‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 101 sur 350 · Bailly, Hist. fin. de la France, t. Il, p · texte numérisé non relu

Bailly, Hist. fin. de la France, t. Il, p

2. Observations sur V époque à fixer pour l'exécution du projet présenté au roi. Archives nationales, K. 677, n» 3.

publique de son plan, et comme, en outre, ces renseignements sont moins connus, je crois préférable de les aborder sans retards, sauf à y insister davantage. Galonné n'avait pas encore réglé avec le roi la question délicate de savoir à qui ses propositions devaient être communiquées. Il y touche, dans ses Observations, mais en affectant de n'y attacher qu'une importance secondaire. « S'il ne s'agit, dit-il, que de conférer préliminairement avec ceux de vos ministres, que Votre Majesté voudra honorer plus particulièrement de saconliance sur cet objet, je n'attends, pour le faire, que d'y être autorisé par elle : si ensuite elle trouve bon que le plan soit porté et discuté dans son conseil, ce ne sera sans doute qu'après lui avoir donné elle-même son approbation; et c'est cette approbation personnelle de Votre Majesté, qui doit faire non seulement le sort de mon projet, qui ne peut dépendre que d'elle, mais aussi toute mon opinion sur son succès... C'est pourquoi, sire, permettez que je vous supplie... de recevoir, de lire attentivement et de garder pour vous seul le Précis, que j'ai l'honneur de vous remettre, du projet général que je n'ai pu encore vous esquisser que rapidement. » Galonné ajoute qu'aussitôt après cette lecture, si le roi donne son approbation au Précis, « et après avoir entendu M. de Vergennes, à qui j'en donnerai surle-champ communication », on travaillerait immédiatement à l'exécution du projet. Ainsi, quant à M. de Vergennes, pas de doute : il n'y a rien à faire sans le consulter. Quant aux autres ministres, à quoi bon leur avis? Tout dépend de l'opinion personnelle du roi, et, si cette opinion est favorable, le succès n'est pas douteux. Voilà avec quelle discrétion, avec quelle adresse, à l'aide de quelle flatterie, Galonné cherchait à obtenir le secret qu'il croyait indispensable. Il ne faisait même pas une exception en faveur de Miromesnil.

Mais il se gardait bien d'insister, il se déclarait prêt à s'incliner devant les ordres contraires. C'est probablement un peu plus tard, quand Louis XVI eut donné son approbation provisoire, quand le comte de Vergennes fut appelé et entendu, que Galonné revint à la charge. Vergennes ne fit d'objection qu'au sujet du garde des sceaux, et Louis XVI consentit sans difficulté à ne consulter aucun autre de ses ministres. Il tenait encore moins à prendre l'avis de la reine, dont il redoutait l'ascendant, et pour laquelle il éprouvait autant de défiance que d'affection. En sorte que Galonné n'eut pas besoin de risquer une insistance compromettante, afin de circonscrire la discussion de son plan entre trois personnes, le roi, Vergennes et Miromesnil. G'en était asse2: pour le contraindre à modifier sa marche et lui causer de sensibles mécomptes. A son avis, la convocation des Notables devait avoir lieu le plus tôt possible, avant la fin de 1786. Il avait, coûte que coûte, pourvu aux besoins de l'exercice courant : il avait tant bien que mal équilibré son budget; mais il ne s'était pas préoccupé de l'exercice suivant, parce qu'il comptait d'ici là trouver à sa disposition les impôts projetés. Si cette ressource venait à faillir ou seulement à subir un retard, l'année 1787 menaçait d'offrir, comme les précédentes, une insuffisance d'actif augmentée par la cessation du troisième vingtième. Galonné s'en effrayait ajuste titre. Allait-il donc retomber dans les embarras et les transes, dont il était à peine sorti? « Le point essentiel, disait-il dans ses Observations, et sur lequel j'ose insister aussi vivement que j'en sens le besoin, c'est de décider bientôt et de fixer l'époque de l'exécution, parce qu'en attendant, toute opération demeure suspendue, toute prévision d'arrangement pour l'année prochaine est impossible, et que, si les projets n'étaient point arrêtés pendant le voyage de Fontaine-

bleaii S pour pouvoir être annoncés et conclus en novembre, l'embarras serait extrême, peut-être même le mal irréparable. » Malheureusement, Louis XVI n'aimait ni les résolutions si promptes, ni les mesures si tranchées. Quand il se décidait, il ne se décidait qu'à moitié. Dès l'abord, il témoigna la répugnance que lui inspirait tant de hâte. « Votre Majesté, dit sèchement Galonné, m'a ordonné de lui proposer ce qu'il y aurait à faire dans Tun ou l'autre cas, soit qu'elle voulût la prompte exécution, soit qu'elle jugeât préférable de différer. J'obéis. »

Après ce préambule, où perce une nuance de dépil. Galonné s'efforce d'établir que la totalité de ses projets peut être réalisée, d'un seul coup, sans attendre l'expiration de l'année 1786. Il entre dans de longs détails. Il insiste sur les avantages de cette première combinaison. Mais il prévoit que c'est trop exiger d'esprits timides et irrésolus, et il envisage une seconde hypothèse, celle du cas où Louis XVI ne voudrait exécuter « qu'en deux fois » le plan général soumis à son approbation. Alors, Galonné propose d'en détacher la partie la moins urgente, de ne présenter qu'en perspective les mesures, « qui ont le rapport le plus immédiat avec la constitution de l'État, comme l'établissement des assemblées administratives », et de régler immédiatement « ce qui est nécessaire pour procurer les fonds de l'année prochaine. » Dans ce système, on demanderait aux Notables d'accepter la conversion des deux vingtièmes en une subvention territoriale qui se percevrait sur tous les biens sans exception ; — la suppression de^ barrières intérieures et rétablissement d'un tarif uniforme ; — la création d'une banque nationale : cette création, dit-il, « peut être aussi ordonnée sur-le-

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