‹ La chroniqueChapitre 60 sur 196 · Plus tard Philippe le Bon , duc de Bourgogne · texte numérisé non relu

Plus tard Philippe le Bon , duc de Bourgogne

inent que c estoit pour la seureté de lui et aussi du Roy et de son filz le duc d'Acquitaine, du ceptre royal, et à la conservacion de la couronne de ce noble royaume, ce qu'il avoit fait contre le duc d'Orléans père du duc présent. De laquelle mort , naguères la paix fut faicte par le Roy en la cité de Chartres et escripte en lectres royaulx. Et se il y a aucunes condicions contenues èsdictes lectres qui restent encores à acomplir de par moy, je suis tout prest et appareillé par fait et par œuvre à paracomplir si avant et oultre que raison donra, jusques à pleine satisfaction. Ces choses ainsi dictes, tous les chevaliers et nobles respondirent tous à une voix que de tout leur povoir ilz le serviroient. Et de là, chascun s'en retourna en son pays et lieu dont il estoit.

Ledit mareschal Bouciquault vint à Paris, et la , en plein conseil royal où le duc d'Acquitaine estoit présent ou lieu de son père le Roy, accusa les Genevois en moult de manières, et se excusa moult fort devers le duc d'Acquitaine et le grant conseil , en priant moult fort que pour les combatre et subjuguer, finances et gens d'armes lui feussent baillez. A laquelle requeste on différa de lui respondre et lui fut jour assigné. Pendant lequel jour s'en ala devers les aulres seigneurs du sang royal, lesquelz il pria moult d'estre ses moiens envers le Roy et son conseil afin qu'il feust expédié. Et adonc ledit conseil et les Trois Estas ordonnèrent que dedens le jour de Pasques lesdiz Genevois seroient évoqués et appeliez a comparoir pardevant eulx à Paris, où lors dévoient estre plusieurs nobles et gens d'église pour autres afaires , c'estassavoir pour avoir leur consentement que ledit duc d'Ac-

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quitaine soit constitué et establi régent du royaume de France , car ceulx de Paris le veulent et désirent sur toutes autres choses. Laquelle besongne venue à la congnoissance du duc de Berry, n'en fut point content. Et pour y obvier escripvi moult notablement au duc d'Acquitaine , à la Roy ne sa mère , et au grant conseil du sang royal, en remonstrant plusieurs causes raisonnables pour quoy ce ne se povoit faire actendu la jeunesse d'icellui , disant et affermant en oultre que de tout son povoir et selon ce que pieçà avecques son frère de bonne mémoire , Phelippe , duc de Bourgongne , il avoit promis et juré sur le saint précieux corps de Nostre-Seigneur Jhésucrist que son seigneur et nepveu il garderoit et défendroit envers et contre tous jusques à la mort.

Et pendant que ces besongnes se traictoient, le Roy, qui estoit malade, retourna en santé, et par ainsi le duc d'Acquitaine ne fut point régent ; dont ledit duc de Berry fut moult joieux et en son cuer appaisié.

En après, pour le grant débat qui estoit apparent entre les ducs d'Orléans et de Bourgongne , fut défendu de par le Roy par ses lectres royaulx scellées de son grant seel, par ses bailliages, senescliaulcies , viscontez et prévostez de tout son royaume , et publiées par tous lesdiz lieux, que nulz nobles, de quelque noblesse qu'ilz feussent ou de quelque prééminence , n'alassent au mandement de Tune partie ne de l'autre, ne que à l'un ne à l'autre nul ne présumast de les servir en armes, sur la confiscacion de tous ses biens. Et tantost, le mercredi de la sepmaine peneuse, le duc de Bourbon et le conte de Vertus , frère au duc d'Oru 8

ieans, à tout cinq cens bacinets , vindrent à Clermont en Beauvoisis et descendirent par la Normandie. Mais le conte de Vertus ne demoura mie longuement là , ains print une partie de ses gens d'armes et se parti dudit duc de Bourbon , et s'en ala es parties de Soissonnois et de Valois et en la baronnie de Coucy, qui estoient à son frère le duc d'Orléans, et là mist lesdictes gens d'armes en garnison.

Et est vérité que quant le duc de Bourgongne , qui estoit adonc à Arras, oy ces nouvelles, il en fut moult troublé, et le plus brief qu'il pot manda de toutes pars gens de guerre, et qu'ilz feussent tous ou chastel en Cambrésis le pénultime jour d'avril. Mais quant ce vint à la congnoissance du Boy et de son conseil , il envoya tantost devers lesdiz ducs, notables et solennelz ambaxadeurs , et leur manda et fist faire défense sur peine de confiscacion de tous leurs biens et de leurs seigneuries , et avecques ce d'estre tenus et réputez ennemis à lui et à tout son royaume , qu'ilz se gardassent de faire nulles entreprises l'un contre l'autre , mais feissent retraire leurs gens d'armes. Auquel commandement ilz obéirent pour ceste fois tous deux assez humblement, et se abstindrent par certain espace de temps.

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DE L'AN MCCCCXI.

[Du 12 avril 1411 au 3 avril 1412.]

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