordonnance, tous vestus de robes de bleu et dechapperons vermaulx tous paraulx, et en avoient envoie deux pareilles audit duc de Bourgongne et au conte de Saint-Pol. Lesquelx les avoient en ce jour vestus, et en ce point entrèrent en ladicte ville en belle ordonnance. En laquelle ville on faisoit très grand joie de dansser et faire feux parmy les rues, de sonner orghes, harpes et aultres instrumens dont on se povoit resjoir.
Après ce que le duc de B,ourgongne fu arrivé à Troies, il fist appareillier toutes les besongnes de la Royne et de luy, pour en aller hastivement à Paris. Et luy allèrent au devant jusques audit lieu de Troyes bien IIIP hommes d'armes et grand nombre d'archiers de Piccardie. Desquelx furent cappitaines ledit de Luxembourq, le seigneur de Fosseux, le vidasme d'Amiens et autres. Et bien tost après leur venure se party le duc de Bourgongne, en la compaignie de la Royne, de ladicte ville de Troyes.
En la compaignie du duc de Bourgongne et en son hostel estoient nouvellement venus le seigneur de Nuailles, frère au conte de Foix, Guy Turpin, chevalier, qui avoit esté compaignon d'armes audit Taneguy, auquel chevalier l'empereur avoit fait sa paix envers ledit duc de Bourgongne, et luy promist que toute sa vie il tenroit son party et luy seroit loial et obéissant. Et si estoient la dame de Giach et son filz, qui estoit bel et rade chevalier. Lesquelx dame et son filz s'estoient nouvellement rendus Bourguignon et se mirent en la compaignie d'icelui duc, et il les rechut et leur fist depuis moult de biens, qu'il emploia très mauvaisement. Et leva lors ledit filz son estandart, et prist desoubz luy les gens dudit Castelinba, lequel s'en estoit allés en son pais de Lombardie.
En ce tamps fu le seigneur d'Arguel envoliez au pais de Langedoc, avocc luy Jehan de Gingin et autres en grant nombre, pour mettre ledit pays en Tobéissance du Roy et du duc de Bourgongne.
En ce meisme tamps se rebellèrent ceulx de la ville de Péronne contre ceulx de la garnison d'icelle ville, et y fu prins Thomas de Largis, chevallier, bailli de Vermendois. Lequel fu menez à Laon et là fu décolez. Et si furent prins Guillaume, le bastard de Hainau, le prestre de Sorel et autres, et fu le ramennent boute dehors iadicte ville. Laquelle fu mise en l'obéissance du Roy et dudit duc de Bourgongne.
A l'entrée du mois de juillet se partirent de Troies la Royne de France et le duc de Bourgongne, et furent commis les seigneurs de Picardie à mener l'avant garde, et prirent le chemin de Noigent et de Prouvins. Et le duc de Bourgongne conduisoit la Royne, à tout sa bataille. En laquelle estoient le prince d'Orenge, le seigneur de Saint-George, et très belle compaignie de gens d'armes; et sy estoient les barons et gentilz hommes cy devant nommez, exceptés les seigneurs de Vrégy et d'Arguel.
Ainchois que la Royne et le duc de Bourgongne peussent venir à Paris, s'esmurent ceulx de Paris et se mirent en armes bien soudainement, pour ce que ilz oirent dire qu'en la ville de Paris avoit pluiseurs particuliers traictres Armignas qui avoient baillié et livré armeures à pluiseurs grans maistres prisonniers au Pallaix et ailleurs pour les sauver. Et pour ce se assamblèrent lesdis de Paris, et allèrent à grant puissance rompre les prisons du Palais, Chastelet et autres, esquel les les Armignas estoient prisonniers, et se tuèrent et occirent tous ceulx qu'ilz y trouvèrent sans en prendre nul à mercy. Et les dévestirent tous et prirent ce qu'ilz avoient et puis apportèrent tous mors les conte d'Armignac,chancellier de France, et Remonet, en la place du Palaix. Et comme les gouverneurs du roiaume de France et principaulx cappitaines desdis Armignas ilz furent laissiés III jours en la place dessusdicte. Et là les aloit chascun veoir qui en avoit vol enté et désir, pour estre asseuré et acertenéde la mort d'iceulx. Et ce fait s'en allèrent parmy Paris iceulx facteurs, et de rue en rue tuoient et occioient tous ceulx qu'ilz encontroient qui estoient souspechonnez d'avoir tenu le party d'Armignac, et quant ilz ne les trouvoient point en leur chemin parmy les rues, se les alloient ilz quérir et tuer en leurs maisons sans eu nul déporter. Et en tuèrent pluiseurs par hainne, qui couppes n'y
avoient. Car il ne convenoit de dire : vêla ung Armignac î qtie il ne fubt incontinent occis et euist esté le meilleur Bourguignon du monde. Et furent les mors nombres en celle tuyson à V" hommes ou environ.
De la mort du conte d' Armignac et del occision dessusdicte, fu le duc de Bourgongne moult dolant et courouchié. Car, pour ledit conte d'Arinignac et autres illec occis, il avoit espérance de ravoir le Daulfin de Viennoix, seul filz du Roy que tenoit ledit Taneguy du Chastel,et ossi pluiseurs villes et forteresses estans en l'obéissance desdis Armignas, et par ainsi on euyt peu trouver paix entre iceulx. Dont riens ne se fist lors. Car le conte d' Armignac avoit ung filz assés grant pour porter armes, qui se bouta et mist avoec ledit Taneguy en l'aide dudit Daulfin.
Le XIIIP jour du moix de juillet, en ung bel jour qu'il fist moult chault , entrèrent à Paris la Royne de France et le duc de Bourgongne et toutes leurs gens, en armes les estandars desployez. Et leur furent au devant les bourgois de Paris en moult belle et grande compaignie, tous vestus de bleu, et au lieu de la bende que ilz avoient long tamps portée et soustenue, ilz portoient et portèrent depuis par grant espace de tamps la croix de Saint- Andrieu, qui estoit et tousjours fu l'enseigne du duc de Bourgongne et de ses gens. Et avoient iceulx bourgois envoie à iceluy duc et au conte de Saint-Pol, son nepveu, à chascun une robe de velours bleu à petites mances à rebrachier dessus le ceusté, et en portèrent à ce jour les pareilles le nouvel prévost de Paris et le nouvel amiral de France, dessus nommez. Et ainsi entrèrent à Paris par la porte Saint-Anthoine, et y furent très joieusement receuz et crioit on partout Noël ! et leur gectoit-on fleurs et violettes par les haultes fenestres de })luiseurs hosteulx dessus leurs chiefz. Et en celle manière s'en allèrent devers le Roy, qui pour lors estoit logiés au Louvre, et delà s'en alla ledit de Bourgongne en son lK)stel d'Artoix, et là se loga et demoura ung espace de tamps jusques à ce que le Roy fu remenez en son hostel de Saint- Pol, auquel il se tenoit le plus volentiers en sa santé et en sa maladie. Et lors se loga ledit duc de Bourgongne à ung grand hostel emprès la Bastille et devant l'ostel des Tournelles, nommé rOstel-Neul.
Quant le duc de Bourgopgne fut arrivez à Paris, il fist ordonner officiers et gens de justice, de guerre et de finances, pour gou-
verner le royaume de France et résister à l'entreprise des aneniis du Roy et chascun faire loiaument ce que à cause de son office luy appartenoit. Et fu maistre Huitasse de Laictre chancellier de France, ainsi que par avant avoit esté; Charles de Lens confremé amiral, ledit de l'iUe-Adam et le seigneur de Chastellus furent mareschaulx de France, et ledit Viau de Bar confremé prévost de Paris. Et fu la chambre de Parlement remise sus moult grandement, de laquelle fu premier président maistre Philippe de Morviller. Et pareillement fu la Chambre des Comptes remise sus, de laquelle fu président Tévesque deThérouane, frère audit de Luxembourg. Et en oultre furent ordonnés huyt notables clers pour estre maistre des requestes de l'ostel du Roy, desquelz fu président maistre Jehan Leclercq. Et ne fu point nommé de connestable de France en grant tamps après. Et demeura ledit de Luxembourg cappitaine général du pais de Picardie. Et furent ces choses ordonnées par grant délibéracion du conseil, du consentement de la Royne et du grant conseil roial. Et estoit lors le Roy en bon point de santé. Lequel fu présent à pluiseurs consaulx qui se firent pour les causes dessusdictes. Et fu lors ordonné que le duc de Bourgongne seroit cappitaine et gouverneur de Paris. Et fu Charles de Lens son lieutenant en ce.
En ce tamps estoit le roy d'Engleterre tenant siège devant le Pont de l'Arche, que tenoient les Armignas, et en estoit le seigneur de Graville cappitaine, lequel ne le tint pas longuement mais le rendy par traictié ausdis Engîoix et s'en party saulvement.
En ce tamps meismes envoia le duc de Bourgongne grant foison de gens d'armes en la ville de Rouen, laquelle estoit lors en l'obéissance du Roy et de luy. Et en furent cappitaines, Anthoine de Thoulongon, chevallier, Henri de ChaufFours, le bastard de Thian et aultres, qui y furent commis à demourer pour résister à l'entreprise du roy d'Engleterre.
Au moix d'aoust alla le roy d'Engleterre mettre siège devant Rouen, lequel siège dura près de demy an. Et se tindrent et deffendirent bien ceulx de dedens et y firent moult de biaux fais d'armes et de saillies ledit siège durant, et y endurèrent moult de paine et souffrirent maintes mesaises par défaulte de vivres et de secours.
En ce tamps furent les villes de Compiengne et de Soissons reprinses par la soutiveté des Armignas et par défaulte de garde.
262 CHRONIQUE ANONYINIE
Et furent prinses sur le point du jour, et se saulva le seigneur "de Longheval par les raurs de ladicte ville de Soissons dont il yssi empur sa chemise. Et pluiseurs de ses gens s'en fuirent et sauvèrent au mieulx que ilz porrent, et les autres furent prins et occis. Et pareillement fu fait à Compiengne, combien que Hector ne Philippe de Savenses ne estoient point au jour de ladicte prinse.
En ces deux villes fyrent Armignas moult de maulx à leur venure, et y mirent grandes garnisons de gens d'armes, lesquelx tindrent icelles villes par grant tamps après et plus longuement celle de Compiengne que de Soissons, et tindrent les passages de Piccardie clos tèlement que nulle marchandise ne pourvoit courir de Piccardie à Paris, ne de Paris en Piccardie, se ce n'estoit en grant péril et aventure de tout perdre. Car ceulx dudit Compiengne se espardoient jusques au chemin qui va de Beauvais à Ponthoise.
En cel an, au moix de septembre, s'esmut de rechief le commun de Paris bien soudainement, sur le point du jour, etseassamblèrent plus de IIIP en une compaignie, lesquelx allèrent rompre toutes les prisons du Roy audit lieu de Paris, au Palais, au Grand et Petit Chastelet et ailleurs, et tirèrent de rechief tous les Armignas de nouvel emprisonnés et en firent les pluiseurs saillir en pur leurs chemises des plus hautes tours et murs dudit Chastelet sur les carriaux dembas, et ceulx qui ne volloient saillir estoient prins de deux ou de troix hommes par les testes, bras et pies, et puis estoient eslevez et escueillés en hault et gettez sur lesdis carriaux, et ainsi estoient tous debrisiés et depeschiés. Et quant ilz eubrent ce fait ilz s'en allèrent à l'ostel de Bourbon pour tout cherquier et quérir, et savoir se il y avoit personne embusquié en icelui. Auquel ilz trouvèrent ung estandart ployé, lequel ilz desvoleyèrent et levèrent en hault, et le portèrent en l'ostel où le duc de Bourgongne estoit logié, emprès ladicte Bastille, pour luy moustrer icelui estandart, en lui disant que encores y avoit-il des Armignas à Paris. Et quant ledit duc l'ot veu par une haulle fenestre de sa chambre, qui estoit lors luy et ses gens armés de tous harnoix en sondithostel,iceulx gens de commun deschirèrent icelui estandart en pluiseurs pièches et puis passèrent et rachèrent sus, au dépit de tous les Armignas, de France. Et ce fait s'en allèrent en la cour de ladicte Bastille, et demandèrent à avoir sept prisonniers qui dedens estoient. Lesquelz on ne leur volt point délivrer à leur
première requeste. Pour qnoy ilz commençhèrent à desmachonner les murs de la forteresse et dirent que jamais ne cesseroient jusques à ce queiceulx prisonniers leur seroient délivrés. De laquelle emprise le duc de Bourgonj^ne fu moult courouchiés. Mais pour doubte de plus grant inconvénient il consenty que on leur délivrast lesdis prisonniers, raoiennant ce que ilz promisrent de les mener en Cbastelet et d'en laissier convenir justice, par laquelle ilz dévoient estre pugnis selon leurs nieffais. Et ainsi leur furent délivrés iceulx prisonniers. Lesquelx, pour accomplir une partie de leur promesse, les menèrent jusques à l'entrée dudit Chastelet, et là les occirent et tuèrent tous, et puis les desvestirent et prirent leurs robes, qui estoient bonnes, cbapperons, chaintures et tout ce que ilz avoient, et puis les laissèrent gisans sur les caucbiés. El s'en allèrent de rue en rue parfaire leur journée, tuant en dépêchant tous ceulx que on disoit estre Armignas, eussent la croix Saint Andrieu ou non. Et meisment y tuèrent pluiseurs femmes qui estoient renommées d'avoir tenu ledit party d'Armignac. Et les desvestoient, tous et toutes, jusques à la chemise, et à pluiseurs ne demouroient que leurs braies. Et ainsi s'en allèrent jusques à la noire nuit, que ilz se départirent les ungs des aultres, et s'en alla cbascun en sa maison. Et toustefois toutes ces gens qui ainsi rengnèrent ce jour n'estoient que gens de petit estât, bien méchantement armés et habilliés, dont Capeluce, le bourrel de Paris, estoit le capitaine, et en avoit plus de IP en la compaignie qui n'avoient point de haubregon, et n'y euist on point trouvé ung homme notable. Mais on doubtoit que se on se fuist prins à eulx, les aultres ne les eussent point laissiés emprisonner, ne pugnir. Et toutes fois avoit fait le Roy deffendre par avant, toutes ces entreprises et voyes de fait, sur paine d'en perdre la vie.
Pour eschiver telles on samblablcs esmutacions et occisions. furent commis deux chevalliers à mener ledit commun hors de Paris, avoec aultres notables bourgeois dudit lieu, et les deux chevalliers et leurs gens, pour aller mettre siège devant Mont-le- Héry.Etasses tost après leur département, furent prins et exécutés es halles de Paris le bourrel dudit lieu et deux autres ses compaignons, comme cappitaines et ennorteurs de ladicte commocion et occision, pour donner exemple aux aultres que plus ne laissent telles emprises.
Quant ceulx qui estoient devant Mont-le-Héry oirent dire que ces
troix estoient ainsi décolez, ilz en furent moult courouchiés, par espécial ceulx qui avoient esté leurs compaignons en faisant les choses dessusdictes. Et partirent incontinent dudit siège en retournant à Paris. Mais lesditz cappitaines denaourèrent tenans ledit siège. C'estassavoir Gautier de Ruppes, bourguignon, et Gauthier Raillard, Chevallier du ghet audit Heu de Paris. Et quant ceulx dudit Paris arrivèrent à la porte de ladicte ville, ilz la trouvèrent fremée et ne les volt on laissier dedens. Pourquy ilz s'en retournèrent audit siège de Mont-le-Héry moult courouchiés de ce qu'ilz n'avaient peu prendre vengement de leurs compaignons. Et bien peu devant les choses dessus dictes, fu par jugement exécutez et mis à mort le hlz bastard dudit Henry de Marne, en son tamps chancellier de France, comme dit est.
Le siège de Mont-le-Héry durant ^ arrivèrent les Armignas de Meaux secrètement, sur le point du jour, en la ville de Laingny sur Marne, et la gaingnerent soudainement, par faulte de garde, et y firent moult de maulx tout le jour que ilz y entrèrent, de bijtre, pillier et rober tout ce que bon leur fu. Mais, dedens une tour séant sur les murs, se saulvèrent pluiseurs, tant de la garnison comme delà ville, et là se tindrent tout ledit jour.
Tantost fu sçeue à Paris la prinse de la ville de Laingny par les fuyans qui arrivèrent audit lieu de Paris, dont le duc de Rourgongne fut très-courouchiés et fist incontinent partir de Paris le sieur de l'Ille-Adam, en grand puissance, et s'en alla vers ladicte ville de Laingny. Etavoec eulx arrivèrent au soir les gens d'armes de cheval estant devant Mont-le-Héry, lesquelx gens d'armes, mis ensamble, firent tant que au soir, endementiers que les Armignas soiippoient, par le moien des bonnes gens du pais et de ceulx de ladicte tour, ilz tirèrent en ladicte ville et commirent gens pour vvarder les portes et entrées d'icelle, et puis s'espandirent et frapj)èrent es maisons et commenchièrent à mettre à l'espée ; tous les Armignas y furent occis sans en prendre nul à mercy. Et ainsi fu ladicte ville reconquise et gaingnée le propre jour que elle avoit esté perdue, et y fu mise plus fort garnison qu'il n'y avoit par avant eue.
Lendemain de la prinse et rescousse de Laingny, party le duc de Rourgongne de Paris et s'en alla à grant compaingnie de gens au pont de Charenton, et attendy illec le duc de Rretaingne pour parler à liiy, ainsi que eulx deux estoient ensamble par avant d'ac-
cord. Et avoient prinse ladicte journée audit Heu de Charenton pour ce que en moroit lors à Paris très fort. Et y fu celle an la mortalité si grande qu'il y nioru près de IIII" mille personnes. Et de lacompaingnie d'icelui duc y moururent le prince d'Orange, le soigneur de Fosseux, Gannet de Poix, chevalier, et pluiseurs autres. Et quant ces deux princes dessusdis euhrent grant tamps parlé (^nsamble et fait ce pour quoy ilz estoient illec assamblez, icelui duc de Bourgongne s'en retourna à Paris, et le duc de Bretainf^ne en son pais.
En celle saison fu faicteàParis une procession gêné rail e de tontes les églises de ladicte ville, et fu la messe chantée en l'église Notre- Dame. Et endementiers que on chantoit la messe en ladicte église, fu fait ung sermon solempnel au parviz d'icelle par ung frère mineur, docteur en théologie. Et là estoient fais pluiseurs eschaffaux esquelx estoient les conseillers du roy de France, comme le chancellier et aultres, les Recteur et autres notables clers de l'Université, pluiseurs grans seigneurs, Prévost et autres notables bourgois de Paris. Et si en y avoit ung auquel estoient les \icaires et autres officiers de Tévesque de Paris. Lesquelx aians sur ce puissance et commission généralle et espécialle dudit évesque , lors malade à Saint-Mor des Fossés, rappellèrent, el nom dudit évesque, la sentence que icelui évesque et ses complices avoient donnée en tamps passé contre l'onneur du duc de Bourgongne et la proposition par luy advoée et faicte par feu maistre Jehan Petit, ainsi que cy devant est dit et escript, en réparant quant à ce l'onneur et loiaulté dudit duc comme vray campion de la couronne de France, et audit sermon, comparée à l'escaillier soustenant la vigne, en monstrant quant à ce les lettres dudit évesque et le pooir à eulx sur ce donné et excusant iceluy obstant sadicte maladie. Et tant dirent et firent devant tout le peuple illec assamblé et les seigneurs dessusdis, que ledit duc de Bourgongne en fu contend. Et fu ladicte révocacion faicte au milieu dudit sermon.
Au moix de novembre ensievant, envoia le roy de France ses ambaxeurs au Pont de l'Arche pour traictier avoec les ambaxeurs du roy d'Engleterre illec envoyez sur forme de traictier et trouver les moyens par quoy le siège de Rouen fust laissié et que bonne paix fiist faicte entre les deux roys de France et d'Engleterre. Et alla le cardinal des Ursins dessus nommé, avoec lesdis ambaxeurs du roy de France pour moyenner et aidier à faire ladicte paix. En
laquelle ambaxade furent envoiiez l'évesque de Beauvaix, frère à Thevenon, le seigneur d'Autre, le premier président de Parlement Regnault de Folleville, chevallier, et maistre Thiery le Roy, tous conseilliers, et maistre Baude des Bordes, secrétaire du roy de France. Et de par le roy d'Engleterre y furent envoiiez le conte de Warwich, le chancellier d'Engleterre et aucuns autres clers de sa court, ses conseilliers. Et dura celle ambaxade environ XV jours, pendant lesquelx ledit cardinal ala par deux foix devers ledit roy d'Engleterre en son siège devant Rouen. Et nient mains aucun traictié ne se y polt trouver en abstinence de guerre ne autrement, et s'en partirent sans rien faire. Et retourna ledit cardinal devers le roy de France, avoec lesdis ambaxeurs, en la ville de Ponthoise. En laquelle ville il estoit nouvellement arrivez et se y estoient [logés] la Royne et le duc de Bourgongne. Devers lesquelx, iceulx cardinal et ambaxeurs alèrent incontinent pour faire leur relacion, et icelle faicte se disposèrent ledit Roy, Royne et duc de Bourgongne d'eulx partir de ladicte ville de Ponthoise et aller à Beauvaiz pour secourir ladicte ville de Beauvais. Et lors furent mandés gens d'armes par tout le royaume de France et arbalestriers de bonnes villes, pour aller devers le Roy entour ladicte ville de Beauvaix. En laquelle et autour d'icelle arriva grant nombre de gens et d'arbalestriers, et y furent ceulx de Tournay en grande conipaingnie. Mais ainchois que toute la puissance du Roy peuist estre illec assamblée, furent ceulx de Rouen si près pris de famine que il les convint rendre au roy d'Engleterre, et s'en partirent ceulx de la garnison saulvetnent, mais ilz n'emportèrent riens avoec eulx,ains s'en allèrent en pur leurs pourpoins, sans croix et sans pille. Et fu la ville mise du tout en l'obéissance du roy d'Engleterre.
Après la prinse de Rouen se rendirent au roy d'Engleterre les villes et forteresses de Mante et de Vernon, par defaute de vivres. Et ce venoit par les divisions et guerres qui si longuement a voient duré et rengné en France. Par quoy les villes av oient esté exilliés et gastées de ceulx qui y avoient esté en garnison durant lesdictes guerres, lesquelx avoient mengié les provisions desdictes villes et fortresses. Et se estoit le tamps si mauvaix que nulx n'osoit labourer ne mener marchandise sur les champs, et par tant ne se povoient les fortresses tenir. Aprez lesquelles reddicions,les Engloix séjournèrent audit pais de Normandie, toute la saison d'iver, sans rien faire. Et se tindrent ceulx du Chastel Gaillart plus d'un an depuis
lesdistes reddicions. Mais en fin il les convint rendre, pour ce que ilz trouvèrent leurs vivres et provisions du loutdestruis et pourris par mauvaise garde.
Tantost après la reddicion de la ville de Rouen, se partirent de Beauvais le Roy et la Royne de France et le duc de Bourgongne, et s'en allèrent à Prouvins sans entrer à Paris, etenvoièrent audit lieu le conte de Saint-Pol, le chanceilier de France et aultres, pourdeinourer en ladicte ville et appointier les besongnes et affaires illec sourvenans, tant en justice comme sur le fait de la guerre. Et fu lors fait prévost de Paris, mai^tre Gilles de Clenmessy.
Le Roy de France estant à Prouvins, allèrent devers lui en ambaxade de par le roy d'Engleterre, le conte de Waervvich et de Quint. Lesquelx, en leur allée, furent espiez sur le chemin par Taneguy du Chastel et autres Armignas de sacompaingnie, et furent d'iceulx assaillis emprès Chaumes en Brie. Et au commenchement de l'assault fu la plus grant partie de leur bagage prins et emmené. Mais ilz se deffendirent si bien, à l'aide des gens dudit de Bourgongne, en quel conduit ilz estoient, que en fin leur demoura la place. Et y furent Armignas desconfis, et y demoura en la place bien LX hommes d'armes d'iceulx Armignas occis, et le sourpluss'en fuy avoec ledit Taneguy. Et ce fait s'en allèrent lesdis Engloix et Bourguignons devers le roy de France et le duc de Bourgogne audit lieu de Prouvins, et besongnèrent devers icelui Roy et son conseil, et puis s'en retournèrent en Normendie devers le roy d'Engleterre, et luy reportèrent les poinset articles de quoy ilz estoient chargiés de par ledit roy de France sur forme de trouver traictié de paix entre iceulx roix. Et après le département desdis Engloix, se party le roy de France et toute sa compaingnie de la ville de Prouvins, et s'en allèrent tous à Troyes en Champaingne, où ilz furent joieusement receuz, et y séjournèrent jusques après Pasques.
Après ces choses fu le chastel de Coucy mis en l'obéissance du roy de France et du duc de Bourgongne, par le moien des prisonniers Bourguignons qui furent mis à délivre par ung valet de layens. Et tuèrent le cappitaine estans audit chastel, nommé Cadet, et pluiseurs autres avoec luy, et furent mis à l'espée, que bien pau en eschappa en vie. Et le cappitaine de la ville nommé La Hire cuida ravoir ledit chastel par ung soudain assault qu'il y vault faire livrer, mais il y faillit. Car il y avoit pluiseurs gentilz hommes mis à délivre de leur prison qui luy moustrèrent tel visaige que il fu tout
joieulx de luy partir de ladicte ville, lui et ses gens. Et s'en alla à Guise ; et ledit chastel de Coucy fu livré es mains de messire Jehan de Luxembourcq.
L'AN MIL ini' XIX.
Tanlost après Pasques, retournèrent les arabaxeurs du roy d'Engleterre devers le roy de France en la ville de Troies, et là fu traictié que à certain jour après ensievant les deux roix de France et d'Engleterre conviendroient ensamble au pont à Meulen et illec seroit fait et ordonné ung certain parc enclos de palis de bois audehors du vilage dudit pont de Meulen. Et illec aviseroient se aucun bon traictié de paix se porroit trouver entre eulx. Et désiroit moult le roy d'Engleterre à avoir à mariage dame Catherine, fille dudit roy de France.
Au moix de raay arrivèrent à Ponthoise le Roy et la Royne de France, Catherine leur fille, le duc de Rourgongne, le conte de Saint-Pol et tout leur conseil, à grant puissance de gens d'armes. Et à Maude arriva le roy d'Engleterre, accompaignié des ducqs de Clarence et de Bethefort, ses frères, et de pluiseurs princes d'Engleterre, à grant puissance de gens d'armes et d'archiers.
Adonc estoient ordonnez et esleus les villages esquelz se logèrent François, et autres où se logeroient Englois. Et furent si bien devises que il n'y eubt oncques division ne remours au logier ne aussi à séjourner en iceulx durant le traictié des deux roix. Et s'estoient logiés en pluiseurs lieux, les ungs bien près des aultres sans nulle closure. Mais oncques n'y eubt riens mesfait ne entrepris, des ungs aux autres.
Or estoit fais et ordonnez lez parcqs dessusdis emprès les village de Meulen pour assambler en conseil les deux parties devant dictes. Lequel parc estoit enclos de bailles et de pallis assis et estequiés les ungs contre les aultres, devers Meulen et devers Mante. Et y avoit trenquis et petit fossés tout le long desdictes bailles et pallis par dedens ledit parc, et joingnans à icelles bailles et pallis et du costé devers Meulen, couroit lyawe tout du long dudit fossé venant d'un vivier estant au dessus dudit parc et allant queir à la rivière de Saine estans au desoubz d'iceluy, droit à l'oposite dudil vivier, lesquelx rivière et vivier enclooient ledit parc de deux
costés et lesdis palis des deux aultres. Et y a voit à chascun desdis palis chincq entrées, et à chascune entrée povoit passer chincq hommes d'armes de front. Et se fremoient ces entrées chascune de troix bailles. Et se prenoient icelles barrières droit au bort de ladicte rivière, et aloient jusques audit vivier du costé devers Meulen. Mais la barrière du costé de devers Mante se prenoit à Topposite de l'entrée dudit vivier, pour ce que le vivier ne povoit aller jusques à la montai^me des vignobles qui est au dessus dudit vivier. Et pour ce n'y avoit-il point d'iawe au fossé près d'icelle barrière. Et au milieu dudit parc estoient tendus une tente et ung pavillon tenans ensamble;et povoit-on aller de l'un ou l'autre. Et en iceulx se dévoient tenir les consaulx d'iceulx roix. Et au dehors dudit parc estoient tendus pluiseurs trefz, tentes et pavillons d'un costé et d'aultre, pour les princes et seigneurs ralfreschir et demourer jusques à l'eure que on entroit en conseil. Et ne devoit nulx entrer audit parc sans licence des gardes à ce commises. Et estoient les barrières du costé devers Meulen plus haultes et plus fortes que celles de devers Mante. Car elles estoient faictes de bons aix et espès, joignans ensamble de plus grant haulteur que le plus hault homme de la compaingnie. Et celles du costé des Engloix n'estoient que simples lices, à manière de baillies. Et la cause de la force de celles du costé des Françoix estoit pour ce que la plus grant partie d'iceulx Engloix estoient archiers et eussent peu [)ar leur trait destruire toute la compaignie de France illec présente, se n'eussent esté lesdiclesclosures, lesquelles furent faites par telles manièies que tout le trait de tous les archiers d'Engleterre n'y povoit grever.
Quant les roix et princes furent arrivez es lieux dessusdis, ilz prirent une journée pour assambler ensamble en conseil audit parc de Meulen. Et à cedit jour partirent de Ponthoise, la royne de France, dame Catherine sa fille, le duc de Bourgongne, le conte de Saint-Pol, avoec eulx tout leur conseil et très grand puissance de gens d'armes, et arrivèrent et deschendirent en leurs tentes pour ce ordonneez, entre le village du pont de Meulen et le parc dessus devisé. Et le roy d'Engleterre party à cedit jour de la ville de Mante acompagnié de ses deux frères et princes dessusdis, à très grand puissance de gens d'armes et de trait, et arriva et deschendy en sa grant tente tendue au dehors dudit parc. Et là furent d'accord d'entrer en conseil. Et lors se party ledit roy d'En-
gleterre de sadicte tente, et entra audit parc, avoec luy ses deux frères et ceulx de son conseil, par la moienne entrée desdictes lices. Et la Royne, adestrée du conte de Saint-Pol,se partirent de leur tente et entrèrent audit parc, et après elles aucunes de leurs dames et damoiselles et tout le grant conseil de France , chancellier de France et autres; et entrèrent en ladicte tente. Et là se tint le conseil moult longement. Et icelui durant se tenoient lesdictes damoiselles ung peu arrière dudit conseil, et les héraulx illec estans, tant d'un costé comme d'autre, se tenoient bien arrière desdictes tente et pavillon dedens ledit parc. Et les gens d'armes se tenoient tout du long lesdictes lices et palis, et làdemourèrent jusques en la fin du conseil. Et quant icelui fu fine, chascune partie s'en retourna en la manière que ilz y estoient allés, les ungs à Ponthoise et les autres à Mante.
Celle ordonnance de aller, séjourner et retourner fu tousjours tenue à toutes les journées que le conseil fu illec tenus. Et se partoient communément de bonnes villes dessusdictes après avoir oy messe, et aucunes foix desjunnoient et disnoyent avant leur département et aucunes foix alloient disner en leurs tentes einprès ledit parc, et avenoit aucunes foix que la royne de France et sa compaignie arrivoient audit lieu de Meulen une heure ou demy heure ainchois que le roy d'Engleterre. Et aucunefFoix iceluy roy d'Engleterre y arrivoit premiers, autant d'espace que dit est, et y estoient aucunes foix les Françoix les plus fors, et une aultre foix les Engloix y estoient aussi en plus grant nombre, et communément y estoient assés ingaulx de puissance. Et alloient aucunes foix trois foix en la sepmaine , une autre foix deux, et à l'autre une ; et aucune foix actendoient X ou XII jours. Mais ce pendant ilz envolèrent leurs ambaxeurs les ungs aux autres ausdis lieux de Pontoise et de Mante. Et ne fu le roy de France à nulles des journées tenues audit pont de Meulen, car il estoit malade tout le tamps, mais son chancellier y fu tousjours pour luy.
En ce tamps avoit esté Taneguy Du Chastel pluiseurs foix devers le duc de Bourgongne secrètement et envoyé devers iceluy par le Daulfin de Viennoix et son conseil, affm de trouver traictié de paix et concorde entre iceulx. Et tant y alla, que en la ville de Pontoise fu par eulx prinse une journée que de assambler ensamble ledit Daulfin et le duc de Bourgongne en plains champs emprès le poncel de Meulen sur Saine, et puis s'en party ledit Taneguy bien
secrètement, ainsi qu'il avoit accoustunié. Et le fist ledit duc convoyer par les archiers de son corps hors des logis de ses gens d'armes, ainsi que autreffoix l 'avoit fait. Car ledit Taneguy estoit si hays de toutes gens à Paris et ailleurs où on tenoit le party de Bourgongne,que se il eust esté appercheuz ne seuz, on le fust allez dépéchier et occire, comme on avoit fait les aultres.
Au jour devisé et acordé de assambler les deux princes dessusnommés au poncel de Melun, arrivèrent iceulx princes audit lieu, grandement accompaigniés de gens d'armes. Et quant ce vint à rap|)rochier chascune partie se mist en bataille en très belle ordonnance, et les deux princes dessusnommez se partirent hors de leurs gens, chascun accompaignié de X personnes telles que bon leur sambla,et se mirent iceulx au milieu de leurs deux batailles. Et là parlementèrent longhement ensamble et, en fin de leur conseil, fu par eulx une autre journée assignée à retourner en ce propre lieu au meisme estât et en la manière que ilz y estoient venus, sur espérance de trouver par iceulx bon traictié de paix. Et ainsi de partirent ly ungs de l'autre les deux princes devant nommez, et retourna le duc de Bourgongne à Ponthoise. Et fu celle première assamblee faicte à l'entrée du moix de juillet.
En ce moix de juillet assés tost après le retour du duc de Bourgongne audit lieu de Pontoise, faillirent les trièves et traictié du pont de Meulen. Et ne se pot trouver la paix entre les deux roix, pour ce principalment que le duc de Bourgongne avoit espérance d'avoir bonne paix avcec le Daulfin et les siens. Lequel Dauphin estoit seul filz du roy de France, et par tant icelui duc de Bourgongne ne volt plus avant procéder avoec le roy d'Engleterre sans le sceu et consentement d'icelui Daulfin de Viennoix, héritier de France. Et pour ce se partirent les deux roix dessusdis de Ponthoise et de Mante. Et premiers party le roy d'Engleterre dudit Mante et s'en alla en Normendie, et furent les tentes destendues le tamps desdictes trièves durans et ledit parc deffait. Et le roy de France ne party dudit Pontoise jusques après la journée passée qui estoit assignée et ordonnée entre son filz et le duc de Bourgongne, comme dit est.
A la journée dessusdicte arrivèrent le Daulfin et le duc de Bourgongne emprès le poncel de Melun, et jiarlementèrent ensamble, tenans l'ordonnance de l.i preuiière journée dessusdicte, et illec fu la paix faicte et jurée solempnellement par les deux princes dessus
272 CHRONIQUE AÎVONYME
nommez et leur conseil, et général ment par tous leurs capitaines et gouverneurs desdis seigneurs illec [)résens. Et promirent iceulx princes de eslre bons et loiaulx l'un envers l'autre, et de aidier ly ungs l'aultre contre tous et envers tous. Et se il advenoit que aucuns pourchassât Tanuy, le deshonneur ou le contraire de l'un d'iceulx princes, et il venoient connoissance de l'autre, ilz promirent et jurèrent solempnelement de le nonchier et faire savoir l'un à l'autre incontinent après ce que il seroit venu à la cognoissance. Et phiiseurs autres choses jurèrent lesdis princes sur le fait de ladicte paix, comme les lettres qui sur ce en furent faictes scellées des grans seaux d'iceulx princes, font plus à plain mencion. Desquelles lettres la teneur s'ensieult.
S'ensieult la coppie des lettres de la paix faicte entre le Dawlpbin de Viennoix et le duc Jehan de Bourgongne, en l'an mil ÏIII* XIX.
Charles, fiiz du roy de France, Daulphin de Viennoix, duc de Berry et de Touraine et conte de Poitau, et Jehan duc de Bourgongne, conte de Flandres, d'Artoix et de Bourgongne Paletin, seigneur de Salins et de Malines, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme à l'occasion des grans divisions qui depuis certain tamps encha ont rengné en ce roiaume, aucunes suspicions se soient engenrées es cuers de nous et de pluiseurs noz officiers, serviteurs et vassaulx, les ungs envers les aultres, pour quoy et pour pluiseurs ymaginacions que à iceile cause avons concheu, avons esté erapeschiés à concordamment vacquier et entendre ces fais et besongnes touchans nostredit seigneur le Roy et sondit roiaume, et de ensamble résister à la dampnable emprise de ses anchiens anemis et les nostres, les Engloix, qui soubz umbreet par les moiens des devant dictes divisions se sont enhardis d'eulx ainsi avant bouter en cedit royaume, et usurpent une bien grant partie de la seignourie, et porront encores plus faire, les choses estant en telle et samblable disposicion. Savoir faisons, que nous considérans et altendans les tant grans, innumérables niaulx et inconvéniens qui par le fait desdictes divisions, se appaisiés n'estoient, se porroient encores plus ensievir, à plus grant folie, par ce ou par aventure, perdicion totalle de ceste dicte seignourie, qui nous redonderoit et à chascun de nous, à qui le chose pueit plus touchier après mondit seigneur que à nul aultre, à très grant charge et deshon-
neur, désirans de toute affection ainsi que tant tenu y sommes, y remédier et pourvoir. Et pour ce, à ceste fin, après pluiseurs traictemens sur ce euz et pourparlés entre aucuns des nostres d'une part et d'aultre, nous soions puis nagaires et aujourdhuy de rechief, assamblés et convenus ensamble, avons d'un commun accord et assentement, pour honneur et révérence de Dieu principalleuient, aussi pour le bien et paix auquel ung chascun bon catholique doit estre enclin, et pour relever le povre peuple des grandes et si dures oppressions que à la cause avant dicte a eu à souffrir, promis, juré et enconvenienciet, es mains de révérend père en Dieu Alain, évesque de Lyon, légat envoiet devers nous par nostre saint pèrelepappe pour lefaitdeladicte union et paix de cedit royaume, sur la vraie croix et serement de noz corps pour ce prestez l'un à l'autre sur nostre part de Paradis, en parolle de prince et aultrement le plus avant que faire se pueit, les choses qui cy-apres s'ensièvent.
Et premièrement^ nous Jehan, duc de Bourgongne, que tant que nous viverons en ce monde, nous, après la j)ersonne de mondit seigneur le Roy, honnourrons, secourrons el de tout nostre cuer et pensée plus avant et devant que tout aultre, chierirons et amerons le personne de mondit seigneur le Daulfin et, comme à son estât appertieut, luy obéirons, et ne ferons ne soufferons estre fait à nostre povoir nulle chose qui soit à son préjudice, et de tout nostre povoir lui aiderons à garder et maintenir son estât et prérogatives en toutes manières, et luy serons à tousjours vray et loial parent, son bien et honneur procurerons, mal et dommage eschiverons par toutes voyes à nous possibles, et d'icelui les advertirons. Et se il advenoit que aucuns de quelque estât qu'ilz fussent luy volsusent faire ou porter guerre ou aultre dommaige, nous en ce cas le secourrons, aiderons et servirons de toute nostre puissance envers tous et contre tous, et en ce nous emploierons comme en nostre propre fait.
Et pareillement, nous Charles dessus nommé, Daulphin de Viennoix, tant cju'il plaira à Dieu nous donner vie en corps, à quelque estât seignourie ou puissance que puissons parvenir le tamps advenir, nous, toutes les choses passées mises en oubly, amerons et de bonne et loial affection chierirons nostre très chier et très amé cousin le duc de Bourgongne dessus nommé, et en tous ses fais et besongnes le traiterons comme nostre prochain et loial parent, son
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274 CHRONIQUE AJNOISYME
bien, son honneur et avanchement voirons et pourçacherons, son mal eschiverons, en son estât et préroj^atives le garderons et raaintenrons en toutes ses affaires. S'aucun de quelque estât qu'il soit le voUoit et aulcune manière grever, le soustenrons, porterons, et sitost qu'il nous en requerra, le aiderons et deffenderons à toute puissance envers tous ceulx qui pevent vivre et morir. Et meismeuient, se aucun de nostre sang et linage ou aultres quelconques voloient, pour raison des choses advenues le tamps passé en ce royaume et autrement, demander et quereler aucune chose à nostredit cousin de Bourgongne ou à ses parens et suhgès, nous, de toute nostre puissance luy aideronS; et deffenderons contre tous les dessusdis et aultres quelconques qui grever on dommagier le volroient.
Item, que nous Charles, Daulfin, et Jehan, duc de Bourgongne, entendrons et vacquerons desoreraais par bonne unité et alliance, chascun selon son estât, à tous les grans fais de cedit royaume, sans voloir riens entreprendre ne avoir aucune envie l'un sur l'autre. Et se aucun rapport nous estoit fait par aulcuns noz ofiiciers ou aultres quelz qu'ilz fussent, à la charge de l'un ou de l'autre pour engrever ou engenrer aucune nouvelle suspicion et division, nous en advertirons de bonne foy l'un l'autre ne n'y adjousterons aucune foy, et comme bons loiaulx parens et prochains de mondit seigneur le Roy et de la couronne de France, nous emploierons principallement d'une meisme volenté et ^ans fiction aucune, à la répulsion desdis anemis et nostres, à la réparacion de ceste dicte seignourie et aux relievemens des subgés d'icelle, ne ne prenderons avoec lesdis anemis auqun traictiet ou alliances, se n'est par le bon plaisir et consentement de chascun de nous et pour l'évident bien de ce royaume. Et aussi ne prenderons aucun traictiet ou alliances avoec quelques roix, princes ou communailles ou aultres personnes quelconques, soit de notre sang ou linage ou aultres quelx qu'ilz soient ou puissent estre, préjudiciables Tun à l'autre. Et qui plus est, en toutes alliances que ferons doresenavant y comprenderons l'un l'autre de bonne foy. Et se aucuns traictiés ou alliances avoient esté fais paravant ces présentes, avoec lesdis anchiens anemis ou avoec aultres préjudiciables à l'un ou à l'autre de nous, dès maintenant y renonchons et les volons estre dictes nulles et de nul effect. Et toutes ces choses avons promises et promettons comme dessus tenir fermes et entières sans jamais aller ou venir en au-
cune manière au contraire. Et se aucun de nous, de sa volenté ou aultrement, rompoit ou enffraingnoir, que Dieux ne voelle, ledit traictié et cesle présente alliance, volons et nous plaist et à chascun de nous, que les gens,vassaulx et serviteurs, présens et advenir, que celui qui enffraindera ladicte paix ne soient tenus après ladicte infraction de le servir, mais serviront l'autre partie et en ce cas seront absolz et quittes de tous seremens de léautez et autres, de toutes promesses et obligacions de services, et lesquelles, oudit cas, desmaintenant pour lors nous en tenons absolz et délivrés sans ce que pour le tamps advenir il leur puist estre imputé à charge ne reproche, ne que aucune chose leur en puist* estre demandé. Et pour greigneur seareté et confirmacion, et ad ce que ne doyons avoir aucune ymaginacion sur les officiers et serviteurs l'un de l'autre, avons voluet ordonné que noz plus principaulx officiers et serviteurs jurent, et de fait en nostre mains et présence et es mains dudit évesquede Lycm si ont juré, de tenir de leur part et tant que à eulx porra touchier les choses devant dictes, et espécialeraent de tcut leur pouvoir ilz nous entretenront en très bonne et vraie amour l'un envers l'autre, et ne ne feront ne procurront chose qui le doie empeschier. Mais se aucun empcschement y appercevoient nous en advertiront, et de ce et de toutes les choses devant dictes, feront leur loial debvoir et en bailleront leur séellé. Et meismes, ment ont ce juré et promis sur les saintes Évangilles de Dieu, sur le part de nous Daulphin.noz amez et féaulx, messire Jacques de Bourbon, seigneur deThury, maistre Robert le Machon, nostre chancellier, le visconte de INerbonne, le seigneur de Barbasen, le seigneur de Arj)asein, le seigneur de Bosquage, le seigneur de Beauval, le seigneur de Montenay, le seigneur de Gamaches, messire Taneguy du Chastel, messire Jehan Louvet, président de Prouvence, Guillaume d'Auvergne, Hughet de Noyers, Jehan du Mesnil, Pierre Frotier, Guichart de Boforon et CoUart de La Vigne. Et par la partie de nous duc de Bourgongne, noz amez et féaulx, le conte de Saint-Pol, messire Jehan de Luxembourcq, messire Archembault de Foix, seigneur de Nouaille, le seigneur d'Anthoing, messire Thiebault, seigneur de Neufcastel, messire Jehan seigneur de Neufchastel. le seigneur de ÎSlontagu, messire Jehan de la Trimouille, messire Guillaume, de Vienne, messire Pierre de Boffremont grant prieur de France, messire Gauchier de Ruppes, messire Charles de Lens, messire Jehan, seigneur de Cottebrunne, mareschal
de Bourgongne, messire Jehan, seigneur de Thoulongon, messire Guillaume de Champdivers, Philippe Jossequin et maistre Nicollas Rollin. En oultre pour plus grant seureté des choses dessus dictes, volons et consentons que les seigneurs du sang et linage de mondit seigneur jurent et promettent pareillement de tenir et garder ceste présente amistié, bien vueillance, union et concorde, ainsi par entre nous faicte. Et samblablement les gens d'église, nobles et gens de bonnes villes de nos pais et seignouries et de mondit seigneur le Roy. Et avoec, nous submettons et chascun de nous, pour l'observacion et acomplissement des choses dessusdictes, à la cohercion et contrainte de nostre mère sainte Église, de nosfre saint père le pappe, ses commis et députez, par lesquelx nous volons et consentons estre constrains et chascun de nous en droit soy, pour mieulx observer et acomplir les choses dessusdictes et chascune d'icelles, par voie d'escommeniement, anathématisacion, aggravacion, réaggravacion, interdict, en noz pais et terres et aultrement par lassensure de l'Église, le plus avant que faire se porra. En tesmoing desquelles choses, nous et chascun de nous, avons escrit nos noms à ces présentes de nos propres mains, et à icelles fait mettre et apposer noz seaulx. Donné au lieu de no convancion et assemblée, sur le ponceau qui est à une lieuwe de Melun ou droit chemin de Paris, assés près Polli le Fort, le mardi xi^ jour de juillet l'an mil iiii' xix.
Celle paix faicte et jurée comme dit est, se assamblèrent les deux batailles des deux princes dessusdis ensamble, en criant Noël ! et faisant très grant joie les ungs aux autres. Et là furent longtemps en ce point, moustrans de avoir grant léesse de ladicte paix. Et quant vint au congié prendre, et que le Daulphin deubt monter à cheval, le duc de Bourgongne en humiiifé luy tint l'estrier tant que il fu monté sur son cheval, combien que icelui Daulfin luy pria par pluiseurs foix que il s'en volsist déporter, mais il ne le volt. Et ce fait, le duc de Bourgogne monta à cheval, et là prinrent ly ungs l'autre par la main et prirent congié moult amiablement, et puis se partirent ly ungs de raultre,et s'en retourna chascun à son ost et s'en allèrent chascun en son logis.
De cette paix fu moult joieux tout le peuple de France, et aussi furent ceulx des marches d'environ, lesquelx cuidoient par icelle paix avoir plainnière joie et fin de griefz paines et dolours qu'ilz avoient par long taujps soustenus. Mais il ne fu mie ainsi. Car
toute malle meschanté et destruction leur en avint, ainsi que vous trouverez cy-après. Dont ce fu grant pitié. Car la plus grant partie du commun peuple dudit royaume et par espécial d'enlour Paris, en fu destruit et perdu, et fu tout le plat pais despeuplé et désolé, que rien n'y demoura. Et moururent pluiseurs par les champs, par pure famine et povreté.
Après ladicte paix faicte partirent de Ponthoise, le Roy, la Royne et Catherine de France, et avoec eulx le duc de Bourgongne, et prirent leur chemin pour aller à Meaulx, laquelle ville estoit tenue des gens dudit Daulphin. Lesquelx ne volrent oncques faire ouverture au Roy de ladicte ville de Meaux. Et partant il n'y entra point, mais fu menés à Prouvins et delà à Troies, où il séjourna toute la saison de l'iver ensuivant. Et le conte de Saint-Pol, le chancellier de France et les aultres conseillers du roy faisans résidence à Paris, s'en retournèrent audit lieu de Paris et y firent leur résidence tout le tamps de Tiver dessusdit.
Assés tost après le département du roy de France de la ville de Ponthoise, de laquelle fu commis cappitaine le mareschal de risle-Adam, arrivèrent Englès par nuit en grant nombre jusques à bien près des murs de Ponthoise. Et entrèrent dans la ville p.jr esquielles et ne trouvèrent qui l'entrée leur deffendist, et gaingnièrent la ville. En laquelle ilz firent beaucop de maulx comme en ville conquise. Et touteffois se saulva le seigneur de l'Isle- Adam, qui lors estoit dedens ladicte ville, à tout bien pau de ses gens. Et avoec luy se sauvèrent pluiseurs des bourgois de ladicte ville, et s*en allèrent à Paris et ailleurs. Et perdirent tout ce qu'ilz avoient dedens icelle ville laissié.
Par celle ville de Ponthoise fu clos le passage qui estoit de Paris en Picardie. Par quoy ceulx de Paris souffrirent cel an mainte disette et eubrent très grant chierté de bled et d'autres vivres. Et adonc se despeuplèrent fort les villages du j^ais de Beauvesis. Car ilz ne osoient labourer, et ne savoient de quoy vivre.
Au moix de septembre ensievant fu une journée prise et accordée du daulphin de Vienne et du duc de Bourgogne pour convenir ensamble en la ville de Moustreau-ou-fault-Yonne pour avoir advis et conseil de decachier et débouler les Engloix hors du royaume de France. Et fu la manière devisée des logis et des places esquelles se dévoient tenir et assarobler lesdis princes en
conseil et autrement. Et pour estre à iceulx lieu et jour devises, se party le duc de Bourgoagne de Troies à grant compaignie de gens d'armes. Et s'en alla à Bray sur Saine, à chincq liewes près dudit lieu de Moustreau. Et envoia aucuns de ses gens appointier son logis, qui devoit estre au chasteau dudit lieu. Lequel chaste! ilz trouvèrent desgarny de toutes choses et en avoit tout porté dehors, et maisment les huys et les fenestres de pluiseurs lieux en en estoient portées hors, par grant malice et traison. Dont pluiseurs des gens dudit duc de Bourgongne ne furent point bien contens. Car avoec ce ilz veoient en la compaingnie dudit Daulphin tous les plus grans anemis dudit duc de Bourgongne et les plus fors Armignas de France, tous en armes et en très grant puissance. Et encore ne veoient iiz point tout. Car toutes les maisons en estoient plaines. Et ces choses furent mandées à icelui duc par ses dictes gens estans audit Moustreau. Sur quoy le duc escripsi à iceluy Daulphin unes lettres closes en le advertissant que il estoit accompaigniés de tous ses anciens anemis en grant puissance et que il doubtoit que ilz ne fussent maistres de la compaignie sans nulle obéissance, et avoit paour de trayson. Sur lesquelles lettres ledit Daulphin luy rescripsi que il n'eust de nulle rien <loubtance ne souspechon, et que seurenient il alast devers luy, car il se faisoit fort de toutes ses gens.
Sur la seureté des lettres du Daulphin et sur la loiaulté que tenoit le duc de Bourgongne estre en icelui comme en filz de Roy, iceluy duc se party dudit lieu de Bray-sur-Saine apprès ce que il eubt ses messes, oyes et chevaulça jusques à bien près de ladiote ville de Moustreau. Et en son chemin luy fu dit que il se gardast bien comment il aloit audit lieu et que on se doubtoit fort de trayson, attendu le samblant et la manière à la contenance desdis Armagnas. Lequel duc respondyque il ne povoit croire que le filz du Roy, à qui il estoit si prochain de linage et auquel il n'avoit onques riens mesfait, le volsist trayr ne souffrir estre tray, attendu la bonne paix qu'ilz avoient faicte ensamble, et que sur sa loiaulté, au plaisir de Dieu, il entretenroit la journée par luy accordée. Et chevauça après celle parolle jusques à la barrière de ladicte ville. A laquelle barrière on le fist longuement jocquier anchois que on luy feist ouvreture en ladicte ville. Et là, de rechief, lui dist ung de ses gens que se il alloit plus avant il seroit trais, et que en ladicte ville il ne veoit aultre apparicion que de trayson. Auquel iceluy duc respondy,
q*ie pour morir il ne fausseroit ce qu'il a voit promis. Et puis dist ces parolles ou en substance : le corps pourront ilz bien avoir, mais Tâme non. Et ce dist-il, pour ce que à ce jour il s'estoit confessé et ordDuné ainsi que pour recevoir la mort. Et en ce point entra en ladicte ville et s'en alla logier audit chastel, auquel il disna, et après le disner il envoia devers le Daulûn le seigneur de Saint-Georges et autres, pour savoir à quelle heure il luy plairoit que iceluy duc alast devers luy. Sur quoy il leur fist respondre que il voloit que ce fust à troix heures dudit jour. Et ainsi fut entretenu.
Le X* jour du moix de septembre, à troix heures après disner, party le duc de Bourgongne du chastel de Moustreau, et s'en alla devers le Daulfin de Viennoix en une place pour ce ordonnée assés près dudit chastel, sur ung pont qui y est. Et est la place enclose de deux barrières, et chascun costé avoit ung huys fremant par dedens. Et quant ledit duc de Bourgongne vint à l'entrée de ladicte barrière on luy demanda quelx gens il voloit avoir avoec luy dedens ladicte place. Et il respondy que il y voloit avoir Charles, filz au duc de Bourbon, le seigneur de Nuailles, Jehan de Fierbourg, les seigneurs de Saint-Georges, de Montagu, d'Autre et de Giach, messire Anthoine de V^ergy, Charle de Sens, Guy de Pontailler et maistre Jehan Seguinat, secrétaire. Et quant le duc de Bourgongne et les dessus nommés furent dedens entrés, les Armignas crièrent : c'est assés. Et lors fremèrent et clorrent l'uys. Et ledit duc alla faire la révérense au Daulphin et s'enclina moult humblement devant luy tout jus à ung genoul. Et en ce faisant, le visconte de Nerbonne et Taneguy du Chastel le prirent par les bras en le relevant. Et ce fait ledit Taneguy, d'une hache qu'il avoit en sa main, frappa icelui duc entre la teste et les espaulles, si esforchieuement qu'il l'abaty à terre. Et incontinent après ce cop il fii de tous ces Armignas telement assaillis et férus que oncques plus de la place ne party. Et quant le duc fu ainsi abatus, le seigneur de Nuailles devant dit se coucha dessus luy pour le cuidier saulver, mais on frappa sur luy et l'auta si durement que oncques puis ne porta armes. Et fu ledit duc illec présentement occis et murdris, et ledit de Nuailles mis en tel point que il ne vesqny gaires après luy. Et en ce faisant issirent hors des maisons de ladicte ville gens sans nombre, armés tout au cler, tous introduis de leur fait, et commenchèrent à crier : tuez tout! tuez tout! Et
estoit une grant erreur et cruaulté d'estre en icelle ville. Là furent prins tous les chevaliers dessus nommez entrez avec ledit duc de Bourj^'on^me, excepté le seigneur de Montagu, lequel se saulva par saillir pardessus la barrière sur le cauchié de ladicte ville. Et ceulx qui estoient demeurez audit chastel de par icelui duc se saulvèrent pour celle heure et levèrent le pont amont. Mais ilz n'avoient de quoy eulx vivre et deffendre. Et par tant ilz rendirent la fortresse es mains d'iceluy Daulphin, et s'en partirent saulvement. Et fu le seigneur de Jonvelle le chief d'iceulx. Et beaucop d'autres qui estoient dedens ladicte ville se saulvèrent et mirent aux champs, et s'en allèrent à Bray, et laissèrent leur seigneur derrière tout mort. Et encore depuis qu'il fut mors, Olivier Lyet luy bouta ung espoy tout parmy le corps, du fondement jusquesau haterel, et puis fu desrobez et desveslus de ses aniaulx et armeures et aultres que rien ne lui demeura sur son corps , fers seulement son juppen et ses housiaulx. Et quant il eubt esté assés longement gisans en la place, à la requeste d'aucuns il fut enterrés tout en ce point qu'il estoit en terre sainte, et ledit seigneur de Nuailles emprès luy. Et fu commune renommée que la dame de Giach,illec présente, son fdz et Philippe Jossequin, con disoit qu'il estoit bien de ladicte dame de nuit et de jour, furent cause de ladicte traison et censentans d'icelle. Et toutes fois ledit Philippe Jossequin, qui aveit esté filz de armoyeur du duc Philippe de Bourgongne, père audit duc Jehan, estoit l'emme au monde que icelui duc Jehan avoit le mieulx amé et le plus avanchié en sa court d'homme qui rien ne luy fust, et tant que il en avoit courouchié pluiseurs seigneurs en tamps passé et son propre filz meismes. Car il luy moustroit toute l'amour que en peuvoit moustrer à homme et luy faiseit porter son séel de secret et signer lettres de son propre nom comme il eust peu faire de sa main, et ne saveit on recennoistre l'un pour l'aultre, telement estoit leur lettre pareille. Et la cause peur quoy ceulx furent souspechennez de ladicte trayson, furent que incontinent ilz se mirent à servir ledit Daulphin. Et y furent receuz et y demeurèrent paisiblement et ne volt oncques nul d'eulx retourner du party de Bourgongne. Et si estoit ledit Philippe natif de Digon et y avoit ung moult noble hostel, et sa femme demeurant en ladicte ville. Ainsi perdy le duc de Bourgongne les biens et honneurs qu'il avoit fais de sa france volenté et libéralité aux dessusnemmez dame et seigneur de Giach, Phi-
lippe Jossequin et Taneguy du Chastel. Auquel Tanegny il avoit tant fait et mouslré tant d'amour au tanaps qu'il esloit venus et allez en faisant et pourchassant ledit traictié de paix, et tout affin <le parvenir à ladicte trayson. Auquel tanips il s'estoit accoinlic et apprivisié des dessus nommées, de Giach et Josseqm'n, avec lesquelx il se tenoit communément quant il estoit devers ledit duc et par le commandement d'iceluy pour ce que il en avoit en eulx paifaicte confidence. Et ilz tournèrent toute leur affection à ie faire murdrir, ainsi que ce dit est. Dieux par sa grâce luy face mercy, car il moru vray et loial campion de la couronne de France, qui oncques ne voit faire ne consentir quelques traictiés ou alliances qu'il volsist faire au roy d'Engleterre ne autres que les personnes du roy de France et de tous ses enffans ne fussent tousjours reservez et qu'ilz ne demourassent ses souverains seigneurs, pour iceulx aidier et servir contre tous, fussent ses alliiés ou non, quelques traictiés ou alliances qu'il feist à eulx. Combien que ses anemis maintenoient le contraire en tous tamps.
A la journée que le duc de Bourgongne fu occis, ainsi que dit est, estoient en la compaignie dudit Daulphin Jehan de Harcourt, conte d'Aumale, le visconte de Nerbonne, Taneguy du Cliastel, les seigneurs de Barbazan, de Tigry, le seigneur de Gitry, François de Grignaulx, chevalier, Olivier J^yetet autres pluiseurs.
En cel an furent mis à raenchon les barons, chevaliers et secrétaire prins en la compaignie dudit duc de Bourgongne, exceptés lesdis Charles de Bourbon et le seigneur de Giach. Ceulx demourèrent avoec le Daulphin, et ledit Charles de Sens, amiral de France, lequel ilz firent tenir par giant espace de tamps et depuis {sic).
Après la mort du duc de Bourgongne furent les gens d'icelui duc monlt désolez , troublés et desconfortés pour la mort de leur seigneur. Et toutes fois eubrent-ilz conseil ensamble de lousjours maintenir sa querelle et son party et de tenir et garder les villes et fortresses que ilz avoient en garde et en obéissance. Et demourèrent les barons de Bourgongne emprès le Roy et la Royne de France^ en la ville de Troies. Et les chevaliers et cappitaines de Picardie et de Flandres se tindrent avoec Philippe de Bourgongne seul filz audit deffunct duc de Bourgonge. Lequel par le trespas de sondit père, comme son héritier, fu duc de Bourgongne, conte de Flandres, d'Artoix et de Bourgongne Palatin, seigneur de
TABLE ALPHABÉTIQUE
— Arrêté par les Parisiens , IdlS, III, 262. — Tué, 270.
Couvin, dans le pays de Liège, I,
Couvrant (Jean Geoffroi de) , V,
Coux (Philippe de), avocat, IV, 50.
Cramailles (Pierre de), exécuté,
1434, V, 86. ^ Cramailles (messire Yvain de), tué
à la bataille d'Azincourt, 1415,
Cramault (Simon), patriarche d'Alexandrie, I, 349.
Craon (messire Amaury de), seigneur de Brolay, tué à la bataille d'Azincourt, 1415, III,
Craon (Antoine de), seigneur de Beau Verger, III, 118, 248, 249, 254, 360, 409; VI, 200.
— Tué à la bataille d'Azincourt, 1415, m, 115.
Craon (messire Jacques de), seigneur de Dommart en Ponthieu,
IV, 142; V, 16, 17. — Fait chevalier, 1437, V, 313, 315.
Craon (messire Jean de), seigneur de Dommart, I, 105. — Prisonnier à la bataille d'Azincourt, 1415, m, 120.
Craon (messire Jean de), seigneur de Montbaron, tué à la bataille d'Azincourt, 1415, III, 115.
Craon (Jean de), seigneur de Maubuisson, mari de l'une des filles du grand maître, Jean de Montaigu, II, 46.
Craon (Pierre de), I, 7.
Craon (messire Simon de) , seigneur de Clarsy, tué à la bataille d'Azincourt, 1415, III, 113.
Craonnois (le), VI, 67.
Crasset (Perrinet), IV, 175. — Capitaine de la Charité-sur- Loire, V, 57.
Crécy-sur-Authie(5o/nme), V, 129
Crécy -en-Brie [Seine-et-Marne]^ V
Crécy-sur-Serre {Aisne\ III, 375
Creil (Oise), III, 244, 253, 303
VI, 5, 251. — Ses sièges, II, 78; m, 267; IV, 354; VI, 6.
Creilg. Voy. Creil.
Creille. Voy. Creil.
Créqui (le seigneur de), III, 90;
Créqui (Enguerrand de), IV, 431,
Créqui (Ernoul de), IV, 415.
Créqui (messire Jean, seigneur de), III, 345. — Fait chevalier de la Toison d'or, 1429, IV, 374.
Créqui (Lestendart, seigneur de), tué à la bataille d'Azincourt, 1415, m, 113.
Créqui (Philippe de), tué à la bataille d'Azincourt, 1415, III,
Créqui (Raoul de), V, 64.
Créqui (messire Regnault de), seigneur de Couches, I, 372. — Tué à la bataille d'Azincourt,
Crésecques (Jean de), VI, 80.
Crespy-en-Laonnais [Aisne), III, 371, 374, 375, 377; IV, 202;
VI, 283. — Prise par les Dauphinois, 1419, III, 360. — Capitule, III, 376. .
Crespy-en-Valois [Oise) , IV, 73,
Cressi-sur-Serre. Voy. Crécy.
Cressonsac [Oise), IV, 97. — Son
château abattu, 1422, IV, 120.
Cressonsacq. Voy. Cressonsac.
Crète (le seigneur de la), tué à la
bataille d'Azincourt, 1415, III,
Creton (messire Antoine de). Voy.
Craon.
Crevant [Indre), IV, 157, 159,