CHAPITRE LXVllI
Comment le seigneur de Crouy fut prins de ceulx tenans le parti d'Orléans en alant en ambaxade devers le duc de Berry de par le duc de Bourgongne.
Item , après toutes ces besongnes , le duc de Bourgongne envoia trois de ses conseillers ambaxadeurs , c'estassavoir les seigneurs de Crouy et de Dours, chevaliers , et maistre Raoul le Maistre , chanoine de Tournay et d'Amiens , licencie en lois , à Paris, devers le Roy et son conseil pour aucuns ses afaires, et de là devers le duc de Berry, son oncle et son parrain , à Bourges. Mais quant ilz furent entre Orléans et ladicte ville de Bourges, ledit seigneur de Crouy fut prins et retenu des gens du duc d'Orléans tout seul , le vendredi pènultime jour de janvier. Et ne fut baillé nul empeschement à nul de aultres, ne à leurs serviteurs. Et de là fut mené en ung chastel à trois lieues près de la ville de Blois. Et lendemain , fut fort examiné et interrogué très rigoreusement sur la mort du duc d'Orléans défunct, et de fait fut gehayné pour savoir s'il en avoitesté complice ou consentant. Mais onques pour chose qu'on lui feist , ne congneut riens qui lui tOLirnast à préjudice. Et le dimenche ensuivant fut mené à Blois et mis en une prison moult destroitement. Et les autres ambaxadeurs dessusnommez s'en alèrent devers le duc de Berry, et lui dirent et exposèrent leur légacion et ce qu'ilz avoient de charge de par ledit duc de Bourgongne. Et après lui prièrent
humblement qu'il voulsist tant faire au duc d'Orléans que icellui seigneur de Crouy feust délivré hors de ses mains, et lui racomptèrent premier la manière de sa prinse. Lequel duc de Berry, tantost rempli de grant fureur et courroux , envoya ses lectres signées de sa main devers ledit duc d'Orléans , contenans que tantost et sans délay il lui envoiast ledit prisonnier, lequel alant devers lui a voit esté prins desraisonnablement , et se ainsi ne le faisoit , il le tenoit pour son ennemi. Ausquelles lectres ledit duc d'Orléans rescripvi à son oncle assez courtoisement , en soy excusant de ladicte prinse et aussi en prolonguant la besongne. Et peu de jours après, le Roy et le duc d'Acquitaine , auxquelz ladicte prinse estoit jà apparue pareillement, escripvirent et mandèrent au duc d'Orléans que incontinent délivrast ledit de Crouy, sur autant qu'il les doubtoit à courroucer. Néantmoins , pour quelques lectres ou mandemens qui lui feussent envoiez ne le vouloit délivrer, mais qui plus est, fut détenu prisonnier destroictement et en grant rigueur comme dit est, et par plusieurs fois diversement examiné et questionné. Et ce pendant , les autres ambaxadeurs envoièrent leurs messages devers le duc de Bourgongne et lui notifièrent la prinse dessusdicte et les diligences qu'ilz avoient faictes pour sa délivrance. Lequel duc ne le print point bien en gré, mais en fut moult troublé , car moult amoit ledit seigneur de Croy. Et pour ce , lui considérant ceste entreprinse et aucunes autres qui s'estoient faictes sur ses gens et autres ses favorables , afin de y résister et pourveoir se besoin g lui estoit , se disposa de tout son povoir à assembler finances , et tant , que aux Gantois vendi ses confisca-
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cions, et à aucuns autres Flamens rendi leurs libertez pour argent. Et mena son filz, le conte de Charrolois *, en plusieurs villes de Flandres pour leur monstrer leur seigneur à venir, et à cesle occasion en récent plusieurs dons, et après tint ung grant conseil sur ses afaires en la cité de Tournay avecques ses deux serourges , c'estassavoir le duc Guillaume , conte de Haynnau, et l'évesque de Liège; et si y estoit le conte de Namur et plusieurs autres grans seigneurs des marches de l'empire , auxquelz il requist leur service et aide se besoing lui estoit , contre tous ses adversaires , et par espécial contre le duc d'Orléans , ses frères, et leurs allez. Lequel service ilz lui promirent à faire libéralment en tout ce qui leur seroit possible. Et de là , après lesdictes promesses, vint à Lisle. Duquel lieu vint devers lui le mareschal Bouciquault, naguères gouverneur de Gennes , lequel il reçeut très agréablement et le mena avecques lui en sa ville d'Ârras. Et là évoqua tous les seigneurs et autres nobles hommes de son pays d'Artois et des dépendences , lesquelz assemblez en la sale de son hostel , tant par sa bouche comme par maistre Guillaume Bouvier, chevalier, licencié en lois , exposa et fist exposer comment tous les jours ses adversaires s'esforçoient de prendre et emprisonner ses gens et de fait a voient prins et emprisonné le seigneur de Crouy. Pour quoy, à tous ceulx qui là estoient venus à son mandement , il leur prioit qu'ilz lui feussent loiaulx , et que se besoing lui estoit, que pour souldées avoir ilz le voulsissent servir; et que ilz sceussent certaine-