‹ La chroniqueChapitre 187 sur 196 · Voy. aux additions · texte numérisé non relu

Voy. aux additions

et périlleuses pour nostre seigneurie et pour toute la chose publique , Nous , considérans les trèsgrans maulx, inconvéniens et dommages irréparables , lesquelz par roccasion dudit homicide estoient en adventure de advenir à nous et à nostre peuple et à tous noz subgectz , voulant obvier de tout nostre povoir aux périlz et inconvéniens et garder nostredit peuple desdiz dommages, eussions mandez et fait venir en nostre ville de Chartres nostre trèscher filz et nostre nepveu, le duc d'Orléans qui est à présent, et nostre trèscher et trèsamé nepveu le comte de Vertus son frère, enfans de nostredit frère, adonc mendres d'ans. Et adonc eussions fait certains traictiez et appaisemens entre noz devantditz nepveux d'une part, et ledit duc de Bourgongne d'autre part. Et jà soit ce que ledit traictié fut moult dur et estrange à nostredit nepveu, néantmoins pour à nous obéir et pour pitié qu'ilz avoient des dommages qui par la guerre povoient advenir au peuple, ilz Tout ainsi soufert pareillement. Mais jà soit ce que en icellui traictié, entre les autres choses, ledit de Bourgongne eust juré et promis en mes mains que delà en avant il seroit bon, vray et léal amy à nos nepveux et de ceulx qui les avoient soustenus et aidez, toutesfois, ce non obstant, assez tost après il fist tout le contraire de son serement et promesse devant diz, pour soy venger d'aucuns de noz serviteurs, lesquelz il soupeçonnoit nous avoir conseillé de faire justice et raison de la mort de nostredit frère, et aussi pour pourveoir à la chose à quoy il tendoit tousjours et pour laquelle il avoit fait faire ledit détestable et dampnable homicide, c'estassavoir afin qu'il eust seul et pour le tout le gouvernement de ce royaume et de

iiostre personne , fîst prendre plusieurs de noz bons et loyaulx serviteurs , dont les plusieurs fist mourir, et les autres par voies estranges et desraisonnables à grandes et excessives sommes de deniers rançonna. Et pour ce, noz nepveux d'Orléans devant ditz, voiant comment ledit de Bourgongne ledit traictié de Chartres par plusieurs manières avoit rompu et riens ne tenoit quoy qu'il eust juré et promis, nous requirent et supplièrent humblement et par plusieurs foiz que nous leur voulsissions faire et administrer justice de leur père, si comme nous y estions tenus. Et qui pis est, pour ce que iceulx noz nepveux veoient qu'ils ne povoient avoir justice pour l'empeschement que y mectoit ledit duc de Bourgongne, voldrent aucunement procéder contre lui par voye de fait pour venger la mort de leurdit père, si comme naturellement ils estoient tenus, ledit de Bourgongne leur imposa et fîst publier faulsement et contre toute vérité, comme nous sommes pleinement informez et acertenez, que eulx et autres de nostre lignée estans en leur compaignie nous vouloient destituer de nostre estât et de nostre dignité royal , et faire nouvel roy en France, Et soubz umbre desdictes mençonges et adevinemens, contre toute vérité , esmeut nostre peuple contre iceulx, et par ce voulant couvrir sa mauvaise et dampnable querelle, et nous fist prendre nouvelle querelle fondée sur mençonge, dont tant de maux et inconvénienssonl venus et advenus comme chascun scet. Car soubz umbre de ladicte guerre ledit de Bourgongne a fait prendre et emprisonner en nostre Chastellet de Paris et ailleurs plusieurs notables gentilz hommes , escuiers et autres, pour ce qu'il maintenoit qu'ilz

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estoient favorables aux bienvueillans de la partie de noz nepveux ou de plusieurs autres de nostre sang et lignage estans en leur compaignie. Desquelz il fist plusieurs questionner et cruellement tourmenter et puis après mourir soubz umbre de justice, sans cause et sans raison , et les autres mourir de fain et de mësaise èsdictes prisons , et leur denyer confession et artres sacremens ecclésiastiques, puis les gecter aux champs aux chiens et aux oiseaulx et tira'nniquement dévorer aux loups , aux bestes sauvages, sans vouloir souffrir qu'ilz eussent sépulture ecclésiastique ou autrement, ne que leurs enfans nouvellement nez feussent baptisez ; qui est expressément fait contre nostre foy. Et en ces choses fist faire horribles et cruelles et les plus grandes inhumanitez qui onques feussent veues ne oyes. Et oultre plus, soubz umbre de ladicte guerre, qui point n'estoit nostre ne devoit estre, mais la sienne et pour son fait particulier, icellui de Bourgongne fist lever et exiger et sur noz subgetz moult excessives et merveilleuses finances, tant par tailles, par emprunts et aussi par réformacions , comme en prenant ou trésor des églises et en nos cours de Parlement, Chastellet et ailleurs mises en dépostz et autres sommes de deniers qui estoient mises et consignées et disposées èsdiz lieux au prouffit des femmes vesves et des enfans mineurs d'ans, pour cause de retraicte ou de rachas de revenues et d'éritages ou autrement, en plusieurs manières. Fist oultre ledit de Bourgongne en noz monnoies grandes débilitacions et vilipendence de valeur, dont il print et par long temps cueilla moult grans prouffis ou préjudice de nous, de nostre peuple et de la chose publique. Et

tant que par telles voyes et extorcions ledit de Bourgongne depuis trois ans en çà a appliqué à son singulier prouffît la valeur de dix cent mil florins d'or et plus , tant de nos finances comme de l'argent de noz , subgetz, comme nous a esté clèrement moustré par les comptes estans en la chambre des comptes, et sans ce que aucune chose en ait esté converti à nostre prouffit. Pour laquelle occasion le fait de marchandise et autres affaires nécessaires pour le bien de nous et de nostre peuple ont cessé et esté empeschez par aucun temps et les revenues de nostre demaine, si comme tout ce est notoire. Et lui non content de ce , mais à entencion de destruire totalement noz nepveux devantditz, et aussi nostre trèscher et trèsamé oncle le duc de Berry, et plusieurs autres de nostre sang et lignage, afin que le gouvernement de nostre royaume demourast audit de Bourgongne seul et pour le tout , nous fist mectre en armes et nostre trèscher et amé premier filz le duc d'Acquitaine , à tout très grant puissance de gens d'armes et de traict, en contraignant à là venir plusieurs de nostre sang, barons et chevaliers et autres, soubz couleur qu'il disoit la guerre estre nostre, dont il n'étoit riens, comme dit est. Et nous mena hors de Paris pour aler envayr, combattre et assembler contre noz oncles et nepveux et autres, comme se ilz eussent esté tous jours noz ennemis et adversaires, jà soit ce qu'ilz eussent tous jours esté noz bons, vrais et loyaulx amis, parents et subgetz et obéissans. Et de fait nous fist mectre le siège devant la ville de Bourges où estoit nostre devant dit oncle, et là nous fist tenir par l'espace de cinq sepmaines et plus, à nostre grand desr

plaisir, nous et aussi nostre filz en grant péril et danger de nostre personne, tant pour les chaleurs qui couroient , comme pour les instances qui survindrent en nostre exerci te et autrement, en moult de manières, et tant, qu'il convint que dudit lieu nous retournissions en nostre ville d'Aucerre. Ouquel lieu pareillement nous feismes venir et assembler nozdiz oncle, filz et nepveux , et plusieurs de nostre sang et lignage , et là par la grâce et aide de Dieu, et du commandement et ordonnance de nous et de nostredit premier filz, furent fais certains accords, traictiez et appaisemens entre nosdiz oncles, filz, nepveux et cousins, et ceulx qui lors estoient allez d'une part, et ledit de Bourgongne d'autre part et ceulx de son aliance. Lesquelz traictiez et accords fais, les deux parties jurèrent et promirent solennellement tenir, garder et entretenir sans enfraindre. Mais ce non obstant, assez tost après ce que nous feusmes revenus en nostre cité de Paris, le dit de Bourgongne en venant contre sondit serement et sa promesse , pour vouloir briser et adnichiler ladicte paix par lui faicte et par nous jurée, comme dit est , fist faire et ordonner certaines lectres parlans en nostre nom , lesquelles furent appliquées à édict, par lesquelles il nous faisoit rappeller et mectre à néant grant partie de ce qui par nous et nostredit filz avoit esté promis et octroyé, en faisant le contraire de ladicte paix, c'estassavoir la restitucion des terres et héritages , bénéfices et offices de ceulx qui avoient tenu la partie de nostre oncle, de nostre filz , et nepveux devantdiz et autres de nostre sang et lignage, de leurs allez et de ceulx de leur costé. Et qui plus est, a fait tenir de fait par long espace de temps , contre

nostre plaisir et voulenté et contre noz délibéracions et lectres sur ce faictes, et contre son serement, les chasteaulx de Coucy et de Pierrefons appartenans à nostredit nepveu d'Orléans , et plusieurs autres chasteaulx, maisons, terres et héritages appartenans à autres qui avoient tenu leur party, sans ce que pour lectres quelconques par nous octroiées ne pour vérificacion sur ce faicte par nostre cour de Parlement ne autrement, nostredit nepveu d'Orléans et plusieurs autres de ses bienvueillans ne purent avoir restitucion et délivrance de leursdiz chasteaulx, terres, maisons et biens dessusdiz, en opprimant et efforçant justice es choses dessusdictes et en plusieurs autres, et mesmement celle de nostre souveraine court de Parlement , qu'à peine estoit-il homme qui osast dire quelque chose contre les voulentez et entreprinses dudit duc de Bourgongne et de ses complices. Et oultre, pour tousjours détenir le gouvernement de nous, lequel il avoit emprins , et cellui de nostre trèschère et trèsamée compaigne la Royne et de nostredit premier filz, et aussi de tout le fait de nostre royaume, et pour iious tenir en subjection, ledit de Bourgongne fist eslever et mectre sus en nostredicte ville de Paris gens populaires de meschant et bas estât , lesquelz sur la confidence , puissance et auctorité de lui et par son enhort, entreprindrent de gouverner les personnes de nostredicte compaigne et premier filz, et tous les fais de nostre royaume. Lesquelz souventesfoiz sont venus es consaulx de nous et de nostre court de Parlement moult impétueusement et violentement , en portant à noz bons conseillers et officiers grants menaces, tellement que justice n'y avoit point de lieu, et qu'il convenoit

que tout ce qu'ilz entreprenoient feust fait et passé comment qu'il feust. Et en persévérant en leurs maulx et en leurs dampnables entreprinses, vérité est que le vendredi xxviii^ jour du moys d'avril derrenier passé, pour ce que ledit de Bourgongne, lesdictes gens de bas estât et ses complices et aliez, sentirent et apperçeurent que plusieurs de nostre sang et lignage et autres, tant de nos officiers, de nostredicte compaigne et de nostredit filz, comme de l'Université et bons bourgois et marchans de ladicte ville de Paris, estoient mal contens du gouvernement et de l'auctorité que ledit duc de Bourgongne et ses complices avoient entreprins, doubtans qu'ilz ne les voulsissent expulser dudit gouvernement et puis après punir et corriger de leurs maulx , firent faire une grant assemblée de gens dont la plus grant partie ne savoient pour quoy ne à quelle cause ilz les faisoient assembler. Et de fait, sans auctorité de justice, viendrent en armes par manière de bataille , à estandart desploié, devant Tostel de nostredit filz, ouquel, contre son gré et voulenté et à son grant desplaisir , ils prindrent de fait nostre trèscher et très amé cousin le duc de Bar, et plusieurs autres des plus espéciaulx conseillers et serviteurs de nostredit fils , qui estoient escrips en un g roole lequel portoit le duc de Bourgongne en sa main , lequel les fist mener en son hostel d'Artois et puis après en diverses prisons. Et à ung autre jour assez tost après ensuivant, revindrent lesdiz gens de bas estât par l'ennort dudit duc de Bourgongne et par la manière dessusdicte, c'estassavoir à tout grant armée de gens et estandart déployé, en nostre hostel de Saint-Pol, ouquel, par force et violence [contre nostre gré et n 29

volenté]* et aussi de nostredicte compaigne et premier fîlz , ils prindrent de fait iiostre trèscher et amé frère, Loys duc en Bavière, et certains autres officiers de nostre premier filz, et aussi certaines dames et damoiselles estans en la compaignie et service de la Royne, lesquelles ilz prindrent en sa chambre , elle présente. Lesquelz tous ensemble ilz emmenèrent et menèrent en diverses prisons , èsquelles ilz les ont longuement tenus en très grant péril de leurs personnes. Et avecques ce , lesdictes gens de bas estât, par le consentement , port , faveur et entreprinse dudit duc de Bourgongne, firent plusieurs autres excès, crimes et délitz, si comme de nuit et de jour prendre sans auctorité de justice plusieurs officiers de nous et autres habitants de nostredicte ville de Paris, et eulx mis en prison, tanstost après plusieurs d'iceulx occirent et tuèrent et les autres gectèrent en la rivière et les noièrent , et les autres firent mectre en chartre et composer à grant sommer de deniers, sans ce que pour lesdiz excès on les osast reprendre ne corriger, et tout par le port et faveur dudit duc de Bourgongne, qui par ces moiens nous a tenus et nostre compaigne la Royne et aussi nostredit fils Loys, en grant servitute et danger, et en telle que nous n'avions franchise ne liberté de quelque chose faire à nostre plaisance. Mais nous avoit baillé et baille depuis lesdictes prinses, tous officiers et serviteurs à sa poste et mesmement de gens de petit estât, jusques à ce qu'il pleut à Nostre Seigneur, que par bon moien , provision et diligence de nostre trèscher et bien amé cousin le roy de Cécile,

1 , Addition du ms. Suppl. fr. 93.

de nostre fils et nepveu d'Orléans, et de nos trèschers et amés cousins le duc de Bourbon, le conte d'Alençon, le conte d'Eu et plusieurs autres de nostre sang et lignage, et de plusieurs prélas, barons, chevaliers et escuiers et plusieurs de nostre court de Parlement et plusieurs de nostre fille l'Université et bons bourgois et marclians de nostre ville de Paris , Nous , nostredicte compaigne et filz, feusmes remis en nostre franchise et liberté en tel estât que nous par raison devions estre, et que ladicte paix par nous faicte, audit lieu d'Aucerre confermée, est de nouvel jurée, tant par ledit de Bourgongne comme par autres de nostre sang et lignage. Jà soit ce que ledit de Bourgongne, devant la chevaulchée que nostredit nepveu et filz fist par le moien de la ville de Paris, le venredi un® jour du mois d'aoust derrenièrement passé, se feust efforcé de tout son povoir de rompre et empescher ladicte paix le venredi un® jour du mois d'aoust derrenièrement passé*, en faisant publier et dire en plusieurs hostelz et en moult de places communes de nostredicte ville de Paris , que accorder et consentir à ladicte paix estoit toute destruccion des bonnes gens de nostredicte ville de Paris; qui estoit une très mauvaise, faulse et dampnable induction, comme il est assez notoire. Et depuis ladicte paix ainsi renouvelée et réformée comme dit est , ledit de Bourgongne aiant grant desplaisance d'icelle et de ce aussi que l'une des parties desdictes gens de bas estât troubleurs et violeurs de paix s'estoient absentez et

1 . « Le premier jour d'aoust, qui fut un mardy, les articles de la paix furent leues devant le Roy, monseigneur de Guyenne, et plusieurs seigneurs présens. » {Juv. des Ursins, p. 259.)

rendus fugitifz de nostredicte ville de Paris, feignans qu'il s'en vouloit^ aler en Bourgongne, jà soit ce qu'il n'y alast point mais s'en ala en Flandres et en ses pays ailleurs et en ses terres et seigneuries, où il recueilli et récepta lesditz crirainelz et violeurs de paix et aussi faulx traistres homicides, lesquelz de son commandement et ordonnance occirent et tuèrent nostredit frère de bonne mémoire, comme dit est. Et jà soit ce que depuis le département dudit de Bourgongne nous eussions envoyé devers lui noz messagers solemnelz, par lesquelz entre les autres choses nous lui feismes requérir et commander de par nous, que lesdiz malfaicteurs , lesquelz il retenoit devers lui , desquelz les plusieurs ont esté convaincus de crime de lèze-majesté devers nous et pour ceste cause banny perpétuellement de nostre royaume, et les autres sont appelez au droit de nous, qu'il les nous voulsist envoyer pour faire justice selon leurs démérites, et aussi qu'il nous voulsist rendre ou faire rendre et restituer plusieurs de noz chasteaulx , lesquelz il détenoit et faisoit détenir pour lui et à son prouffit contre nostre gré et voulenté, c'estassavoir les chasteaulx de Crotoy, de Caen et Cherbourg ^, néantmoins de toutes ces choses a esté inobédient. Et qui pis est, soubz umbre d'aucunes faulses et décevables couleurs par lui exquises, fist le plus grant mandement qu'il peut de gens d'armes et de traict, tant de ses pays de Bourgongne, de Savoie, comme de Flandres, d'Artois et d'ailleurs, afin de venir et approucher vers nostre dicte ville de

1 . Notre texte porte : Qu'ilz s'en vouloient. Ce qui n'a pas de sens. Cette faute ne se trouve pas dans le Suppl. fr, 93.

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