‹ La chroniqueChapitre 176 sur 196 · CHAPITRE GXIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE GXIir

Comment l'évesque de Paris et l'inquisiteur de la foy baillèrent à aucuns maistres en théologie aucunes cédules sur la matière dessusdicte , et la copie d'icelles *.

« Maistre Révérend, on vous fait assavoir que nous vous envoions la cédule contenant aucunes assercions avecques leurs réprobacions. Pour quoy nous vous requérons sur peine de droit que vous donnez vostre délibéracion publiquement par escript ou par paroles, se icelles assercions, desquelles est venu notoirement esclande , si comme dit le conseil du Roy, sont erronées et à condempner, afin que nous puissions conséquemment procéder si comme ordre de droit le requiert , et ce dedens mercredi xx® jour de ce mois de décembre.

« La première assercion est : chascun tirant doit et peut estre loablement et par mérite occis de quelque son vassal ou subject et par quelque manière, mesmement par aguetz et par flateries ou adulacions , non obstant quelconque serement ou confédéracion faicte envers lui , sans actendre la sentence ou mandement de juge quelconques. C'estassavoir l'assercion ainsi mise généralment pour maxime est erreur en nostre foy et en doctrine de bonnes meurs , et est contre le

4. Ce chapitre est la continuation du chapitre cxii dans le Suppl. fr, 93 et les imprimés, qui n'ont pas de chapitre cxiii. 2. Cf. le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 271 etsuiv.).

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commandement de Dieu. Non occises , glos : propria auctoritate. Tu ne occiras pas, glose : De ton auctoritë. Item , ceste assercion touche à la subversion de toute la chose publique et de chascun roy ou prince ; item, donne voie et licence à plusieurs autres maulx, comme à fraudes et violacions de foy et de seremens , et de trahisons , mençonges et décepcions, et mesmement à toute inobédience de subject à son seigneur, à toute desloiaultë et différence des ungs aux autres, et conséquemment à perdurable dampnacion. Item, celluiqui afferme obstinéement tel erreur et les autres qui s'ensuivent , est hérétique , et comme hérétique doit estre puny, et mesmement après sa mort. No, decre. q, i.

L'autre assercion : Saint Michel, sans mandement quelconque de Dieu ne d'autre , mais tant seulement meu d'amour naturelle occist Lucifer de mort perdurable, et pour ce il eut des richesses espirituelles autant qu'il en peut recevoir. Cette assercion commet plusieurs erreurs en la foy. Car saint Michel n'occist point Lucifer, mais Lucifer occist soy mesmes par son péchié, et Dieu l' occist par la mort de la peine pardurable. item, saint Michel eut mandement de Dieu de bouter Lucifer hors du Paradis. Quia omnis potes tas est Deo^ et hoc sciehat Michael quia constitutus erat a Deo princeps^ quem honorent non sibi assumpsit.

Nota quomodo Michael non est ausus inferre aditum blaspheniie , sed dixit : imperat tibi Domine, In Epistola Jude. item , Dieu eust peu bailler plus de richesses espérituelies et il en eust peu plus recevoir, et ainsi il ne desservit point telles richesses espérituelies par amour naturelle.

L'autre assercion : Phinées occist Zambri sans Il i7

quelque mandement de Dieu ne de Moyse , et Zambri ne fist point ydolatrie. Geste assercion est contre le libelle où est ceste histoire, selon l'entendement des gloses des sains docteurs et de raison. No. num, xxv. Dixit Moyses ad judices Israël^ Israël occidat unusquique parentes suos qui iniciati sunt Belphegor^ et ecce unus , etc. Glosa : Joseph in tribu sua duxerat filiam^ etc.

L'autre assercion : Moyse sans commandement ou auctorité quelconques occist l'Egipcien. Ceste assercion est contre le texte de la Bible : Actuum VIT selon l'entendement des sains docteurs, Textus existimabant autem intelligere fratres quoniam Deus per nomen ipsius daret salutem Israël^ etc.

L'autre assercion : Judith ne pécha point en flatant Holofernes ne Hieu en mentant qu'il vouloit honorer Baal. Ceste assercion est favorisant à Terreur de ceulx qui ont dit qu'en aucuns poins on peut léalement mentir; contre lequel erreur saint Augustin escript à saint Jhérosme : Si inquit admissa fuerint vel offi' dosa mendacia^ tota scripture divine vacillabit aucto^ ri tas.

L'autre assercion : Joab occist Abner, depuis la mort Absalon. Ceste assercion est contre le texte exprès de la Saincte Escripture Reg, III . On récite que longtemps avant la mort Absalon Joab occist Abi>er.

L'autre assercion : toutes les foiz que aucun fait aucune bonne chose jà soit ce qu'il ait juré le non faire, ce n'est point parjurement, mais à parjurement est contraire. Ceste assercion ainsi généralement mise est fausse , et ne proufite rien à ceulx qui jurent à escient faulses aliances, car c'est fraude et décepcion

et cler parjurement , et dire que ce faire soit chose licite , c'est erreur en la foy. »

Lesquelles besongnes, après qu'elles eurent esté diligemment visitées, comme dit est, furent lesdiz articles, que ledit maistre Jehan Petit avoit proposez, condempnez comme hérétiques et contre la foy.

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