‹ La chute d'un ange (volume 2)Chapitre 4 sur 22 · M AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

M AVERTISSEMENT

Mais ce ne sera point une Babel ! ce sera une marche

de plus d'un glorieux autel , où l'idée de Dieu sera plus exaltée et mieux adorée. Car, ne nous y trompons pas, c'est toujours Dieu que l'homme cherche, même à son insu , dans ces grands efforts de son activité instinctive. Toute civilisation se résout en adoration comme toute vie en intelligence.

Or, dans ces jours de cries sociale , tout homme qui vit pleinement, a deux tributs à payer : un à son temps, un à la postérité ; au temps les efforts obscurs des citoyens, à l'avenir les idées du philosophe ou les chants du poëte. On prétend que ces deux emplois de la pensée sont incompatibles. Les anciens , nos maîtres et nos modèles, ne pensaient pas ainsi. Ils ne divisaient pas l'homme, ils le complétaient. Chez eux, l'homme était d'autant plus apte à un exercice spécial de la pensée, qu'il était plus exercé à tous. Philosophes , politiques , poètes , citoyens , tous vivaient du môme aliment; et de cette nourriture plus substantielle et plus forte, se formaient ces grands génies et ces grands caractères, qui touchaient

AVERTISSEMENT. vil

d'une main à l'idée , de l'autre à l'action, et qui ne se dégradaient point en sinclinant vers d'humbles devoirs.

On attribue au défaut de loisir les incorrections de composition et de style qu'on reproche généralement à mes ébauches poétiques. Ces défauts je les connais mieux que personne. Je ne cherche pas à les pallier. Je ne puis répondre à mes critiques qu'en m'humiliant et en réclamant pour ces faiblesses une plus grande part d'indulgence. Ils ne se trompent guère en considérant ces premières éditions de mes poésies comme de véritables improvisations en vers. Si elles sont destinées à se survivre quelques années à ellesmêmes , il me sera plus facile de les polir à froid, lorsque le mouvement de la pensée et du sentiment sera calmé , et que l'âge avancé m'aura donné ce loisir des derniers jours où l'homme repasse sur ses propres traces et retouche ce qu'il a laissé derrière lui. S'il en est autrement, à quoi bon? Quand on a respiré en passant , et jeté derrière soi une fleur de la solitude, qu'importe qu'il y ait un pli à la

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feuille , ou qu'un ver en ronge le bord ? on n'y pense

plus.

Il me reste à prier le lecteur bienveillant de ne pas m'imputer ce qu'il y a de trop fantastique dans cet épisode. Cela entrait comme élément nécessaire dans l'économie de mon poème. La pierre lourde et froide sert quelquefois de fondation à un édifice plus gracieux et plus décoré. Les deux épisodes qui suivront celui-ci sont d'une nature plus contemporaine et plus saisissante. Ils rappelleront de plus près ce Jocelyn pour qui le public qui lit des vers a montré une si indulgente partialité. On le retrouvera plusieurs fois dans ce drame épique , d'où il n'a pas disparu sans retour.

L'épisode qui suit La chute d un Ange est i. tiiui»' Les Pécheurs.

Paris, Ie mai 1838.

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