Owen Glendower
se CHRONIQUE [1409]
honnorable et prouffitable qui se pourra trouver, le Roy aura pour agréable.
Et adonc, l'oncle du Roy et l'ainsnë des ducs, c'estassavoir le duc de Berry, se leva tout droit et s'approucha ung peu du Roy devant son siège. Et là, à genoulx ploiez , dist pour lui et pour tous ceulx du sang royal, que toutes les aides que , ilz et cliascun d'eulx, en ses terres levoient et avoient annuellement à ]eurs subgetz , ilz lui quicloient. Et aussi, pour ceste cause , tous les gaiges prouffîz que eulx et cbascun d'eulx , pour les afaires du Roy et pour estre à son conseil, ilz prenoient et levoient annuellement, semblablement ilz le quictoient. Ces choses par ledit duc ainsi dictes et proférées, et par le Roy agréablement reçeues , ledit duc , du commandement du Roy, se rassist.
Après lesquelles choses ainsi faictes et dictes , le conte de Tancarville reprint son propos , disant : que le Roy, qui là estoit présent , révoquoit et rappelloit tous gaiges royaulx baillez et donnez à tous , quelque personne et de quelque condicion qu'il feust , et de fait les adnulloit , et que sur la réformacion et gouvernement des finances de son royaume , le Roy déclairoit son intencion estre telle, que les réformateurs ordonnez de par lui, c'eslassavoir le conte de La Marche , qui estoit vefve de sa femme, fille du roy de Navarre , et son frère le conte de Vendosme , le conte de Saint-Pol, avec aucuns seigneurs du parlement adjoins avecques eulx, réformeront tous ceulx qui s'estoient meslez des finances de ce royaume et de l'ostel du Roy, tous les receveurs du royaume, tant du demaine comme des aides , grenetiers, contre-
roleurs et généralement tous ceulx qui se meslent et s'estoient meslezet entremis des finances de ce royaume, de quelque estât , degré ou condicion qu'ilz soient , soient évesques , arcevesques ou de quelque dignité. En oultre dist ledit proposant , que le Roy vouloit et ordonnoit que en son absence , la Royne , sa compaigne, et avecques elle aucuns du sang royal , gouverneroit et disposeroit de la chose publique de ce royaume, selon ce qu'elle seroit, et verroit bon à faire. Item , dist en après , qu en l'absence de la Royne , le Roy vouloit et ordonnoit que le duc d' Acquitaine , son filz, là présent, en auroit le gouvernement en leur absence, par telle condicion qu'il feroit et useroit par le conseil des ducs de Rerry et de Rourgongne.
Après lesquelles choses par ledit proposant ainsi dictes et faictes, chascun se départi, et le Roy descendi de son siège royal, et, à peu de compaignie, entra en sa chambre pour disner. Et tous les autres seigneurs , princes , chevaliers , clergié et populaires , s'en râlèrent en leurs hosteJz. Et le disner fuié, la Royne s'en parti et s'en râla , et laissa sondit filz avecques le Roy, ce jour, qui estoit la veille de la Circunsicion , et puis s'en ala au Rois de Vinciennes, elle et ses gens. Et lendemain , qui fut le jour de ladicte Circunsicion, du matin, le duc de Bourgongne, qui tout seul avoit plus de princes , de chevaliers et de gentilz hommes que tous les autres, donna cedit jour largement; et donna plus de joiaulx tout seul que tous les autres princes estans ce jour à Paris. Lesquelz joiaulx on a acoustumé à les donner cedit jourV Et les donna à tous ses che-
1 . C'est-à-dire le premier jour de Pan. Cet usage est constamment
valiers et les nobles de son hostel. Lesquelz dons et joiaulx, selon Testimacion de commune voix et renommée, montoient bien à la somme de quatorze mille florins d'or. Et lesdiz dons estoient en certaine significacion , car ilz estoient en semblance de ligne ou d'une rigle qu'on appelle nivel de maçon , tant d'or comme d'argent doré , et à cliascun bout de chascun nyvel pendoit à une chaynète d'or ou dorée , la semblance d'un plommet d'or. Laquelle chose estoit en significacion , comme on povoit croire et penser, que ce qui estoit fait par aspre et indirecte voie, seroit aplanyé et mis à son reigle, et le feroit mectre et mec-^ troit à droicte ligne.
Item, et le jour des Roys ensuivant ', le roy de Cécile , aussi mandé par le Koy, entra en Paris. Lequel venoit de la cité de Pise, de devers le pape Alixandre Quint^ Et fist son entrée à grant compaignie de princes et de clergié , qui estoient alez environ et à Tencontre de lui. Et ung peu après y entra le cardinal de Turin, envoyé de par nostre saint père le pape envers le Roy, lequel fut reçeu en grant honneur. Et aussi fut Pliilbert de Lignac^ grant-maistre de Rodes , chef de la religion de Saint-Jehan de Jhérusalem, lequel venoit d'Angleterre. Et est vérité qu'en ce temps le Roy donna congié a ceulx qu'il avoit mandez et pareillement le duc de Rourgongne à ses gens, excepté qu'il retint de
attesté par les comptes royaux, et même il est à remarquer que ces présents y sont appelés • Étrennes données au premier jour de l'an.