De Sancerre à Auxerre
[1412] D'ENGUERRAN DE MONSIUELET. 291
Et adonques le mareschal Bouciquault, le conte de Foix et le seigneur de Saint-Georges, qui faisoient guerre au conte d'Armignac, oyrent nouvelles que la paix estoit faicte entre le Roy et ses adversaires, pour quoy ilz dérompirent leur armée et donnèrent à leurs gens congié.
Durant lequel temps et que le Roy estoit à Âuxerre, au quel lieu il avoit mandé à venir vers lui la plus grant partie des seigneurs de son royaume, avecques ses gens d'église et ceulx des bonnes villes, pour veoir faire les seremens de la paix dont dessus est faicte mencion, lui vindrent d'autres nouvelles qui point ne lui furent plaisans, ne aux princes qui estoient avecques lui. G'estassavoir que les Anglois estoient arrivez, à tout leur navire , à la Hogue Saint-Vast , qui est ou pays de Constantin, et là estoient-ilz descendus à terre et eulx espandus ou pays à l'environ , en pillant , robant et prenant prisonniers. Et estoient environ huit mille combatans, entre lesquelz avoit deux mille bacinetz , et le surplus , archers et varletz. Desquelz estoit le conducteur Thomas, duc de Clarence, se<;ond filzdu roy Henry d'Angleterre *. Lesquelz Anglois venoient au secours de Bourges, pour aider Jes ducs de Berry, de Bourbon et d'Orléans et tous leurs aliez. Et tanlost alèrent devers eulx les contes d'Alençon et de Richemont, qui de cuer joieux les receurent, jà soit ce qu'ilz venoient trop tart en leur aide. Mais ce non obstant les aidèrent de tout leur povoir à pourveoir de vivres pour eulx et leurs cbevaulx. Et depuis, se multiplièrent lesdiz Anglois de six cens bacinetz gascons qui avoient
i. Henri IV.
esté souldoiers à Bourges, lesquelz se boutèrent avecques eulx et tous ensemble commencèrent de gaster moult fort le pays.
Et oultre , les prisonniers qui estoient à Lisle , dont en autre lieu est faicte mencion, c'estassavoir le seigneur de Hangest , naguères maistre des arbâlestriers de France, messire Loys Bourdon, messire Charles de Giresmes, Enguerran de Fontaines et aucuns autres, furent délivres pour le conte de La Marche, moiennant que ledit conte avec ce paia une grant somme d'argent à ceulx qui l'avoient prins. Et en cas pareil furent rendus plusieurs prisonniers de costé et d'autre, les ungs par eschange et les autres par finances.
Et ce pendant, environ la feste de l'Assompcion Nostre-Dame , ceulx qui aboient esté mandez de par le Roy vindrent audit lieu d'Auxerre. Entre lesquelz y vindrent en grant estât les Parisiens. Et aussi y vindrent les ducs de Berry et de Bourbon et le seigneur d'Albreth. Lequel, tantost après sa venue, voulut user de l'office de connestable ; mais le conte Waleran de Saint-Pol ne lui voulut point souffrir^ et en usa luimesmes. Et pour ceste cause , après plusieurs paroles dictes l'un à l'autre, ledit d'Albreth qui jà avoit fait le serement de la paix , s'en ala par mal talent. Et lundi ensuivant, le duc d'Orléans et le conte de Vertus, son frère, s'en vindrent audit Heu d'Auxerre, à tout trois mille combatans, et après que tous les seigneurs d'un costé et d'autre furent venus, ilz s'assemblèrent dehors les murs de la cité en une plaine auprès d'une abbaye de nonnains \ ouquel lieu on avoit fait ung eschafault