‹ La chronophotographieChapitre 3 sur 4 · LA G II R 0 N 0 P II 0 T 0 G R A P III E · texte numérisé non relu

LA G II R 0 N 0 P II 0 T 0 G R A P III E

l’amènent en face de l’objectif, l’y arrêtent le temps voulu, pendant que la fenêtre de l’obturateur la démasque, puis l’entraînent en saisissant par d’autres trous une autre image qui vient prendre la place de la première.

Cette admirable invention a presque réalisé la perfection du premier coup.

Elle obtint dès qu’elle fut produite en public au début de 1896, sous le nom de Cinématographe , un succès considérable, et ce nom, qui n’est que celui d’un appareil particulier, restera longtemps associé dans les esprits à toutes les synthèses du mouvement.

Toutefois de nombreux brevets sont pris chaque jour, réalisant quelque amélioration de détail. Je signalerai l’appareil Gossart, d’une construction très originale et très savante, qui supprime les arrêts de la pellicule et donne à l’objectif lui-même un mouvement oscillant et régulier, puis Valéthorama de M. Mortier, très différent lui aussi des appareils actuellement connus et qui applique le principe du praxinoscope de M. Reynaud. Dans celui-ci, la bande circulaire et verticale qui porte les images successives les reflète sur une des faces miroitantes d’un prisme droit placé à son centre.

J’ai voulu rechercher moi-même des procédés qui produisissent identiquement les mêmes résultats que ceux de MM. Lumière, en échappant à plusieurs inconvénients. Je voudrais vous montrer un chronophotographe de petit volume et avec lequel j’emploie des pellicules quelconques, perforées ou non, mais il ne se trouve pas convenablement réglé, et je dois me borner à vous en exposer le principe ( 1 ). Comme dans mes précédents appareils, la pellicule y est conduite par un système de bobines, de rouleaux et de laminoirs. Elle n’est pas perforée, ce qui évite les tiraillements produits par les griffes, et les organes qui l’entraînent ne s’arrêtent pas, ce qui supprime les résistances de l’inertie et les secousses nécessaires pour les vaincre. La pellicule doit pourtant s’arrêter : aussi (*)

(*) Depuis cette Conférence, j’ai eu l’occasion de faire des projections avec cet instrument ( séance du 5 mai 1899 à la Société française de Photographie.)

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est-il un moment où ces organes de traction glissent sur elle sans l’entraîner. C’est celui où elle est retenue par un compresseur indépendant comme si, tirée par deux doigts, elle était momentanément fixée et appuyée en place par un autre doigt. Les deux doigts glisseraient alors sans l’entraîner (*). En

(’) Voir Bulletin de la Société française de Photographie, i5 février 1897.

Voici comment j’exposais, il y a deux ans, un perfectionnement complémentaire que je venais d'apporter à mon appareil :

« J’ai cherché à faire disparaître ces deux inconvénients : la marche intermittente de la bobine-magasin et la période propre du compresseur.

» La fig. i5 ci-contre montre la disposition nouvelle. La bobine-magasin M,

Fig. i5.

Principe du nouveau chronophotographe sur pellicule sensible.

beaucoup plus volumineuse qu’autrefois, peut porter une très grande longueur de pellicule, mais elle tourne uniformément par l’action continue d’un premier laminoir L qui débite, en un temps donné, une longueur

LA CHRONOPHOTOGRAPIHE.

somme, toutes les pièces qui ne sont pas, comme la pellicule, d’un poids négligeable, sont animées d’un mouvement constant et uniforme. Quand cet appareil est bien réglé, il assure l’équidistance des images et ne donne lieu à aucun tiraillement, à aucune secousse de la pellicule qui les porte.

La reproduction d’actes quelconques, les mouvements d’une personne qui ouvre ou ferme un parapluie, le passage d’une voiture, émerveillèrent d’abord les spectateurs. Puis on combina à dessein des scènes fantaisistes ou comiques, en prenant pourmodèles des acteursqui les mimaienttout exprès. Ensuite on chercha à surprendre sur le vif des choses curieuses ou rares de la vie courante, se produisant spontanément et sans apprêt aucun. A l’heure actuelle on paraît dédaigner les photographies animées qui ne sont que divertissantes et l’on recherche les applications utiles des projections chronophotographiques.

J’ai reçu d’un Russe fixé à Paris, M. Boleslas Matuszewski, un curieux petit Ouvrage où il parcourt d’une vue hardie les domaines qui lui paraissent ouverts à la Chronophotographie

constante de pellicule. Voilà donc l’inertie de la bobine-magasin supprimée avec les saccades de son mouvement.

» Au sortir du premier laminoir, la pellicule s’engage entre la platine et le nouveau compresseur G. Celui-ci n’a pas de période de vibration propre; il est constamment assujetti au mouvement de la came, et comprime énergiquement la pellicule contre la platine, au moyen d’un mouvement de genou analogue à celui qui sert dans la frappe des monnaies.

» Au delà du compresseur, la pellicule passe dans un second laminoir L, ; enfin, elle se réfléchit sur une lame flexible et s’enroule sur la bobine réceptrice qui tourne à frottement doux.

» Or, pendant que le compresseur l’arrête, la pellicule que le premier laminoir amène continuellement s’accumule en amont de l’obstacle, et y forme un pli flexueux. Après l’arrêt, ce pli devra se défaire et la pellicule se tendre par l’action du second laminoir. Gomme la masse de la pellicule est insignifiante, elle ne présentera aucune résistance d’inertie.

» Quant au second laminoir L „ qui devra imprimer à la pellicule un mouvement saccadé, il tourne lui aussi d’un mouvement uniforme, mais en pressant la pellicule avec assez peu de force pour qu’elle patine entre les cylindres, quand elle est retenue par le compresseur, tandis qu’elle est rapidement entraînée dès qu’elle est rendue libre.

» Les choses se passent comme si la pellicule, doucement pressée entre deux doigts, était tirée d'une façon continue. Les doigts qui l’entraîneraient, quand le compresseur est desserré, glisseraient au contraire sur lie au moment de ses arrêts. »

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sous forme de projections. Il semble être quelque peu chagrin de la voir consacrée au simple divertissement du public, et très justement il veut qu’elle soit l’auxiliaire bienfaisant de tout enseignement scientifique.

Il va plus loin. Il voit l’invention dont il s’est épris devenue vulgarisatrice des procédés industriels , propagatrice des bonnes méthodes agricoles et en général maîtresse d’apprentissages de toute nature. Et il est très vrai que pour enseigner la pratique d’un acte quelconque difficile à reproduire, ou difficile à saisir pour celui qui s’y exerce, une projection qui lui remet patiemment les choses sous les yeux doit être d’une efficacité singulière. Encore faudrait-il que la bande pelliculaire fût refermée sur elle-même et tournât sans fin, en faisant repasser continuellement la même série d’images au foyer de l’objectif.

M. Matuszewski veut encore que la Chronophotographie étudie et reproduise les phénomènes divers des maladies nerveuses, épargne la reproduction des vivisections en les enregistrant une fois pour toutes, et présente aux apprentis chirurgiens des modèles d’opérations supérieurement accomplies par un maître.

11 espère qu’elle s’ajoutera aux sources les plus irrécusables de l’IIistoire, et demande que dans toutes les circonstances dont on peut soupçonner l’importance historique, un chronophotographiste officiel soit appelé, comme on appelle un sténographe partout où des paroles importantes doivent être prononcées. Il rêve la création de dépôts de cinémalogrammes documentaires analogues aux bibliothèques et aux archives. Enfin l’invention nouvelle lui paraît de nature à fournir des documents à la Pédagogie, aux Beaux-Arts, et même à la Police !

Tout cela sera réalisé un jour, moins vite sans doute que ne le suppose l’ingénieux Auteur de la Photographie animée.

Car il faut, pour être applicables à ces usages, que les appareils soient amenés à leur dernier point de perfection et simplifiés encore. Il faut aussi que le prix en devienne facilement abordable.

Au reste, la perfection absolue des projections, qui provoque naturellement l’enthousiasme public, n’est pas ce qui, personnellement, me préoccupe le plus. Ce n'est pas la Chronophotographie la plus intéressante qui est la plus utile . Elle rend peut-être plus de services sous la forme de simple analyse que sous la forme de synthèse, si satisfaisante et si surprenante que soit cette résurrection du mouvement.

J’excepte le cas où, en projetant les images représentatives des phases d’un mouvement, on modifie les conditions de vitesse dans lesquelles il s’est produit. Soit, par exemple, un coup d’aile d’oiseau qui dure { de seconde; l’aile présente dans ce court espace de temps un très grand nombre de situations différentes. Si j’en prends cinquante images et si, en les projetant, j’en fais durer l’évolution 5 secondes, je permets à l’œil de saisir nettement des phénomènes qui, autrement, lui échappaient, et c’est, à mon avis, le propre de la méthode chronophotographique. D’autres phénomènes se produisent avec une lenteur telle qu’ils ne sont pas pour les organes de nos sens l’occasion de perceptions nettes; en les projetant dans un temps plus court, on en rend l’évolution perceptible. C’est ainsi que divers auteurs ont tenté et j’ai essayé moi-même de prendre, de quart d’heure en quart d’heure, l’image d’une fleur en voie d’éclosion et de faire défiler sur l’écran douze de ces images en une seconde. Malheureusement, l’éclairement des objets ne reste pas suffisamment identique à des intervalles si longs; on réussirait mieux sans doute en recourant à un éclairage artificiel. Malgré ces difficultés, j’ai fait en sorte de rendre chronophotographiquement manifestes les mouvements et les changements insensibles des nuages. C’est bien là rendre plus aisée et plus pénétrante l’attention humaine, qui est l’instrument de la connaissance scientifique.

Mais ce qui servira le plus souvent de façon pleinement

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efficace à l’étude des phénomènes naturels, c’est la Chronophotographie géométrique telle que je l’ai montrée au début, pratiquée sur plaque fixe.

Un grand nombre de problèmes mécaniques dont la solution par le calcul serait parfois très difficile trouvent dans l’emploi de la Chronophotographie leur solution expérimentale dans des conditions très simples. Ainsi les mouvements qui se passent dans les liquides, soit que l’on considère lesondes qui se forment à leur surface, soit qu’on veuille déterminer le déplacement des molécules à l’intérieur de la masse liquide, ou bien les remous qui se produisent quand un courant rencontre des surfaces de différentes formes. J’ai dit ailleurs (<) comment, dans un réservoir de cristal à faces parallèles placé devant un champ obscur et éclairé par-dessous, tous ces phénomènes sont rendus sensibles par la Chronophotographie sur plaque fixe. Quelques exemples suffiront ici pour donner une idée de ce genre d’expériences.

Dans ces conditions, la surface du liquide apparaît sous forme d’une ligne brillante dont l'oscillation ressemble beaucoup à la vibration d’une corde ; elle présente en effet des

Fig. 16.

Forme d’une onde liquide. Chronophotographie sur plaque fixe.

ventres et des nœuds. La fig. 16 montre les positions successives de celte surface dans une onde de clapotis.

Veut-on connaître les mouvements intérieurs des molécules qui se produisent dans ce liquide agité. On met en suspension dans l’eau des perles brillantes ayant exactement la densité de l’eau. Les images chronophotographiques montrent que

(’) Comptes rendus de V Académie des Sciences , i8q3, t. CXVI,

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ces perles décrivent des courbes allongées dans le sens vertical auniveaudes ventres des vagues, dans le sens horizontal au niveau des nœuds, obliques dans les positions intermédiaires.

Les mêmes perles brillantes montrent encore la direction que prennent les filets de liquide quand le courant rencontre un obstacle, la courbe décrite par ces filets, les remous en arrière de l’obstacle ; enfin la vitesse de ces molécules s’ap-

Mouvement des molécules dans une onde liquide.

précie à chaque instant d’après l’écartement de leurs images, étant connue la fréquence des éclairements successifs.

Mon savant confrère Cornu a recouru à la Chronophotographie sur plaque fixe pour étudier sur les cordes vibrantes un genre de vibration jusqu’ici inconnu qui s’ajoute aux vibrations longitudinales et transversales; je veux parler des vibrations de torsion que la corde exécute autour de son axe. Une parcelle de miroir fixée à la corde et vivement éclairée au devant d’un fond noir subit ces trois ordres de vibrations et les retrace sur une plaque photographique animée d’une translation uniforme. La fig. 18 est l’image négative de ces trois ordres de vibrations (*).

On pourrait citer un grand nombre de problèmes de Mécanique et de Physique qui ont trouvé dans la Chronopholographie leur solution expérimentale.

Un jour s’est présenté un cas litigieux de Mécanique animale. Un proverbe populaire dit qu’un chat retombe toujours

l1) Voir Cornu, Étude expérimentale des vibrations transversales des cordes ( Comptes rendus, t. GXIT, p. 280-288).

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