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Le Religieux de Saint-Denis naet au mois d'octobre cette

mieulx besongrier et entendre , grant partie des seigneurs dessusdiz laissèrent leurs propres hostelz et s'en alèrent loger en l'ostel du Roy à Saint-Pol , dedens lequel , par le conseil d'aucuns des seigneurs de Parlement et de l'Université , continuèrent par plusieurs jours à ladicte réformacion. Et firent tant, qu'à brief dire ilz perceurent clèrement que ceulx qui avoient gouverné les finances dudit royaume depuis seize ou vingt ans paravant , s'estoient très mal acquitez , et avoient acquis pour eulx ou pour leurs amis ou prouchains, innumérables finances ou préjudice du Roy et de sa seigneurie , et par espécial Montagu, qui avoit esté un g des principaulx des gouverneurs ; qui fut fort questionné , et tellement qu'il fut ordonné qu'on le prinst et meist en prison en Chastellet , avec plusieurs autres. Et pour faire ceste exécucion , fut commis messire Pierre des Essars , prévost de Paris , garny de grant partie de ses sergens. Et pour l'acompaigner, lui furent baillez de par le duc de Bourgongne, le seigneur de Heilli et de Roubaix, et messire Roland de Hutequerque , lesquelz , tous ensemble, par un certain jour trouvèrent ledit Montagu et avecques lui maistre Martin Gouge , évesque de Chartres , tous deux alans au moustier Saint- Victor pour oyr la messe \ Lequel prévost, acompaigné des dessusdiz, quant il le rencontra , mist la main à lui et audit évesque , en

assemblée jDOiir la réformation des finances. {Chr. de Ch. VI ^ t. IV, p. 271.)

4 . Le Religieux de Saint-Denis dit : Cuni ad domiim suant de Sancto Victore rediret (p. 274). Comme il se rendait de l'abbaye de Saint- Victor à sa maison. L'hôtel de.Montaigu était situé près de la porte Barbette.

leur disant : « Je mets la main à vous de par Fauctorité royale à moy commise en ceste partie » . Et adonc , icellui Montagu , oyant les paroles dudit prévost , fut fort esmerveille et eut très grant fraieur. Mais tantost que le cuer lui fut revenu, il dist audit prévost. « Et tu , ribault traistre , comment es tu si hardi de moy oser toucher! » Lequel prévost lui dist : « 11 n'en yra pas ainsi que vous cuidez. Mais durement comparrez les très grans maulx que vous avez commis et perpétrez. )) Et lors ledit Montagu , non puissant de résister audit prévost ne aux siens , fut lyé et mené moult destroictement ou Chastellet de Paris, et avecques lui Vévesque de Chartres, qui estoit président en la chambre aux géntV^'aulx^ Ouquel lieu par plusieurs fois ledit Montagu fut mis en gehainne et tant , que lui doubtant sa fin , demanda à ung sien confesseur moult diligemment quelle chose il avoit à faire , et il respondi : « Je n'y voy autre remède , fors que vous appeliez du prévost de Paris; « et ainsi en fist-il. Pour quoy ledit prévost ala devers lesdiz seigneurs qui avoient ordonné de le prendre et leur compta Testât de ladicte appellacion , et tantost lesdiz seigneurs à ceste cause convoquèrent le parlement pour discuter et examiner ceste besongne. Et en la fin fut déclairé par les seigneurs dudit parlement, que ladicte appella-

1 . a Unde civitas mota est et cives arma sumpserunt. Quos ta- « men Parisiensis prepositus , Petrus de Essartis , vicos circuiens « cum armatis et damans quod proditores régis tenebat , et quod a eos sollicite custodiret, eos pacificavit, rogans ut mechanicis « artibus et suis negociacionibus vacarent. » (C.hr. de Ch. VI, t. IV, p. 272. ) Montaigu fut arrêté le 7 octobre 1409 et exécuté le 17, comme on le ven-a dans nos pièces justificatives.

cion estoit de nulle valeur. Et pourtant lesdiz seigneurs voians ledit fait eslre arrestë et adjugië, dirent audit prévost : « Va, et sans demeure, toy bien acompaigné du peuple de Paris bien armé , prens ton prisonnier ef expédie la besongne selon justice , et lui fais trencher la teste d'une dolouere , et puis la fais ficher es haies sur une lance. » Après lesquelles paroles, prestement en acomplissant leur commandement, le x vu* jour du mois d'octobre , fist habiller et ordonner le peuple bien armé en la place Maubert et en plusieurs autres quarrefours et lieux , et puis fut mené ledit Montagu , es haies où estoit moult grant peuple , et là , lui fist- on trencher la teste et la mectre , comme dit est , sur le bout d'une lance , et le corps fut pendu pardessoubz les aisselles au gibet de Montfaucon, droit au plus haut estage *.

Geste exécucion fut faicte principalement, comme la renommée couroit , à l'instance et pourchas du duc de Bourgongne , lequel pour la veoir faire manda très grant nombre de nobles hommes de ses pays de Bourgongne , de Flandres et d'Artois ^ Et ung petit devant

i. Le Religieux de Saint-Denis termine son récit par ces détails lugubres : « Nec silendum existimo quod duces prenominali so- « lempnes decuriones miserant, ut referrent ejus verba novissinia; a qui mesti et lacrimosi redierunt, et multis sciscitantibus cur sce- « lera tanti viri non fuerant publicata, retulerunt eum cunctis a assistentibus affirmasse quod tormentorum violencia , qua et « manus delocatas et se ruptuni circa pudenda monstrabat , illa o: confessus fuerat, nec in aliquo culpabilem ducem Aurelianensem M nec se eciam reddebat, nisi in peccuniarum regiarum nimia a consumpcione. s (Ibid.^ p. 276.)

2. a Et estoient à ce tamps dedens Paris, le roy de Navarre, les ducqs de Berry, de Bourgoigne et de Bourbon, et autres. » (Chron. Corel. 16, fol. 336 v^)

que ce advenist, le duc de Bourbon et le conte de Clermont , son filz , se partirent de Paris très indignez pour la prinse dudit Montagu. Et pareillement, le duc d'Orléans, son frère, et tous ceulx tenans ceste bende, furent très desplaisans de sa mort\ mais pour le présent n'en povoient avoir autre chose, car à ce temps n'estoient-ilz point au conseil du Roy. Et lendemain d'icelle exécucion faicte ainsi comme dist est , le duc Guillaume , conte de Haynau , qui para vaut avoit esté mandé par le duc de Bourgongne, vint à Paris. A rencontre duquel alèrent plusieurs grans seigneurs, et fut reçeu très bénignement du Roy et du duc d'Acquitaine et des autres princes. Et à sa venue, lui fut donné et octroie l'ostel dudit Montagu qu'il avoit dedans Paris , comme confisqué , avec tous les biens meubles estans dedens. Et d'autre part , fut mise en la main du Roy la fortresse de Marcoussis, séant à sept lieues de Paris , sur le chemin de Chartres ; laquelle ledit Montagu avoit fait fonder et édifier en son temps. Et se loga prestement ledit duc Guillaume oudit hostel. Et toutes les autres terres et biens quelzconques dudit Montagu furent aussi mises en la main du Roy au préjudice de ses enfans. Ledit Montagu estoit natif de Paris et paravant avoit esté secrétaire du roy Charles le Riche ^, derrenier trespassé. Si estoit gentil homme de par sa mère , et avoit marié trois filles légitimes qu'il avoit , dont en avoit l'une , sire Amé de Roussy, la seconde fut mariée à Jehan de

i . a De celle mort fu le duc d'Orléans moult courouchiés , et oisy furent ceulx à son alliance , et par espécial le duc de Berry. >» (Chron. Cord. 10, fol. 336 v°.)

2. C'est ainsi que iMonstrelet appelle toujours Charles le Sage.

Craon , seigneur de Maubuisson , el la tierce estoit fiancée à Jehan de Meleun, filz au seigneur d'Antoing, mais le mariage ne se parfist point. Et son filz, comme dit est, estoit marié à la fille du seigneur d'Albreth , connestable de France et cousin du Roy.

En après ces besongnes passées , par le dessusdit prévost de Paris furent prins plusieurs gens du Roy, et espécialement ceulx qui estoient ordonnez sur les tribus et revenues , et mesment tous les généraulx , comme les seigneurs de la chambre des généraulx et les présidens et les seigneurs de la chambre des comptes , Perrin Pilot , marchant , et autres , lesquelz furent emprisonnez ou chastel du Louvre et ailleurs. Et quant Le Borgne de Souchal , escuyer du Roy et garde de sa finance, oy dire que le grant maistre d'ostel estoit prins et mis en prison , il fut grandement esmerveillé et moult fut troublé et esmeu , pour quoy il se partit en habit desguisé , secrètement , sur ung moult léger cheval. Dont il fut en grant souspeçon des seigneurs.

En ce temps, Tarcevesque de Sens, frère audit grant maistre d'ostel, Guischard Daulphin et Guillaume, chevaliers , et maistre Gaulthier Col , secrétaire du Roy, par commandement du Roy furent envoiez à Amiens à Fencontre des légaulx du roy d'Angleterre. Lequel arcevesque , assez tost aiant congnoissance de la prinse et emprisonnement de sondit frère , print congié à ses compaignons , si se parti d'Amiens. Et ainsi qu'il s'en aloit légèrement vers Paris , il fut rencontré d'un huissier du Roy venant de Paris, qui prestement le fit prisonnier du Roy, car il avoit lectres et puissance dudit Roy de prendre et emprisonner ledit

arcevesque, à Amiens, ou sur le chemin se d'aventure trouver le povoit. Mais ledit arcevesque moult prudentement, lui respondi promptement par fixion, qu'il estoit tout prest d'aler avecques lui en prison et partout ailleurs. Mais en alant ensemble, ilz vindrent au fleuve d'Oise ,.emprès la praerie de Saint-Leu de Sérens, auquel fleuve il déceut ledit huissier très subtillement. Car quant il fut yssu de la nef avec aucuns de ses gens , il monta sur le plus léger cheval qu'il eust , et s'en fuy tandis que ledit huissier actendoit le retour de la nef qui estoit à l'autre lez dudit fleuve. Dont lui, grandement confus et troublé , retourna à Paris sans son prisonnier*.

Le seigneur de Tignonville , qui estoit du nombre des seigneurs de la chambre des comptes, fut arresté audit lieu d'Amiens par le bailli d'icelle ville, du commandement des princes dessusdiz , et fut emprisonné en l'ostel d'icellui bailli. Mais après ce, quant aux dessusdiz évesque de Chartres et tous autres prisonniers à Paris, suspens et privez de leurs offices, furent caucionnez et eurent grâce d'aler à Paris et ailleurs.

Et pour ce que lesdiz princes et seigneurs ne porent lors entendre au fait de la réformacion dessusdicte , ilz y substituèrent trois contes, c'estassavoir de La Marche , de Vendosme et de Saint-Pol, et aucuns de la chambre de parlement , pour faire ladicte réformacion.

Les gens de guerre qui avoient esté mandez à venir autour de Paris, tant par le duc de Bourgongne comme

i . Le Religieux de Saint-Denis consacre un chapitre à cette évasion. {Chn de Ch. FI, t. IV, p. 280.)

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par les autres seigneurs, furent licenciez et retournèrent chascun es lieux dont ilz estoient venus, en mengant le povre peuple selon la coustume de adonc.

Messire Guischard Daulpliin dessusnommé , fut par lesdiz princes constitué et ordonné à estre souverain maistre d'ostel du Roy ou lieu du défunct Montagu. Lequel Roy adonc estoit malade de sa maladie acoustumée. Et lors, l'évesque de Paris ^ demanda et requist ausdiz seigneurs que par miséricorde en lui laissast oster le corps de son frère du gibet, suppliant et priant piteusement qu'il le peust ensevelir et enterrer. Mais ceste prière et supplicacion ne lui fut point accordée par lesdiz princes. Lequel évesque , oiant ladicte response , se rempli de grande vergongne pour la honteuse mort de son frère et pour la fuite de son autre frère arcevesque de Sens , assez tost après se parti de son siège épiscopal, avecques lui sa belle seur, femme d'icellui Montagu, et aucuns de ses enfans. Car le duc de Berry avoit jà pourveu d'un autre chevalier en l'office de sa chancelerie. Et ala en la terre de sa belle fille , assise en Savoie. Laquelle estoit fille de sire Estienne de La Grandie, jadis président en parlement, et frère au cardinal d'Amiens.

Après, pour ce que Le Borgne Foucault, qui fut appelle aux drois du Roy, ne vint ne comparu , il fut banny par les carrefours de Paris hors du royaume de France, au son de la trompeté. Et pareillement fut banny l'arcevesque de Sens , qui s'estoit rendu fugitif; et plusieurs autres. En oultre, le roy de Navarre , les ducs de Berry, de Bourgongne et de Rolande , les

i. Gérard de Montaigu.

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contes de La Marche et de Vendosme , frères , et plusieurs autres grans seigneurs , alèrent vers la royne de France et le duc d'Acquitaine, son filz, et leur remonstrèrentla cause pour quoy Montagu avoit esté exécute, et aussi quelle chose estoit à faire des inquisicions des arrestz et de la condempnacion des péchans et déclinans, et avec ce, de toute la réformacion «du royaume. Laquelle Royne , en fin , fut assez contente que iceulx seigneurs poursuissent ce qu ilz avoient encommencé, non obstant qu'elle n' estoit pas bien du tout contente de son beau cousin le duc de Bourgongne, lequel avoit si grant gouvernement et puissance ou royaume ; et le doubtoit plus que tous les autres, jà soit qu'elle lui monstrast assez bon semblant par paroles.

Et de rechef fut là traictié le mariage de Loys de Bavière , frère de ladicte Royne , et de la fille du roy de Navarre. Et lui fut donnée la possession du cliastel de Marcoussis avec toutes les appartenances nouvellement confisquées au Roy par la mort du dessusdit Montagu. Laquelle besongne ladicte Royne eut moult grandement agréable. Et après ce que lesdiz seigneurs eurent besongne par aucuns jours audit lieu de Meleun , ilz retournèrent à Paris tous ensemble et prindrent avecques eulx messire Pierre Bochet , président en parlement , et aucuns autres de la chambre des comptes , eulx assemblans chascun jour diligemment et enquérans subtillement pour savoir comment et de quelles personnes, ou temps passé, les finances du Roy ^voient esté receues et despendues. Durant lequel temps, ledit Roy, qui avoit esté moult fort malade retourna en santé , et tant , que le second jour du mois de décembre ala de l'ostel de Saint-Pol, à cheval, ung u 4

haubert veslu soubz sa robe jus à l'église cathédrale de Nostre-Dame , où il fit son oraison ; et portoit derrière lui, ung de ses pages, ung moult belle archigaye'. Et quant il ot fait son oraison , il retourna en sondit hostel de Saint-Pol. Et lendemain , en sa propre personne tint conseil royal, où estoient présens le roy de Navarre , les ducs de Berry, de Bretaigne et de Bourbon. Ouquel conseil fut conciud que le dessusdit Koy manderoit à venir devers lui à la feste de JNoël ensuivant, les ducs d'Orléans, de Bretaigne, de Brabant, de Bar, de Lorraine, les contes d'Alençon, de Savoye, de Plarecourt , d'Armaignac , de Penthièvre et de Namur, et généralement tous les grans seigneurs de son royaume et du Daulphiné avec plusieurs prélas et autres nobles hommes. Et lors , après ledit mandement du Roy, le duc de Bourgongne manda très grant nombre de gens d'armes et de traict en ses pays de Flandres , d'Artois et de Bourgongne , pour la seureté de sa personne.

Ouquel temps , le duc Guillaume , conte de Haynau, ala devers la royne de France, à laquelle il estoit prouchain parent , et qui se tenoit à Meleun , et tant traicta avec elle , qu'elle fut assez contente dudit duc de Bourgongne, lequel elle n'avoit pas bien, paravant, en sa grâce ; et avoit , paravant , fort soustenu sa partie adverse , c'estassavoir la partie d'Orléans.

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