C'est-à-dire que les assiégés eurent à livrer un vif com
entre les mors y estoit Guillaume Batillier, lequel naguères avoit esté prins à Saint Cloud et délivré à Guillaume de Chaalons. Lesquelz ^, après ce qu'ilz furent despoullez, furent gectez en ung des puis qu'on disoit avoir esté empoisonnez, et là eurent leur sépulture et cimetière. Et entre les autres qui furent prins, y estoit le grant maistre d'ostel du duc de Berry, et avecques lui ung escuier du seigneur d'Albret, et le principal queux dudit d'Albreth qui avoit nom Gustart. Lequel dist en la présence de plusieurs, qu'il diroit et nommeroit les faulx traistres qui à celle heure leur avoient fait faire celle entreprinse. A laquelle accusacion furent prins, lendemain , maistre Geoffroy de Buillon, secrétaire du duc d'Acquitaine et de la famille du seigneur de Boissay, premier maistre d'ostel du Roy ; après, ung nommé Giles de Torcy, escuier, natif de Beauvais, son varlet, et Enguerran de Fèvre, escuier, qui estoit Normant de nacion. Lesquelz pour ceste cause furent décolez devant la tente du Boy \ Et ledit seigneur de Boissay, par soupeçon fut mis prisonnier, et fut présent à décoler les dessusdiz. Or est vérité que aucuns des gens du Roy et qui estoient en son ost, pour faire et donner aide aux asségez, ung certain jour, c'estassavoir aucuns Anglois et François,
bat pour rentrer dans leurs murs , pendant que Gaucourt faisait face aux assiégeants.
d. Les morts.
2. M Aussi y en eut-il d'autres , qui faisoient sçavoir dedans la place tout ce qu'ils pouvoient sçavoir de l'ost du Roy. Et se nommoient Gilles de Soisy, Enguerran de Senne , et maistre Geoffroy de Buyllon, secrétaire du Roy, lesquels furent pris et confessèrent le cas, par quoy eurent les testes couppées. » (Juv., p. 241.)
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lesquelz esloient soubz Ame de Viri, jusques au nombre de trois cens, dont les deux cens se partirent pour eulx en aler et entrèrent dedens la cité. Mais ains qu'ilz sceussent ou peussent tous entrer dedens la porte , furent si roidement poursuys de ceulx de l'ost que plusieurs en furent mors de lances, d'espées et de traict. Et aussi la moitié de la garnison de Gien sur Loire, qui estoient environ quatre cens cuiraces, le samedi xix® jour du moys de juing, bien matin , semblablement entrèrent dans la cité. Mais avant que tous y peussent estre receus, aucuns de ceulx de l'ost, desquelz ilz furent apperceuz, les assaillirent et ehvayrent terriblement, et tant qu'ilz en occirent bien de cent à six vingts.
En oultre le Roy estant à son siège devant Bourges, comme dit est, les varlets et fouragers de son ost, lesquelz de jour en jour quéroient vivres pour leurs chevaulx, par les agais de leurs ennemis estoient souvent poursuys, prins et emmenez, et aucuns laissez pour mors, et leurs chevaulx perdus , pour tant qu'il leur faloit aler querre lesdiz vivres six ou huit lieues loing. Par quoy ilz eurent moult de disète oudit ost, et aussi pour ce que les charues et charètes qui venoient de France et de Bourgongne , les souldoiers des asségez et leurs complices, c'estassavoir ceulx de Saint-Césaire * et d'autres pays qui n' estoient mie de l'obéissance du Roy, quant ilz venoient ou povoient destrousser les dessusdiz, prenoient toutes leurs vivres et provisions et les convertissoient à leur usage. Dont grant famine advint soudainement en Tost du Roy, et
i. Sancerre (Sacrum Csesaris),
tellement que plusieurs en soustindrent grant povreté et feblesse de cuer, pour la défaulte de pain. Mais ce ne dura point longuement en tel point. Car au pourchas de messire Guischard Daulphin, la ville et le chastel de Saint-Césaire, qui plus malement leur nuisoit, ung certain jour lesdiz souldoiers yssus et portans vivres à ceulx de la cité de Bourges, furent rencontrez et se rendirent au Roy. Et par ainsi de la soufreté et mésaise qu'ilz avoient souffert furent relevez compètemment et rassasiez par les dessusdiz. En la fin du mois de juing, ung jour après soleil couchant, yssirent de ladicte cité de Bourges quatre cens hommes d'armes ou environ, lesquelz avoient esté induis ou advertis par les prisonniers qu'ils avoient, que le prévost de Famiral de France et le vidame d'Amiens venoient au siège devers le Roy, et amenoient de Paris grant planté de finances pour paier les souldoiers du siège. Pour quoy, iceulx chevauchans se mirent es bois en certains passages par où iceulx dévoient passer, afin que tellement les peussent envayr et courir sus, qu'ilz les peussent destrousser de ce qu'ilz menoient. Laquelle chose vint à la congnoissance du seigneur de Ronq, par ses gens et guètes qui les avoient veuz yssir, lequel appella tantost le duc de Lorraine et le seigneur de Heilli, et, à tout cinq cens hommes d'armes ou environ, ainsi comme il^ se aloient en fourrage, se partirent de l'ost et par dessus ung vielz pont, lequel ilz refirent le mieulx qu'ilz porent, passèrent l'eaue et se logèrent quoyement en ung village, et celle nuit envoièrent leurs espies pour savoir la contenance de leurs ennemis. Et tant firent que finablement les trouvèrent où ilz actendoient sans délay lesdictes finances, qu'ilz
cuidoient prendre et desrober. Mais eulx mesmes furent prins. Car tantost et incontinent que les dessusdiz sceurent où ilz estoient, les \indrent envayr et courir sus, et là furent tantost vaincus. Si en y eut plusieurs prins et mors et les autres qui porent eschaper s'en tournèrent en fuite et se saulvèrent. Entre lesquelz fut prins ung gentil homme d'armes nommé Guischardon de Sere. Et ce fait, ledit duc de Lorraine et lesdiz seigneurs de Ronc et de Heilli , à tous leurs prisonniers, s'en retournèrent en l'ost du Roy, joyeulx de leur victoire. Pour laquelle aventure et aussi pour plusieurs autres assez pareilles, le duc de Berry et ceulx qui estoient avecques lui dedens sa cité de Bourges , furent très dolens et courroucez, tant pour ce, comme pour le désolacion de sa cité et de son pays et pour la destruction de ses chevaliers et escuiers , qu'il veoit estre mors et navrez chascun jour. Néantmoins de toute sa puissance mist son affection de soy défendre contre tous ceulx qui nuire lui vouloient. Et advenoit très souvent que ses gens portoient grant dommage à ceulx de l'ost.
Et pendant que ces besongnes se faisoient, messire Philebert de Lignach*, grant maistre de Rodes, qui estoit en la compaignie du Roy , s'emploia par plusieurs et diverses foiz à inciter les deux parties adverses à estre d'accord et faire paix l'un avec l'autre. Et entretant vint audit siège le mareschal de Savoye, et avecques lui aucuns chevaliers et escuiers dudit pays, lesquelz furent là envoiez de par leur seigneur le conte de Savoye devers les deux parties, afin de traicter