‹ La chroniqueChapitre 108 sur 196 · CHAPITRE LXXXVllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVllI

Comment Loys duc en Bavière, frère de la Roy ne de France, fu débouté de la ville de Paris, et depuis ses gens destroussez du cardinal de Cam- Lray. Et la défense du roy d'Angleterre.

Item, en ces mesmes jours, Loys duc en Bavière, frère de la royne de France , estant à Paris , fut souspeçonné par les Parisiens d'avoir aucunement dit en secret au Roy et au duc d'Acquitaine aucunes paroles à la faveur des ducs de Berry et d'Orléans. Et pour ce, doubtans que ce ne leur portast aucun préjudice ou dommage , sachans que iceulx les avoient en grant hayne, s'assemblèrent un certain jour en grant nombre, et de fait dirent audit duc en Bavière, qu'il estoit de la partie des dessusdiz ducs, et qu'ilz n'estoient point bien contens de lui ; disans oultre, que puis qu'il vouloit estre de leur aliance, il s'en alast avecques eulx. Ausquelz fut respondu par icellui duc Loys en soy excusant, qu'il n'avoit vouloir de tenir autre partie que celle du Roy. Si demoura la besongne pour le présent en cest estât. Mais bien percent qu'ilz n'estoient point bien contens de lui. Et pour ce, doubtant

qu'il n'eust aucun inconvénient , s'en ala secrètement au chastel de Marcoussis \ Mais avant son département fist charger, audit lieu de Paris , un chariot de ses meilleures bagues , avecques sa vaisselle et autres joyaulx , lesquelz en la compaignie de quatre gentilz hommes de son hostel , dont l'un estoit aagé de seize à vingt ans, bien noble homme de son pays d'Alemaigne , et aucuns varlets , fist partir pour le mener en la ville de Valenciennes, ouquel lieu il avoit entencion de aler tantost après. Mais ainsi que iceulx faisoient leur chemin pour aler où il leur estoit ordonné, advint que aucuns tenans le parti du duc de Bourgongne, meuz et pleins de grant convoitise et de grant cruaulté , c'estassavoir le bailli de Fouquencourt , Jacotin son frère, et Jaques de Braquencourt, et autres en leur compaignie, dont la plus grant partie estoient des marches de Picardie , sachans le partement dudit chariot et qu'il estoit ainsi furny de biens, et par la séduction de messire Morelet de Bétencourt, poursuivirent les dessusdiz et les rataingnirent entre la rivière d'Oise et celle de Somme. Si les envayrent soudainement, et sans y trouver aucune défense, en mirent a mort la plus grant partie. Et après prindrent tous les biens dessusdiz et le jeune escuier dont dessus est faicte mencion , et s'en vindrent tous loger en une abbaye de nonnains nommée Frémi, emprès la cité de Cambray. Ouquel lieu quant ilz y eurent esté deux ou trois jours, prindrent par nuit icellui jeune escuier et le menèrent hors de l'abbaye, et le occirent très inhu-

1. Ce château, lors de la confiscation du grand -maître Jean de Montaigu, avait été donné à Louis, duc de Guienne, qui lui-même le donna à Louis de Bavière, par lettres du 3 décembre 1409.

inainemeiit et puis le gectèrent en un g fossé plein d'eaue , et après ce qu'il fut mort, comnie dit est , lui percèrent le corps d'un pieu de bois pour le atacher au fons du fossé , et en cest estât fut trouvé certain temps après par les varlets et familiers d'icelle abbaye, et de là fut porté et mis en terre saincte ou pourpris d'icelle église. Et depuis il y fut fait très noble service pour le salut de son âme, à la prière et despense d'aucuns de ses amis, qui en firent moult grant clameurs et lamentacions quant ilz en furent advertis. En oultre , les dessusdiz malfaicteurs firent fermer en ([ueues* grant partie des biens dessusdiz et les mirent en l'ostel dudit Gambray ', ouquel ils avoient accointance, et se partirent du pays de Cambrésis pour aler en autres lieux où ilz avoient à faire. Laquelle besongne venue à la congnoissance dudit Loys de Bavière , fut tant dolent que plus ne peut, et par espécial de la mort dudit jeune fdz et de ses autres gens, et aussi de la perte de ses biens. Si en fît grant complainte au Roy et au duc d'Acquitaine , et aussi au duc de Bourgongne , à qui les dessusdiz se disoient. Lequel duc de Bourgongne lui promist à lui faire restituer, et de pugnir lesdiz malfaicteurs. Et aucun peu de temps après, icellui duc Loys se parti de Marcoussis, et fut conduit par l'ordonnance du Roy et du duc de Bourgongne et du vidame d'Amiens , très bien acompaigné , jusques

1. C'est-à-dire renfermer dans des tonneaux. Il est question dans un registre du parlement de cette époque de pièces de procès entassées dans des queues et envoyés ainsi aux Grands-Jours de Troyes.

2. Il y a ici deux mois de passés. Il faut lire : en l'ostel d'un hourgois dudit Camhray^ comme au ms, Suppl. fr. 93.

en la ville de Valenciennes , où il demoura grant espace. Et environ six sepmaines après , comment ses biens estoient dedens la cite de Cambray, si en escripvi devers la loy d'icelle ville, et aussi en fist escripre par le conte de Haynaii, auquel il estoit parent. Et tant y fut besongné que finablement iceulx biens, c'est assavoir ceulx qui furent trouvez dedens la cité de Cambray, lui furent rendus et restituez.

De laquelle cité de Cambray estoit alors ëvesque maistre Pierre d'Ailli , excellent docteur en théologie , qui adonc fut fait cardinal par le pape Jehan XXIIP, et se nommoit le cardinal de Cambray \ Auquel éveschié succéda Jehan , filz du seigneur de Liquerque *, maistre es ars , qui pour ce temps estoit en court de Romme,

En oultre, en ces propres jours, Henry roy d'Angleterre fist cryer à son de trompe en la ville de Calais et autres lieux et frontières de Boulenois, que nul, de quelque estât qu'il feust, de son obéissance, n'alast ou royaume de France au mandement d'une partie ou d'autre des deux princes discordans, pour les servir en armes ne autrement, sur confiscacion de corps et de biens.

i . 11 joua un grand rôle dans l'affaire du schisme. 2. u Licquerke. » {Suppl. />•. 03.)

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