INTRODUCTION
Les physiciens , avant Galilée , pensaient qa0 la nature a horreur du vide : en fait d'histoire, il faut reconnaître également que l'esprit humain a horreur du doute. On aime mieux croire à* des fables , on aime mieux ne rien croire même, que de se sentir tiraillé en tous sens par des systèmes qui paraissent avoir une valeur égale , et dont * aucun lie se montre décidément faux ou vrai . Littérature , philosophie , croyances religieuses , c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus cher à l'homme, repose sur la connaissance du passé.* A.insi , l'histoire a eu et aura toujours une large part dans les travaux de l'intelligehce ; loin de se contenter de résultats incertains , on y oreu-' sera jusqu'à ce qu'on y découvre la vérité, et ce n'est pas , tout nous l'assure, dans ce domaine que Dieu a mis des bornes à nos recherches.
Si l'histoire en général fait naître et mérite un intérêt puissant , celle des commencements de l'humanité, celle du peuple hébreu en particulier en est sans contredit l'un des points les plus importants , c'est la base de toutes les autres y c'est le fondement sans lequel on voudrait
en vain construire un édifice durable. Il importe donc d'étudier le sol sur lequel il est assis pour s'assurer de sa solidité , et ce sol n'est autre que la chronologie.
L'existence d'une chronologie sacrée exacte , indispensable pour la science et pour la foi, a été niée il y a trois ans par l'un des pasteurs les plus distingués des églises de France. M. Athanase Goquerel , dans son Essai historique et critique sur les dates de la Bible ^, a discuté avec érudition et sagacité les divers systèmes dç chronolo* gie qui ont été jusqu'ici appliqués à l'Histoire Sainte» et il en a fait ressortir avec une grande vé* rite les erreurs palpables. Il serait impossible, après l'avoir lu , de ne pus reconnaître que les. écrivains sacrés n'ont pas reçu une inspiration* absolue pour raconter l'histoire , et son ouvrage méritera toujours une sérieuse attention de la part de quiconque voudra s'occuper de cette étude : on s'y convaincra de toutes les aspérités de la tâche. Sans doute, l'auteur n'a pas voulu déclarer qu'il est impossible d'arriver jamais sous ce rapport à un résultat satisfaisant; mais il a tellement insisté sur la difficulté d'y réussir, à coté des ruines dont il a jonché le sol , il s'est si peu inquiété de rien reconstruire , le système nouveau qu'il propose passe tellement inaperçu au milieu des nombreuses négations qui Fentou-
^ Biographie sacrée, 2« édition, revue et augDientée d'un Essai historique et critique sur Its dates de la bible. Valence, 1837.
INTIIODVGTION. ÎA
rent , qu'il en est résulté un scepticisme affli'^ géant pour les amis de la Révélation. Non , la détermination des dates bibliques n'est pas impossible , parée que l'Histoire Sainte n'est pas une fable. Gomme les faits qu'elle nous rapporte ont un fondement rçel , ils doivent être susceptibles de s'enchaîner entre eux avec exactitude y et^ en même temps, comme ils ne suffisent pas à eux seuls pour donner la solution de ce problème , il faut la chercher ailleurs.
Fort de ces convictions et désireux de substituer au doute la certitude ou du moins une pro-^ habilité qui en diffère peu , j'ai mis la main à l'œuvre , j'ai de nouveau tâché de glaner dans ce champ que tant d'autres ont exploité, et je donne ici le résumé de mes recherches. Ayant employé seulement quelques instruments divers, il me paraît nécessaire de les indiquer d'avance*
I. Les événements successifs de l'Histoire Sainte ont été racontés :
i^ Par des écrivains inspirés, qui ont déposé leurs récits dans la Bible: Dirigés par l'Esprit-^ Saint, ils auraient dû, ce semble « nous fournir des renseignements exacts et complets sur les temps qui les précédèrent ou durant lesquels ils vécurent. £n cherchant néanmoins , non pas ee que , suivant nos faibles lumières , ils auraient dû écrire, mais ce qu'ils ont écrit , on se persuade que, s'ils ont raconté l'histoire, c'a été pour nous faire connaître les dispensations de
IV CHROffOLOGIE SACREE.
Dieu envers les hommes et pour élever nos cœurs en haut , non pour nous donnejr de sèches éphémérides; s'ils ont enregistré quelques dates, c'a été pour donner de loin en loin une idée de la durée des temps qu'ils décrivent, et non pour jalonner régulièrement d'espace en espace la route des siècles» On voit d'ailleurs que tout en leur imprimant une direction générale , Dieu ne leur a pas inspiré tous les détails qu'ils enregistraient. Gomme il ne fait jamais rien d'inutile , il n'avait pas à les instruire surnaturellement de choses qu'une science tout humaine pouvait leur enseigner , ou pouvait au moins rectifier plus tard. Ainsi, tandis que dans certaines assertions, dans certains renseignements de chronologie même, ils méritent plus d'une fois une entière créance , ils ne sont pourtant pas toujours à l'ahri de l'erreur : le nier , ce serait fermer les yeux à la lumière. Il faut donc , en cet état de choses , recourir à d'autres sources.
a*» L'espace de temps dont les livres de l'Ancienne Alliance nous ont conservé l'histoire a été parcouru aussi par un auteur juif, Flavius Joseph, dont le nom paraît au premier abord faire autorité ^ . Issu de la première classe des sacrificateurs • il avait dû être instruit à fond de l'histoire de sa nation , et il avait pu puiser à des
**. ' Dans lootes les citations qui en seront faites, je suivrai Tédition qui à p'am sous ce titre ï F/avii Jaiephi opéra qua reperiri potuerunt omnia, Oi!omî,.l720.