‹ La chronique scandaleuse de ParisChapitre 4 sur 22 · TIMES EE · texte numérisé non relu

TIMES EE

qui s'y relirèrent, les unes se convertirent par les sermons de Foulques, curé de Neuilly. les autres par les prédications de Jean Tisserant, cordelier, tous deux grands prédicateurs de Philippe-Auguste et de Charles VIIT. Sous le règne du dernier, el plusieurs siècles auparavant, les femmes impu diques composaient à Paris une colonie ou une espèce de corps de métier rempli de plus de personnes que les autres Compagnies ou Corps de méliers de la ville (x) : elles avaient leurs confréries, ou en l’église de la Madelaine (2), péche-

resse célèbre dans la sainte Ecriture, ou en l’église

(1) Cette assertion, que les « folles filles » formèrent au moyen âge une corporation se trouve répétée par Sauval dans son grand travail sur les Antiquités de Paris (I p. 617 et 650). Elles auraient eu, comme les autres corps de métiers, des fêtes, des processions et une juridiction spéciale. On retrouve la même affirmation dans le Répertoire de juris prudence de Merlin (Vo Bordel) sans que l’un ni l’autre de ces auteurs ait apporté la moindre preuve de son dire. Ils s’en réfèrent en effet tous deux à la tradition orale.

(2) Philippe-Auguste en expuisant les juifs de France en juillet 1182, avait pris l'engagement auprès de l’évêque de Paris, Maurice de Salles, de convertir leurs synagogues en églises. C’est ainsi que la grande synagogue qui formait le coin de la rue de la Juiverie et de la rue des Marmousets fut érigée en paroisse et consacrée à Sainte Marie-Madelaine.

ho LA CHRONIQUE SCANDALEUSE DE PARIS

Sainte-Marine (x), fameuse par les mariages forcés

et précipités qui s’y jont par l’ordre de l’'Official.

Selon Robertus Cenalis, évêque d’Avranches, elles voulurent contribuer du temps de Maurice, évêque de Paris, à l’embeilissement de l'église Notre-Dame, car, ayant su que ce prélat la bâtissait des aumônes des Parisiens et de ses autres diocésains et que les Métiers faisaient faire chacun à leurs dépens les vitres de chacune des chapelles, incontinent elles en firent aussi fairé à leurs dépens où elles mirent une inscriplion qui marquait leur charité et leur vocation et elles l’auraient fait poser si l’évêque et son chapitre ne se fussent opposés à une aumône si scandaleuse et que Dieu n'eûl défendu dans le Deutéronome de lui offrir dans son Temple le prix des dissolutions.

Ce scandale devint si commun que Louis le Gros

permit aux prêtres, aux diacres et sous-diacres de : x

(1) L'Eglise de Ste-Marine, toute voisine de Notre-Dame, à laquelle on accédait par le cul de sac de Saint-Pierre aux Bœufs, en face de la rue de la Colombe qui subsiste encore, s'élevait à peu près au milieu de la rue d’Arcole actuelle.

Cr à “doi »

1e em,

des:

: Saint-Corneille de Compiègne, qui fait partie de

#1 YTle-de-France, d'avoir des femmes concubines et aux autres clercs de se marier à des femmes, à cause, disait-il, de l'incontinence ; ou, pour mieux dire, 1l leur permit d’être concubinaires el de pécher mortellement comme s'il eût droit d’accorder de semblables permissions. Sur cela, tk faut avouer que l'Eglise élait alors assez indulgente pour permettre le mariage aux clercs qui n’avaient que les Minores ; mais il faut aussi avouer que c'était à condition qu'ils ne tiendraient point, en même temps, une femme et des bénéfices. C'est ce qu'explique nettement le concile de Sens, de l'an 1269, lorsqu'il excommunia les prêtres concubinaires.

Comme vous allez voir maintenant, et surtout du vivant de Jacques de Vitry, cardinal légat en France, on mettait à Paris la simple fornication au nombre des péchés mortels. En un même logis demeuraient des Régents et des femmes débordées, dans les chambres hautes on enseignait

les bonnes lettres, dans les basses on tenait école

de débauche : de la vertu au vice il n'y avait qu'un pas à faire.

Par toutes les rues on rencontrait un ou plusieurs lieux infâmes ; on souffrait impunément que les écoliers ravissent et violassent les honnêtes femmes et les honnêtes filles et qu'elles se prostituassent dans le cimetière Saint-Innocent ; pour de l'argent, les femmes publiques s’abandonnaient à tous venants. Elles tâchaient de débaucher les prêtres qui passaient devant leurs maisons ; s'ils ne voulaient point assouvir leur Jubricité, elles les appelaient sodomistes. En un mot les prélats et la plupart des prêtres s’imaginaient qu'il y avait bien de l'honneur à entretenir des concubines et sortant d'entre leurs bras, ils ne faisaient point scrupule d'aller dire la messe.

Pour abolir une licence si effrénée, l'évêque Maurice usa vainement des censures de l'Eglise contre les prêtres. Bien loin d'y acquiescer, ils en appelaient et les renvoyaient à Rome, où on évoquait alors toutes les affaires ecclésiastiques, et

où elles s’égaraient dans la multitude. Cependant

Page 1