‹ La chronique scandaleuse de ParisChapitre 7 sur 22 · ASS · texte numérisé non relu

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quelque temps, qu'un chasseur venant à passer par là, un de ses chiens la découvrit, et, par ses cris, y atüra son maître avec un grand nombre de paysans. Incontinent on la prend, on la porte à Saint-Martin-des-Champs sur l'autel de Notre- Dame. Plus de quatre cents personnes l'y accompagnent. Tous ensemble, avec les religieux du couvent, prient la Vierge d'en avoir pitié, et la fille, qu'ils croyaient morte, se met aussitôt à remuer, ouvre les yeux, jette le linge qui l'étranglait, crie et est baptisée dans le monastère, d’autant que la foule empêchait de ia porter à la paroisse. On l'appela Marie, on lui donna à têter, on sonna en branle les cloches, on chanta le Te Deum et, l'enfant étant mort après avoir vécu trois heures, les moines gardèrent son corps ce jour-là avec quantité de peuple et l'enterrèrent le lendemain près de l’autel de la Vierge avec beaucoup de cérémonie. De là est venue Notre-Dame-de-la- Carole que lon honore à Saint-Martin-des- Champs et dont il y a une confrérie.

En 1427, ces faiméants et coupeurs de bourses

qui se font nommer Égyptiens et Bohémiens, commencèrent à venir à Paris et à La Chapelle (1), petit village attaché maintenant au bout du fau-

bourg de Saint-Denis. Entre quantité de tours de

leur métier que firent leurs femmes laides et

noires, elles se mêlèrent de regarder aux mains des parisiens et des parisiennes et des peuples des environs et de dire à tout venant ce qui s’appelle « la bonne aventure ». Cela faisait que presque tout le monde les prenait pour des sorcières. Chacun, à l'ordinaire, recevait leurs discours selon la portée de son esprit, mais elles se mirent à révéler des secrets qu’elles devaient cacher, et que peut-être elles ne savaient pas, ou qu'elles avaient appris de gens qui s'imaginaient

(1) La Chapelle était alors un petit village, d'autant plus pauvre que, Commandant une des entrées de Paris, il fut périodiquement incendié ou ruiné par les Anglais où au cours des guerres civiles de Paris. Ce village ne prenait quelque animation qu’au mois de juin, époque où, dès le xiv* Siècle, s’y tenait chaque année la foire fameuse de l « Endict » ou de l’ « Indict ». Sans doute les « Bohémiens » dont parle Sauval ne sont-ils que la « bande de gens venus de la Basse-Egypte au nombre de plus de cent »

à qui un arrêt du Parlement fixa comme résidence, au mois d'août 1427, le village de La Chapelle.

PAR RR TNT PE AE eo ER À L- 4 et

les savoir, car elles dirent à plusieurs maris : (Ta lemme t'a fait coulpe » et à quantité de femmes : € Ton mari t'a fait coulpe » et excitèrent tant de troubles dans plusieurs bonnes familles que l'évêque leur ayant fait faire, en sa présence, un sermon par un prédicateur nommé le Petit Jacoqui leur avaient montré leurs mains et ajouté foi bin, 1l les excommunia avec toutes les personnes à leurs paroles et leur commanda de sortir de La Chapelle et de son diocèse.

En 1439, il était fort dangereux en cette ville de Paris d’avoir du bien et une belle femme. Si les gens de guerre appelés les Ecorcheurs, pouvaient attraper un homme riche avec sa femme, à l'heure même 1ls le mettaient à rançon. Quand il ne la pouvait ou ne la voulait pas payer, ils l'enfermaient dans de grands coffres nommés des D urhes, puis forçaient leurs belles femmes sur le

couvercle en criant : « Vilain, en dépit de toi, « ta femme sera violée ci-endroit » ; ensuite ils le

laissaient mourir dans le coffre s’il ne leur payait

la rançon qu'ils voulaient avoir.

Enfin, en 1466, on pendit à Paris un normand et on brüla sa lille à Maigny, près de Pontoise, parce qu'ils avaient eu ensemble plusieurs enfants et qu'ils les tuaient dès qu'ils étaient nés (1).

Sous le règne de Henri IT, La Voix, conseiller de la Cour, jouissait de la femme d’un procureur du Châtelet, nommé Boulanger, mais elle s'était lassée de cette vie en 1581, et l’ayant déclaré à son amant, 1l s'en moqua et voulut renouveler sur le champ ses anciennes privautés. Parce qu'elle y résista vertueusement, elle le mit dans une telle colère, qu'il lui dit mille injures et qu'il la menaça de la maltraiter. Quelque temps après, comme elle allait avec son mari passer les fêtes de la Pentecôte à la campagne, La Voix, escorté de quelques

déterminés, l’attrape, la fait descendre de cheval

(1} Dans une copie du xvm° siècle du manuscrit de Sauval se trouvent intercalées ici les lignes suivantes : « Vous savez qu'Edouard V, roi d'Angleterre, ayant pris au mot Louis XI, qui le convia de venir à Paris, ce dernier s’en repentit en disant : « Ah ! Casque Dieu ! Je ne veux pas qu’il y vienne, il y trouverait quelque petite affitée à l’affrette de laquelle il s’amouracherait et lui ferait venir le goût d'y demeurer plus longtemps et d'y venir plus souvent que je ne voudrais. »

et, s'étant en vain eflorcé de lui couper le nez, lui

taillada le visage avec un jeton qui tranchait

comme un rasoir et dont on se servait ordinairement contre les femmes publiques.

Sur les plaintes de la femme et du mari, il fut informé contre le conseiller. Le Parlement décerna prise de corps contre lui et il fallut qu'il s’ab-

sentât. Toutelois, à force d'argent et d'amis, il fit

évoquer la cause à Rouen et fut pleinement absous, moyennant quatre mille écus, dont il donna

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