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ils persévéraient dans leurs désordres, de sorte que Luce IT, lui permit de suspendre tous les prêtres de son diocèse qui entreliendraient des concubines, quarante jours après leur avoir enjoint de s’en défaire, et lui commanda d'interdire les réjractaires. Davantage, Gilon, légat en France, renouvela la bulle de Luce IL, excommunia tous les prêtres qui n’abandonneraient point leurs impudiques après en avoir élé avertis. Enfin le Concile de Sens tenu en 1269 publia ce mandement, et Pierre, archevêque de Sens, qui y présidait et qui était alors métropolitain de Paris, commanda, en vertu d’obédience, à lous les prélats de corriger en secret et dans les synodes leurs prêtres concubinaires. Il leur ordonna pareillement de les excommunier et de se saisir de leurs bénéfices s'its continuaient et les menaça eux-mêmes d’être soupconnés de semblable crime et de leur faire sentir la vengeance ordonnée par les Canons, s'ils apportaient de la nonchalance à l'exécution de ce règlement. Nonobslant tant de précautions, Abélard
corrompit sourdement Héloïse, dans le cloître
hi * LA GHRONIQUE SCANDALEUSE DE PARIS
Notre-Dame, et fut contraint d’expier cette honte par le mariage, et peut-être par quelque chose de plus fâcheux. Jean de Montmorency, chanoine et sous-diacre de Paris entretint publiquement une concubine, sans que ses confrères, qui le savaient, songeassent seulement à se plaindre ; sans doute qu'il l'aurait toujours entretenue, si l’évêque Renoul ne fût venu pour celu au chapitre et n’eût exhorté le doyen el les chanoines de corriger et de punir ce concubinaire : depuis on a élé contraint dans les synodes de Paris, d’obliger les prêtres à révéler les noms des prêtres qui mèneraient une vie dissolue, et en 1503, on renouvela ce statut dans une assemblée de curés et de vicaires de la ville, où présida Pinelle, professeur de philosophie, chanoine et chancelier de Notre-Dame et vi-
caire d'Etienne du Poncher (à).
(1) Cf. Introduction, page 27, note.
Tout ce développement a été résumé par Sauval dans les quelques lignes suivantes :
« L'évêque Maurice, Luce III et Gilon légat en France n’abolirent pas ces scandales par les censures de l'Eglise
et les peines qu'il leur imposait comme je ferai voir ailleurs. .
Je doute même si en 1269 le Concile de Sens le supprima
I semble qu'un certain libertin nommé Amaury,
natif du pays chartrain, jeta les semences de ces
. dérèglements sous Philippe- Auguste et qu'il les
fomenta par des opinions erronées. Î[ savait toutes
les subtilités de la philosophie et de la théologie et en abusait de telle sorte qu'il amphfiait le pou-
voir de la charité jusqu'à lui donner une étendue
presque infinie, et voluptueuse, si j'ose ainsi parler. A son avis les prostitutions étaient des plai-
sirs innocents et les adultères des voluptés per-
mises, chacun s’en pouvait saoûler sans offenser
Dieu, pourvu que ce fût par charité : et Dieu n'était pas juste, mais doux, clément et miséricor-
dieux. Avec une doctrine si charnelle il empoi-
sonna quantité de monde. Quand le Pape et l’'Uni-
pour quelque temps, vous savez qu’Abélard corrompit dans
le cloître de Notre-Dame la fille savante Héloïse.
Vous verrez en son lieu que l’évêque Renoul en 1286 engagea le chapitre à défendre à Jean de Montmorency, chanoine et sous-diacre à Paris d'abandonner une concubine qu'il entretenait tout publiquement.
Vous savez que le Père Du Breul dit que pendant sa jeu-
-nêsse, il vit exposer un prêtre à l'échelle qu’il y avait alors
au Parvis Notre-Dame avec un écriteau sur le dos où 8e lisait en gros caractère : Propter fornicationem. »
versité le contraignirent d’abjurer publiquement son hérésie, il le fit en apparence et en public, mais 1l la proïfessa en fait dans le cœur. En secret, il l'enseigna jusqu à la mort à ceux qui voulurent écouter et, quoiqu on put faire, ses opinions lui survécurent. De ses sectaires, les uns furent brûlés, les autres prisonniers. Quant à lui il fut excommunié, déterré et traîné à la voirie, on brûla les livres de métaphysique d’Aristote, d'où on prétendait qu'il avait tiré son libertinage. Si on pardonna aux femmes et aux autres personnes faibles qui faisaient profession de son hérésie, ce fut à cause de leur imbécilité et de leur ignorance. Au reste, la ruine d'une si dangereuse secte n'arrêta pas le cours des dissolutions. Pierre, chantre de Notre-Dame, Foulques, curé de Neuilly, Pierre de Roissy, chancelier de l'église de Chartres, Guillaume de Séligny,évêque de Paris, saint Louis et Jean Tisserant, cordelier, tâchèrent vainement de convertir les femmes publiques, tantôt par la sainte vie qu'ils menaient et qu'ils pré- |
chaient, tantôt par les menaces et par la rigueur,
tantôt par l'esprit de mansuétude qui est si propre à gagner le cœur du peuple. Foulques montrait au doigt et chargeait de malédictions, en présence de tout le monde, les RILSE qui ne se rendaient pas à ses remontrances, il appelait Juments du Diable,
les femmes qu’ils entretenaient. Il les remplit la plupart d'une si sainte horreur, et leur donna tant de terreur des châtiments de l’autre vie, que les unes se marièrent, les autres s’arrachèrent les cheveux, celles-ci expièrent leurs crimes par des pèlerinages et par des austérités, celles-là crucifièrent leur chair et leurs passions dans l’abbaye de Saint- Antoine-des-Champs, qu'on fonda pour elles.
D'autre part Saint Louis les bannit (1), il bailla
(1) Dès l’origine le pouvoir royal s'était efforcé de réformer les mœurs, et l’on cite souvent, d’après le recueil de Baluze, une ordonnance de Charlemagne infligeant aux « filles publiques et maquerelles », la peine du fouet, et condamnant toute personne chez qui elles seraient trouvées à les porter sur son cou jusqu'au marché public, sous peine d’y être conduit lui-même et flagellé.
C'est en décembre 1254 que Louis IX rendit une ordonnance contre les prostituées. Les termes de l’article 27 sont ceux que reproduit Sauval « item soient boutées hors communes ribaudes, tant de champs comme de villes et faites les monitions et deffenses, leurs biens soient pris par les juges des
aux juges des lieux où elles se retiraient tous leurs meubles et tous leurs biens jusqu'à la cote et pélisson, pour me servir des termes du temps, et confisqua les maisons qui leur seraient louées tant par les complices et les ministres de leurs débauches que par les personnes informées de leur mauvaise vie. Par cette rigueur il envenima le mal au lieu de le guérir et se vit à la fin réduit à le tolérer, comme on fait des stériités, des orages el les
autres désordres de la nature : car, par une autre
lieux, ou par leur autorité, el si soient dépouillées jusqu’à la cote ou au pelicon, et qui loucra maison à ribaude ou recevra ribauderie en sa maison, il soit tenu de payer au baillji du lieu ou au prévost ou au juge autant comme la pension vaut en un an » (Ordonnances des rois de la troisième race).
Bien loin que de détruire la prostitution, ainsi que l'avait espéré saint Louis, cette ordonnance, qui fut d’ailleurs appliquée avec rigueur (Delamarre, Traité de la police, p. 442) la rendit seulement plus clandestine ce qui est à dire moins surveillée et plus dangereuse. Deux ans plus tard le
roi se décida à tolérer ce qu'il ne pouvait emyêcher. Une .
ordonnance désignait les rues et les maisons que les prostituées devraient habiter, les habits qu’elles devraient porter et l’heure où elles seraient obligées de quitter les lieux de leur débauche.
Par un retour à sa vérité première saint Louis, comme il partait pour la Croisade (1269) donna l’ordre de détruire tous les lieux de débauches : ces mesures de rigueur, dont Sauval ne parle pas, ne furent point au reste appliquées.
ac
ordonnance, il lui a fallu souffrir les impudiques,
condition qu'ainsi que des personnes conta-
gieuses, ( elles demeureraient en aucune bonne
ville, ou que ce serait hors des murs, dans des heux écartés et loin des cimetières, des églises et des autres maisons d’oraisons : que ceux qui les retireraient à quelqu'un de ces endroits paieraient une année de loyer aux commissaires dé-
putés pour veiller à l'exécution de sa volonté, et
que ceux de ces officiers qui les fréquenteraient,
seraient flétris d'un éternel opprobre, et décla-
rés incapables de rendre témoignage en jus-
tice ».
Depuis, 1l lui fallut encore acquiescer davantage à la fragilité du sexe et à la corruption du siècle,
car il les admit ( dans les villes, à la charge qu’elles
ne demeureraient que dans les rues reculées et séparées de celles des gens d'honneur, et qu'on ne leur louerait point de logis en d’autres
quartiers, à peine de perte des loyers et d’autres
«châtiments ». Finalement, il leur établit, ou il fut
contraint de leur établir, des asiles et des lieux de
retraite, même dans Paris, non seulement dans les rues les plus fréquentées, mais encore près des plus saintes et anciennes églises de la Cité et de la Ville. Il se vit même réduit quelque temps, aussi bien que Philippe le Hardy son successeur (1), à tolérer impunément les enlèvements des honnêtes femmes. Et ce n'étaient pas que des gens plongés dans toutes sortes de débauches, c'étaient des croisés qui entreprenaient ces violements et pour mieux dire, c'étaient des martyrs qui portaient la croix de Jérusalem et qui avaient fait vœu de passer en Terre Sainte pour sacrifier leurs biens et leur vie à la ruine des infidèles. Sous prétexte que le Pape Îles avait pris sous sa protection, ils s'imaginaient être à couvert de la rigueur des lois du royaume et pouvoir, sans crainte, mener une vie débordée à l'abri du Saint Siège Aposto-
lique. Si saint Louis n’en eût demandé l’éclaireis-
(4) L'ordonnance de säint Louis, de 1256, a constitué, peut-on dire, et jusqu'au xvr siècle, la charte de la prosti tution. Ses successeurs, de Philippe le Hardy (ordonnance de 1272), à Louis XI (ordonnance de mai 1462), ne firent qu’en confirmer les prescriptions
sement à Innocent IV, ils auraient vécu plus longtemps aussi licencieusement, mais ce pape lui déclara qu’en pareille occasion il n’entendait point les soustraire à la justice. Et parce qu'ils renouvelèrent les mêmes crimes sous Philippe le Hardy, son fils, 1l fallut que Grégoire X, renouvelät la même déclaration.
Depuis, Hugues Aubriot, prévôt de Paris commus par Charles V à l'entreprise et à la con- duite des murs et des autres ouvrages publics, les fit faire durant plusieurs années par les vagabonds et par les personnes qui fréquentaient ces asiles. C'était néanmoins un homme plongé dans toutes sortes de débauches et de voluptés ; 1l aimait secrètement les filles et les femmes des juifs de Paris, elles le rendirent savant aux plaisirs les plus efirénés, et ce fut l’un des crimes dont l'Université le convainquit lorsqu'elle lui fit faire son procès sous Charles VI.
Quelques années auparavant, ou en 1372, un homme, dont l'histoire a oublié de dire le nom, et
une femme, nomimée Jeanne d’Abentonne, voulu-
rent établir à Paris l'opinion des Turlupins.
C'était une secte de libertins impudents qui pre-
naïent le nom de la Compagnie des pauvres. À
l'imitation des philosophes cyniques, ils découvraient les parties que couvrent les personnes mêmes les plus effroniées, et comme eux, ils faisaient en public des choses qu'on n'ose faire qu'en secret. Aussi furent-ils brûlés avec leurs livres et leurs habits en 1386.
En 1376, Guy de Nantheuil, chevalier, fit foi et
hommage du château et de la ville de Béthisy, à
Blanche de France, fille de Charles le Bel, veuve de Philippe de France, fils de Philippe de Valois, duc d'Orléans et comte de Valois. Dans son dénombrement il déclara que toutes les femmes publiques qui passaient par là, ou qui y demeuraient, devaient quatre deniers parisis. Qu’au prix ancien ils avaient accoutumé de valoir dix sols par an de revenu, mais qu’alors ils n’en valaient plus que cinq,parce qu'ils ne venaient plus en ce lieu un st grand nombre d’impudiques. Et sur ce sujet,
si vous me permettez de sortir un peu de temps de
RTL OUTRE