En 4409 l'Ascension tomba le 23 mai
[1409] d'engue:rran de MONSTRELET. 5
et plusieurs autres grans seigneurs retournèrent à Paris. Ou quel temps furent faiz deux champs de bataille en la place Saint-Martin des Champs , présent le Roy et les seigneurs dessusdiz. C'estassavoir le premier d'un gentilhomme et chevalier breton , nommé sire Guillaume Bariller contre ung Anglois, nommé messire Jehan Carnicon , et fut pour cause de foy mentie l'un à l'autre. Et après qu'ilz furent mis ensemble et que Montjoye , roy d'armes , eut fait et publié les cris et défenses acoustumées et aussi qu'il eut déclairé qu'ilz feissent leur devoir, ledit messire Guillaume , qui estoit appellant , yssi premier de son paveillon et commença à marcher moult fièrement contre son adversaire , lequel pareillement vint contre lui, et quant ilz eurent gecté leurs lances l'un contre l'autre sans eulx entre actaindre, ilz commencèrent à combatre de leurs espées, et en ce faisant ledit Ànglois fut ung petit navré par dessoubz ses lames \ et tantost le Roy les fist cesser. Et depuis furent remenez très lionnourablement à leurs hostelz. Et yssirent du champ aussitost l'un que l'autre. L'autre champ , si fut du sénéchal de Haynnau à rencontre de messire Jehan de Cornouaille , Anglois, chevalier de grant renom , lequel avoit lors espousée la seur du roy d'Angleterre. Et estoient lors icelles armes entreprinses à faire par lesdiz deux chevaliers devant le duc de Bourgongne, à Lisle , tant seulement pour monstrer leur proesse, à courir certains cops de lance l'un contre l'autre et aussi à faire aucuns cops de haches et d'espées. Mais quant ledit duc de Bourgongne eut fait préparer le champ où ce se devoit
i . Par-dessous les lames de fer qui formaient sa cotte d'armes.
acomplir, les deux champions dessusdiz furent mandez à Paris a aler devers le Roy pour parfurnir leur entreprinse. Et là , après les ordonnances faicles et le jour venu, ledit de Cornouaille entra premier ou champ moult pompeusement , chevauchant sur son destrier jusques à ce qu'il vint devant le Roy, lequel il inclina et salua moult humblement. Et estoient après lui six petis pages sur destriers, desquelz les deux plus prouchains de lui estoient couvers d'ermines, et les quatre ensuivans avoient couvertures de drap d'or, et après qu'il fut entré es lices, lesdiz pages se partirent du champ. Et tantost après vint ledit séneschal , acompaigné du duc Anthoine de Brabant et de Phelippe , conte de Nevers , frères, estans à pie, et tenoient le frain de son cheval , l'un à dextre et l'autre à senestre, et le conte de Clermont portoit sa hache , et le conte de Pointièvre * portoit sa lance. Et après ce qu'il fut entré ou champ et qu'il eut fait la révérence au Roy comme avoit fait ledit de Cornouaille , ilz se préparèrent tous deux pour aler jouster de fers esmoulus l'un contre l'autre. Mais devant qu'ilz s'esmurent a courre, il fut crié de par le Roy qu'ilz cessassent et n'alassent plus avant en faisant icelles armes , et que nul , sur peine capitale , dores en avant en tout son royaume n'appellast aucun en champ sans cause raisonnable. Et depuis, quant le Roy eut grandement festié et honnoré à sa court les deux chevaliers dessusdiz, ilz se départirent et s'en alèrent eulx deux, comme on disoit, en Angleterre, en entencion de parfurnir et acomplir leurs armes.