‹ La chronique (volume 3)Chapitre 54 sur 120 · L'AN MIL IIIP XXI · texte numérisé non relu

L'AN MIL IIIP XXI

Au commenchement d'avril après Pasques, avoit le duc de Clarence assamblés tous les gens d'armes et archiers d'Engleterre et pluiseurs chevaliers et gentilz hommes de France sur la rivière de Loirre, pour ce que le Daulphin avoit lors assamblé grant puissance de gens pour passer ladicte rivière. Et ung jour advint que on luy rapporta que il y avoit gens d'armes Armignas logiés à ung village sur ladicte rivière environ Le Mans , à III liewes près de son oost. Et quant ledit duc de Clarence eubt oy ces nouvelles, il fist armer et monter à cheval environ VIIP^ hommes de toute la fleur de ses gens, et avec eulx ung certain nombre d'archiers,et il meisme fu le cappitaine et conduiseur de ces gens. Et laissa son oost au gouvernement du conte de Salsebery, et il s'en alla tout droit frapper au logis desdis Armignas, lesquelx il trouva sur leur garde et en plus grant nombre que on ne luy avoit rapporté. Et les assailli très radement, et ilz se deffendirent très hardiement et y eubt très gros eslour. Mais une grosse embusque d'Armignas sailli et alla frapper sur lesdis Engloix de tel force que ilz y furent tous enclos, et en fin y fu le duc de Clarence occis, mais ainchois fisl-il moult d'armes de son corps. Là furent Engloix mors et occis, que pau en eschappa. Et puis repassèrent les Armignas ladicte rivière de Loirre, et laissèrent les mors gisans en ladicte place.

Quant celle desconffiture fu venue à la congnoissance du conte de Salsebery, il mena son oost devers la place où la bataille avoit esté et y cuida trouver lesdis Armignas, et quant il vit que il s'estoient partis il en fu très dolant, car il euist volentiers vengié la mort du duc de Clarence et des autres genlilz hommes occis en sa compaignie. Et lors fist prendre et emmener le corps dudit duc de Clarence et s'en retourna en son logis. Et fist ordonner icelni corps et l'en fist mener à Rouen et de là en Engleterre, où il fu noblement enterrés. Et fu le roy d'Engleterre très dolant de sa mort, car il estoit bon homme de son corps. Et pour celle mort

vesty le duc de Bourgongne de noir et fist faire ung moult noble service pour son âme à Saint- Vaast d'Arras.

En ce tamps avoit si grand chierté de vivres à Paris, car pau leur povoit on mener de nul costé, pour les garnisons des villes et fortresses armignaghes, comme Meaux, Guise, Villeneuve, Dreux et pluiseurs autres. Et estoit lors à Paris demouré le duc d'Exoestre, lequel se tint continuellement en la bastille Saint- An thoine jusques au retour du roy d'Engleterre. Et le conte de Salsebéry tenoit frontière ausdis Armignas sur ladicte rivière de Loirre.

En ce tamps estoit messire Jacques de Harcourt au Crotoy, dont il se disoit estre garde et cappitaine de par le roy de France, et pareillement faisoit-il de Saint Walleri et pluiseurs fortresses estans au pais de Ponthieu, et faisoit grosse guerre aux Englois par terre et par mer, et conquist sur eulx pluiseurs vaissiaulx et grant avoir, par rencontres et autrement. Et assambla grans gens pour garnir lesdicles forteresses et ossi les vaissiaulx qu'il avoit sur le mer. Et se mist ung jour, une grand partie de ses gens ensamble, et s'en allèrent soudainement et secrètement vers la ville d'Eu et la gaingnièrent par faulte de warde et y tuèrent tous les Engloix que ilz y trouvèrent sans en prendre nul à mercy, mais point n'y demourèrent longuement, car les Engloix estans en Normendie avoec les gens dudit pais, reconquirent ladicte ville bien tost après par leur force et soutiveté.

En la fin du moix de may, fist et traicta tant ledit de Harcourt à Loys de Weucourt, escuier, que icelui Loys luy délivra en son obéissance la fortresse du Pont de Remy. Et à ce tamps se estoit une guerre meue entre ledit de Harcourt et le vidasme d'Amiens, et firent grant armée ly ungs contre l'autre. Et alla ledit vidasme courre la terre dudit de Harcourt. Et depuis ce ne se tint en grand tamps en paix, mais mut et commença guerre contre ledit le vidasme et contre tout le pais d'Artoix entièrement. Et mist grosses garnisons es fortresses de Gamacbes, de Araines, Noyelle, Pont de Remy et aultres, pour dommagier ledit pais d'Artoix et ossi le pais de Pontieu tenant le party bourguignon. Et fut ches choses au commenchement du moix de juing.

En ce moix de juing traicta telement ledit de Harcourt à Simon de Boulainviller, chevalier, cappi laine du chasteau de Yencourt en Pontieu, que ledit chastel luy fu délivrez et mis en son obéissance comme celuy de Remy.

En ce moix de juing dessusdit, fut crié par les bonnes villes de Picardie tenans le party de Bourgongne, et non ailleurs, que ung escu, qui lors valoit mieulx de sept frans à la monnoie qui lors couroit, ne vauldroit que XXXIIII. s. par., et une flourelte du roy, que on appelloit en pluiseurs lieux camahieu,qui lors couroit pour seize deniers parisis, ne vauldroit que IIII deniers jusques à ce que la monnoie dessus dicte, que on forgoit lors en pluiseurs lieux, aroit son cours en la manière cy-devant dicte. Et non obstant celle ordonnance faicte en Picardie tant seulement, pour l'amour de la marcliandise se demoura en France la monnoie de son estât. C'est assavoir Tescupour sept frans, et la flourette pour XVI deniers ; et tousjours montoit l'or par la faiblesche de la monnoie qui estoit si meschante et si mauvaise que on ne [povoit] pieur forgier. Et fu cecy fait le VI' jour du moix de juing.

Le IX' jour du moix de juing devant dit, arriva à Calaix le duc de Glocestre, frère du roy d'Engleterre, à très grand puissance de gens d'armes et d'archiers d'Engleterre. Et le XP jour d'icelui moix, à chincq heures du matin, arriva audit lieu de Calaix ledit roy d'Engleterre, avoec luy le roy d'Escoche, son prisonnier, et avoec (sic lis : avoit) ledit roy d'Engleterre en sa compaignie bien XIIII™ corabatans.

Tantost après ce que le roy d'Engleterre fut arrivez à Calaix, icelui roy et le duc de Bourgongne assambîèrent ensamble en la ville de Moustreul sur le Mer, et là furent quatre jours tenans conseil, et de là allèrent à Saint- Riquier et puis à Abeville. Esquelles villes ilz furent grandement et joieusement receuz. Et eulx estans en ladicte ville d'Abeville leur vinrent nouvelles certaines que le Dauphin de Vienne avoit mis siège devant la ville de Chartres. Et ces nouvelles oiies, se party bien hastivement le roy d'Engleterre dudit lieu d'Abeville et chevauça de tire devers Paris, à tout son oost. Auquel lieu de Paris il avoit envoie, tantost que il fut arrivez audit lieu de Calaix, six cens combatans pour secourir et aidier ceulx dudit lieu qui lors avoient moult à souffrir. Et quant le roy dessusdit fut arrivé à Ponthoise,il s'en alla à Paris atout une quantité de ses gens et envoia son frère et le roy d'Escoche, à toute leur oost eulx raffreschir sur la rivière de Saine, entour Mante et Vernon. Et le duc de Bourgongne assambla bien hastivement environ IIIP hommes d'armes de Picardie et grant nombre d'archiers pour aller après le roy d'Engleterre. Lesquelx roy d'En-

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gleterre et duc de Bourgongne estoient concludz ensamble de aller lever ledit siège de Chartres.

Tantost que le siège fut mis devant Chartres, le bastard de Thian se mist sus à grant puissance bien hastivement, et s'en alla devers ledit siège, et tout parmy les gens d'armes illec estans, ledit bastard passa luy et toutes ses gens. Et prirent en leur voie pluiseurs prisonniers d'iceulx Armignas et les menèrent dedens ladicte ville. En laquelle ilz entrèrent malgré tous lesdis Armignas, et y furent moult joieusement receuz. Et ledit bastard reconforta moult lesdis bourgois, et leur dist la venure dudit roy d'Engleterre dont il avoit espérance de estre secourus.

En ce tamps avoit esté prins et encores estoit détenus prisonnier le marischal de l'Ille-Adam, en la ville de Paris. Et y avoit eu grant noise à sadicte prinse. Car ses gens et ceulx de Paris estoient bien assamblés IIIP pour le secourir et rescourre. Mais le duc d'Excestre yssy contre eulx de ladicte bastille, accompaignié de ses gens et de pluiseurs archiers d'Engleterre, et retourna tous ces XIIIP (sic) par force du trait desdis archiers , et demoura le maistre. Et fu ledit mareschal prins pour aucune doubte et souspechon de trayson que ledit duc d'Excestre avoit sur luy. Mais commune renommée fut que ce fu sans cause et par haynne et envie, pour ce que ledit mareschal, à une assamblée que fist ledit d'Excestre pour aller contre les Armignas, iceluy mareschal en sa compaignie menoit les Francoix et se trouva le plus fort et tout en la compaignie d'iceluy duc et au service du roy de France. Pourquoy iceluy duc d'Excestre eubt doubte que se aucune chose avenoit par aucune aventure contre lesdis Engloix, ledit mareschal ne se trouvast le plus fort audit lieu de Paris. Et pour ce le fist prendre et emprisonner. En laquelle prison il fu longuement détenus. Et puis fu prins le seigneur de Chasteauvillain et mis prisonnier audit lieu de Paris, pour doubtance et souspechon pour ce que il fu commune renommée que iceluy de Chasteauvilain voloit traictier avoec aucuns tenans le party d'Amignac. Et fu toute la saison prisonnier jusques à ce que le seigneur de Saint-George l'en fist depuis délivrer ; car il estoit son nepveu. Et se ne fu point la chose trouvée si grande que on luy metoit sus.

Le VIII* jour de juillet party le duc de Bourgongne d'Amiens, avoec luy messire Jehan de Luxembourg, d'Anthoing, Longuevaî, Croy, Roubaix, d*Incy, de Humbercourt , de Picquegny et plui-

seurs autres chevaliers et escuiers en nombre de IIIP hommes d'armes dessusdis. Et s'en allèrent devers Mante, où le roy d'Engleterre estoit allez après son département de Paris. Et audit lieu de Mante arriva le duc de Bourgongne, le X" jour dudit moix de juillet.

Quant le duc de Bourgongne party de Picardie pour aller audit lieu de Mante, il laissa le seigneur de Noielle, nommé Le Blancq Chevalier, pour garder le pais d'Artoix. Auquel pour ce faire furent bailliés en son commandement VI" hommes d'armes pour mectre en garnisons oii il estoit expédient sur les frontières de Guise et de Compiengne. Et ossi, contre ledit de Harcourt, fu en la ville de Rue commis cappitaine le Borgne de Fosseux, chevalier. Et à Abeville fu commis le seigneur de Cohem, lequel fu à ung soir très villainement navrés en asséant son guet, par gens embusquiez et desguisés, qui point ne furent congneuz. Et en celle heure meisme fu en sa présence tuez ung advocat de la ville, cuidant avoir assené sur le maieur de la ville, nommé Nicolas Joarne , lequel estoit très fort bourguignon. Et fut commune renommée que ce fist faire ledit de Harcourt, pour ce que il n'avoit peu avoir obéissance en ladicte ville d' Abeville el nom dudit Daulphin , et que ledit maieur avoit esté celuy qui le plus l'avoit en ce grevé et qui du tout luy avoit fait refuser ladicte obéissance.

Le XI* jour dudit moix de juillet, se party de Lens en Artoix le seigneur de Commines en Flandres, lequel avoit en sa compaignie environ IIP chevaulx , lesquelx faisoient environ IIIP^ lances de bonne estoffe. Et s'en allèrent devers Amiens cuidans attaindre le duc de Bourgongne. Et après luy, passa Jehan de Steenhuze, filz du souverain bailli de Flandres, et pluiseurs gentilz hommes en sa compaignie, lesquelx avoient environ XX lances, qui se mirent avoec ledit seigneur de Commines. Mais ilz ne passèrent point à Amiens, pour ce que ilz trouvèrent leur seigneur party dudit lieu comme dit est, et demourèrent audit pais d'Amiennoix jusques au retour d'iceluy duc de Bourgongne.

En celle saison arrivèrent audit lieu de Pontoise en l'aide dudit de Harcourt, le seigneur d'Auffemont et Poton de Sainte-Treille, lesquelx avoient en leur compaignie bien XXIP chevaulx. Et tant firent iceulx cappitaines par le moyen dudit de Harcourt, que la ville de Saint-Ricquier leur fu ouverte et mise en leur obéissance. Et là se logèrent et firent icelle ville fortiffier et pourveir de

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vivres pour le tenir contre tous, en intencion de destruire et gaster tout le plat pais d'Artoix, pour ce que ilz le sentoient desnué de gens. Et fu lors commune renommée que ilz av oient intencion de ardoir les bledz sur les champs.

Quant le duc de Bourgongne fu arrivez à Mante, où il trouva le roy d'Engleterre , ledit roy et luy ordonnèrent leurs besongnes pour aller lever ledit siège de Chartres. Mais quant ilz s'en deurent partir on leur raporta pour certain que ledit Daulphin avoit levé son siège et s'en alloit de tire repasser la rivière de Loirre , et toute son oost avoec luy. Et il est vray. Car il fa tantost après seu, que ledit Daulphin et son oost avoient chevaulcié sans séjourner, tout de tire, de XXVI à XXVIII liewes de chemin, tant que ilz se mirent tous à sauveté oultre ladicte rivière. Et lors furent d'acord ledit roy d'Engleterre et duc de Bourgongne, que iceluy roy, à toute puissance, sievroit ledit Daulphin pour savoir quel fin il feroit, et ledit duc de Bourgongne retourneroit en Artoix pour résister ausdis Armignas et nectoier les places que ilz tenoient. Et ainsi fu fait.

Au département que fit le royJd-Engleterre de la ville de Mante, il alla mettre le siège devant la ville de Dreux. Et y fu environ VI sepmaines, et puis luy fu rendue. Et puis alla faire assaillir le chastel de Gaillardon, auquel assault le bastard de Thian fu fait chevalier et si porta moult grandement et hardiement. Et fu ledit chastel prins par ledit assault. Après laquelle prinse, s'en retourna le roy d'Engleterre à Chartres, et de là s'en alla sur la rivière de Loirre sur intencion de combatre ledit Daulphin et sa puissance, mais nulx ne luy alla au devant. Et par tant s'en alla devant la ville de Baugensis, laquelle il gaingna, et fu toute pillée et fustée que rien n'y demoura qui fust bon aux Engloix. Et puis en partirent, car ilz n'en purent avoir le chastel, et ledit roy n'y volt point longuement séjourner, ains s'en alla assiéger la ville de Villeneuve le Roy, Montargis et Chasteau Regnart.

Or me convient retourner au duc de Bourgongne, qui se party de Mante et retourna en son pais d'Artois, et trouva les gentilz hommes de Flandres entour Amiens, lesquelx il prinst en sa compaignie et les mena au pais de Pontieu. Et lors manda icelui duc tous les gentilz hommes et autres habilles et acoustumez d'eulx armer demourez audit pais d'Artoix. Et pareillement manda es bonnes villes et au plat pais, arbalestriers, paviseurs, carpentiers.

fo^siers, pioDniers et toutes aultres manières de gens de labeur appartenant à guerre, et les fist contraindre par toutes voies rigoreuses par ses officiers. Et tant fist que il assambla une grantcompaignie de gens. Et avoient à ce tamps les Aruiignas esté devant la ville de Rue en faisant signe dey mectre siège et d'escarmuchier ceulx de dedens. Mais ilz y furent telement receuz que ilz furent tous joieulx d'eulx en partir sans y rien conquester.

Le XXIP jour du moix de juillet dessusdit, alla le duc de Bourgongne devant Saint-Ricquier, à toute puissance. Et fu ce jour son avant garde menée par messire Jehan de Luxemhourcq et le seigneur d'Anthoing, lesquelx avoient en leur compaignie grant foison de raddes et josnes gentilz hommes et grant plenlé d'archiers. Et firent semblant de mectre siège audit lieu, mais ilz s'en partirent à cop soudainement et s'eur allèrent au Pont deRemy, là où il avoit bien VP* hommes, et là se arrestèrent. Et ceulx de la fortresse leur monstrèrent bon visage le premier jour, mais lendemain, avant que ilz fussent du tout enclos, ilz s'en partirent sans parler et habandonnèrent la place, laquelle fu incontinent arse et arrasée. Et puis s'en partirent incontinent, le duc de Bourgongne et ses gens, et s'en allèrent devers Byencourt. Mais ceulx de dedens ne les attendirent pas, ains s'en partirent et habandonnèrent la place. Et pareillement firent ceulx de Mareuil. Lesquelles places furent abbatues et démolyes à la requeste de ceulx d'Abeville.

Après ces troix forteresses ainsi démolyes, fu le duc de Bourgongne conseilliés de aller à Abeville en attendant pluiseurs barons et cappitaines qui encores n'estoient point venus des pais de Flandres, d'Artoix et de Boullenoix et ossy de Calaix, dont il arriva VP Engloix en sa compaignie, tous archiers et anciens gentilz hommes qui les conduisoient ; et les gens d'armes ce pendant tindrent les champs et allèrent courre sur les frontières de leurs anemis.

Quant les gens d'armes que le duc de Bourgongne avoit mandés furent venus en sa compaignie, il party dudit lieu d'Abeville et alla mettre le siège devant la ville de Saint-Ricquier. En laquelle ville estoient le seigneur d'Offemont, Poton de Sainte-Treille, le seigneur de Verdusen, Manguez, le bastard de Montigny, et pluiseurs aultres en très grant nombre, lesquelx estoient bien avitailliés et garnis. Et au commenchement de ce siège boutèrent hors bien VP^ de leurs meschans chevaulx et toutes les povres gens

non aidables estans dedens ladicte ville et les chiens d'icelle. Et descouvrirent les maisons couvertes d'estrain et se fordffièrent moult fort en toutes manières, et monstrèrent grant et orguilleux samblant d'eulx tenir et de faire merveilleuse guerre à ceulx dudit siège. Et ceulx dudit siège, à Tencontre, leur monstrèrent que ilz avoient corage et voulenté d'eulx bien tenir le fer au dos et de non partir dudit lieu jusques à ce que ilz se metteroient en obéissance devers le duc de Bourgongne, leur seigneur et maistre. Et se logèrent au plus près de ladicte ville et assirent leurs engiens en pluiseurs lieux autour d'icelle. Et ainsi dura ce siège en cel estât environ ung moix. Pendant lequel tamps les Engloix estans audit siège s'en retournèrent à Calaix parce que icelui duc avoit assés gens contre la puissance des Armignas. Et y eubt en ce tamps pluiseurs escarmuches et fais d'armes de fer de lance à coursses de chevaulx, où il n'y eubt gaires de perte ne de deshonneur, fors que messire Emon de Boubert y fu prins à une course droit à la barrière et menez prisonnier dedens ladicte ville.

Le siège de Saint Ricquier durant, se assemblèrent pluiseurs cappitaines des gens dudit Daulphin, en grand puissance, de pluiseurs marches et pais, pour faire lever le siège de Saint-Ricquier, et bien se trouvèrent sur le point de VHP hommes d'armes bien montés et bien armés, et se mirent en chemin pour aller audit lieu de Saint- Ricquier pour sousprendre à leur avantage l'oost du duc de Bourgongne estant devant ladicte ville, mais leur venure fu sçeue et icelle oost, assés à tamps pour eulx garder et eulx mettre ensamble. Après lesquelles nouvelles de leur dicte venure le duc de Bourgongne fu conseillié de partir de son siège et de aller au devant desdis Armignas. Et ainsi il fu fait.

Le XXX* jour dudit moix d'aoust, sur le point du jour, se desloga l'ost du duc de Bourgongne de devant Saint-Ricquier et furent les feux boutés par ceulx de dehors en tous leurs logis, que rien n*y demoura en estant. Et le jour de devant s'estoit secrètement partis Poton de Sainte-Trelle de ladicte ville, pour aller en la compaignie desdis Armignas, et leur dit la vérité de tout Testât d'iceluy duc de Bourgongne. Mais icelui duc se pourvey sur ce et s'en alla passer cedit jour au matin parmy la ville d'Abeville, à toute son oost de gens de cheval et non aultres, et les arbalestriers, pa viseurs et aultres manières de gens de piet, demourèrent en ladicte ville d'Abeville. Et quant le duc de Bourgongne eubt chevaucié

environ une liewe il oy nouvelles par ceulx qui avoient chevaucié et espié lesdis Armignas,dont Philippe de Saveuses fut le principal et qui grandement s'i porta, que iceulx Armignas le approchoient fort et que ilz estoient en très belle ordonnance et bien habilliés et fort montez. Dont ledit de Bourgongne eubt conseil de mettre ses gens en bataille et de clievaulchier en belle ordonnance contre sesdis anemis. Et ainsi il fu fait. Et chevaulcèrent en tel estât jusques à une place nommée le Mont de Vimeu, à deux lyewes près de ladicte ville d'Abeville, bien près d'un luolin à vent. Et lors perchurent les deux parties les batailles l'une de l'autre.

En la compaignie du duc de Bourgogne au Mont de Vimeu estoient les seigneurs, chevaliers et cappitaines qui s'ensuivent.

Messire Jehan de Luxembourcq , les seigneurs de Jonvelle, d'Anthoin de la Viesville, de Longueval, de Roubaix, de Croy, d'Incy, de Noielle, de Heuchin, de Humbercourt, deCrièvecuer, de Humières, de Cohen, de RouUencourt et de Belleferière, Philippe de Saveuses, le bastard de Coucy, Paien de Beaufort, Maurroy de Saint-Légier, le Maigre de la Viesville, Jacques de Levin, Jehan de Fosseux, Jehan de Mailly, le Besghue d'Authuille, Andrieu de Valins, séneschal de Boullenoix , Daviod de Brimeu, Jehan de Horne, Mahieu de Landas, Tramet de La Tramerie, Jehan et Robert de Brimeu et pluiseurs autres chevaliers et escuiers de Picardie, le seigneur de Commines, Rolland de Utkerke, Jehan de Roenhuse, Guillain de Halluin, Jehan d'Aiguë, Collart de Commines et autres du pais de Flandres. Lesquelx gens du duc de Bourgongne furent environ en nombre de mil hommes d'armes.

En la compaignie des Armignas estoient les seigneurs et cappitaines cy-après nommez.

Les seigneurs de Conflans, de Moys, de Thienbronne, Poton de Sainte Treille, Jehan de Proisy, Gilles de Gamaches et son frère, Loys d'Auffemont, Rigault de Fontaines, le marquis de Serre et son frère, Jehan Rolet, Raoul de Gaucourt, Pierre de Luppe, Philippe de Saint-Sauflieu et pluiseurs autres ; lesquelx furent à ce jour nouveaux chevaliers, Rigault de Fontaines, le marquis de Serre, CoUinet de Villeguière et autres. Et ce fait se mirent tous en bataille à cheval.

Quant le duc de Bourgogne vit l'ordonnance de ses anemis, lesquelx demouroient tous sur leurs chevaulx, il fist ordonner toutes ses gens à cheval et volt estre à ce jour chevalier par la main

dudit de Luxembourcq. Et ossi fist Philippe deSaveuses. Et quant icelui duc fu fais chevaliers il en fist en celle meisme place pluiseurs chevaliers de sa main : c'est assavoir Gauwain de la Viesville et Maillet, son frère, Collinet de Briraeu, qui depuis se fist appeler Florimon, Jehan , seigneur de Noielle emprès Lens en Artoix, le moisne de Renty, Desre de Caurroy, Jehan de Mailli, Loys de Saint- Sauflieu, David de Poix, Houart de la Houardrie, Phillebert Audriet, savoisien, Jacquet Pot, bourguignon, Jehan de Steenhuse, Jehan de Roubaix, Collart de Commines, Guillain deHalluin, flamens, Jehan Villain et son frère, de Tournay.

Au XXX^ jour d'aoust, à heure de midi ou environ, assamblèrent Bourguignons et Armignas ensamble à cours de chevaulx et de fers de lances, et y eubt très gros estour et estequis au premier encontre et par espécial sur l'estandart et compaignie du duc de Bourgongne. Lequel duc très hardiement s'i porta et pour ce jour en eubt l'honneur et le pris comme le mieux faisant de toutes les deux parties, et meismement luy en donnèrent ses anemis l'onneur et le pris, combien que durant la bataille ilz ne le congnurent point, mais parce que ilz seurent et veirent depuis de sa heucque et de son cheval, ilz certiffièrent tous que ce avoit esté celuy qui le plus hardiement s'estoit habandonnez et penez pour ce jour. Et prist de sa main deux hommes d'armes prisonniers.

En cellebataille furent pluiseursfuians dès le commenchement de la bataille, et premiers furent ceulx du costé du duc de Bourgongne, lesquelx furent nombres à IIII'^ hommes d'armes et beaucoup d'archiers, qui pau firent à cest estour. Et des gens du costé des Armignas ne fuy gaires audit commenchement jusque en la fin de ladicte bataille.

Celle bataille dura longuement et se combatoient par monceaux, cy XX, cy XXX, cy XL, cy C. Et se partoient de l'un des monceaulx pour aller à l'autre. Et passa Jehan Rollet, à tout son estandart au premier encontre tout oultre la bataille dudit duc de Bourgongne en alant après les fuyans. Et fut long tamps que les Bourguignons lavoient le pieur de ladicte bataille, jusques à ce que le bastard de Coucy d'un costé, et messire Maurrdy de Saint-Légier de l'autre, qui faisoient deux elles, se frappèrent en icelle bataille à tous leurs gens et s'y portèrent moult hardiement et grandement. Et depuis ne furent Bourguignons au desoubz, mais demourèrent les maistres et occirent et descousffirent en fin tous

lesdis Armignas. Et se saulvèrentles fuyans d'iceulx à Saint- Wallery et ailleurs hors de ladicte bataille. Et furent enclos les gens dudit Rauilet, les quelx avaient passé oultre ladicte bataille, et y demourè^-cnt tous mors ou pris, se ne furent ledit Jehan Rauilet leur cappitaine, lui VP ou VII' qui escapèrent avoec ledict estandart et se saulvèrent par bien fuir. Et ce fut celuy qui le plus se habandonna et le plus longuement dura de tous les Armignas. Et si escappa san estre mors ne pris .

Emprès le duc de Bourgongne demourèrent en la bataille dessusdicte messire Jehan de Luxenibourc, lequel y fut moult villainement navré au visaige, et prins et rescoux durant icelle. Sy y furent les seigneurs de Jonvelle, d'Antoing, de Roubais, de Commines,deUttertke,Noyelle,Saveuse,Viesville,Valins, le bastardde Coucy, Mauroit de Saint-Lé^er, presque tous les nouviaux chevaliers et pluiseurs autres gentilz hommes qui point ne sont chy nommez, lesquelx furent cause de ladicte victoire. Et les fuyans, que je ne veulz point nommer pour ce que point n'en sçay de tous la vérité et que pluisseurs se voront sauver et leur honneur garder en pluisseurs manières, dont je me reporte en raison, s'en alèrent la plus grant partie à Picquegny pour che que on ne les volt laissier entrer dedens Abeville. Et aucuns aultres n'alèrent mie si loings mais s'en revinrent couvertement en la bataille du duc de Bourgongne après saditte \îctore, en donnant à entendre que ilz estoient demourez aveuc lui durant ladicte bataille. Et sans cheux qui n'alèrent gaires loings, furent trouvés à Picqueny près de II™ chevaulx tous fuyans. Dont pluisseurs gentilz hommes illec estans eurent très grant cerge. Combien que depuis ilz furent recheus à merci par les moyens que ilz eurent devers le duc de Bourgongne sur espéranche que ilz recouverroient leur honneur en aultres places en lamps avenir. Et fut commune renommée que icelle fuite commencha par le coulpe d'un héraut et roy-d'armes de Flandres, nommé Pays. Lequel dist et maintint à pluiseurs que il avait veu la personne d'iceluy duc de Bourgongne en telle aventure que il le tenoit mort ou prins. Et che fist les pluiseurs espoenter et fuir.

En celle bataille furent mors et occis du costé du duc de Bourgongne, le seigneur de la Viesville et Jehan de Mailly, et bien pau d'autres, de petit estât. Et furent à celle journée tous les seigneurs et gentilz hommes, cottes d'armes d'un costé et d'aultres.

A celle journée morurent et furent occis bien IIII* hommes du costé des Armignas et sen y eut bien VP^ détenus prisonniers, dont il y avait IIII" XI 1 gentilz hommes de nom et d'armes. Lesquels furent menés en pluisseurs et divers lieus, comme au chastel de Lile, Gouay, Boulenois et aultres. Et du costé du duc deBourgongne en furent menés prisonniers Ghislain de Halvin, nouvel chevalier, et Ferry de Mailli, et pluissieurs aultres en y eut qui furent prins. Mais ils furent rescous en la plache et par tant furent quittes.

A laditte journée furent prins et emmenés le seigneur de Conflans, messire Loys Bournal, seigneur de Thienbronne, messire Gille de Gamache et son frère, messire Rigault de Fontaine, le marquis de Serre et son frère, messire Raoul de Gaucourt, Loys d'Auffemont, Poton de Sainte -Treille, Jehan de Croisy, Philippe de Saint-Sauflieu et autres jusques au nombre dessus dit. Et les deux prisonniers que le duc de Bourgongne prinst de sa main furent délivré quittement et prestement, et leur fist donner ycheluy ducq à chascun cent escus et un bon cheval. Et le seigneur de Moy y fu ung peu navrez, mais il escappa aveucq Pieron de Luppe et Jehan Raulet.

Après celle bataille retourna le duc de Bourgongne à Abeville, et à son retour apperchut la grand faulte de ses gens qui s'en estoient fuis. Car il trouva sa bataille très petitement furnye, et luy fu lors raporté que icheux fuyans estoient alez audit lieu de Picquegni, sous la seigneurie du vidasme d'Amiens, lequel vidasme estoit lors audit lieu malade d'une navreure que ung cheval ly avoitfait en une gambe à son retour de Monte (lis. Mante) et ne pooit aler ne chevauchier. Adonc fu iceluy duc bien esmerveilliés comment il pooit avoir eu la victore de ladite bataille à sy pau de gens,atandula grant deffense de ses anemis duites, etamaneuis de combatre à cheval. Et regratia notre Seigneur dévotement et humblement de laditte victore. Car se il eust esté à che jour mors, prins ou descoufis, tout son pais d'Artoix. estoit en aventure de perdition.

En che tamps estoit le siège devant le castel de Dovrier, mis par messire Jehan Blondel, auquel de son hirtaige appartenoit laditte fortresse, et aveucq luy estoyent audit siège les abbez de Valoires, de Dommartin et de S' Martin, et grant plentéde communes gens du plat pays. Et là furent tant que ledit castel leur fu rendus par traité. Et s'en alèrent cheux de dedens sauvement. Et

environ XII jours après laditte reddition fut prins ledit chevalier à une course que il fist sur lesdis Armignas où il se bouta trop en avant. INlais son castel demoura en l'obéyssanche dudit duc de Rourgongne, lequel duc y envoya gens incontinent après les nouvelles ouïes de la prinse dudit chevalier.

Quant le duc de Rourgongne eut séjourné trois jours à Abevilie, il donna congiet à ses gens d'armes. Car il ne se trouvoit niye fort assés de gens pour remettre le siège devant Saint-Riquier atendu cheulx qui s'en estoient fuis de sa compaignie, où il avoit fait grant perte. Et de dieux qui estoient demourés aveucq luy avoit les pluisseurs navrés, qui ne se pooent édier. Et s'y estoient leurs logis trestous destruis et ars. Et la saison d'hiver approchoit qui leur grèvoit. Et se parti iceluy duc d'Abeville et s'en alla en pèlerinage à pi et à Nostre-Dame de Hal, et se retourna en sesdits pays quatre mois entier sans guerroyer, excepté che que il avoit laissié en garnison en pluisseurs villes et fortresses dudit pais de Pontieu. Lesquelz tindrent frontières contre lesdits Armignas.

En che tanips estoit le roy d'Engleterre devant Villeneuve-le- Roy, laquelle, environ celle saison, luy fu rendue par traitié. Et s'en alèrent sauvement cheux de dedens, et puis y mit ledit roy garnison. Et envoya lors le duc d'Excestre son oncle, bastart, entour la ville de Meaux, à tout grand nombre de gens. Et ledit roy s'en ala à Laigny, auquel lieu yl séjourna environ XV jours, en faisant che pendant carpenter et abillier pluisseurs angiens et aultres abillements nécessaires à mettre le siège devant iMeaux. Et ce fait, il parti dudit lieu de Laigni et s'en ala mettre le siège tout entour laditte ville de Meaux, à toute sa puissanche. Et fut che siège mis le fin du mois de septembre.

Dedens la ville de Meaux estoient le bastart de Vaurru général capitaine de toute la place, Denis de Vaurru, Pierechon de Luppe, lequel tenoit prisonnier audit lieu le conte de Rriaint^ et de Conversant, seigneur d'Enghien, aynsné frèrre de monseigneur Jehan de Luxembourch, messire Philippe Malet, messire Loys Gast, le Rorgne de Chauquin, Jehan d'Aunay, Tromagon, Bergnart de Merville, Philippe de Gamaces et pluisseurs aultres en grand puissance ; lesquelz tinrent la ville et le marquiet de Meaux moult longuement contre laditte puissanche du roi d'Englelerre, en le desprisant et despitant en maintes manières et faisoient samblant qui ne tenoient conte de ly ne de toute sa puissanche. Car il a voient

ferme espéranche de estre en brief temps secourus du Dalphin et des siens à telle puissanche que pour faire partir ledit roi d'Engleterre de son dit siège.

Le IIP jour de septembre audit an, fu criié et public de par le roy de France et de par le roy régent, que la flourette, (jui lors courait en France pour XVI deniers, ne vaulroit que deux deniers de la nouvelle et petite monnoie cliy devant devisée, nommée nic- (jues, et l'escu d'or qui valoit VII francs et demi ne vaudroit que XVIII s. parisis. Et fu ceste publicacion fette par toute France tenant le parti bourguignon. Et ency furent mis XVI. deniers à deux, et depuis à niant, car lesdittes flourettes furent du tout deffendues à avoir cours.

En clie tamps, audit mois de novembre, se fist le traitiet entre le duc de Bourgongne d'une part, et le seigneur d'Auffemont d'autre. Et hi iceluy traitié tel que ledit seigneur d'Auffemont renderoit la ville de Saint-Riquier audit duc de Bourgongne en l'obéissance du roy de France. Et aveucq che feroit délivrer de prison monseigneur Emon de Bouberc, Ghislain de Hallain, Jehan Blondel et Ferri de Mailli et les acquitteroit de leurs rendions. Et le duc de Bourgongne meteroit pareillement à plaine délivranche tous les grans seigneurs et capitaines qui avoient esté pris à laditte journée de Saint-Riquier au Mont de Vimeu. Est assavoir les seigneurs de Confflans et de Thienbronne, Loys d'OfTemonl, Poton de Sainte- Treille, Jehan de Croisy et aultres chy devant nommez, et les acquitteroit pareillement de leurs rendions . Et parmy ce s'en alèrent ceulx dudit lieu de Saint-Riquier, et tous cheux de leur parti, mis à délivrance comme dit est, s'en alèrent aveucq ledit seigneur d'Auffemont où bon leur sambla. Et à la délivranche de prisonniers Bourguignons morut ledit Bouberc, et fu rendu en ung linsiel tout mort. Et à la journée de la conclusion dudit iraictiet, arrivèrent à Arras le plus grant partie des barons, chevaliers et escuiers de Bourgongne en armes, nombre de chincq à six cents chevaliers et escuiers. Et estoient venus devers iceluy duc par deux chemins et en deux routes pour le conduire jusques en sondit pais de Bourgongne c'est assavoir le prince d'Orenge par Bains et par Châlons, et le seigneur de S' Jorge par Paris. Auquel lieu son nepvcu, seigneur de Chasteauvillain,estoit encores prisonnier. Mais il fist tant que à che dit voyage il fu délivrés de ladite prison, et le remena en sa corapaignie devers ledit duc de Bourgongne.

En celle compaignie furent le prince d'Orenge et seigneur de Saint Jorge dessus nommez , les seigneurs de Tolongon , de Sallenoue, de Chasteauvilain, de Thy et de Cotebrune , niareschal de Bourgongne, Anthoine de Vergi, Chastelina et pluiseurs aultres qui estoient capitaines desdis Bourguignons, s'espidirent et logère sur le plat pays de Piccardie, environ Bouchouin, Douay et Ostrevant.

Après le parlement dudit seigneur d'Auffemont et de ses amis et alliez Daulphinois et Armignas , s'en retourna le duc de Bour-» gongne d'Arras en Flandres , et les gens d'armes de Bourgongne s'en alèrent devers le chastel de Moy, et fu commune renommée que il aloyent mettre le siège devant. Mais ne sçay par quelle aventure ilz s'en retournèrent soudainement et ne approchèrent ledit castel nient plus près que VI lieues, et dirent que ilz laroyent les Picquars convenir dudit castel de Moy.

En che tamps entrèrent aucunes manières de gens d'armes Bretons et aultres tenans le parti du Daulphin, ou pais de Normendie, et prirent soudainement par soutiveté la ville de Avrenches, et mirent à Tespée tous les Engloix que ilz trouvèrent. Dont le roy d'Engleterre fu moul courchiés, et fist partir de son siège de Meaux grant nombre de ses gens pour aller reconquerre ladicte ville de Avrenches en l'aide du conte de Salsebéri, qui estoit demourés garde et capitaine dudit pais de Normendie. Et tant firent lesdis Englois que ou mois de décembre ensievant ilz regaingnièrent laditte ville d'Avrenches, et desconfirent et occirent illec bien XVIII*^ Bretons et aultres estrangiers, tous Armignas.

En clie tamps, ou mois de décembre, parti messire Jaques de Harcourt du Grotoy en grant compaignie de gens d'armes nombi-ez à XVI° hommes, et alèrent assalir ung castel ou pais de Vimeu, auquel castel il livrèrent très grant assaut et cheux de dedens se deffendirent fort par l'espace de quattre heures. Et che pendant les Englois estans en garnison en la conté d'Eu, lesquelz savoient le parlement dudit Crotoy, s'estoient partis de leur garnisons environ IIIP hommes d'estoffe archiers et aultres, et au son des canons arrivèrent audit castel et se frapèrent de grant radeur en la bataille dudit Harcourt en menant grant noise et grant cri, et esparpillèrent tellement icheux de ladicte bataille à leur première rencontre que la plus grant partie s'enfuy, par che que ilz furent sourpris et que ilz douloient que Engloix ne venissent à

force secourir les premiers assalans. Là furent les Doffinois et Armignas desconfis et en y niorut bien III*^. Et meismement y fu ledit Harcourt navrés et desmonlés. Et s'en fuy à sa très grand honte, car ses gens furent trouvés en belle ordonnanche de bataille, mais les pluiseurs se excusèrent qu'ilz avoient esté grandement lassés et travilliés à livrer ledit assaut.

En celle meisme saison furent Armignas desconfis par les Englois emprès le Mont Saint-Mikiel, et en y morut bien V<^.

En che tanips furent rendues en l'obéissanche du roy de France et du duc de Bourgongne les forteresses et castiaux de Vertus, de Moinnier et de Montaguillon, et furent délivréez et rendues es mains dudit seigneur de Castillon. Lequel de Castillon avoit paravant esté déceuz d'aucuns Armignas et par leur malice l'avoyent retenu et long tamps prisonnier détenu. Mais à che tamps il avoit esté délivrez, moyennant grant somme d'avoir à quoy il avoit estet renchonnés.

Au jour de Noël, fist le duc de Bourgongne sa feste à Arras, la duchesse s'espeuse aveucq luy. Et après ledit jour se parti iceluy duc dudit lieu d'Arras, aveuc luy le conte de Saint-Pol et les seigneurs et gentilz hommes de Bourgongne dessusdis, et s'en alèrent à Paris. Et de Paris s'en ala icelui duc au siège de Meaux devers le roy d'Engleterre, aveucq luy le seigneur de Saint-George et sa route. Et le prince d'Orenge s'en ala devant en Bourgongne, à toute sa gent. Et quant le duc eut besongniet devers ledit roy d'Engleterre il s'en retourna à Paris, et après le jour de la Candellier s'en parti et s'en ala en Bouigongne où il fist tenir son parlement à Dolle, et luy meisme tint ledit parlement par aucunes journées. Et puis alla pardevers son bel (mcle le duc de Savoye, là où on ly fist grant chière et y firent unes joustes ordonneez, ausquelles ledit de Bourgongne jousta, et Qssy firent pluiseurs grans seigneurs tant de Bourgongne comme de Savoye. Et après ces choses fettes s'en retourna ledit duc de Bourgongne en ses pais de Bourgongne, où il séjourna jusques au mois de juing ensievant.

En cel an et par avant le jour de Noël,acoucha la royne d'Engleterre d'un filz, lequel fu nommé Henri, et le leva la contessede Haynau cy-devant ditte, aveucq aultres. Duquel filz fu faitte moult grant joye aux royaumes de France et d'Engleterre où on tenoit le parti bourguignon.

Environ XV jours après Noël, parti messire Jehan de Luxem-

bourq de Picqiiardie et s'en ala au siège de Meaux, à privée maisnie, pour traictier la délivranche du compte de Boyainne, son frère, lequel avoit esté prisonnier audit lieu de Meaux plus de ung an entier ; et fu pris devant le siège de Meleun par Pieron de Luppe. Et fu ledit traitié fait et ledit conte délivré plainement moyennant certaine et grande somme d'avoir qui fu promise à délivrer pour sa renchon audit Pieron de Luppe, son maistre, dedens ung certain jour par eux devisé. Et demouraiceluy compte continuellement au service et en l'aide dudit roy d'Engleterre au siège de Meaux. Et ledit de Luxembourq s'en retourna en Picquardie dont il estoit général capitaine, et aveucq luy retourna lors messire Hue de Lannoy nouvellement ordonné maistre des arbalestriers de France.

En ce tamps estoit nouvellement retournés et délivrés des prisons d'Engleterre le conte deRichemont, frère au duc de Bretaigne, et après sa délivrance il assambla grant gens et arriva audit siège de Meaux en la compaignie dudit roy d'Engleterre, et le servi continuellement tant que yceluy roy vesqui.

A rencontre du mois de march, fu tenu ung parlement en la ville de Bapasme par monseigneur Jehan de Luxembourq et aultres capitaines du pais de Picquardie, aveuc les officiers du roy de Franche et du duc de Bourgongne es marches dudit pais. Auquel parlement il fu conclus que iceux seigneurs et capitaines assambleroyent prestement leurs gens d'armes pour aler mectre en obéissanche pluiseurs fortresses rebelles et anemyes audit roy de France et duc de Bourgongne, lesdictes fortresses estans et séans sur les marches dudit pais de Picardie , tant au pais de Pontieu comme en Terrasse et en Vermendois.

Le IX" jour dudit mois de march fu prins le seigneur d'Auffemont par les gens du roy d'Engleterre, au plus près des mures de la ville de Meaux. En laquelle ville il volloit monter par esquielles que on ly devoit livrer d'icelle ville. Mais il in apperchuz et poursievy tellement que il ne pot avoir tamps ne espasse d'y monter. Et fu pris a bien peu de gens. Et bien tost après sadicte prise, fu la ville de Meaux assalie moût soudainement par Jehan de Gingin et ses gens, par ce que il apperchurent de leur logis que cheux de ladicte ville portoyent leurs biens assauveté au markiet dudit lieu de Meaux. Et quant chieux wssaux fu commenchios ainsi que dit est, les Englois partirent de leurs logis et alèrent assalir es aultres

310 CHRONIQUE ANONYiME

lieux, et tant firent d'un costé et d'autre que laditte ville fu tantost gaignic. Car cheux de dedens ne visoyent qu'à eux sauver audit inarchié et ne firent nulle deffence à laditte ville.

La ville deMeaux ainsy gaignié comme dit est, se logèrent Englois et Franchois en icelle ville et avironnèrent le markiet de toutes pars, tellement que rien ne pooit issir qui ne fu apercheu. Et assés tost après fu prinse d'assaut la porte des molins dudit niarchié et furent Englois maistres d'iceux molins, tellement que cheux dudit marchié ne se pooient aidier.

En cel an furent les yauwes sy grandes que il convint retraire l'oost du roy d'Engleterre, le siège durant devant laditte ville de Meaux, bien loings de laditte ville. Et convint aux Englois faire nouviaux logis jusquez à che que les diltes yauwes furent escoulées. Et durèrent bien xv jours en leur hauteur et grandeur avant que lesdis Englois peussent retourner à leur premier siège.

Le xxvi^ jour dudit mois de march, fu le siège mis devant Quesnoy en Pontieu par messire Jehan de Luxembourq et aucuns aultres capitaines de Picardie. El fu le castel prins par forche tl'assaut. Dont pluiseurs de cheux de dedens furent prins à renchon, et s'en y eut pluisseurs envoiiés à Amiens, lesquelz par justice furent exécutés. Et après celle prise furent rendues aux capitaines dessusdis la fortresse de Heudicourt et aultres, par trailié, et s'en partirent cheux de dedens sauvement. Et la vigille de Pasques fu le siège mis devant Araines par les capitaines dessusdis.

En che tamps, ung peu devant Pasques, saillirent hors cheux de la garnison de Marcoussy, lesquelz estoient Armignas. Et estoit leur capitaine ung gascuing nommé Mignon, lequel mena par nuit ses gens au pont de Meulen, et par faute de garde ilz prirent la ville et la fortresse dudit Meulen et firent moult de maux dedent la ville, et y mirent grosse garnison en intencion de tenir la plache et le passaige de la rivière. Mais le roy d'Engleterre y envoya hastivement le conpte de Braine et aultres en grant nombre, lesquelz mirent siège audit pont de Meulen , et n'y eurent gaires esté quant la plache leur fu rendue par traitié. Et s'en alèrent lesdis Armignas franchement.

En che tamps, bien pau après Pasques, prirent les Armignas par soutiveic le castel de Mortremar, séant es marches de Roye et de Mondidier.

En chel an, fist le roy des Rommains une grande assamblée de

gens d'armes d'une grande partie de chrestienté, pour résister à l'entreprise des hérites qui se tenoyent en la cité de Prade et à Tenviron, bien deux ou trois journées de pais. Et à cheluy mandement du roy des Rommains, empereur d'Alemaigne, alèrent grand foison de princes, prélas, chevaliers, escuiers et communs gens, tant de cheval que de piet, des pais d'Allemaigne, de Liège, Hollande, Zélande, Haynau, Picardie et aultres. Et y arriva tant de gens que on n'en peut trouver le nombre. Mais lesdis hérites tindrent sy fort laditte cité de Prade que on ne les pot de gaires adomagier. Et leur demoura icelle cité, combien que en aucuns rencontres on en tua biaucoup, enviers le saint Remy. Mais ilz estoient en sy grant nombre d'hommes et de femmes, et sy est le pais sy fort que il convient retourner en leurs pais tous lesdis chrestiens, par faute -de vivres et par forche de froidures et de mésaises. Et furent ces hérites sy fort obstinez en leur erreur que il ne crémoyent nul martire ne nulle mauvaise mort dont on les peuist faire morir. Et meismement se armoyent et deffendoyent les femmes en iceluy pais ainsy que dyables, plaines de toutes cruaulté, et furent pluisseurs trouveez mortes et occises par lesdis rencontres. Et en cel an meismes en furent pluisseurs trouvées et ossy biaucop d'orames tenans laditte hérésye, faisans et tenans leur concilie à ung village emprès Douay, nommé Graimori. Auquel village il furent trouvés et menés prisonniers à Arras en la court de l'évesque dudit lieu. Desquès les aucuns se repentirent et rappellèrent, qui furent recbeuz à pénitanche et à mercy, et les aultres furent ars et bruis ausdis lieux d'Arras et de Douay, et ossy à Valenchiennes. Esquelx lieux, avant leur mort, il furent preschiés sur grans escaffaux devant tout le peuple par l'évesque dudit lieu d'Arras et par le maistre et inquisiteur des bougres.

L'AN MIL Ilir XXII.

En la fin du niois d'apvril, après Pasques se assamblèrent bien 111'= hommes d'armes tenant le parti du Dolphin, que on disoit d'Armignac,ès marches de Piquardie entour Compiègne. Desquelz estoyent capitaines les seigneurs de Gamaces et de Moy, et Poton de Sainte-Treille. Et pareillement assambla messire Jaques de

Harcourt grant gent environ le Crotoy, et ly vindrent par mer trois vaissiaux d'armées plains de gens d'armes. Lesquelles assamblées et armées se faisoient pour courir sus aux Piccars tenans siège devant Arainnes. Et che venu à la congnoissance de messire Jehan de Luxembourq et des aul très capitaines de sacompaignie, ilz envoièrent incontinent par devers les gentis hommes et aultres acoustumés de sievir les armes audit pais d'Artois, affin que inconlinent ilz se tirassent en armes devers eulx audit siège d' Arainnes pour estre puissans de rechepvoir et combatre leurs anemis.

A che mandement arriva le conte d'Eu, englois, à tout lx hommes d'armes et un*' archiers. Et pareillement y arrivèrent pluisseurs hommes de Piccardie. Et se trouvèrent à cedit siège fort asséspour attendre leurs anemis. Et furent nombre à vu*' hommes d'armes et ii"' archiers. Et aux estans tous assamblés audit siège, leur vindrent nouvelles que lesdis de Gamaces, de Moy et de Sainte- Treille approchoyent leur oost. Dont ilz eurent conseil ensamble que il envoieroient audevant, et pour che faire furent esleux les gens d'armes darrainement arrivés audit siège, en nombre de 111'^ hommes d'armes et un*' archiers. Desquelx furent capitaine le conte d'Eu, le maistre des arbalestriers de Franche, et Philippe seigneur de Saveuses. Lesquelz se partirent dudit siège et prirent leur chemin à Breteul pour che que on leur avoit raporté que leurs anemys devoyent là passer. Et eulx estans audit lieu de Breteul leur fu dit pour vérité que lesdis anemis estoient à Pierpont. Pour quoy il se partirent dudit lieu de Breteul et s'en alèrent vers Pierpont et envoiièrent leurs coureurs chevauchier et aspier lesdis anemis.

Le darrnier jour d'april, environ soleil levant, retournèrent les coureurs des capitaines dessus nommés et raportèrent en leur oost que leurs anemis estoyent audit de Pierepont et avoyent intencion de eux deslogier incontinent et retourner devers Compiègne. Adoncse hastèrent lesdis capitaines et montèrent à cheval et firent leurs gens chevauchier de tire bien hastivement, jusques à ung quart de lieue près dudit Pierepont, que il apperchurent grant fumée près d'eux en laditte ville en laquelle lesdits Armignas avoient bouté le feu par mescheance ou autrement. Et lors se mirent Piccars et Englois du tout en ordenanche pour alerasalir leur anemis et mirent les bachinès et salades sur leurs chiefz et chevauchèrent rudement vers ladicte ville de Pierepont pour trouver leur ane-

DU RÈGNE DE CHARLES V;i. 313

mis. Lesquelz s'en partoyent à celle heure et avoyentbien cergiez VP* chevaux, de biez et de grains, pour emuiener aveucq eulx, et puis avoyent bouté ledit feu en la ville. Et quant les Piccars y arrivèrent par l'un costé, ilz se partoyent par l'autre. Et convenoit lesdis Piccars et Euglois passer parmy la rue ou le feu esloit moult fort espris, on prendre ung lonc tour arrière et passer parmy une yauwc qui y est. Et toutes fois, non obstant le feu, passèrent, les archiers, en bien grant hasle et à grant paine. Car ledit fu estoit jà sy fort alumés que les couvretures et les baux tous espris cheoyent à terre et tant que les hommes d'armes ne porent sievir leurs archiers, qui leur fu une grant fortune, car il leur convint prendre le long tour dessusdit.

Quant les archiers furent passez oultre comme dit est, ilz rataindirent tantost les Armignas et commencèrent à traire moult asprement sur eux et les firent tous desrouter et esparpillier et fuir, cy l'un chy l'autre, sans nulle ordenanche. Et en y eut pluisseurs prins et détenus, et y eult tel archier qui en prinst et tint deux hommes d'armes à ses deux mains qui à luy se rendirent Et les aultres fuyans se rassamblèrent sur une montaigne un peu arrière de laditte ville. Et quant ilz apperchurent que lesdis archiers n'estoyent point secourus de leurs hommes d'armes, iiz retournèrent à cop sur lesdis archiers et rescourent tous leur prisonniers. Et y eut très grant estour, et bien s'y portèrent lesdis archiers. Mais ilz ne pooent riens contre telle puissanche de gens, et eussent esté en très grant péril se il n'eussent esté secourus desdis hommes d'armes, lesquelz passèrent à très grant peine laditte yauwe parfonde' (pie leurs chevaux entroyent jusques au cul et que icheux hommes d'armes estoient moulliés jusques as cuisses. Dont ils furent moult travilliés. Et ce non obstant se mirrent en belle ordenanche de bataille et alèrent à la meslée. Mais quant lesdis Armignas les sentirentet virent venir, ils se retrairent sur laditte montaigne et se mirrent tout ensamble en belle ordenanche. Et quant les Piccars et Englois virent leur magnière, ilz eurent conseil ensamble de descendre à piet et de ordonner leur gens. Car les Englois avoyent tout leur affection de combattre à piet. Et furent lors fais pluisseurs chevaliers des gentis hommes de Piccardie, et ung englois, c'est assavoir Philippe, seigneur du Bos et d'Anekin, Robert seigneur d'Ognies, Tramet de le Tramerie, seigneur de Deraucourt, Jehan d'Avelus, Jehan de Rouvières, le Besghe de Lannoy, frère audit

maistre des arbalestriers, conte d'Eu, et seigneur de Saveuses. Et depuis lesdis chevaliers fais furent il longuement en ordenanche de bataille, tous à piet, et lesdis Armignas sur laditte naontaigne, tous à cheval.

Quant les gentilz hommes de Picquardie virent que leurs anemis demouroyent tous à cheval sur laditte niontaigne et que ilz ne faisoientnul samblant de descendre ne d'eux mouvoir, icheux Piccars montèrent tous à cheval et se ordenèrent en belle bataille tous à cheval, fors lesdis Englois qui demourent grant tamps depuis à piet. Et coramenchèrent les Piccars à monter laditte montaigne, et quant les Armignas les [)erchurent il tournèrent incontinent le dos et commenchèrent à fuir et les Piccars après, lesquelz les cachèrent bien trois lieuwes de pays. Mais il ne les porent ralaindre ne avoir, car les chevalz d'icheux Armignas estoyent séjournes et frès, et les chevalz des Piccars estoient lassés de fort chevauchier. Et ensy failly à chace d'iceux Piccars, lesquelz s'en retournèrent en leur siège sans plus faire. Et les Armignas s'en râlèrent à Compiègne. Guise et Moy et ailleurx, oii bon leur sambla.

Le IP jour de may fu Iraitiés fais et conclus entre les deux rois de Franche et d'Engleterre d'une part, et cheux du marquiet de Myaux d'aultre. Et furent les traicteurs de par lesdis rois espécialment à che commis, le duc d'Excestre, les contes de Vaerwich et de Briainne, et messire Gautier de Hongrefort. Et cheux de la partie dudit marquié furent Piéron de Luppe, Jehan d'Aunay, messire Philippe Malet, Sivador de Giremmes, le Borgne Chauquin, Olivier de Mainozit, Jehan de L'Espinace et Guillaume Fosse. Et fu le traitiet tel que dedens huit jours après ensievant , qui serroit le X*" jour dudit mois, le marchiet de xMeaux serroit ouvers et plainement délivrés en la volenté et obéissanche desdis rois. Et pareillement leur serroit rendus et délivrés à leur volenté messire Loys Gast, le bastart de Vaurous, Denis de Vaurous et Jehan de Romires, lesquès serroyent mis en justice et leur serroit justiche faicte et administrée. Item, Guichart de Chissé, Piéron de Luppe, maistre Robert de Giremmes, Philippe de Gamaches et Jehan d'Aunay à la volenté desdis rois jusques à che qu'il aroyent rendu ou fait rendre toutes les fortresses que eux ou aucuns d'eux ou leurs commis ou aultres à eux obéissans et amis tenoient en ce royaume de Franche pour estre plainement mises en obéissance desdis rois. Après lesquelles rendicions fettes il aroyent leurs vies

DU RÈGNE DE CHARLES VI. 31b

saulves, mais les corps d'iceux demouroyent prisonniers à la volante, d'iceuxrois. Item, Tromagon, Bernait de Morainville, Jehan de La Motte, ung qui sonna ung cor le siège durant nommé Grasce. En ce tamps avoit eslet pris le bastart de Thian des Armignas, en chevauchant a privié mesnie, et depuis fu délivrés par raenchon. Tous les cannoniers, les consentans et couppables de la mort de feu le duc de Bourgongne, cheux qui aultre fois avoyent fet le serment de la pais finable, cheux qui avoyent villes et fortresses tenans le party du Dalphin ou d'Armignac Englois, Galois, Irlois, Escoçois et aultres qui par avant avoyent esté obéyssans au roi d'Engleterre,s'aucuns enyavoient dedans ledit niarchiet, tous cheux en la volenté desdis rois. Et le sourplus des gens dudit marchié demourroyent en la volenté dessusdicte, sauve leurs vies, en l'espasse de VIII jours qui leur fu donnée. Et toutes ces choses acomplir, fu pour che que ledit traittié contenoit, oultre che que dit est, que icheux VIII jours il metleroyent par bonne ordenanche en certains et divers lieux par bonne inventoire tous leurs chevaux, harnois, armures et aultres habilleraens de guerre, vivres, relicques d'églises, joyaux or argent et toutes aultres choses à yceux appartenans et chascune à par ly. Pour toutes ces seuretés de che entretenir et acomplir dedens ledit terme de VIII jours, cheux dudit marquiet baillèrent en ostage XXIIII personnes telles que lesdis traicteurs vorent eslire. Lesquelx demourèrent audit hostage jusques au X^ jour. Auquel ledit marché fut ouvert et toutes les choses dessusdictes acomplies et tout l'avoir mis en la volenté dessusdite. Et furent les grans maistres menés par yaue à Rouen et delà en Engleterre où il furent mis prisonniers en pluisseurs lieux ; dont les aucuns firent rendre pluisseurs fortresses quiestoyent en leur obéyssance. Après la rendicion du marquiet de iMeaux fist le roy d'Engleterre décoler le bastart de Vaurous et fu sa teste mise sur le bout de la lance de son estandart, lequel estandart, à tout laditte teste, fu attaquié et mise sur ung arbre au dehors de Meaux. Auquel arbre ledit bastart ou tamps de son règne faisoit pendre les Bourguignons que il prenoit, et en estoit tout chergié au jour que le siège y fut mis. Et pour che y fu son corps pendus par les espaules et saditte tieste estequié sur le fer de la lance dudit batart. En oultre fist ledit roy exécuter et mettre à mort messiie Loys Gast, Denis de Vaurou , maistre Jehan de Rouvres, et cheluy qui avoit soné le cor le siège durant.

Après ces choses ainsy faictes, envoya le roy d'Engleterre le duc de Gloceste, son frère, en Engleterre, et manda la royne, sa femme, et le duc de Bethefort, son aultre frère, que il venissent en France devers luy, et icheluy de Gloceste demourast en Engleterre. Et ensy il le firent. Et arriva laditte royne d'Engleterre en France, acompaignié du duc de Bethefort, ung peu devant le Penthecouste.

Le V*" jour dudit mois de may, se rendirent cheux des fortresses d'Arraines et de Pontoise, sauves corps et biens, par condicion que se dedens le XP jour dudit mois, heures de X heures au matin, il n'estoyent secourus sy puissamment que pour lever ledit siège, il renderoyent lesdittes fortresses ausdis capitaines de Piccardie el non des deux rois et du duc de Bourgongne, et de che baillèrent hostages en fèanche de entretenir chèque dit est. Et audit XI* jour ne dedens icheluy il ne furent point secourus, et par tant rendirent lesdittes fortresses, ainsy que dit est, et s'en alèrent et partirent environ L fust de lanches et bien IIP communs de povres gens du plat pais, dont le capitaine d'iceux estoit nommés Coquart de Cambron, chevalier, natif du pais de Boulenois. Et après leur département fu la fortresse d'Arainnes abatue et démolie et celle de Pontieu demoura en estant et en sa force et y fu mise garnison, dont Jaques de Lievin, chevalier, fu capitaine. Et adonc se départi l'ost desdis Picars et ossy les Englois, et s'en retourna chascun en son lieu. Mais on leur assigna jour de retourner et assambler entour Pieronne, de che jour en XV jours, pour aler mettre le siège devant le castiel de Moy. Mais dedens cheluy jour, lesdis Arniignas, pour les nouvelles que il avoyent oiies de la reddicion de Meaux ou anltrement, boutèrent le feu èscastiaux et fortresses de Moy, de Lisy, de Mont et Estout et aultres et les habandonnèrent du tout. Et par tant ne fu besoing d'aler audit lieu de Moy, et fu la journée remise pour assambler lesdittes gens d'armes au XV^ jour du mois de juing ensievant, à assambler au castel en Cambrésis et à l'environ. Et depuis fu ycelle ralongié jusques au XXVPjour d'iceluy mois, pour che que ledit de Luxembourcq fu mandés hastivement pour aler à Paris. Et devoit estre l'assamblée dudit XXVP jour de juing entour Bray sur Somme. Laquelle journée fu affinée et mise par lettres et par mandement du duc de Bourgongne, lequel avoit intencion de retourner en Piccardie à grand puissanche et de estre audit jour en la ville de Bray dessus

ditte ou bien près d'icelle. Mais icelle journée ne fu point entretenue, par les enipeschemens que le Dalphin et ses gens baillèrent audit duc de Bourgongne, comme chy après vous trouvères, et ossy par la grant maladie que prist ledit de Luxembourg audit lieu de Paris, de laquelle il fu longuement occupé; et fu de la veroelle, dont pluiseurs gens grans, moyens et petis furent en cel an entequiés et empeschiés.

Pour les empeschemens dessusdis ne s'entretinrent nulles des journées assignées aux gens d'armes de Piccardie, et ce non obstnnt sy avoit-il pluiseurs seigneurs et capitaines qui tenoyent tousjours les gens sur les camps, vivans sur le pays, comme messire Jehan de Luxembourcq , le seigneur de Saveuses , Robert de Saveuses son frère, le bastart de Saint-Pol et aultres, lesquelx gens d'armes firent moult de maux audit pais et par espécial en Artois, de composer, renchonner et pillier par tout gens et villages, et tellement se faisoyent crémir que nulx ne se osoit mettre sur les camps es marches oii il se tenoyent.

Assés tost après la reddicion de Meaux furent renddues en l'obéissance des deux rois les villes et fortresses de la conté de Valois parle moiien du seigneur d'Auffemont qui, pour celle cause, fu mis à plaine délivrance de sa prison et ly fu toute sa terre rendue, moyennant che qu'il jura la pais finable faitte à Troies comme chy devant est dit, et de che entretenir bailla pièges souffisans, c'estassavoir l'évesque de Noyon et le seigneur de Chauni. Lesquelx, quant à ce, y obligèrent leurs corps et leurs terres.

En che tamps fu traitiet fait au seigneur de Gamaces, capitaine de Comj)iègne, et |)romist de livrer laditte ville de Compiegne en l'obéissanche des deux rois, au XVIP jour dudit mois de juing. Et ainsy le fist, et s'en parti sauvenient luy et ses gens. Et en che tamps, par le moyen Pieron de Luppe, fu le castel de Montagu rendu en Tobéissance dessusditte. Car ledit Pieron en estoit général capitaine et y avoit commis ung sien nepveu qui, à sa requeste, le rendi aux commis desdis rois. Et ossy se rendirent en laditte obéyssanche pluiseurs forteresses au pais de Beauvesis. Et lors fu Mortemer rendue en laditte obéyssance.

En la sebmaine de la Penthecouste, arrivèrent le roy et la royne d'Engletene, tout à ung jour, à Paris, le roy devant ledisner, et la royne après nonne. Aulzquelz fu faille moult grant joye, et y séjournèrent jusques après la Trinité, et puis s'en alèrent à Saint-

318 CHRONIQUE ANONYxME

Denis et delà à Senlis, et y menèrent le roy et la royne de France. Et de Senlis s'en ala le roy d'Engleterre voeir la ville de Compiègne, laquelle il trouva moult désolée. Et luy estant audit lieu de Compiègne, luy fu raporté que on avoit volut prendre la ville de Paris par aucuns moyens de lettres apporteez en laditte ville par la femme de l'armoyeu du roy de France. Laquelle femme, par ung jour, bien matin, fu aperoheue d'un prestre qui estoit aies esbatre en ung sien jardin au dehors d'icelle ville, par che que ledit prestre vit gens d'armes parler à elle en une valée au dessoux dudit jardin. Lequel prestre le raporta aux gardes de le porte en leur disant que il fussent sur leur garde. Et quant laditte femme rentra en Paris, elle fu prinse desdis gardes et menée en prison, et congnut tout son fait. Par quoi l'intencion des Arraignas ne pot venir à conclusion de leur emprise. Et estoient bien IIIP hommes d'armes, qui se fuissent trouvés tous ensamble se il eusse eu bonne response de laditte femme. Par lesquelles nouvelles le roy d'Engleterre se parti dudit lieu de Compiègne et retourna à Paris, où il fist noiier ladicte femme.

En che tamps et ou mois de juing dessusdit, se parti le duc de Bourgongne de ses pais de Bourgongne pour retourner en Piccardie, et avoit en sa compaignie grant foison de gens d'armes, et arriva à Troyes en Campaigne. Auquel lieu nouvelles ly furent raportées que le Daulphin de Viennois en personne, à tout très grant puissance de gens, venoit aval en descendant sur la rivière de Loirre pour empeschier icellui duc à faire son voyage. Pour quoy icelui duc fu conseilliet de retourner en Bourgongne pour assambler toute sa gentilesse de sesdis pais afin de résister audit Dalphin et sa puissance. Et laissa le prince d'Orenge sur les frontières de laditte rivière, entour Nevers. Et les aultres capitaines s'espandirent tout au loncq de laditte rivière.

A che tamps fu mis le siège devant Saint- Waleri par les comptes de Waerwich et de Eu, à tout grant foison d'Engloix. Et fu ledit siège mis par terre et par mer.

En celle racisme saison, avoit messire Anthoine de Vergy gaigniet la ville de Saint-Digier en Pertois, et tenoit siège devant le castel, pour ce que les grans maistres s'estoyent illec retrais à tout leur avoir. Et pour lever iceluy siège, ung capitaine gascoing et gens d'armes dudit Dalphin, partirent de leur oost et prinrent leur chemin audit Saint-Digier. Mais ledit de Vergy sçeut leur venue,

et partirent hors de laditte ville pour aler au devant d'eux et laissa ses gens en icelle ville pour tenir ledit siège. Et tantost après ce, s'enlrencontrèrent les deux partis dessusdis et combatirent grant tamps. Mais enfin il furent les Dal|)hinois desconfis, et y nioru bien L hommes d'armes de leur costé, et les aultres s'enfuirent. Et che fait s'en retourna ledit de Vregy en sondit siège. Et estoil à che tamps retourné en Brabant le conte de Saint-Pol dessusdit, pour le gouvernement, qui estoit moult simple audit pais, comme dit est chy- devant.

En ce tamps arriva le Dalphin à Sanssoirre et là se tint grant tamps. Et lui firent cheux de La Charité-sur-Loirre obéissanche, et y furent mis de par ly grosse garnison de gens d'armes, faissans frontière contre les Bourguignons. Et adonc estoit le prince d'Orenge à Nevers, gardant la ville et le pais, appartenant as enfans de feu le conte de Nevers, oncle dudit duc de Bourgongne.

En la compaignie du Dalphin a voit grant nombre de gens, lesquelz furent nombres à XX"> combatans et s'en attendoit encore grant cantité de pluiseurs lointains pais comme d'Espaigne, de Gennes , de Lombardie , d'Escoche et d'ailleurs. Lesquelz il avoit mandes à ses gaiges, et [)ourche faire il avoit assamblé grant avoir et avoit fait lever grandes tailles et aydes par tous les pais à ly obéissans. Et le duc <!e Bourgongne à rencontre manda au roy d'Engleterre que il ly cnvoiast certaine cantité d'archiers pour estre en sa compaignie. Lequel roy ly remanda que il ly envoieroit lesdis archiers par ly requis et tel capitaine pour les conduire dont il serroit bien comptens.

Le premier jour de jullet morut en la ville de Gand dame Michielle de France, femme et espeuse du duc de Bourgongne, et fu enterrée à Saint-Bavon lès Gand. De laquelle mort le peuple de Flandres fu moult dolant,car elle estoit plaine de humilité, de sens et de courtoisie et de toute prudence et bonté, et estoit de tous amée. Et morut sans hoir avoir du duc de Bourgongne. De laquelle mort les Flamens suspechonnèrent le sieur de Roubais et la femme de Copin de la Viesville, laquelle avoit tousjours demouret aveucq elle dès le tamps de sa jonesse, et n'avoit que bien peu de tamps que elle s'en estoit partie, par maltalent. Et sy estoit lors ledit de Robais en Bourgongne aveuc le duc, et tousjours avoit estet continuellement depuis son département d'Artois. Mais che non obstant se, fu il vannys (banni) aveuc laditte demoiselle,

nommée Ursèle , l'espasse de L ans et ung jour dudit pais de Flandres, par les quatre membres dudit pays.

En che mois de jullet fist le roy d'Engleterre partir son frère le duc de Bethefort, aveucq ly le roy d'Escoche, le duc d'Excestre et toute la fleur de sa chevalerie et très grant nombre d'archiers, pour aler en Tayde du duc de Bourgongne. Et ly meisme, très malade, se fist mettre en une litière et parti de Meleun sur Saine pour sievir ses gens. Mais il fu sy appressé de saditte maladie que il le convient retourner, et se fist mener au castel de Beauté au Bois de Vissaine. Et ses gens s'en alèrent tous jours devers le duc de Bourgongne, à tout leur puissance. Et à ce tamps, estoient le roy de France et les deux roynes, à Senlis. Mais la royne d'Engleterre s'en ala audit Bos de Vissaine veoir ledit roy d'Engleterre, son mari.

En ce tamps partirent de Piccardie le seigneur de Croy et le maistre des arbalestriers de France, à tout IIP hommes d'armes, prins au pais d'Artois et en la chastelerie de Lille en Flandres, dont ledit maistre des arbalestriers estoit gouverneur. Et s'en alèrent après, lesdis Englois, au service dudit duc de Bourgongne.

En celle meisme saison et audit mois de jullet, bien pau devant le département dudit maistre des arbalestriers, fu traitiet fait à messire Jaques de Harcourt et àceulx de Saint-Waleri tel : estassavoir, que se dedens le IIIP jour de septembre prochain ensievant ledit de Harcourt n'estoit secourus du Dalphin de Viennois de secours sy puissans que pour combatre la puissanche du roy d'Engleterre ou dudit duc de Bourgongne, il de Harcourt feroit délivrer laditte ville de Saint-Waleri en l'obéissance du roy de France et du duc de Bourgongne, et non autrement. Et par tant fu le siège levés par le consentement du roy d'Engleterre, moyennant les hostages que ledit de Harcourt en livera pour la seureté de sa promesse entretenir. Et furent les traiteurs l'évesque d'Amiens et maistre Christofre de Harcourt frère, audit messire Jaques, et ledit maistre des arbalestriers.

Ainsy que cy dessus est dit, s'en alèrent Englois et Picars en l'ayde du duc de Bourgongne, et meismement y ala messire Jehan de Luxembourc, tout nouvellement relevé de saditte maladie, et commiat U)rs le seigneur de Saveuse à demourer et garder sa fortresse de Beaurevoir, à tout cent hommes d'armes et C hommes

DU RÈGNE DE CHARLES VI. 32i

de trait, pour frontière tenir à ceux de Guise. Et Jehan d'Obigny fu commis à garder les frontières du pais de Lannois, à tout ses gens.

Tant chevaucèrent Englois et Piccars que il arrivèrent sur la rivière de Loire, et se mirent en la compaignie dudit duc de Bourgongne nouvellement retourné de sesdis pais, desquelz il avoit amené toute la poissance de gentilesse et plus que oncques son tayon ne son père n'en avoit mené hors à une fois, et dont se trouva iceluy duc fort assés pour combattre toute la poissance dudit Dalphin. Lequel Dalphin avoit lors en. sa compaignie, comme on maintcnoit publicquement et pour vérité, plus de C" hommes combatans arrivés de pluiseurs contrées, dont il y avoit beaucoup de communes du pais de Berry et d'ailleurs. Et le duc de Bourgongne n'avoit nulles communes, mais toutes gens de cheval et d'aultres de guerre. Et avoit lors ycheluy Dalphin mis siège devant Coene à toute puissance.

Quant les gens du Dalphin furent tous assamblés et passés à monstre, il sambla à ses gouverneurs que il estoit puissans assés pour combattre tous cheux de France, pour ung jour. Et pour ce il fu conseilliés de demander journée de bataille au duc de Bourgongne de puissance contre puissance. Laquelle ly fu par ledict duc acordée au XIP jour du mois d'aoust lors ensievant. Et fu ycelle journée à entretenir par les deux princes dessus dis et en baillèrent ly ungs à l'autre leurs lettres patentes sellées de leurs seaux. Et fu la place devisée à combatre sur laditte rivière de Loire du costé devers Paris, car les Bourguignons n'avoyent point de passaige pour aler oultre lâditte rivière.

Au XIP jour du mois d'aoust dessvis dit se mist le duc de Bourgongne en ordonance pour combattre ledit Dalphin, ainsi que promis Tavoit. Et ordonna ses gens en trois batailles, c'estassavoir avant garde, bataille et arrière garde. Et pour plus seurement faire au gré de chascun et pour oster les descors qui porroient estre meux entre les nations de sa patrie pour avoir l'onneur d'aler devant, pour quoi moult de maux sont avenus en tamps passé, il mist en chascun de ses trois batailles, par le bon conseil que il eut des princes et barons de sa compaignie, de toutes les nations qui estoient en saditte compaignie, et furent tous ensamble meslés les ungs aveuc les aultres, c'estassavoir Englois, Bourguignons et Picarr en l'avant garde, et pareillement en la grosse bataille et en l'arrière garde, tellement que on ne eust peu dire véritablement

VI 2i

322 CHROINIQUE ANONYME

ves là les Picars, ou les Bourguignons ou les Englois, ains estoient tous meslés ensamble. Qui fu une ordonnanche moult prisée et qui fist moult douter leurs adversaires, car chascun fu comptent de demourer ou il estoit ordonné.

Quant ces ordenanches furent faittes ainsi que dit est, le duc de Bourgongne envoya son avant garde bien matin en la place devisée à combatre, et puis parti en sa bataille, le duc de Bethefort emprès lui, et sievant leur avant garde en moult noble arroy. Et après eux chevaucha leur arriére garde moult arréément, et arrivèrent tous en laditte place. En laquelle il atendirent leurs anemis en celle ordenanclie du matin jusques à III heures après disner, ou environ. Et envoyèrent leurs coureurs sy avant que ilz porent bonnement aler, mais il leur rapportèrent que ilz n'avoient veu nulle apparance que leurs dis anemis deuissent entretenir leur promesse, mais avoyent entendu que ilz estoient tous divisés et départis et que chascun s'enr'aloit en son pais. Etadont retourna le duc de Bourgongne et tous cheux de sa compaignie, et s'en râla chascun en son logis, moult dolens de che que iîz n'avoient eu la bataille, combien que les pluiseurs en avoient bien dit autant. Car oncques loyaulté ne fu trouvée esdis gouverneurs dudit Dalphin. Desquelx à che jour estoient principaux, le conte d'Aumale, le visconte de Nerbonne, Taneguy du Castel et aultres, qui furent à la mort dudit duc de Bourgongne.

Après celle journée retournèrent les ducs de Bourgongne et de Bethefort et leur compaignie envers Paris, exceptés aucuns barons et capitaines de Bourgongne et de Savoye, lesquelx en la plus grand partie retournèrent en leurs pais par le congiet du duc de Bourgongne. Et quant ilz arrivèrent audit lieu de Paris, ilz trouvèrent que le roi d'Engleterre estoit nouvellement trespassé. Et estoit mort le darrain jour d'aoust audit Bois de Vissaine, et puis fu menés en l'église de Notre-Dame audit lieu de Paris.

De celle mort furent moult dolans les princes dessus nommés, et ossy fu le peuple de France tenant le parti bourguignon. Car c'estoit ung prinche de grant hardement plain et estoit moult entreprenant, et sy avoit en luy très grant prudence, loyauhé, justice et preudommye. Et au tamps de sa mort estoyent encores le roy et la royne de France à Senlis. Lesquelz furent assez tost après ramenez à Paris. Auquel lieu fu fait un moult noble service pour l'âme dudit Roy.

Après les choses ainsi advenues, furent les princes dessus dis, avoec le conseil du Roy de France, tenans pluiseurs journées de conseil pour le gouvernement du royaume de France. Et en fin furent d'accord ensamble de entretenir la paix faicte à ïroies en Champaigne, cy devant escripte. El fu commis le duc d'Excestre à -demourer à Paris pour les Englois, et le duc de Bourgongne y demoura par une espace de tamps tant que les choses furent mises en bonne ordonnance pour entretenir le peuple en bonne union. Lequel peuple avoit toute sa confidence en iceluy duc de Bourgongne.

Au IIIP jour de septembre allèrent aucuns barons et capitaines de Picardie à la journée de Saint- Wallery semonre et sommer messire Jacques de Harcourt de sa promesse entretenir. Lequel de Harcourt, après lesdictes sommacions et semonce, leur fist faire ouverture de ladicte ville de Saint- Wallery et leur fu délivrée du tout en l'obéissance devant dicte. Et en fu fait capitaine messire Jehan de Blondel, seigneur de Dourier. Et furent trièves reprinses entre iceulx de Harcourt et les dis barons jusques à la ïoussains ensievant. Et fist ledit de Harcourt pluiseurs courses au pais d'Artoix et en le conté d'Eu et entour ledit Crotoy.

Après le service fait de Notre-Dame de Paris pour l'âme du roy d'Engleterre, fu le corps d' iceluy roy mené à Rouen et delà à Calaix, et puis fu menez et enterrés en Engleterre. Et le conduisy le duc de Bethefort jusques audit lieu de Calaix. Et la royne d'Engleterre se fist mener en Engleterre avec ledit corps.

En ce tamps fu le seigneur de l'Ille-Adam mis hors de prison et du tout restitués de ses offices et estas, et fu commis à garder le chastel du Louvre. Et fu commune renommée que ledit roy d'Engleterre ordonna sadicte délivrance au lit mortel au Bois de Vissaine.

Après ces choses, party le duc de Bourgongne de Paris, environ le my-mois d'octobre, et s'en retourna en ses pais d'Artois et de Flandres. Et manda ses capitaines à Arrasj et là fu conclud que messire Jehan de Luxembourcq et aucuns autres capitaines de Picardie se mecteroient sus pour nectoyer pluiseurs fors où Armignas se tenoient, entour Guise et Saint-Quentin. Et pour ce faire mandèrent et assamblèrent leurs gens entour Péronne.

En ce tamps se tenoit le bastard de Thian à Saint-Germain des Prez et tenoit frontière contre les Armignas estant à Marcoussy,

Oiirsay,Pacy et autres forteresses. Et prinst en celle saison le cappitaine dudit Marcoussy nommé Mairon, dont cy-dessus est faicte mention à la prinse de Meleun.

Le XXP jour dudit mois d'octobre, jour des XI™ vierges, environ entre chincq et six heures du matin, moru le roy Charles de France, en son hostel de Saint-Pol . Lequel estoit au XLIP an de son rengne. Et furent à sa mort ses chancellier, premier chambellan, confesseur, aumosnier, sous aumosnier et autres ses officiers et serviteurs. Et tantost après sa mort l'allèrent voir en son lit les seigneurs de son conseil, de la chambre de parlement, des comptes, de l'Université de Paris, le prévost et collège de Chastelet, le prévost des marchands, eschevins, bourgeois, manans et habitans d'icelle ville et pluiseurs aultres officiers et serviteurs d'icelui roy. Et fut trouvé qu'il avoit le cuer et le foye net. Et environ III heures après, fu le corps mis en ung sarcu de plonc et après mis en un coffre de cuirboulit de noyer, bien encymenté.Et puis fu porté moult révéramment par chevaliers et escuiers en sa chapelle de sondit hostel de Saint-Pol. En laquelle il fu XX jours entiers, jusques à ce que le duc de Bethefort fu retourné audit lieu de Paris, au mois de novembre ensievant. Et durant lesdis XX jours furent chantées et célébrées les messes en icelle chapelle en la fourme et manière con faisoit au vivant dudit Roy, par ceulx de sadicte chappelle, et en après par iceulx estoit fait service des mors pour l'âme de luy et de tous les trépassés. Et y allèrent journellement les qnattre ordenes mendians, les ungs après les aultres, faire service pour l'âme de luy, et pareillement les collèges et chanoines de Paris, chascuns à son tour.

Item, l'Université de Paris en fist généralement un moult noble service. Depuis les quattre nacions de ladicte Université en firent particulièrement chascun ung service, et pareillement les quattre facultés et ossy les collèges de ladicte Université, ledit patriarce, les abbez et prieux de toutes les parroisses de Paris et d'entour, et les quattre ordres devant dictes.

Item, le X^ jour de novembre fu porté le corps dudit Roy de son hostel de Saint-Pol en l'église de Notre-Dame de Paris, les processions de toutes les églises alans audevant dudit corps, en ordre et chascune en son degré. Et puis les prélas au dextre costé, c'estassavoir les évesques de Paris, de Chartres et de Thcrouane, les abbez de Saint-Magloire, de Saint Germain-des-Prés, de Saint-Mor, de

Saint-Crespy de Soissons, du Vau de Saint-Seraay, et de Sainte- Geneviève. Et au senestre lez alloit l'Université, c'estassavoir les recteurs et docteurs, aussi près du corps comme les prélatz.

Item, au plus près de la lisière du corps du roy estoient les maistres d'ostel et escuries d'escuiers d'icelui au costé dextre. Et à l'autre costé estoit le prévost de Paris, et les sergans d'armes entre deux.

Item, le premier varlet de chambre estoit as piez dudit corps.

Item, que icelui corps fu portés de Saint-Pol à Nostre-Danie, par les chevauceurs et gens de son escuierie.

Item, que les gens de la court de parlement portèrent en grant nombre le palle de dessus.

Item, derrière le chief du Roy estoit son premier chambellan puis les autres ensievant et les pages du roy, tous en ordonnance comme se le roy eust chevaucié, et tous à pié.

Item, après estoit le duc de Bethefort vestu en habit roial, et alloit de piet et derrière luy le chancellier de France, les maistres des requestes et gens de conseils, les seigneurs des comptes, secrétaires, notaires, bourgois et autres en grant nombre, et tous de piet .

Et fu la manière de porter telle que le corps du Roy fu portés hors de sa chappelle par chevaliers et escuiers et mis en une littière moult notablement, et puis dessus le coffre où estoit le Roy fu mis ung matteras de sattin pers et bèaulx draps de lin. Et dessus avoit ung pale de drap d'or à ung champ vermeil bordé d'asur semé de fleurs de lis d'or. Et par dessus fu mis un pourtraiture en le semblance du Roy et fu couronnez d'or et d'argent et pierres moult rices. Et estoit celle figure moult hault eslevée, tenans en sa main deux estuis, l'un d'or et l'autre d'argent, et avoit en ses mains gans blans et aniaux moult riches et bien garnis de pierrie. Et estoit icelle figure vestue d'un drap d'or à ung champ vermeil, à justes mances, et ung mantel de pareil fourré d'ermines, et avoit unes chausses noires et ung solers de velluyau d'azur semez de fleurs de lis d'or.

Item, par dessus ladicte litière avoit ung ciel du pareil drap dudit palle, brodé pareillement d'asur et semé de fleurs de lis d'or. Lequel fu porté hors, à l'issir de l'ostel de Saint-Pol, par le prévost des marchans et eschevins de la ville de Paris. Et depuis fu portés par les plus notables bourgois, chascun à son tour, quant les aulti'es l'a voient porté une espace.

En l'église de Nostre-Dame de Paris chanta la messe le patriarche de Constantinoble dessusdit, et l'évangille fu dicte par l'abbé de Saint-Germain , et l'épistre par l'abbé de Saint-Magloire tout mittré. A Saint-Denis fu la messe chantée par ledit patriarce, et répistre par ledit abbé de Saint-Magloire, mais l'abbé de Saint- Denis chanta l'évangille.

Item, fu le corps dudit Roy porté de Nostre-Dame de Paris jusques à la première croix d'entre Paris et Saint-Denis par les chevauceurs et gens de son escuierie. Et fu le mardi X* jour dudit mois.

Item, que à ladicte croix les mesureurs et porteurs de sel à Paris, chascun une fleur de lis à se poitrine, prirent et portèrent le corps du Roy jusques à le croix qui est au plus près de Saint-Denis, là ou l'abbé et les religieux dudit lieu arrivèrent à procession, avoec eulx les bourgois, manans et habitans dudit Saint-Denis chascun une torse ou ung chierge en sa main; et dévoient porter ledit corps, mais il fu reprins desdis mesureurs et porteurs, lesquelx se portèrent jusques à l'entrée de l'église de Saint-Denis. Car il pesoit bien en ce point II™ et V^ livres.

Item, de l'entrée de ladicte église fu portés par les chevauceurs et gens de son escuirie jusques dedens lecuer, et par iceulx, après le service fait, fu portés en terre.

Item, à celle allée de Paris à Saint-Denis fu le duc de Bethefort en pareil estât que dit est, et tous les aultres tindrent la manière cy dessus de\dsée en allant de Postel de Saint-Pol à Nostre-Dame. Et allèrent tous de piet depuis ladicte église jusques à la première croix dessusdicte, et de ladicte croix emprès Saint-Denis jusques à ladicte église de Saint-Denis.

Item, ne furent aucuns à l'offrande à Paris ne à Saint-Denis, fors seullement ledit de Bethefort.

Item, y eubt bien au service dudit Roy es deux églises devant dictes, en luminaire, XX™ livres de chire.

Item, à l'aumosne eubt XVI™ personnes ou plus, qui tous eubrent de troix àquattre blans de bonne monnoie chascun.

Item, quant le Roy fu mis en terre et que ledit patriarche eubt signié et béney la terre de sa main sur le corps, les huissiers d'armes illec présens rompirent leurs petites verges et les gectèrent dedens la fosse et puis mirent leui's macques (masses) en bas ce dessoubz deseure.

Item, après le roy-d'armes de Berry, accompaignié d'aultres héraulx et poursuians, cria dessus la fosse : Dieux voelle pité et marcy de l'âme de trèshault et très exellent et très puissant prince Charles, VP de ce nom, roy de France, nostre naturel et souverain seigneur.

Et puis dist le roy-d'armes : Dieux doinst bonne vie à Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Engleterre, nostre souverain seigneur.

Après lesquelles parolles, les sergens d'armes dessusdis radrechèrent leurs macques, les fleurs de liz descure, et crièrent tous à une voix : Vive le Roy! Vive le Roy! Après toutes ces choses faictes s'en retournèrent les seigneurs à Paris. Et là fu le duc de Bethefort ordonné régent de France, et en emprist le gouvernement pour ledit Henry, nouvel roy, son nepveu, et filz du roy Henry d'Engleterre, son frère, et Caterine de France, fille dudit deffunct roy Charles VI*, dont cy-devant est faicte mension. Lequel Henry estoît en Engleterre, et là le nouroissoit, on.

Durant le service dudit roy Charles, furent de par ledit duc de Bethefort commis à garder Paris, messire Guy le Boutillier, le bastard de Thian et le prévost des marchans. Lesquelx le gardèrent en bonne paix et union sans débat ou division quelzconques. Et ossi furent commis pluiseurs capitaines en armes sur les champs, en pluiseurs lieux, en grant puissance de gens d'armes.

Fin du règne de Charles VI dans la Chronique anonyme. Suop^ fr., 93, au folio 430, verso.

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