Villers-Cotterets, anciennement Villiers-Col-de-Rets
^14 CHRONIQUE [i/tH]
seulement iceulx , mais toutes les fortresses de ladicte terre, quant ilz eurent oy la nouvelle de la reddicion de Pierrefons, tant fort chastel , se rendirent sans faire résistance audit conte , ou nom du Roy, lequel mist partout garnison de ses gens. Et puis, par Soissonnois s'en ala vers Coucy, ouquel lieu, comme dessus est dit, estoit messire Robert d'Esne et Rigault de Fontaines , et plusieurs autres gentilz hommes tenans le parti du duc d'Orléans. Et dedens la ville dudit lieu de Coucy estoit capitaine messire Enguerran de Fontaines, et avecques lui estoient plusieurs autres nobles hommes. Lesquelz, quant ilz eurent eu conseil l'un avecques l'autre , de prime face rendirent la ville et s'en alèrent avecques leurs biens. Et ledit conte, avecques ses gens, se loga dedens icelle ville et en aucunes maisons au dehors. Si fist sommer ledit messire Robert qu'il lui rendeist la fortresse pour et ou nom du Roy, ce que pas ne voult faire, mais respondi que le duc d'Orléans , son seigneur, lui avoit baillé en garde et fait faire serement de le non rendre sans son sceu ou son commandement. Et aussi estoit elle très liabondamment pourveue de vivres et habillemens de guerre et autres besongnes neccessaires , pour quoy il ne doubtoit nullement estre prins de force, et avoit espérance que ou temps qu'il le tiendroit , aucuns moiens se trouveroient par lesquelz sondit seigneur et maistre rentreroit en la grâce du Roy. Néantmoins, sa response oye, le dessusdit conte Walerand fist environner la fortresse et loger ses gens assez près, et icelle très fort combatre et traveiller de canons et autres habillemens de guerre. Et entre les autres choses, fist emploier mineurs à grant foison pour miner la porte de la bas-
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tille, nommée la Porte maistre Odon, qui estoit pour autant de chose ung aussi beau fort et aussi notable édifice qui feust h \ingt lieues à la ronde d'icelle. Et avecques ce minèrent au dessoubz d'autres grosses tours, et tant continuèrent en ceste oeuvre que la besongne fut preste pour bouter le feu dedens. Et en fin , après ce que icellui messire Robert de rechef eut esté somme de lui rendre et que point n'y vouloit entendre, fut par ledit conte ordonne par ung certain jour que toutes ses gens se meissent en armes, prestz pour assaillir se besoing estoit. Après laquelle ordonnance et que tout fut prest , fist bouter les feux dedens. Lequel feu , par le moien des aprestemens qui subtilement estoient faiz dedens, icelle mine tant continua, que finablement la plus grant partie de ladicte porte fut confondue et chey tout à plat * . Mais tant de bien y eut pour les assègez, que le mur qui estoit vers eulx demoura entier, et par ainsi lesdiz gens d'armes ne eurent giières d'avantage pour les enva^T. Si y furent aucuns , tant de l'une partie comme de l'autre, à ceste besongne mors et navrez. Et pareillement fut partie une tour cornière % qui estoit assez puissant, et ne peut cheoir tous jus, pour le mur de la ville auquel elle se apuya. Si demoura, sur ladicte partie ainsi cheue , ung homme de gvierre qui estoit sus pour la défendre contre les asségans, lequel fut en très grant péril de sa vie , mais en fin, par la diligence
1 . A cette époque Part du mineur se bornait à pratiquer des excavations soutenues par des piliers de bois auxquels on mettait le feu, lequel ne pouvait gagner promptement. Par conséquent il n'y avait ni explosion ni résultat instantané.