CHAPITRE III
DE Là. NAISSANCE D ABRAHAM A LA MORT DE JOSEPH.
La somme des ^,243 ans qui ont été adoptés plus haut pour la première période et des 942, préférés pour la deuxième y fixe à Tan du monde 3185 la naissance dd'Âbraham. Depuis ce moment^ il n'y a plus de différence y pour les dates principales au moins ^ entre les textes des Juifs ^ des Samaritains et des Septante : tous les trois s'accordent pour Tintervalle qui sépare Jésus- Christ du père des croyants. Mais cet intervalle doit être parcouru en détail, car chacun l'apprécie à sa manière, et c'est à quoi nous donnerons tous nos soins.
NoPUs sommes arrivé à la dernière période sur laijuelle il soit impossible de se tromper : c'est celle qui s'étend jusqu'à la mort de Joseph. La Genèse compte :
Ch. XXI, 5, de la naissance d^Abraham à celle
d'Isaac 100 ans*.
XXV, 26, de la naissance d'Isaac à celle
de Jacob 60
xLvii, 9, de la naissance de Jacob à son arrivée en Egypte 130
Somme 290.
Ce sera notre premier addende.
* Abraham alla en Egypte à T&gc de 76 ans. Conférez Gen. in , 10; XVI, 9 et 16.
Lorsque Joseph parut devant Pharaon , il était âgé de 30 ans (Gen. xli , 46) ; alors commencèrent les sept années d'abondance (v. 47) que devaient suivre sept années de disette. Quand il se .fit connaître à ses frères, il y avait encore à franchir cinq de ces dernières années (xlv, 11); c'est-à-dire qu'il s'en était écoulé deux^ il avait donc alors 39 ans^ et quand ses frères furent allés en Palestine , y eurent fait leurs préparatifs de départ , et eurent amené leur père en Egypte , Joseph avait environ 40 ans. Or on voit (l, 26) qu'il mourut à l'âge de 1 1 ans. Il vécut donc lui-même 70 ans environ depuis l'arrivée de son père en Egypte ; second addende, qui réuni au premier^ 290^ nous donne un total de 360 ans. Tel fut conséquemment l'intervalle qui s'écoula de la naissance d'Abraham à la mort de Joseph^ arrivée ainsi environ l'an du monde 3545..
Wm Lift MORt Mt JOSIVff A LA» floomB wfi/auptÈ.
L'époque à l^^ueUe nous sommes paivenus est Tune 4e8 plus diffîeîles que présente kl chtonologiè Moté^ Or tte îeocoBtee ea effet dau la. Bible aucun ebîfiBre qui fasse eonnaitre diveeteoMUt eraibiei^ il S''es4 écoulé d'anuées cotre, k movt de Jœcph et VExode ; od ue peut détermineF ce chiffre qu au; iiioye& d'induetious indirectes tiréesi d'autre» uomkresj et ces idductiaoB conduisent à trois résultats contradictoires ; bien plus l'historien FL Joseph enregistre lui-même deux de ces résultats différents^ et ce n'est que par une appréciation de probabilités qu'on peut découvrir auquel il incline. Il n'est cependant pas impossible d'arriver à la vérité, comme on s'en convaincra, je l'espère, par la discussion, à laquelle je vais nie livrer, de chacun de ces systèmes.
V Dieu avait dit à Abraham : Sache que ta postérité habitera j^endant quatre cents ans dans un pays qui ne lui appartiendra pas; elle y sera traitée comme étrangère et réduite dans un état de sen^itude et d'op^ pression.... Ce sera après quatre générations que tes descendants re^f tendront ici (jGen. xv, 13, 16). Etienne, dans son discours au Sanhédrin, dit d'Abraham que : Dieu lui avait annoncé que, pendant 400 ans, ses descendants habiteraient une terre étrangère , qu'ils jr
CÉAP. IV. * 23
seraient réduits en setntude et fort maltraités ( Act. vil y 6 ): Enfin on Ht dans Joseph que : « pendatit 400 >r M9 its forent expod^ à ces soùflfràAces- ; ce ftit (itfe » longue ltttte> les ÉgyptiettS voulatût dëtf uif e 1ers Israë- M Htes» y^Y les travaux dont ik les chatrgeàîetït ^ et » eeiïî*-ei voulant tôujotif s se montrer éupëriértrs à \i » servitude n {Ant. Jud. 1. ii, c. 9, § 1 ). Aidst l'on est condtiit Ufie première fois à enregistrer le chiffre^ de 400 aùnées cô^mâie représfentàtit la durée dû séjour en Egypte.
H* On voit dtfns TExode que le séjour que les Israélites aidaient fait en Egypte étdit de 430 ans {Exod. xïij 40). Ainsi l'on est cohdurt une deuxième fois à earegistrer le chiffre de 430 amnées cofnme représentant la àtkté^ àtt séjour en Égyfyfe.
Ces deux premiers systèmes offrent une différence de 30 ans ; mais ils sont fondés l'un et l'autre sur ce qne : 1** Le» lofe ordirïâ^ireé de raccroîSieiiifent des populations Seiïiblent diffifcilemetift s'accorder avee tin nombre^ d'toitées settsiblewelït inférieur. Pour s'élever dtt chiffre de 70 per)ioffi!ies doiït elle se compofSait à son arrivée en Egypte^ suivanft Gen. xLvi, 27 et Exi I, 5 y ou de 7& perionûeS, suivant Act. ttt, t4, au chiffre de GOO^OOO homitaes et ptusf^ qu'elle avait atteint à l'époque de l'Exode (Ex.xii, 36)^ la famille de Jacol) dut passer au moins y dit-on , sur les bords du Nil un espace de quatre siècles. 2*^ Des différentes listes de générations que le Pentateuque et d'autres livres offrent entre J'acob et Moïse , diverses d'abord entre elles quant au nombre , quelques-unes offrent trop de noms pour que les personnages qu'ils représentent , puissent avoir vécu dans un espace beaucoup plus court. 3^ Si les 400 ans du premier systéoie et surtout les 430 du second dievaient être comptés antérieure-
ment à la venue de Jacob en Egypte , c'est-à-dire , s'il fallait les prendre déjà sur la vie d'Isaac et d'Abraham, on concevrait difficilement comment ce temps put être appelé un temps de servitude,' d'oppression et de mau^ vais traitements. V Israël, continue-t-on, s'était trop imbu des mœurs, delà civilisation, de Tidolàtrie de l'Egypte , Moïse diit lui faire sous ce rapport trop de concessions , ce peuple montra dans le désert trop de regrets pour le pays qu'il venait de quitter, pour qu'une telle inoculation de la vie égyptienne ne fût pas chez lui l'ouvrage de plusieurs siècles. S"* Enfin le Syncelle fait de Joseph ^ d'après V opinion reçue ^, le contemporain d'un roi pasteur, nommé Apophis, qui était lui-même antérieur de quatre siècles et demi environ au monarque de la xvnf dynastie contemporain de Moïse ^.
IIP Le dernier système , que les arguments précédents sont destinés à combattre et contre lequel ils militent fortement , a pour point de départ un passage de l'épi tre aux Galates^où Paul compte 430 ans de la Promesse à la Loi , c'est-à-dire de la vocation d'Abraham à la délivrance d'Israël par Moïse {Gai. m, 17). Voici comment les calculs que nous avons faits jusqu'ici aous apprennent à diviser ce nombre d'années.
n s'écoula. . . . 360 ans de la naissance d'Abraham à
la mort de Joseph , 75 de la naissance d'Abraham à sa vocation (Gen. xii, 4); par conséquent 285 de la vocation d'Abraham à
la mort de Joseph,
^ nàat ouftmçttviQTai. Syncelli Chronographia cura ^t studio J. Goar. Parisiis, 1752, p. 62 A.
s ChampoUion-Figeac , Egypte ancienne, p. 299.
Report :
80 de la naissance de Moïse à l'Exode (Exod. vn,r). '
Ces nombres additionnés donnent 365 ans pour la partie jusqu'ici connue du séjour des Hébreux
Retranchons de .
Ce nombre de. • .
en terre étrangère.
Nous trouverons 65 ans pour Tespace que nous ne connaissons point encore et qui fut compris entre la mort de Joseph et la naissance de Moise.
Réunissant maintenant toutes les parties du séjour
que les Israélites firent en Egypte
70 ans de la vie de Joseph ^
65 entre la mort de Joseph
et la naissance de Moïse^ 80 entre la naissance de Moise et TExode ,
On reconnaîtra. . .
que ce séjour dura 21 5 ans depuis l'arrivée de Jacob en Egypte jusqu'à l'Exode.
Le passage de l'épitre aux Galates qui fournit cette donnée est moins encore que le discours d'Etienne dont nous avons parlé p^us haut^ destiné à répandre ou à rectifier des connaissances chronologiques ; Etienne retraçait l'histoire , ici au contraire Paul dogmatise, et le nombre de 430 ans , qu'il inscrit là presque uniquement pour indiquer un long intervalle entre la Promesse et la Loi^ a peu de valeur en lui-même. Mais il en acquiert par l'emploi qu'en fait Joseph dans deux
passages différents. Dans un premier passage , 'A reproduit implicitemeoÉ ce Aomblie, à deux ans près toutefois^ eu ëTailuant à
1 020 ans l'espace compris entre le départ d'A^
hrahan» pour Canaan et la fondation du temple , et à 592 Fespace èompris entre la sortie d'Egypte
et la fondatioiï;
428 (^nL Jud.y 1. VIII , c. 3, § I .)
J*ai déjà dit plds hairt (Introd. ) que pour cette période de la libération dlsinaêl à la fondation A\\ temple il se contredit; on verîfâ plus loin encore que ce chifire de 592 ans la dépasse de beaucoup. IVfafâ une telle' objection coûcerlié la période inéme^ et non l'intervalle écoulé entré le départ d'Abraham pour Canaan et là sortie d'Egypte. D'ailleurs Joseph y dans un autre passage , ât calculé par deux fois cette différence, et it reproduit aVéc* Uûé précision parfaite le chiffre de Tépître aux Gâtâtes, tt celui que nous en avons déduit comme indiquant la durée du séjour des Israélites eu ÉgyptCr (f Les Israélites sortirent d'Egypte > dit-il » ïi 430 ans après qu'Abrabam notre père é(ftft verni » dans la terre de Canaan^ et 215 ans après que Jaw éob était Venu en Egypte ( A rit. Jud. \é n, c. 15, §2) ^ » Voilà, on n'en peut douter', des nombres ^ttxqûefs JôSéptt met pfiïâ d'exactitude, attache phis
* Fi. Josdj^b pk^ëdAtié eiléDrb iM «ktre ohîfffe bkn i^itfar quâbté^ il dtf que Joseph ( le fil» de Jacob) éttit nort 170 add a^vant Moise ( wnir» 4pùm* 1. 1 , c. 3S ) ; amsî en déduisant les i20 années de la vie de Moïse, il resterait 50 ans pour la distance qui s'écoula, de la mort de Joseph Ma naissance de Moïse, donnée peu dlfîérenie deia nôtre, qui porte celle distanee à 66 ani^
d'imfKirtance qtr'au.résttltat de 428 ans que fiouâ lui atodflf emprunté plttÈ hattt, et sttttc^tft c[ti'at££ 400 and qu'ailleurs il fait passer aut Hëfareut sous Tôppihessiôu des Égyptiéïis. Or !i'est*«e pas une côineidéue^ bien remaîquaUe que cellerde rapôtri& Paul et de Jcrseph ? L^ disdple de Gamafiel et l'historien juif doivent eonnaitfela pi^kîtiott feite à Abraham, Ûm. 3tv, i3, 16, et la déclaration de YÈM^de, xit, 40, Ul; îls dcrfvént ïéruf attribuer quelque autorité , et pourtant fis s'adcôrdéUt 1 un et l'autre à donner le ehiffi*e de 430 ans connue représentant la distanee de la vocation d'Abraham à la sortie d'Egypte ! Concert étonnant à changer aînsl les assertions de la Loi , quoiqite, bien probablement, Joseph et Patil tte se soient pas commmniqné feurs idéùt sur ce point! Mais c^est pràssémcnt parce qu'ifs la comprennent bien cette Loi, quHs s^entendent si bien à exposer un système différent des â^xta premiel^ que nous avons rapportés ; c'est parce qu*îfe savent que le pttys que dei^ait kabitét la postéfité d^Abrdham sans lui appartenir et ôà elle devait être imitée comme étrangère {Gen. XV, 13) désignait noU-^eulemeltt l'Egypte, mais encore Canaan, quoique Vétat de set^ iritude ei d'oppressùm né Se rapportât qu'à f'Êgypte j c'est parce qu'ils savent qttë ce« quatre gmératiaru ('». ♦©) ne siguiâent pas une dtttée de quartfe^ siéûtes , et que la prédiction , renrefntât^He* des nombres, it^ doit pas en général être priver d!att toute la rigtiefur ée^ la lettre. En outre FApôtreet ITirrtoriett âfvaienrf prow habilement un textes hébreu pnr, exempt encore des al^ téralîon» qu'oft lui fil Sofair pkis tarà, et bieii d'aeCèrd,^ an moins dans sa cfironoTogie, avec le texte samaritain et celui des LXX, que peut-être au reste ils suivaient j dans ces deux codes en effet le verset de l'Exode est
ainsi rédigé : Le séjour que les enfants d'Israël firent dans le pays d Egypte et dans le pays de Canaan fut de 430 ans^. Il n'y a donc plus de doute, Paul et Joseph ont assigné au séjour des Israélites en Egypte sa véritable durée; le texte samaritain et les LXX prouvent leur accord avec le passage de l'Exode avant que celui-ci fût abrégé dans le texte hébreu, et le second système que nous avons exposé n'en fait plus qu'ua avec le troisième.
Si du reste on préférait toujours à ces autorités réur nies la prédiction de la Genèse et la déclaration d'Etienne , si l'on voulait en conclure que les Israélites passèrent 400 ans en Egypte , il se présenterait encore une grave difficulté à résoudre : « Comprenez-vous dans ce nombre , dirions-nous aux partisans d'un tel système , les 70 années qui s'écoulèrent depuis l'arrivée de Jacob dans l'empire des Pharaons jusqu'à la mort de Joseph ? Non , car ces 70 années ne furent point pour les Israélites un temps de servitude et (Top^ pression, caractère donné, suivant vous, par la prophétie aux 400 ans dont elle parle, et ce ne fut qu'après la mort de Joseph^ ce ne fut qu'après l'avènement diun nouifeau roi qui ne l'avait pa^ connu {Exod. I, 8), que ce monarque, eflfrayé d'une mul-t tiplication qui. allait faire des enfants d'Israël un peuple plus nombreux que les Égyptiens, résolut d'y mettre un terme en le^ chargeant d'impôts et de tra vaux pénibles. Ainsi aux 400 ans d'oppression annoncés dans la prophétie , il faudrait ajouter 70 années de pros-*-
* É ^« xftToixiQov Tôv ulûv 'la^ttÀX , w xftTttXVKTav èv -^ kvfnKxtù «ai sv *yfi Xavaàv, ïm rsTpcucdoia rpiàxovTa , xal i^inTo \tAxk rà TSTpouc&ffia rptobcovra êtTQ... xtX. Exod. XII , 40 , 41. Vêtus Tesiamentum grœcum juxta LXX interpreteê , edîium juxta exemplar originale Vaticanum , éd. stereotypa Lipsiae ( TanchniL ) , 1824.
périté pour trouver la véritable durée du séjour en Egypte. Adopterez-vous ce système qui résulte nécessairement du vôtre, et qui dépasse néanmoins toutes les limites adoptées jusqu'à présent, peut-être même celles dans lesquelles vous auriez voulu vous renfermer? où bien, malgré la prédiction, déduirez- vous ces 76 années des 400 ans indiqués ? Mais vous créeriez ainsi un nouveau système en dehors de toute donnée certaine. » Il faut donc le reconnaître, ce chiffre de 400 ans ne peut pas représenter là durée du séjour en Egypte, et le nombre de 21 5 ans que nous adoptons pour cette durée peut seul se concilier avec le vrai sens et l'autorité des textes. Levons maintenant les objections dont il est l'objet.
1 • D'abord , dit-on , ce nombre est hors de proportion avec l'immense accroissement de la population israélite en Egypte : pour atteindre le chiffre de 600,000 hommes, il a fallu à celle-ci un espace de temps bien plus long que 21 5 ans. — Mais, qu'on y prenne garde, les lois de mouvement des populations auxquelles on soutient que la famille de Jacob dut être soumise, ont été enregistrées par les économistes dans des climats tempérés , dans un état particulier de civilisation , et dans des temps qui ne peuvent pas servir de règle pour un pays méridional, pour un peuple pasteur, et pour une économie que nous ne craignons pas d'appeler miraculeuse. L'Egypte était éminemment favorable à l'accroissement de la population , à ce que nous apprennent Strabon et Diodore ^, et les géographes et les voyageurs modernes ne nous ont pas dit que sa condition ait changé sous ce rapport. Un peuple de mœurs
* Strabon, Geogr. I. xv, c. 695 ; Diodor. Biblioth. Hisi, 1. i, c. 51.
90 CHRONOU>G|K «AGREB^
siiD{)toi9 un peuple hergec , un peuple chez lequd la polyn^mie était encore eu viguieur pouvait $ accroître très^-rapideiiaent^ et ca n e3t pa3 trop que da prendre le nombre des Sh qu'içut Jacob pour moyenne de la quantité d'enfonts quU$ eurent eux-xuâmes, ainsi que leur^ dejscemlants , pendant quelques générations. Si , en effet, qnelques-Ufos en eurent moins , d'autjres en eurent .davantafe, lors de son arrivée en Egypte : Beo'^ jamio avait déjà dix mfants {Gen* xuvi^ 21); on sait que plus lard Jaîr en eut trente (Jug. x^ 4); et Ton n'ignore pas que l'Orient a toujours été célélire par des&milles nombreuses. Or, que Ton multiplie ciuq fois par lui-même le nombre de douze qui était celui des fils de Jacob ( et à Tépoque de Moïse la postérité de plusieurs d'entre eux avait atteint ou même dépassé ce nombre de générations * ) , et quand on verra que le produit atteint presque trois millions ^ on ne s'étonnera pas que la nation Israélite , au moment de sa sortie d'Egypte , s'élevât à un chiffre de ÇOO^OOD hommes d'armes , sans y compter les femmes p hs enfants et wi grand nombre dç gens dés twt ordre {Exod. xu, 37^ 38)^ Cet accroissemiçnt immense est attesté par les histo^
riens sacrés : La famille de Jacob s'accnit et se muUi^ plia beaucoup en Egypte , disent la Genèse (Cb» xlvu, 27 ) et les Actes ( Ch. vu, M).Etle^ enfanU d'Israël, lit-on dans l'Exode, foisonnèrent et crûrent en très-grande abondance et multiplièrent et devinrent tellement puissants que le pays en fut rempli ( Eoood. i , 7 ) ^.
^ Cûiq gépér^liODS, I Chron, 11, 4 , 5 , Il , IKtl et Uomk. uili , 4i ; Dem^ m y i4 f -^ iix géoèraUpa» . ISiuxK iv, 2P; J Chtçnu u , A • 9, S. io et ^<mb. 1,7; — sept générations, I Chron, ii , k, 5, 9, i8-20 et ExcmC Xkw , 2 ; 3oz. xvn , 1-3 et Homb, xxvi , 28-33 ; xxvii , 1 ; — onze généralions , I Chron, vu , 28, 25-27 et iVom6. i , 10.
' Nous avons snivi ici la version de Martin, qui reproduit avec plti^
Le Pharaon quî n'a i>a$ comim JûMpb 4ît à 3^8 siiîe)t$ ; Fous voyç;^ que les enfcmU d* Israël forment un peuph plus nombreux ^tplufi pmsstmtquç nous (Exod* ly 0); certes une telle déclaration « xnm telle appr^henfiion et les mesures qw en furent aussitôt la conséquence proqyeQt bien qu^ la multiplication d'iaraâl ^tait^ non-seuleui wt considléraUe^ mais rapide» l^eulement la crainte fit sans doute employer au roi égyptien un lan*gage es^agéré : car si Israël eut été aii3si nombreux: et même plus nombreux que les Égyptiens, probable^ ment il ne se serait pas laissé réduire en aervitude^ Mais l'égalité et même une disproportion inverse ne tardent pas à s'établir entre les deu3( peuples i &ism^ tris en effet, dans ses e;i^péditions lointaines, n^a pa^ une armée beaucoup plus nombreuse que celle des disa* cendantsde Jacob lors de leur émigration^ et ^^ loin que les Égyptiens voLçnt Içurs mesures contre tes Israélites couronnées de succès i ils observent avec chagrin que plus on les opprime ^ pkts aussi ils sç multiplient et se renforcent {Exod. i, 12). U n'y a pas à en doutc^r, l'Eternel couvrait déjà ce peuple d'une protection spé<ciale^ et le favorisait d'uo accroissement d'autant plus remarquable qu'il était plus prompt»
l"" On s'étonne qu'un séjour de 21 5 ans ae puisse concilier avec une ci grande diversité dans te «Membre des gén^ations qui 9e succédèrent de Jacob jusqu'à l'Exode. Si un tel argument pouvait avoir quelque
de fidélité que les autres l'énergique multiplicité d'expressions qu'on trouve dans roriginaU
* Diodore nous apprend que Sésoslris leva une armée de six cent mille fantassins , vingt-quatre mille cavaliers et vingt-sept mille chars de guerre. Biblioih, hUi. 1. i, c. 5 à, Ghampollion-Figeac, Egypte an^ eiênni,ip, 35S.
poids, ii pourrait aussi bien s'employer contre le système qui s*en appuie : comment concilierait-on cette diversité entre des listes de onze générations et des listes qui n'en comptaient que quatre, avec un séjour de 430 ans ? Mais a-t-on pu sérieusement insister sur un pareil raisonnement, et a-t-on bien pensé aux conditions qu'on fixait en l'avançant? J'ai presque honte à le dire, mais puisque j'y suis contraint, il faut bien descendre à des détails si éloignés de la gravité de mou sujet. Pour que la postérité dès fils de Jacob n'eût compté dans toutes ses généalogies qu'un même nombre de générations , il aurait fallu qu'eux et leurs descendants prissent tous , à degré égal , femme en même temps; il aurait fallu que tous , à degré égal, se donnassent le mot pour engendrer lignée en même tempis ;
il aurait fallu Mais, en voilà bien assez pour
mettre au jour la simplicité d'une pareille argumentation. On doit comprendre à présent comment Jacob , venant en Egypte avec les fils de Ruben, de Siméon, de Lévi {Gen. xLvi, 9-11 ) et y trouvant les iils de Joseph, put y. amener en même temps les petits-fils de Juda et d'Ascer {ttv. 12 et 17). On doit comprendre comment, dès cette arrivée en Egypte jusqu'à la sortie, il put y avoir seulement deux générations, de Kehath qui était fils de Lévi et qui vécut 1 33 ans ( Exod. vi , 18), à Moïse , Coré , Misçaêl et Eltsaphan :
Kéhath Hamram,' litshar Huziel
Aaron, Moïse Garé Misçaël, Eltsapban
(E.r. VI, i6, i8, afo) ( 18 , ai, (18, ta. JtcV.x , 4)
Nomb. TTi , I )
Deux, de Pallu, fils de Ruben, à Némuel, Dalan el Abiram , comme de Hetzron , fils de Juda , à Jaïr.
Fallu EHab
Némuel, Datan et Abiram
{Wombi. ^Ti, i; xxYi, 5, 8, g)
Hetzron
Sogiib
Jair
(i Chron. iry .^, 5, i^a)
Trois, de Hetzron, petit- | Quatre de Hetzron à fils de Juda, à Nahasson; j Betsaléel.
Hetzron
Ram
HanMinadab
Nahasson
{Ruth. IV , ao. I Chron, 11, 4> S 9, 10. Nomb. I, 7)
galcb Hur Un Betsaléel
Evod. XXXI, a )
Cinq de Manassé aux filles | et neuf d'Éphraim à de Tsélophoad; Josué.
Manassé
Makir
Galaad
Hépher
Tsél ophcad
]ifahla,Noha, Hogla, Milca etTîrtsa
{Josué xvii> 1-3. Nomb, xxvi , a^3o , 3S ; XxTii, I )
Éphralm Bériha
Répha et Réseph.
Telah
Taban
Labdan
Hammiud
Élisammah
Nun
Josué
{Nomh, 1, lOi \ Chron. vi, a3, aS-ay)
Pour démontrer que des nombres si divers de généralioQS ont bien pu remplir le même nombre d'années, il suffit de le prouver pour les deux extrêmes. Or A) suivant nos calculs, il se serait écoulé 1 35 ans entre la venue de Jacob en Egypte et la naissance de Moïse , et cet intervalle peut fort bien avoir été rempli par
34 CHROlfOLOGIB SACREE
Kébatli qui vécut 133 ans (Exod. vi, 18) et par Hamram qui vécut 1 37 ans ( v. 20). Gomme la longé- 'vité était généralement plus grande alors qu'aujourd'hui , la jeunesse devait durer plus long-temps; ces . deux patriarches purent donc bien devenir pères entre 70 ans et 80 , et le dernier même vivre encore durant les premières années de Moïse. B) En répàrtissant les 21 5 ans de séjour en Egypte entre les neuf générations qui vécurent entre Ephraim et Josué, on peut assigner à chacune 23 ans depuis la naissance au mariage , et cela n'offre pour ce temps-là aucune invraisemblance, puisque y en arrivant en Egypte , Benjamin , qui était plus jeune que Joseph , et qui n'avait par conséquent pas quarante ans , avait déjà dix enfants ( Gen. xlvi , 21 ). On voit par Gen. h, 23, «que Joseph vit les enfants d'Ephraim jusqu'à la troisième génération, c'est-àdire, jusqu'à Telah, et encore depuis ce dernier, qui vit mourir Joseph, il reste six générations jusqu'à Josué ; ces six générations , se partageant les 1 45 ans qui s'écoulèrent de la mort de Joseph à la sortie d'Egypte, purent durer chacune 24 ans. La même observation se tire de Gen. l, 23, sur le petit-fils de Manassé : Makir, fils de Mariasse y y est-il dit , eut aussi des enfants qui Jurent éleifés sur les genoux de Joseph. Âiusi de Hépher aux filles de Tsélophcad il reste trois générations qui, 'se partageant encore les 145 ans d'intervalle entre la mort de Joseph et la sortie d'Egypte , purent durer chacune 48 ans. Les autres listes, renfermant un nombre inférieur de générations, restent si évidemment dans le domaine du possîUe que nous n'avons pas à nous en oocuper ici. — On vient de remarquer que Jbseph vit les enfants -d'Éphraïm jusqu'à la troisième génération, et ceux de
GHAP. iV. 35
Manassé jusqu'à la Becoude. La rapide succession des naissances et des mariages ne contrarie en effet nullement l'existence contemporaine de plusieurs générations; c'est même un caiactère de longévité d^tns les familles que les enfants connaissent non-seulement leur pére^ mais encore leur aïeul et Içur bisaïeul ^ et ce caractère devait se présenter souvent chez une nation dcnl les membres se mariaient promptement et atteignaient pourtant un âge avancé,
La 3^ objection faite à notre système ne nous occupera pas kMig-temps : nous y avons déjà répondu en panîe ; nous ne ferons que rappeler la manière dont elle disparait, et comme nous ne regardons plus eommpe différent du nôtre que le «ysttoie des 400 ans , c'est à cehiî4à seul que nous l'appliquerons. La prédiction de la Genèse annonçant approximativement le temps qu'Abraham et sa postérité passeront daos un pays qui ue leur appartiendra pas, et le discours d'Etienne, qui raconte le même fait long-4emps ajirès son accomplissement, ne sont en ricHu renversés par cela seul qu'on n^applîque qu'à une partie des 400 années Tétat deservitxiidey d^oppression et les mauvais traitemeots dont ils ^parlent. Le signe distinctif de cette période «^, suivant «ux, qiie la race d^ Abraham sera ou a été étrangère dans le pays habité par elle. Or il est dit d'Abraham qu'il avait habité comme étran^r en Canaan ( Gen. xxxvu , 4 ) ; Jaoob dit à Pharaon que las jours de son j9^/errm^(? ont été cent trente ans {^G&t. XLvii, 9), et il pouvait à bon droit ne pas employer cette exiH^ession comme une figure. Ainsi l'idée principale de la prédiction faite à Abraham et du récit d^Etienne a bien été réalisée.
On a prétendu en 4"''' lieu qu'Israël 'était devenu
36 CHROP^'OLOGIE SACREE.
trop égyptien par ses habitudes et par ses goûts pour qu'un pareil changement ait pu être leffet de 21 5 ans de séjour. Mais a-t-on quelque donnée précise sur l'espace de temps nécessaire à une telle naturalisation? peut- on prouver de quelque manière que 21 5 ans ne suffisent pas pour cela ? Au contraire^ l'expérience est là pour démontrer qu'il ne faut pas si long-temps. Le vaincu prend toujours quelque chose des mœurs du conquérant qui envahit ses foyers, quand même il en abhorre le joug. La conquête, lorsqu'elle s'est un peu affermie , ne tarde pas à nationaliser dans le pays où elle a pénétré, sa législation, ses monnaies, quelquefois ses mœurs, sa langue, ses idées religieuses, et toujours certains usages matériels, certaines manières de vivre; l'histoire moderne en fournirait bien des preuves. Cette vérité est encore plus palpable pour lé voyageur^ pour Texilé qui a quitté la patrie ; il a beau regretter son pays, l'ancienne constitution^ les coutumes nationales auxquelles il était affectionné; il a -beau rêver le sol natal, il faut, bon gré mal gré, qu'il s'accommode aux institutions de la nouvelle contrée où A vient demeurer, l'habitude l'y façonne ; s'il passe là de longues années , ces mœurs étrangères s'imprègnent forteipent dans sa vie> et, retourné dans le pays qui lui donna naissance , il en conserve toujours des traces indélébiles. Qu'on se souvienne de la captivité de Babylone : les Hébreux n'y passèrent à peu près qu'un demisiècle ', et ce demi-siècle, durant lequel ils suspendirent ieurs cithares aux saules du rivage et répandirent tant de larmes , ce demi-siècle suffit pour n[K>difier leur ca-
* On en verra la preuve plus loin.
ractêre national, leur langue et jusqu'à ces croyances religieuses qu'ils regrettaient si fort d'avoir méconnues. N'est-il donc pas bien naturel que leurs ancêtres aient adopté quelque chose des mœurs de l'Egypte ? Là ils avaient passé 21 5 ans^ durant une partie desquels ils avaient été heureux et tranquilles ; là ils avaient trouvé une civilisation avancée, aux bienfaits de laquelle ils avaient participé pendant soixante-dix ans ; et si, plus tard, ils y furent traités en esclaves, s'ils gémirent sous la verge de l'exacteur et de l'intendant des travaux publics, si des ordres cruels firent périr leurs enfants mâles, plus tard encore au désert ils oublièrent les maux du passé, au désert ils purent bien regretter cette nourriture d'autrefois qui n'était pas toujours la même; voyant aussi mourir toute une génération , ne sachant où ils allaient , exposés à des fatigues de tout genre et à des attaques , ils purent bien préférer le connu à l'inconnu , et se repentir d'avoir quitté ce pays auquel les liaient tant d'habitudes et de relations. Enfin ils purent bien conserver quelque chose des coutumes et des idées égyptiennes au milieu desquelles leur nation avait vécu et s'était développée pendant une période de 21 5 ans.
La chronologie comparée a fourni matière à une 5"" et dernière objection. Le Syncelle, a-t-on dît, fondé sur une opinion générale , a fait de Joseph le contemporain d'un roi pasteur nommé Apophis , et ce roi devança de plus de quatre siècles le Pharaon sous lequel a dû vivre Moïse. Cette difficulté heureusement n'est pas plus embarrassante que les précédentes. Le Syncelle, vivant au viu* siècle de l'ère chrétienne, pouvait avoir des matériaux précieux pour l'histoire
38 CHRONOLOGIB SACREE.
d'Egypte ^ quoique la chronologie de Manéthon , repro* duite par ses abréviateurs , soit plus digne de créance; mais ce ne fut sûrement pas dans ces matériaux que le Syncelle puisa le synchronisme de Joseph avec Âpophis f il l'aurait dit positivement et ne se serait pas uniquement basé sur une opinion générale^ autorité qui est loin d'être toujours suffisante. Nous aussi ^ comme les frères GhampolUon^ l'abbé Greppo et M. Coquerel , nous avions été d'abord séduit pw Tidée de faire de Joseph le contemporain de ces Hyksôs ^ de ces peuples pasteurs qui , apràs la xvi"* dynastie , vinrent ébranler le trône des Pharaons et entamer leur empire. Nous comprenions très-bien de cette manière com* menty sous là xvni'^*' dynastie, les Egyptiens auraient voulu ae venger sur les Juifs des maux que leur avait amenés cette invasion étrangère à laquelle ces derniers auraient prêté main^forte. Ce Pharaon qui ^ suivant l'Exodèy n'cwait pas connu Joseph ( Exod. 1,8), cette autre famille dans laquelle , suivant l'historien Joseph , le royaume serait passé {Ant. Jud. 1. \\y c. 9, § 1 )9 auraient été un Pharaon et la famille même de la xvm"' dynastie. — Néanmoins cette hypothèse , toute spécieuse qu'elle était , a dû tomber devant des considérations plus importantes. On ne conçoit pas comment les Israélites auraient séparé leur sort de celui des peu« pies pasteurs ^ et ^ pour le faire sentir, empruntons , comme GhampoUion-Figeac,.à Flavius Joseph^ qui^ par vanité 9 confond ces deux nations ^ le récit de Manéthon. Suivant ce dernier, le roi Âlisphragmontophis , que la table d'Abydos nomme Ahmôsis ^ chassa d'Egypte, après de pénibles campagnes, un grand nombre des envahisseurs éti^angers; cependant une partie d'entre eux se retrancha dans la ville d'Aoua-
ris^ où ce roi les tint long-temps «nfermés, circonstance à laquelle ils dureat sans doute leur nom de Hyksôs, qui, d après Joseph (Con^ Apion, 1. 1, c. 14) et Champollion-Figeac ^ signifie Pasteurs captifs.
Mais il ne fut pas donné à Alisphragmontophis ni à son successeur, nommé Themosis par Manéthon, et Aménophis par la table d'Abydos , de les forcer dans cette retraite.»Themosis ou Aménophis fut contraint de négocier avec eux , et par l'effet du traité c<Hiclu , les Pasteurs quittèrent l'Egypte avec tous leurs biens, au nombre de deux cent quarante mille et prirent la route de la Syrie ( Cont. Apion. Ibid.). Je ne' comprends pas pour quelles raisons les Israélites, alliés à ces peuples p qui avaient dû combattre avec eux et s'attirer comme eux la haine des Egyptiens, n'auraient pas été soumis à ce traité qui d'ailleurs ne laissait pas d'autre alternative. Dans le récit de l'historien Joseph cela ne souf-* fre point de dîffi<^lté; il n'en fait qu'un seul peuple , et fixe à cette époque la sortie d'Egypte. Mais pour ceux qui distinguent les enfants d'Israël des peuples pasteurs, il y a une impossibilité absolue, s'ils les font contemporains , à expliquer pourquoi les Israélites seraidit demeurés en Egypte après les Hyksôs. Et comme je suis du nombre de ceux qui les distinguent, je me vois forcé pour ce motif à ne pas placer leur séjour en Egypte à la même époque. Une autre preuve enfin qui montre que le séjour dlsraêl en Egypte était postérieur à la domination des Pasteurs , c'est l'aversion que , suivant la Genèse , on voit exister dans le cœur des Egyptiens contre les bergers de brebis ( Gen. xuiif 32; xLvi, 34 )• On ne peut s'en rendre raison
* ChdJaajpoWioïk'FïgietiC , Egypte ancienne, p. 298.
qu'en admettant ^ue la présence <le Joseph et de ses frères en Egypte avait lieu après Tin vasion et Texpulsion des Pasteurs; et si l'époque à laquelle ils y ont ha-*bité était postérieure à ces événements , les enfants d'Israël n'ont point séjourné 430 ans en Egypte.
Ainsi le système qui fixe à 21 5 ans le séjour des en* fants d'Israël en Egypte est fondé sur un passage de saint Paul^ sur trois passages de Joseph ^ sur une importante leçon du texte samaritain et des Septante ; les objections élevées contre ce système s'aplanissent toutes à un examen approfondi^ les systèmes différents offrent au contraire des difficultés insolubles; celui-là mérite donc une préférence incontestable .
Retranchant des 21 5 ans que les Israélites passèrent en Egypte les 70 ans qui séparèrent leur arrivée de la mort tle Joseph , on trouve qu'il s'écoula 1 45 ans de la mort de Joseph à l'époque de l'Exode , et conséquem-p ment ce dernieiip événement signala Pan du monde
RAPPROCHEttBIlT DB LA. GHROHOLOGIE D ISRAËL ET DE CELLE DES EGYPTIElfS.
Nous voici arrivés au moment de tirer un grand profit des découvertes de GhampoUion le jeune : nous pouvons déterminer avec certitude entre quels chaînons' de Thistoire d'Egypte vient se placer la grande époque de Moïse. Et d'abord les historiens et les monuments nous apprennent que le plus illustre des Pharaons^ Sésostrisy autrement dit Rhamsés III ou le Grande entre** prit^ dés le commencement de son régne^ une immense expédition à travers la Palestine , la Syrie , l'Inde^ la Scythie et la Thrace ^ et que cette grande expédition , qui dura neuf ans y fut terminée la neuvième année de son règne ^ Évidemment les Hébreux n'étaient pad encore dans la Palestine quand ce conquérant y arriva, cela eût donné lieu sans doute à des guerres , à une occupation militaire ou à des impôts que les Livrés Saints n'auraient point passés sous silence; M. Goqu^^ rel l'a. fort bien remarqué dans un écrit qui date d^à de quelques années ^. Sésostris et son armée partirent donc pour leur vaste excursion guerrière avant que les
* Gbampollion-Figeac , Egypte ancienne, p. 393.
^ A. L. Goquerel, Lettre d M, Charie» Co^uerei, sur le syeiéuie hiéroglyphique de M, GhampoUion, considéré dans ses rapports avec VÈcriiure-Sainle, Amslerdam , 1825.
42 CHRONOtOGlE SACKEE.
Israélites eussent quitté l'Egypte ou tout au moios le désert : première limite antérieure que ih>i)s préeise* rons bientôt avec plus de soin.
D'un autre côté TExode nous montre que les Israélites ; avant la naissance de Moïse y furent employés , entre, autres travaux pénibles^^ à la construction de deux villes qui devaient servir de magasins à Pharaon^ et dont l'une y la seule qui nous intéresse > portait le nom de Rhamsès {Exod. i^ 11 ). Ils habitèrent eux-mêmes cette ville {Exod.xn, 37; Nomh. xxxin, 3; 5), qui était en eifet située dans la terre de Goscen ( Gen. xlii, 11)^^ donnée par un précédent monarque à leurs pères ^ et, selon toute vraisemblance, ils lui conservèrent toujours religieusement le nom sous lequel ils l'a-* valent construite et habitée, le nom qui leur rappelait leurs souffrances et leur servitude. Maintenant ce nom, qui était le nom primitif de la ville, était-il un nom de fantaisie? La dix^'huitième dynastie nous montre des souverains qui le portèrent aussi et qui ne le devaient pas à cette ville puisqu'ils étaient originaires de Diospolis, située beaucoup plus au nord que le pays de Goscen. D'ailleurs le nom de Rhamsès, qui signifie joleil stable et vigilant ^, dut être donné dans le principe aux rois mêmes qui étaient considérés comme les fils chéris du soleil et comme ses rejùrésentants sur la terre dans le domaine temporel. Il est donc éminemment probable que ce fut l'un des Rfaaonsès qui donna son nom à la ville , ainsi que cela se faisait quelquefois dans
* Da temps de Joseph la ville n'existait pas encore , et il n'y avait pas en encore un seul Rbamsës. Mais ce nom est employé là par Thistorien pour désigner la contrée qui vit construire plus tard une ville de même dénomination , et qui devait être connue de tous ses lecteurs.
' Çhampollion-Fîgeac, Egypte ancienne, p. 82S.
chàp% V. 4ï
cea temps-^là y particuliëremeat Cd Egypte. Dès-lors la ville n'a. pas pu être bâtie par les Israélites avant le régne de Rhamsès l"^, Moise n'est apparenunent pas né avant la fin de ce même règne : seconde limite antérieure assignée par l'histoire d'Egypte à Texistence de Moïse.
Depuis ici, à la vérité , bous ne pouvons plus procéder avec autant de certitude* Nous n'avons point de limite postérieure fixe qu'il nous soit interdit de dépasser» Placer la naissance de Moise après le. règne de S6sostris ou Rhamsès III , ce serait sans doute renfermer dans un espace trop court la période qui s'écoula depuis l'Exode au roi d'Egypte Sisac , contemporain de Roboam; du reste les 32 ans du règne de Méneph-
tha P% successeur de Rhamsès P% les 5 de Rham-
ses II, el les 68 de Rhamsès III nous ofirent une période bien indéterminée pour y fixer exactement la naissance du législateur hébreu.
Cependant une circonstance heureuse vient restreindre cette indétermination. Ayant commis sur la personne d'un Egyptien un meurtre que nous n'avons point à apprécier ici , Moise se réfugia dans le pays de Madian , il s'y maria , il y eut deux fils ( Exod. n , 21 ^ 22; xviii, 2*5), et il parait qu'il y pass4 un grand nombre d'années, car il est dit que long^temps après seulement /!^ roi d'Egypte mourut {Exod. u, 23). Ces mots , lotig-temps après , désignent un nombre d'an-' nées bien vague ; néanmoins il est précisé par un pa^ sage du discours d'Etienne , autorité peu imposante, il est vrai , en chronologie , mais à laquelle force est bien de recourir à défaut d'autres lumières : on y lit que Moise passa quarante ans au pays de Madian avant de commencer son ministère de délivrance {Act. vu, 30).
Cette donnée^ qui se retrouve dans les rabbins ^, est confirmée par les inductions qu'on peut tirer de l'âge de Moïse lors de la sortie d'Egypte , et, d'après ce qu'on est naturellement porté à conclure du récit de l'Exode (il, 23), les quarante années que Moïse passait ainsi loin de l'Egypte auraient appartenu à la fin d'un même régne dans ce pays. Evidemment, à moins de l'attribuer à l'un des premiers Rhamsés de la xix*"* dynastie , ce qui rapprocherait trop Moïse de Sîsac , on ne voit de régne aussi long, dans la période à laquelle nous sommes arrivés, que celui de SésostHs, dont la mort est ainsi mentionnée dans l'Exode (ch. n, v. 23). Cet événement arriva l'an 1 503 avant Jésus-Christ et fut le signal de la délivrance d'Israël. Nous avons donc trouvé là un point de rapport de la plus haute importance entre l'histoire du peuple de Dieu et l'histoire générale du monde. De ce moment la chronologie sacrée n'est plus isolée , elle a dans la chronologie profane un point d'appui d'où elle pourra soit remonter, soit descendre la suite des siècles pour établir d'autres synchronismes. Bornons-nous à indiquer le rapport des faits antérieurs de Thistdire sainte avec les rois égyptiens.
Moïse avait cherché un asile dans le pays de Ma-» dian, 40 ans avant la mort de Sésostris, cest-à-dire la 28°* année du règne de ce prince, l'an 1543 avant J.-C. Il était né 40 ans plus tôt, sous, le règne de Ménephtha P% la 25"** année du règne de ce prince , l'an • .1583 avant J.-C; et en effet ChampoUion a lu sur une statue du Capitole que ce prince, père de Rham-
* Moses in palatio Pharaonis degit XL annos , in Mîdiane XL annos cl ministravit Israeli annos XL. Beresh. Rabb, f. 115 , 3. H. A. W. Meycr, Krit, exeget. Komment, ûh. d, n. T. Ap.gesch, I. C/» »•
ses II et de Sésostris^ eut aussi une fille nommée Hont- Réché ^ La ville de Rbamsés avait sans doute été bâtie sous Rhamsès V', dont elle devait perpétuer le souvenir et qui s'illustra vraisemblablement par sa valeur et ses talents y puisqu'on crut honorer un grand nombre de ses successeurs en leur donnant le même nom qu'à lui. Joseph était mort 65 ans avant la naissance de Moïse , en 1 648 avant J.-C. , la 2"® année d'Horus* Les 70 ans qu'il avait vécu depuis l'arrivée de son père en Egypte fixent à l'an 1718 avant J.-C, à la 5°** année du régne d'Âménophis II^ et conséquemment sous l'empire de la xvui™*' dynastie, l'établissement de Jacob sur les bords du Nil. La course qu'Abraham avait faite en Egypte ^ avait daté d'environ 21 5 ans plus tôt , c'està-dire^ d'à peu près 1933 ans avant J.-C. Lui ainsi aurait été contemporain des Rois Pasteurs^ particulièrement d'Apophis^, et les craintes qu'il éprouva
*■ Cbampollion-Figeac, Egypte ancienne, p. 929. Joseph {Antiq, Jud. 1. 11, c. 9, S & ) appelle Thermutis la princesse qui sauva Moïse. Peutêtre était-ce un uorn qui appartenait égal.ement k Hont-Reché , ou peutêtre appartenait-il à une autre fille de Ménephtha l*' que les monuments n'ont point encore fait connaître.
' Il me parait difficile de voir dans les deux voyages en Egypte que la Genèse attribue à Abraham (Geru xii , 10-20, x), et dans celui qu'elle attribue à Isaac (xxvi, 6-10 j autre chose que la triple narration d'un môme fait. Dissimulation du patriarche qui fait passer sa femme pour sa sœur, enlèvement de cette femme par le roi du pays; dans les deux premiers récits, châtiment qui en résulte, et leçon que le prince en retire ; dans les deux derniers , similitude des noms de pays et de prince ; voilà autant de circonstances qui , selon toute probabilité , ne se sont pas renouvelées à une distance si courte. Mais la tradition , qui incline toujours à étendre et à multiplier les faits étonnants , en aura agi ainsi pour celui-là, et Moïse s'y sera conformé.
> 11 y a un rapport remarquable entre la première syllabe d'Apophis et celle d'Abimélec, roi de Guérar (Gen» xx, 5, ss. et xxvi, 8, ss.). Le dernier nom se compose de deux parties qui avaient chacune leur significa-
A6 CHRONOLOGIB SACREE.
durant ce Toyage, l'accueil qu'il reçut étaient bien d'accord avec les désordres que dut amener celte époque de révolution et de troubles. Enfin , pour revenir à l'époque à laquelle nous étions arrivés , la sortie d'Egypte eut lieu sous le successeur de Sésostris , Ménephthall, qui était son treizième fils, et qui, dés la première année de son règne, savoir l'an 1503 avant J,-C. (3690 du monde), vit s'opérer cette miraculeuse révolution ; Moïse avait en effet 80 ans lorsqu^il la dirigea. '
On a cru long-temps que , dans le grand désastre qui engloutît Tarmée égyptienne, le Pharaon qui l'avait accompagnée partagea le sort de ses troupes ; on a cru même pouvoir le démontrer par la prédiction contenue Exod. XIV, 4, et qui semble menacer Pharaon du même malheur que son armée, comme par la déclaration
tion , et il en était indubitablement ainsi du premier. H résulte de cette coïncidence que, par les Hyksôs, il faudrait enlendre les Philistins, qui, originaires de fÉgypte (Gen. x, IS , iâ) , s'établirent pendant quelque temps BU sud de Canaan à Gnérar et à Bersébah, et dont le nom , qui signiflait étymologiquement voyagewré (Feldbo£f, Die Vdikeriafèi der GenesU. Ëlberfeld, 1837. S. 104), indiquerait bien qu'ils ont d'abord mené Ift vie nomade des peuples pasteurs. Après avoir quitté KÉgypte , ils y auraient donc fait irruption plus tard comme peuplade ennemie , et se seraient emparés de la partie N.-E. de leur première patrie. Un passage bien remarquable cTUérodote concourt à démontrer la vérité de cette opinion. En parlant (1. ii , c 128 ) de rois méchants qui opprimèrent l'Egypte , qui fermèrent les temples des Dieux et forcèrent le peuple Ik construire des pyramides , il dit que les Égyptiens donnèrent à ces pyramides le nom iroiftévoç ^iXiriuvoc ( pastoris Phililionis], qu'il faut traduire , non par PaUestmi, comme Jablonsky l'a fiait en rapportant ce mot à Moïse , mais plutôt par PhHUtœi , comme il l'indique aussi luimême sans y incliner. La leçon çUtrio; qu'il dit admise par Gronov et Wesseling en serait un fort indice. P. E. Jablonsky , Opuacula quib, ling, et aniiqaiU JBgypU et difficU, (ihror. saeror, loca Uiustraniur, Lugd. Bat. 180& , v. II. A. Hyksôs.