‹ La chronologie sacrée, basée sur les découvertes de ChampollionChapitre 11 sur 26 · HAP. I · texte numérisé non relu

HAP. I

quelque temps S qui s'appuyait sur des déclarationa bibliques ^, et suivant laquelle^ les millénaires de la durée du inonde correspondant aux jours de la création^ on établissait que^ de la même manière qu'Adam avait été créé le 6"** jour, le Messie avait bien dû paraître , comme cela avait eu lieu en effet , dans le 6^^ milles naire. En outre, dans le même temps à peu prés^ cier-^ taines interprétations de quelques passages scripturalres , arrachées à l'oubli ou même pour la première fois .exposées- par un rabbin du nom de Siméon^, se trou^ vérent merveilleusement propres encore à démontrer que le Christ avait déjà paru *. Et comme la chronologie des Saints Livres pouvait très-bien justifier l'ap-

* Barnab. ep, c. 15; Papîas tu Euseb, Hist. EccL m, 59 ; Ji|slip..l}ca(. c, Tryph, p. 78.

* • Discipuli R. Simeonis filii Jochaî , qui palmam in hoc cotnaieutandî génère aliis omnibus eripuit, has magistri sui et alioram hajasmodi commentationes anno circiter post naium Ghristum GLXX inunum volumen congesserunt, quod iSoAar inscriplum est.... ArbitrorR. Simeo-

,nçm , qiiamvîs Ghristum professus sît , tamen à Judaeis semper agnilum fuisse, hodiëque agnosci : qaapropter haec testimonia satis commode contra ipsos Jndsos urgemus. % Schoettgen , Horc^ Hebraicœ et Tçlmndicœ,' DresÙBi , 1758. T. ii« p. 35.

* R. Simeon incepit commentari' ad verba Levit xxvi» 42 : Etreeor^ dabor fœderis mei llpy^ cum Jacob : « Vox Jacobî scribitur plenë cum Vav, quomodo hoc procedit ? Resp, In duplici illo scribendi modo magnum sapientiae mysterium înest, siquidem nonnunqnàm scribitur Ip^i sine Vav. Verum hic textus de captivitale Israelitarum agit t Quando enim illi in captivitate erunt, tempus illud quo visilabuntus , in mysterio litters ^ comprehenditur, quae dénotât millenariumsextum.... Et exillp tempore Rex Mçssias revelabitur per universum mundum.... Beati suqt illiomnesqui superstites eruntinmundoin ûnemiilenariisexli, ut iqgredîantur in sabbathum. Sohar Gènes, fol. 74» col. 292, 395. Schoettgen , ubi suprà, T. ii , pp. 506-508.

^ plioation de ces rapprochements à Jésufô, dés ce oioin«nt les Juifs , malgré le respect qui les avait animés jusque là pour leur code sacré , cherchèrent à y jeter la confusion. D'abord ils ne craignirent pas de porter sur rhébreu même une main profane et de lui faire subir des altérations dans certains passages déterminés S ce qui leur était facile , puisque ce texte ne pouvait plus être lu que par un petit nombre d'entre eux; ensuite ils rédigèrent des versions plus rapprochées de l'hébreu ainsi modifié et différant assez des LXX qu'elles devaient remplacer et qui leur étaient devenus odieux à eux-mêmes ^ : ce furent les versions d'Âquila ^^

* In lege qusdam quidein auferunt , quaedam ver6 addunt y quaedam aHlem, quemadmodùm volunt, interpretantur. Iren. adv. Hœres, 1. iv, c. 25. Et Evangelistx, et Dominas quoque noster atqueSalvator, necnon et Paulus apostolHs multa quasi de Veteri Testamento proferunt, qu8e in nos tris codicibus non babentur.... Ex quo perspicuum est, illa magis vera esse exemplaria quae cum Novi Testamenti auctoritate concordant. Hieronym. Prœf. in lib. Hebraic. QiuBst, T. ii, col. 505. ^à8u(4.oi «^ap ovts;

réxftiov xai xaTSxoirrcv. Cbrysost Homil. IX in Maith. n , 23. 0pp. ii, p. 59. £tons,i&i2.

^ On lit dans deux ouvrages rabbiniques les passages suivants : Octavo die m. Tebeth , quod eo scripta est lex graecè temporîbus Ptolemœi régis , et tenebrs venerunt super mundum tribus diebus. Megillath Taanith. f. 50, c. 2, éd. Bas. 1578. De jejunio 8^> diei mensis Tebetb. -^ Opns qninque seniorum qui scripserunt Ptolen^aeo régi legem graecè» et fuit dies ille gravis Israêli , sicut dies quo factus vitulus. Tract. Sopher, • c. 1. Hody, 220 sqq. ; Wolf, Bibi. Hebr, ii , 443, Hottinger, Tlies. phiL 336* Garpzov. crit, 524 sq.

^ Èpp.ir)v.Etav éaoTtô Vipp.iiiveuaev eux opOû Xo'Yia(i.& xp%<'A(Mvô( * àXX' qisiùç ^moTçi^n Ttvà Têi>v pYiTâv Èv axYi(|^ei ti râv op sp{xiQVfÛT&v , iva ^o^d rà ff£pt Xpi<rro£i raîç 6cîai; 'ypa^AÎ; {i.tuiapTUpY)p(.&va aXX«>< ex^ouvat , ^i* lîv etx£v ai^à eÎ( aXo^ov aÙTou àTToXc^iav. Ëpipban. De Pond, et Mens, Aquila proselytus... jure projicitur à nobis. Hieronym. Epist. XXXIII ad Pammëehum,T, m, coU 25i5.

de Symmaque'y de Théodotion ^ ; enfin ^ et pour arttacher à la version de^ LXX un dernier sceau de réprobation, les Juifs en dénaturèrent les manuscrits . partout où ils le purent , donnant ainsi une nouvelle preuve du peu de respect avec lequel ils avaient traité le texte hébreu, et ils y introduisirent tant de variantes par les retranchements, par les additions et par les transpositions qu'ils s'y permirent ^, qu'au commencement du lu*^ siéde , Origiàne ne composa ses Hexaples qu'afinde ramener, s'il était possible, cette version à un état plus correct.

Tel était donc le sort de cette traduction ,f qu'après avoir long-temps joui d'une autorité incontestée, elle était devenue l'objet de soupçons assez fondés. La chronologie ne devait-elle pas avoir encouru la même défaveur ? Non , l'on peut le nier en toute certitude. C'était bien l'un des principaux griefs que les Juifs eussent contre les LXX ; ils auraient bien voulu modifier à leur guise dans cette traduction tout ce qui y

* 2a{i.apetTY); ... 77poov)Xu7suei xai nepirépLveTai ^eurepov. Epîphan. ubi tU' prà. lou^aîxoTcpov ô AxuXaç x«i 6 S6{iL{i.axo« '^^ ippLVivtîav «XTeftcucaoï. Euteb. Comm. in Psalm. xc , v. 9.

^ Judaeus Âquila et Symmachiis et TheodoUo judaizantes baeretici qui inulta mysteria Scivatoris sabdolâ interpréta tione celanint. Hieronym, Prœf. in Job» O! (i,8v ^ot^ |UTà rrt* 76U Xpiorcù irapcuaiav 'npp.niveuoav Icà^atci ptetvavTeç , xot ^ixat«»c âv uircimucivTo , ccTt âm x^zia (mîXXgv eîpYixoTsç xkI tÀç irpccjjYiTEiaç ouoxtdcl^ovTtc siri-ni^Ec. Gfarysostom. HomiL F'inMaUh,

* tpicTç ^à x«t év TCUTOïc uapafpafciv tclç éÇyrpiofi; â; «^'piaavTo ci irpto^û- Ttpot 6(Aîâv 'TtapàllToXejiatM tô» râv Ai'YUYrriuv fiootXtl *^v*c^éviù , tcX^aîts. Justin. Mart. Dia(. c. Tryph, 0pp. Paris. 1615, p. 810, On woXXà; '^poi^àc réXtov ffspietXov àirô tûv é^irpîotov t&v '^Evopi.evcav àiro rûv irapà IlToX€p.aifi» «^eiEviri^tyMN ';rpEa€uTép«iv.... eî^s'vai upâ; ^ouXopai. J6(Vi. p. 297. Nuvt ^e ^dXgvoti itoXXt) ^c- •^ovEv 'h TÔv àvTi^pàfttv ^laçopà , iIte àirb pà6u|i>ta( rivûy «ypa^suv , eite àirô 7oXp.v)Ç Ttvâv {i.ox^ptt; Tft ^topO(ooE«t); tûv ^pa^oi^^vûiv , eite xat Âiro irov rà iau- Tsî; (^oxouvra îv rvi ^lopÔuoEticpcoTiOsvToiv , i\ d^aipoùvrcùv. Origen. m Mattk^ XJ&, 20; vide cliaui i/i Jerem, xvi, 10, et Huetiuin ad locum.

10 CHRONOLOGIE SACREB.

avait rapport. Mais il leur eût été impossible d'y altérer d'une manière uniforme les passages déterminés qui fixaient la durée des générations des patriarches; comme les LXX étaient répandus dans tout l'empire, dans toutes les synagogues , et, mieux que cela, dans toutes les églises, il leur eût été impossible d'altérer sur ce point les exemplaires de tout le monde romain. Il suffisait d'ailleurs aux Israélites d'avoir à cet égard secrètement modifié le texte hébreu , dont ils espéraient amener tôt ou tard le triomphe sur la version grecque, pour qu'ils ne prissent pas la peine d'introduire dans les LXX des modifications régulières qu'ils devaient reconnaître impraticables. Tandis que la chronologie du texte hébreu avait été frauduleusement abrégée, celle des LXX resta donc aussi intacte qu'on le pouvait désirer j et , même après qu'on connut les altérations subies par ce texte , elle servit généralement de base à la supputation des temps ; Eusèbe l'employa dans sa Chronique ; elle fut adoptée en 680 par le concile de Gonstantinople pour fixer la date de la création, elle le fut plus tard par les auteurs arabes du moyen-âge *,

* Cum praenuntiatum esset in lege et propbetis de Messîâ , missum iri îpsum ultimis temporibus , nec aliud esset Babbînis antiquioribus commeDtnm, quo Gbristum rejicerent, quàm si hominum setales, quibus diguoscerenlur mundi epochae , mutarent , subtraxerunt de vità Adami, doaec nasceretur Selh , centam annos, eosque reliquae ipsius vit» addiderunt; idemque fecerunt in vitis reliquoram Âdami filiorum usquë Abrahamnm; atque ità factum est nt indicet ipsorum compnlas manifestatnm esse Ghristum millenario qainto, prope accedente ad médium annorum mundi , qui omnes , secundùm ipsos^ futnri sunt septîes mille ; diieruntque, Nos adbùc in medio temporis sumus, et nondùm adest tempus adventui Messie designatum. Atcomputus Septuagînta fseniorom } indical roanifestatum esse Gbristum millenario sexto , atque adfuisse tempus ipsius. » Gregorii Aboi Pbaragii Hiëioria eompendiosa dy-

CBAP. !• 11

et elle l'a été^ parmi les modernes^ non-seulement par le père Pezron ^, mais encore par le cardinal Baronius ^, par Is. Vossîus ^, le père de Toumemine *, Fréret^, Haies®, Jean deMûller'',Champolli<Mi-rigeac^, Ath. CoquereP, F. de Brotonne^^, et le marquis Fortia d'Urban ^^ j enfin une revue littéraire et scientifique vient de montrer que la supériorité en est aussi appréciée en Allemagne ^^. La chronologie des Septante parait donc avoir joui d'une autorité plus grande que celle des deux autres textes auprès des auteurs qui en ont fait une étude spéciale. Nous verrons dans l'article suivant quel motif doit la faire adopter sans hésitation

mutiarum arabicè édita et latine versa ab E. Pocockio. Oxonie , 1608. vers, pp. 72 et 75. '

*■ Pezron , V Antiquité d^ Temp» rétablie et défendue contre Us Juifs et les nouveaux chronologistes. Paris, iÇ87, 4*«

* Baroniî Annales ecclesiasiici ad annum 231, $ 21. Antverpis, 1612-1629.

' Is. Vossiî De septuaginta interpretibus eoramque translatione et ehrono^ logiâ dise. Hag. Gom. 1661. &*>.

* Toumemine , Conjecture sur Corigine de la différence du texte hébreu, de l'édition samaritaine et de la version des Septante dans la manière de compter les années des patriarches (Mémoires de Trévoux, mars et' aoùtl70S).

* Fréret, dans les Mémoires de l'Aead, des Inscr. et Belles-Lettres. Paris, 173S-S9. T. XY, p. 298 et 29A.

' Haies , J new Ànalysis ofChronology, etc. London , 1S09-12.

^ J. deMûUer, Histoire Universelle,}, z, ch. 8.

' GbampolHon-Fîgeac , Résumé complet de chronologie générale et ^féétale. Paris, 1880, pp. 102-106.

^ A. Goquerel , Essai historique et critique sur les dates de la Bible, Valence, 1837, p. 724.

** De Brotonne , Hist. de la filiation et des migrations des peuples, Paris, 1887. T. ii, pp. 128-158.

^^ Fortia-dtJrban , Hist. antédiluvienne de la Chine, Paris , 1838.

^ Voir le 5^» numéro de Tannée 1839, da Repertorium der gesammlen deutschen Literatur von Gersdorf. Leipzig.

12 CHRONOIiDGIB SACREE.

depuis le déluge. El si , comme nous ne tarderons pas à rétablir^ il faut nécessairement l'admettre depuis cette grande catastrophe^ selon toute probabilité il faut aussi que les chiffres qu'elle donne pour les générations antédiluviennes soient plus exacts que ceux des deux autres textes. « Si nous jugeons^ » dit M. de Brotonne^ f< qu'il faille adopter la chronologie des Septante dans » la partie postérieure au déluge ^ il n'y a pas de rai- » son pour accorder une foi complète à une partie et » infirmer l'autre. »

Ainsi nous regarderons d'avance les dates consignées dans la version des Septante comme suffisamment justifiées par 4e grand nombre et par l'importance des auteurs qui les ont admises , comme par le raisonnement qui va suivre^ et nous poserons dès à présent comme le plus vrai le nombre de 2242 ans qu'on en peut déduire , pour l'intervalle compris entre l'apparition d'Adam sur la terre et le commencement du déluge*. L'espace d'un an que dura cette vaste inonda-

* La chronologie des Septante pour cette première période présente une difficulté qui a quelquefois empêché de l'adopter : elle fait survivre Mathusala au déluge , ce qui parait contraire à Gen. vu, 7, 15; viii, 15, 18 ; et à I Pierre, m , s5. Mais ce dernier passage a été bien évidemment écrit d'après la Genèse , et Ton se convaincra , je l'espère , par la lecture de mon travail , qu'il est impossible de revendiquer l'inspiration divine pour les chiffres de la Bible. Quant aux passages mêmes de la Genèse , ils devaient mentionner les principaux personnages destinés à repeupler la terre après le déluge , et ils pouvaient bien ne pas offrir une énumération complète de tous ceux qui avaient été renfermés dans l'arche. Un monument d'une haute antiquité et qui est une des archives les plus curieuses de la tradition, semblerait montrer que trente-cinq personnes au moins y furent sauvées (Wiseman, Dise, sur les Rapp, entre ta science et la Religion révélée, T. ii, O^™'' Disc. Paris, 1837). Pour en revenir à Mathusala , Augustin dit bien , à la vérité, que suivant quelques manuscrits des LXX , suivant un manuscrit latin et suivant un ma-

tion (Comp. Gen. vu, 6 à vni, 13) porte à 2243 ans la première période dont il s'agissait de calculer la durée,

nuscrit syriaque, ce patriarche serait mort avant le déluge {De Civ. Dei, XV , IS; Quœst, in Gen, ii ; de Peccato orig. ii , 27 ). Mais en opposition à ce témoignage, nous avons celui de Jérôme, qui atteste que même suivant un certain nombre de manuscrits hébreux , Mathusala aurait survécu à ce grand cataclysme {Quœst. in Gen. v, 25); les manuscrits les plus importants des Septante conduisent à un résultat semblable ; Eusëbe,qnien adopte la chronologie, l'admet aussi pour ce point-là, comme le montrent le Syncelle {pp. 20, G, et 114, A) et le manuscrit arménien de la Chronique d'Eusèbe ( Eusebii Pamphili Chronicorum Canonum opus ex Haicano codice à J. Zohrabo expressum Medîolanî 1818, p. 54 ) ; enfin la version arménienne de la Bible, faite au commencement dav« siècle et d'après les LXX, accorde aussi à Mathusala qudques années de vie après le déluge* On voit donc que pour cet article la version des LXX jouit d'une autorité assez étendue ; et quand d'ailleurs elle ne paraîtrait pas bien fondée pour ce point-là , ce ne serait qu'une aiïaû'e de variantes à discuter entre les manuscrits mêmes des LXX , entre ceux du texte hébreu, entre ceux marnes du texte samaritain, qui, à cet égard, ne sont pas non plus d'accord, enfin entre ces trois textes comparés ensemble. Mais cela n'infirmerait point l'autorité du texte grec pour la périoiie qui vient de nous occuper. Le chiffre en question appartient en effet à la seconde colonne des chiffres donnés dans les tableaux ci-dessous, colonne qui n'a qu'une valeur biographique, tandis que la première colonne seule est importante en chronologie.

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