CHAPITRE LXXV
Comment le duc de Bourgongne escripvi et envoia ses leclres au bailli d'Amiens et à ceulx de la loy de ladicte ville , et la teneur d'icelles.
Or est vérité que le duc Jehan de Bourgongne , doublant que ses amis , aliez et subgetz ne délaiassent aucunement à le servir en ses afaires par le moien et crainte du mandement royal qui avoit esté publié par tous les bailliages du royaume de France, contenant, comme il peut plus plenement apparoir par la copie d'icellui cy-devant escripte , que nul dudit royaume ne feust si hardi de soy mectre sus en armes pour servir les ducs d'Orléans et de Bourgongne, ne nul d'iceulx, pour mener guerre Tun contre l'autre, si escripvi lectres au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, au maieur et eschevins dudit lieu et à chascun d'eulx. Desquelles la copie s'ensuit :
« Très chers et bien aymez. Nous avons entendu de plusieurs, que par le mandement de monseigneur le Roy vous avez défendu généralement à tous subgetz et autres, que nul à nostre instance, ne de noz adversaires, ne se arme. Lesquelles défenses sont faictes de par ledit monseigneur le Roy pour ce qu'il avoit entencion , propos et voulenté de mettre paix et concorde entre nous et noz adversaires. Pour quoy il a plusieurs foiz envoie ses ambaxadeurs et messages espéciaulx , tant devers nous comme devers nosdiz ennemis; auxquelz nous avons tousjours respondu comme féables , vrais et loy aulx subgetz et serviteurs dudit monseigneur le Roy, et tant que Dieu mercy
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toutes les responses qui ont esté faictes ont esté tendans à bonne paix et union, et lui ont esté plaisans et agréables. Mais noz adversaires et ennemis, en continuant leur mauvais , dampnable et desloyal propos et voulenté, laquelle ilz ont tousjours eue et ont encores vers monseigneur le Roy et sa noble généracion et le bien de son royaume , ont fait tout le contraire et ont tousjours respondu en dissimulant et prolonguant le temps soubz feintes, faulses et mauvaises couleurs, durant le temps que ma trèsredoubtée dame madame la Roy ne, nostre trèsclier oncle et seigneur monseigneur le duc de Berry, et nostre trèscher frère monseigneur le duc de Bretaigne, qui se sont mis ensemble par F ordonnance et bon plaisir de monseigneur le Roy à trouver et quérir aucun bon moien de bonne paix entre nous et noz adversaires, ces faulx et desloiaulx traistres, rebelles et inobédiens, Charles, qui se dit duc d'Orléans, et ses frères , qui nous ont envoyé leurs défiances et qui , devant icelles , se sont plusieurs foiz efforcez desloialement et traistreusexnent contre leur serement, nous ont diffamé , dommage et deslionnouré, et , ce tant de fait comme autrement, pourchacié. Laquelle chose, au plaisir de Dieu , n'est point en sa puissance, ne ne sera se Dieu plaisl, qui scet et congnoist l'entière et parfaite loyaulté que nous avons et aurons tant que nous vivrons à nostredit seigneur le Roy, à sa généracion et au bien de son royaume , pour lequel nous avons et voulons tousjours mectre cuer, corps, finances, puissance et tout ce généralement que Dieu nous a donné, et pour lequel nous feismes et commandasmes estre fait tout ce généralement que nous feismes , sans avoir autre regard. Et ne sommes diffamez, ne dom-
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magez en corps ne en biens, en honneur ou autrement amendris par si faulx, mauvais et desloyaulx traistres, rebelles et inobédiens à nostredit seigneur le Roy, ainsi que sont les devantdiz Charles et ses frères , qui sont venus et yssus de si faulx , mauvais et desloial traistre comme a este leur père , ainsi qu'il est tout notoire et commun par tout le royaume. Et vraiment nous tenons que onques ne fut Tentencion de nostre seigneur le Roy de vouloir empescher que tous noz bons parens , amis , aliez , subgetz , serviteurs et bien vueillans loisiblement et raisonnablement ne puissent venir à nous acompaigner et servir contre nosdiz adversaires à garder nostre honneur et icelle maintenir et défendre avecques nosdiz subgetz. Pour ce, nous vous prions et requérons tant et si affectueusement comme nous povons , qu'il vous plaise , noz bien vueillans et amis quelzconques demourans en vostre bailliage et tous autres alans et passans parmy, laisser franchement venir à nous et en nostre service sans à eulx donner ne souffrir estre donné par quelque manière que ce soit aucun empeschement, en corps ou en biens. Et vous povez tenir seurs et acertenez que tout ce que nous avons en entencion et propos de faire, est et sera pour le bien et seureté de monseigneur le Roy, de sa généracion et de tous son royaume, et a la confusion et destruction de ceulx qui sont et ont esté envers lui faulx, mauvais, desléaulx, traistres rebelles et inobédiens. Et s'il est chose qui vous plaise que puissions faire, signifiez le nous et nous le ferons dç très bon cuer. Très chers et bons amis , le Saint- Esperit vous ait en sa saincte garde. Escript en nostre ville de Douay, le xini*' jour d'aoust. »
Il il
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Auxquelles lectres, Ferry de Haiigest, qui lors estoit bailli d'Amiens , et tous autres qui avoienl le gouvernement de la justice, furent très contens de favoriser et eulx encliner à la requeste dudit duc de Bour-
gongne.