‹ La chronophotographieChapitre 4 sur 4 · MA K E Y · texte numérisé non relu

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sur ses paltes ; la Mécanique enseignait au contraire qu’en l’absence de tout point d’appui extérieur un animal serait incapable de se retourner pendant sa chute. Or l’expérience

Fig. 18.

Epreuve négative des trois ordres de vibrations d’une corde.

Expérience de M. Cornu.

a donné raison au proverbe. La fig. 19 montre, dans une série d’images successives, un chat qui, d’abord tenu les pattes en l’air, se retourne dès qu’il est lâché et finit bientôt par avoir les pattes tournées en bas, position qu’il conserve jusqu’à ce qu’il soit arrivé sur le sol. A peine l’animal dans sa chute a-t-il parcouru om, 25 que son retournement est effectué. L’examen des figures successives montre comment les choses se passent : c’est en changeant tour à tour les moments d’inertie de l’avant-main et de l’arrière-main que procède l’animal. Cet acte n’a rien qui contredise les lois de la Mécanique ; il n’est point en contradiction avec le théorème des aires, ainsi que l’a montré mon confrère Guyou. Du reste, plusieurs membres de la section de Mécanique de l’Académie des Sciences, M. Maurice Lévy et M. Marcel Deprez, ainsi que M. Appell, ont apporté des démonstrations à l’appui de la réalité de mouvements qui se produisent sans point d’appui extérieur. La Chronophotographie a donc eu celte bonne fortune de faire reviser une proposition erronée de la Mécanique rationnelle.

LA CHRONO PHOTOGRAPHIE. 35

Dans l’expérience qui vient d’elre décrite, c’est sur une pellicule mobile que les images du chat ont été reçues afin d’en éviter la confusion. D’autres fois on recueille également sur pellicule mobile les images partielles des mouvements

Mouvements d’un chat qui se retourne en tombant.

d’un animal. Ainsi, quand on veut étudier en détail les mouvements des membres d’un cheval, on se place à courte distance du sujet, de façon que les membres seuls occupent tout le champ des images ; ils sont ainsi photographiés à une échelle plus grande qui permet de mieux apprécier les détails de leurs actions. C’est ainsi qu’a été obtenue la fig. 20 qui montre la succession des mouvements d’un cheval au trot.

Ce qui prouve les résultats les plus parfaits, c’est l’épure géométrique du mouvement telle que la donne la Chronopho-

Fig. 20.

Mouvements successifs des membres d’un cheval au trot.

LA Cil RO N OP II OTOGRAPHIE.

lographie sur plaque fixe. Mais le nombre des applications directes de celte méthode est restreint, ainsi que je l’ai dit tout à l’heure, attendu qu’on ne peut pas toujours opérer devant un champ obscur et que les actes complexes ont une tendance à confondre leurs images.

Or on peut tirer des images chronophotographiques re-

Fig. 2i. — Attitudes du membre postérieur droit d’un cheval au trot.

Fig. 22. — Attitudes du squelette dans le contour du membre postérieur.

cueillies sur pellicule mobile des épures absolument nettes et dépourvues de confusion.

Soit une série d’images successives représentant les attitudes d’un cheval au trot. Admettons que nous désirions obtenir l’épure des mouvements du membre postérieur droit. Nous procéderons par décalques successifs des contours de ce membre sur une feuille de papier. La première image étant projetée sur celte feuille, nous en prenons le contour, puis nous

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projetons la deuxième image en ayant soin que la ligne du sol recouvre exactement celle du décalque précédent, ce qu’on obtient au moyen de repères exactement superposés. On décalque alors les contours du membre de cette seconde image, puis on procède de même pour la série des attitudes pendant la durée d’un pas. On obtient de cette façon la

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On peut obtenir de la même façon le contour d’un membre antérieur de l’animal, ou les mouvements de la tête, ou la irajectoire d’un point quelconque dont on veut connaître le mouvement.

Ce n’est pas tout. Dans le contour de ce membre dont on a obtenu les attitudes successives, on peut déterminer la position des différentes pièces du squelette et obtenir la fig. l'i qui montre la position de chacun des os à chaque phase de l’allure du trot ( 1 ).

Pour rendre l’image plus nette, réduisons la fig. au squelette tout seul et nous aurons l’indication complète des divers mouvements exécutés par chacune des articulations du membre.

Enfin, la connaissance des changement de position des os du membre permet de déduire l’état d’allongement ou de raccourcissement des principaux muscles à chaque instant de l’allure. En effet, l’anatomie du squelette implique la connaissance des attaches de ses muscles ; on peut donc, en joignant par une ligne les deux attaches de chaque muscle, voir, d’après la longueur de cette ligne, de combien ce muscle s’est allongé ou raccourci. Cette représentation a été faite sur la fi g. a3 où des traits pleins représentent à chaque instant la longueur de la fibre contractile sur les muscles A ischiotibiaux, B rotuliens, C gastrocnémiens. Et.pour rendre plus saisissantes les phases de ces changements de longueur, on a construit, en haut de cette même figure, les courbes de ces variations de longueur des trois muscles. On y voit que A et B convergent et divergent tour à tour, ce qui annonce l’alter-

(') Voir, pour les détails, Comptes rendus de V Académie des Sciences t. CXXVI, 29 mai 1898.

nance d’action de ces deux groupes musculaires qui sont antagonistes l’un de l’autre. La courbe C des gastrocnémiens montre que, si ces muscles se raccourcissent de temps en

Fig. 23.

Attitudes du squelette et changements de longueur des muscles. — En haut courbes des changements de longueur des divers muscles.

temps, ils ne subissent aucun allongement au delà d’une certaine limite. (Une particularité anatomique rend compte de cette bizarrerie.)

Cet examen sommaire des résultats que donne la construction des épures géométriques montre que cette forme de la Chronophotographie est la plus instructive de toutes, et je ne crains pas de dire qu’armé d’une telle méthode on peut tout savoir en ce qui concerne les actes de la Mécanique animale.

Ces mérites de l’analyse chronophotographique n’excluent pourtant pas ceux de la synthèse. L’attrait des spectacles que cette dernière méthode nous donne sous forme de photographies animées a été un stimulant puissant pour le perfectionnement des appareils; la netteté des images, la grandeurde

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LA CIIRONO PHOTOGRAPHIE.

leurs dimensions, sont des conditions importantes à réaliser dans tous les cas. Et puis, ne nous fît-elle connaître que ce que notre œil peut voir, la Photographie animée offre aux études scientifiques un vaste champ à explorer. Elle peut, en effet, vulgariser la connaissance d’un grand nombre de phénomènes que connaissent seuls les observateurs passionnés de la nature.

(Extrait des Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 3e Si#, t. I).

27269. — Paris. Imp. Gauthier-Yillars, 55, quai fies Grands-Augustins.

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