RÉCIT
lEUX Liban! » s'écria le céleste vieillard En s'essuyant les yeux que voilait un brouillard, Pendant que le vaisseau courant à pleines voiles Faisait glisser nos mâts d'étoiles en étoiles, Et qu'à l'ombre des caps du Liban sur la mer L'harmonieuse proue enflait le flot amer.
« Sommets resplendissants au-dessus des tempêtes,
Qu'on vous cherchait alors bien plus haut qu'où vous êtes!
22 LA CHUTE n UX AXGE.
Votre front, maintenant comme un crâne blanchi.
Du poids de l'océan n'avait jamais fléchi,
Et les flots du déluge, en minant vos collines, M
N'avaient pas sur vos flancs déchiré ces ravines. ^
Vous ne laissiez pas voir, comme un corps sans manteau,
Ces rocs, grands ossements prêts à percer la peau;
Mais vos muscles puissants, vaste épine d'un monde.
Revêtus à grands plis de bois, de sol et d'onde,
Dessinant sur le ciel d'harmonieux contours,
Même en s'y découpant s'arrondissaient toujours.
Oh ! si vous l'aviez vu, mon enfant, dans sa gloire.
Tel que je le revois de loin dans ma mémoire,
Dans ces jours encor près de sa création.
Votre œil fondrait d'amour et d'admiration !
« Vous voyez sur ces bords qu'évite notre poupe
Ces écueils mugissants que la lame découpe.
Ces grands blocs dentelés, eff^roi du matelot.
Où monte et redescend l'assaut grondant du flot;
Vous voyez dans les flancs des monts ces déchirures.
Coups de hache au rocher qui montre ses blessures,
Et dont par intervalle un rare filet d'eau
Pleut comme la sueur d'un flanc sous un fardeau.
Tandis qu'au fond obscur de la noire ravine
Le lit sec d'un torrent que le soleil calcine
Xe révèle la veine où ses flots ont coulé
Qii'au stérile caillou que l'hiver a roulé ;
Plus haut, ces longs remparts et ces cimes chenues
Dont les escarpements semblent porter les nues;
Puis ces neiges où rien n'ose plus végéter.
Puis ces pics dont la dent semble ébrécher l'éther!
Vaste amas de granit sans ombre et sans culture.
Où l'herbe même a peine à trouver nourriture,