CHAPITRE CXir
Comment le roy Loys de Cécile renvoya la fille du duc de Bourgongne. Et la matière sur laquelle s'assembla l'Université de Paris,
Item , le xx® jour du mois de novembre , le roy de Cécile fist ramener en la cité de Beauvais Katherine , fille au duc Jehan de Bourgongne , laquelle de voit estre espousée à Loys, filz ainsné dudit roy de Cécile, ainsi comme paravant du consentement des deux parties avoit esté traicté, et sur ce luy avoit par ledit duc esté menée en très honnorable estât. Mais, comme dit est, le roy de Cécile lui renvoya acompaignée du seigneur de Longni , mareschal de France , et aucuns autres, jusques au nombre de six vings chevaucheurs, chevaliers et escuiers , dames et damoiselles, et autres officiers dudit roy Loys. Laquelle fut rendue , ou lieu de son père , aux seigneurs de Dours , de Brimeu et de Humbercourt et Witars de Bours, chevaliers, et autres escuiers , dames et damoiselles dudit duc de Bourgongne, pour ceste cause par lui là envolez. Et d'iceulx fut reçeue et ramenée en grant tristesse jusques à Amiens , et de là à Lisle , devers le duc son père , lequel de ce fut grandement troublé , et pour ceste cause conçeut grant hayne à l'encontre du roy de Cécile, laquelle dura toute leur vie. Et depuis, icelle Katherine de Bourgongne, sans avoir esté mariée , mourut en la ville de Gand ; laquelle , selon sa jeunesse, estoittrès gracieuse fille.
1. Ce chapitre est coté cxiii dans le Suppl. fr. 93 et les imprimés, qui n'ont pas de chapitre coté rxii.
Ouquel moys ledit duc de Bourgongne envoia à Paris devers le Roy unes lectres missives* contenans ses très révérentes salutacions, les complaintes de lui et ses excusacions et les accusacions qu'il faisoit contre ses adversaires. Lesquelles lectres furent présentées au Roy par le roy-d'armes de Flandres. Lequel les reçeut assez agréablement, non obstant que ceulx qui gouvernoient alors n'en furent pas bien contens, et ne souffrirent point que le Roy feist response par escript , ne autrement. Mais fut dit à icellui roy-d'armes par le chancelier de France, que le Roy avoit bien veu et oy ce que son maistre le duc de Bourgongne avoit envoyé, et avoit advis sur ce de lui faire response en temps et en lieu. Et après ceste response le dessusdit roy-d'armes s'en retourna de Paris en Flandres, devers son maistre. Et non obstant les lectres que avoit envoiées le dessusdit duc de Bourgongne pour ses excusacions , ne demoura pas que ceulx qui gouvernoient le Roy comme dit est, ne procédassent contre lui en toute rigueur.
Et dedens briefz jours ensuivans , fu faicte à Paris une grant assemblée de maistres en théologie ^ par l'évesque de Paris et l'inquisiteur de la foy, afin qu'ilz déterminassent sur aucunes proposicions faictes contre feu Loys duc d'Orléans par maistre Jehan Petit , dont jà pieçà est faicte mencion, à savoir se lesdictes proposicions sont hérétiques et erronées. Pour laquelle assemblée aucuns furent m.oult troublez, doubtans que pour ceste cause ledit duc de Bourgongne ne les eust