‹ La chroniqueChapitre 76 sur 196 · CHAPITRE LXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVI

Comment les Parisiens se mirent en armes contre ceulx de la partie d'Orléans, et comment la guerre se commença à esmouvoir en plusieurs parties du ro^-aume de France.

En ce temps , le roy de France, qui par longtemps avoit esté en bonne santé, renchey en sa maladie. Pour laquelle cause , pour les afaires et pour les discors des besongnes et régime du royaume qu'on traietoit à Meleun , les bouchers de Paris , qui devant les autres, de quelque métier qu'ilz soient, sont plus privilégiez et plus fors, doubtans que par le grant labeur de la Royne et de Charles Cudoë, prévost des marchans , les ducs de Berry et de Bretaingne ne feussent mis du tout au gouvernement du royaume ; par le moien d'un de leurs maistres, nommé Thomas Legois*, homme de grant aage , se mirent en armes ^, convinrent et déterminèrent ensemble que les deux ducs dessusdiz n'aroient point le gouvernement du royaume,

1 . INotre texte et le ms. 8345 portent Thomas Legris. Mais c'est Legois qu'il faut lire, comme au Suppl. fr. 93.

2. Ju vénal dit que ce fut à l'instigation du comte de Saint-Pol. « Le comte de Sainct-Paul , en faveur du duc de Bourgongne , sousleva et mit sus les bouchers de Paris, c'est à sçavoir les Gois, les Sainctyons, et les Tybers. » (Voy. le Ch. VI de Godefroi y p. 224).

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mais seroit baille au duc d'Âcquitaine, auquel ilz conseillèrent et exhortèrent que, pour le bien du Roy son père et de tout le royaume, il preist le gouvernement , et en tous ses afaires quelconques lui promirent faire confort , aide et service loyaument jusques à la mort \ Lequel duc d'Acquitaine s'enclina tantost à leur requeste et leur octroya ce qu'ilz vouloient. Et ce fait , ledit prévost des marchans et les autres de Paris en très grant nombre , lesquelz ilz souspeçonnoient estre favorables au duc d'Orléans , de Berry, de Bretaigne et de Bourbon, et autres de ceste aliance, firent sommer au son de la trompeté, par les carrefours de Paris, qu'ilz se partissent dedens certains jours ensuivans d'icelle ville , sur peine capitale. Après lequel cry et publicacion, vuidèrent lors de ladicte ville, sans les familles des dessusdiz seigneurs , jusques au nombre de douze cens personnes, tant hommes comme femmes. Et peu de temps après , le duc de Bretaigne , oiant les commocions dessusdictes, print congié à la Royne qui estoit à Meleun , et s'en retourna en son pays de Bretaigne. Et alors, les bouchers, le quartier des haies et la plus grant partie des Parisiens, estoient du tout affectez au duc Jehan de Bourgongne , et ne désiroient que nul eust le gouvernement du Roy et de son royaume si non lui, et ceulx qu'ilz sca voient estre ses amis et favorables. Et pourvray, il faisoit en ce temps très périlleux en icelle ville pour nobles hommes de quelque partie qu'ilz feussent, par ce que le peuple et

1 . Selon Juvénal, les séditieux allèrent beaucoup plus loin. « Et faisoient entendre au peuple, et de faict esenvoient aux bonnes villes , qu'ils vouloient faire un nouveau Roy et priver ses enfans de la couronne. >• (Ibid.^ p. 223.)

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commun dessusdit avoient grant partie de la dominacion dedens icelle \

Et, ce pendant, le duc d'Orléans et ses aliez et subgectz s'efTorçoient chascun jour de assembler le plus grant nombre de gens de guerre qu'ilz povoient avoir de tout leur pays. Et mesmement le duc de Bourbon et le conte d'Alençon vindrent en ces jours en grant compaignie en la ville de Roye en Vermendois, laquelle ville est au roy de France, et entrèrent ens à heure de midi , plus par fraulde et subtilité que par force d'armes , car les habitans d'icelle ne se doubtoient point pour lors de nulle guerre. Et quant ilz eurent là disné, ilz mandèrent les gouverneurs de ladicte ville et leur ordonnèrent , bon gré mal gré , à recevoir par eulx garnison de gens d'armes. Et puis chevauchèrent oultre et alèrent à Neelle en Vermendois, appartenant au conte de Dampmartin , où ilz mirent pareillement garnison. Et de là, envoyèrent sire Clugnet de Brabant , qui estoit avecques eulx , messire Manecier Quarré et aucuns autres capitaines, très bien acompaignez, en la ville de Hem en Vermendois, qui estoit au duc d'Orléans. Et depuis retournèrent à Chauny sur Oise, où ilz laissèrent aussi garnison. Et en plusieurs autres lieux , tant de leurs seigneuries comme de ceulx tenans leur party, mirent gens de guerre. Et qui plus est , le duc de Bourbon retourna en sa ville

1 . « En ce temps, })rindrent ceulx de Paris chapperons de drap pers et la croix Saint-Andrieu , un J. au milieu de la croix, ung escu à la fleur de lis ; et en maint de quinze jours avoit à Paris cent milliers que hommes que enfans, signez de laditte croix; car nul n'yssoit de Paris qui ne l'avoit. » ( Journal d'an Bourgeois de Paris , dans La Barre , p. 5.)

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de Clermont*, du voyage dessusdit, garnit sadicte ville et ses fortresses , et avecques ce toutes les autres places de sadicte conté de Clermont.

Après lesquelles garnisons ainsi assises, comme dit est , se commença la guerre tout à cop entre icelles parties; c'estassavoir entre le duc d'Orléans, ses frères, aliez , subjetz et bien vueillans , d'une part , contre le duc Jehan de Bourgongne et les siens. Lequel duc de Bourgongne , actendant du tout la guerre , fist pareillement mectre garnison en plusieurs de ses villes et fortresses , et de ses amis et aliez , pour résister contre ses adversaires. Et de sa personne se tenoit en ses pays de Flandres , où il se préparoit en toute diligence et puissance pour venir à ost , en grande multitude , asséger, combatre et rebouter sesdiz adversaires. Lesquelz de prime face coururent en plusieurs et divers lieux de son pays d'Artois, tant de ses subgetz comme de ceulx tenans son parti , et y firent plusieurs grans dommages, tant de prendre prisonniers avec tous leurs biens, comme de emmener grans proies en leurs garnisons. Et d'autre part les Bourguignons ne se faignoient point de faire le cas pareil sur ceulx qu'ilz sçav oient estre leurs adversaires, et coururent très souvent jusques en la conté de Clermont et autres lieux. Et quant d'aventure ilz rencontroient l'un l'autre , les ungs crioient Orléans! et les autres Bourgongne! Et par ainsi, à cause de ceste mauldite guerre, plusieurs et divers pays estoient pour ce temps en grans tribulacions. Néantmoins ledit duc de Bourgongne avoit le Roy de son parti. Car ceulx qui gouvernoient ledit

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